Édition du
26 March 2017

Le sachet de lait à 25 DA, c’est bientôt fini

El Watan, 19 novembre 2010

Les premières perturbations sont apparues au Ramadhan. Depuis, rien ne va plus : les chaînes s’allongent devant les supérettes, certains distributeurs organisent eux-mêmes la vente, et la police est obligée d’intervenir pour canaliser les consommateurs. On se croirait revenu au temps du parti unique et des souks el fellah. Que cache cette crise ? Une transition vers un changement profond, car l’Etat a décidé d’en finir avec l’importation de la poudre de lait pour promouvoir le lait cru. Mais les laiteries privées résistent : pour elles, les conditions ne sont pas encore réunies. Résultat : l’Etat leur livre moins de poudre, et elles ne peuvent plus produire. Pour le consommateur, cela conduira forcément, à terme, à la disparition du sachet à 25 DA. El Watan Week-end vous donne les clés pour comprendre pourquoi c’est nous qui faisons les frais de cette guerre Etat/privé.

Pourquoi une pénurie  maintenant ?

Cette année, l’Algérie a connu sa plus grave pénurie en lait. Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer cette situation. En 2009, le prix de la poudre a connu une baisse significative sur les marchés mondiaux. «Grâce à cette baisse, l’Office national interprofessionnel du lait (Onil) a voulu se faire bien voir de sa tutelle, le ministère de l’Agriculture, et a décidé d’imputer sa bonne performance à sa bonne gestion», analyse un privé du secteur. En conséquence, pour l’année 2010, le ministère de l’Agriculture aurait décidé de diminuer de 10% l’enveloppe financière allouée à l’Onil. Le prix de la poudre étant reparti à la hausse, l’Office n’a plus été capable d’importer la quantité prévue initialement, d’où le recours dernièrement à un nouvel appel d’offres. D’autres griefs sont avancés par les privés, comme les retards dans le dédouanement de la marchandise lorsqu’elle arrive au port. Le nouveau dispositif mis en place par l’Office au niveau de son service de transit, pour sortir la marchandise du port serait aussi, pour certains opérateurs, beaucoup moins performant que par le passé. Toutes ces critiques sont bien sûr démenties par l’Onil, qui accuse certaines laiteries de détourner la poudre pour la fabrication d’autres produits laitiers à forte valeur ajoutée, comme le fromage fondu ou le yaourt. Ce qui n’est pas complètement faux…

Mais à quoi sert l’Onil ?

En 2007, le prix de la poudre de lait s’envole sur les marchés mondiaux pour atteindre 6500 dollars la tonne alors que son prix était de 2300 dollars, quelques jours plus tôt. A cette époque, TradeMilk, filiale des Giplait (groupe public), était chargée d’importer la poudre pour les laiteries publiques, alors que les privés achetaient directement la leur auprès des traders. Cette situation a changé avec la réactivation de l’Onil  par le ministère de l’Agriculture. En 1997, l’Office sort donc de son hibernation et le ministère lui confie l’importation et la répartition de la poudre à toutes les laiteries. C’est l’Onil qui lance les appels d’offres, qui réceptionne et dédouane la marchandise, puis qui l’affecte aux 105 laiteries (88 privés et 15 publiques) au prix de159 DA/kg.  Dernièrement, l’Office a importé 800 tonnes de poudre  entreposées dans un hangar de Oued Smar et déclarées impropres à la consommation. L’Office a décidé de poursuivre en justice les fournisseurs. Le préjudice financier s’élèverait à 240 millions de dinars. Depuis 2007, l’Onil a vu passer trois directeurs généraux.

L’Algérie est-elle dépendante du marché mondial ?

Oui. Cette année l’Algérie va dépasser ses prévisions d’achat pour faire face à la pénurie que connaît le secteur. Elle va importer 130 000 tonnes de poudre alors qu’il était prévu de n’en importer que 121 000 tonnes. L’Algérie achète sa poudre de lait essentiellement sur le marché européen, alors que la poudre américaine est moins chère du fait de la faiblesse du dollar. Mais les frais de transport sont plus élevés. A cela s’ajoute une particularité de la poudre américaine, légèrement brune, alors que la poudre européenne est blanche. Rares sont les pays qui achètent encore de la poudre de lait mais parmi eux, figure la Chine, qui par sa forte demande, pèse sur les cours. Mais l’Algérie aussi… Dès que l’Etat lance un appel d’offres, les cours augmentent en moyenne… de 70 dollars !

Est-ce que la poudre est de bonne qualité ?

Oui, la poudre que l’Onil importe est de bonne qualité. Les odeurs de rance constatées lors de l’ouverture d’un sachet de lait sont dues à la mauvaise conservation de la poudre lors de son arrivée en Algérie, qui lui fait perdre sa fraîcheur.

Pourquoi le lait cru  n’arrive-t-il pas à s’imposer ?

Parce que malgré la volonté affichée par le gouvernement pour développer la filière du lait cru, trop d’écueils restent à surmonter. Tout d’abord, il faut développer les centres de collecte du lait, pour le moment inexistants. Consentir un plus grand effort financier pour inciter les laiteries privées à s’intéresser au lait cru. Autre problème : la constitution et l’entretien d’un cheptel bovin. Pour l’heure, la majorité des éleveurs, estimés à 13 000, ne possèdent qu’une à deux vaches. L’Etat continue d’injecter des sommes considérables dans la filière, 7 milliards de subventions en 2009 et 8,5 milliards en 2010, pour un résultat très en deçà de ses attentes.

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La crise fait le buzz

Depuis une semaine, la pénurie de lait fait le buzz sur le web. Les internautes algériens ne manquent pas d’inspiration pour exprimer leur désarroi face à la rareté du sachet de lait. YouTube, Facebook, Twitter : les supports sont différents, mais on ne peut s’y connecter sans remarquer les vidéos parodies, telles que le clip mis en ligne «Le lait mon amour», une vidéo parodie qui regroupe différentes images de sachets de lait, accompagnées d’un medley de chansons d’amour algériennes. Loufoque ? Moins que les statuts et tweets des internautes, drôles et poignants. Exemple : «Echange rein contre sachet de lait. Pénurie», «Avec cette pénurie de lait, on ferait mieux d’acheter des vaches pour l’Aïd» ou bien «Mutation des moutons en chèvres résultat de la pénurie de lait».

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Le rush après la prière de l’aube à Béchar

Est-ce le prélude à la suppression graduelle – non encore officiellement annoncée – de la subvention du lait en sachet et la libéralisation de son prix comme n’hésitent pas à l’affirmer certains observateurs ici à Béchar ? Sur les étals des détaillants, plusieurs marques de lait, dont le prix oscille entre 70 et 80 DA, sont proposées aux clients alors que le produit en sachet subventionné à 25 DA a presque disparu du marché depuis plusieurs semaines. Son indisponibilité se prolonge même si elle n’est pas vécue avec la même intensité qu’au mois de Ramadhan dernier.

Mais on peut dire que les signes avant-coureurs d’une longue perturbation dans l’approvisionnement régulier remontent à cette époque. Car c’est le système de distribution du lait subventionné qui reste défaillant et donc inefficace. Il est vrai qu’après le mois de Ramadhan, la commercialisation normale du sachet de lait a repris progressivement, mais la tension sur les marchés locaux n’a pas baissé pour autant. L’Orolait, office public de distribution et de commercialisation du lait et ses dérivés, approvisionné par l’usine de production d’Igli, à 170 km au sud de Béchar, avance le sempiternel argument de l’insuffisance de la poudre de lait pour justifier la tension et les files d’attente sur les marchés.

Cependant, depuis le début du mois de novembre, l’exacerbation de la crise est devenue insupportable pour de nombreux citoyens, sortis de leur silence pour dénoncer le système en place qui véhicule la mauvaise distribution, des incohérences et une pénurie, à leurs yeux, planifiée. Face à la hantise de la crise qui s’aggrave, certains pères de famille, qui se réveillent de bonne heure pour faire la prière de l’aube, n’ont d’autre choix que d’acheter, aux premières lueurs du jour, dix à quinze sachets de lait chez les commerçants qui reçoivent une quantité insuffisante.

Ainsi, lundi dernier, sur le principal marché couvert du centre-ville, le lait en sachet n’était plus disponible chez l’un des principaux commerçants alors que les clients attendaient en file devant le magasin. «Nous recevons une quantité estimée entre 150 et 200 litres/jour de l’Orolait, quantité qui est en deçà de la forte demande exprimée», nous confie sur un ton pressé le propriétaire du magasin. Ce que dément formellement le directeur de l’usine de production d’Igli contacté par téléphone. Selon ce responsable, depuis début novembre, son unité produisait 20 000 litres/jour mais depuis vendredi dernier avec la réception de la poudre de lait constituée de 26% de matières grasses, cette quantité a augmenté pour atteindre les 30 000 litres/jour en mesure de couvrir les besoins de la population de la wilaya évaluée à 240 000 habitants.

Notre interlocuteur s’étonne même de la persistance de la tension et l’impute à «des pratiques de rétention dans un but spéculatif de la part de certains commerçants peu enclins à exercer honnêtement leur profession». Néanmoins, pour les citoyens financièrement aisés, le problème d’acquisition du lait ne se pose pas. Ils achètent les briques de lait demi-écrémé à 70 DA, une façon aussi d’atténuer les effets de la forte demande sur le lait subventionné.

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De la poudre au p’tit dej’ à Ouargla

A Ouargla, la crise du lait en sachet perdure depuis… l’indépendance ! Pour vivre heureux, tout le monde s’est rabattu sur le lait reconstitué.La légende raconte que le saint patron de Ouargla, Sidi Belkheir Chatti, avait pour principale prouesse  de ramener du lait quand il était impossible d’en avoir. «Hellab el atrous», littéralement «celui qui trait le bouc» est fêté chaque année, au printemps, mais il ne motive aucune action concrète, pas même celle d’organiser une collecte dite du lait caprin ou camelin qui fait pourtant la réputation des tribus nomades sédentarisées dans la région et dont la principale activité économique reste l’élevage.

Ceci pour l’introduction, car la wilaya de Ouargla vit une crise continue du lait qui au lieu de motiver des investissements dans la filière lait a au contraire imposé à la population un changement radical de ses habitudes alimentaires les plus ancrées : celle de consommer du lait frais. Ouargla ne vit donc pas la crise du lait comme toutes les villes, car ici on ne produit pas, mais on consomme volontiers ce qui nous arrive des usines du Nord et celles de Ghardaïa depuis peu d’années. Les transporteurs de lait viennent notamment des Aurès et du Constantinois et moins régulièrement de l’Algérois. L’approvisionnement de lait en sachet n’est pas quotidien mais plutôt hebdomadaire, qu’il vienne de Ghardaïa qui exporte son surplus de production chaque lundi ou d’autres sources plus éloignées.

Ces dernières posent le problème du non-respect de la chaîne de froid, ce qui altère la qualité du lait et le supprime d’office de la table du petit-déjeuner, puisqu’il ne peut être bouilli. La quantité de lait acheminée vers Ouargla n’est pas estimée par les services du commerce, mais les commerçants s’accordent à dire que le lait en poudre est de loin le plus demandé car  plus disponible. Ceci est d’autant plus vrai que que l’irrégularité de l’approvisionnement, la qualité et le prix du sachet de lait (35 DA le litre) en font un produit hors de prix pour le commun des consommateurs qui s’en détournent – en dehors de la période du Ramadhan et celle de la cueillette des dattes où le lait reprend sa place privilégiée.

Les produits laitiers du Mzab sont quant à eux d’un tout autre ordre et se placent d’emblée hors de la gamme des aliments consommés quotidiennement par les ménages. Ce qui arrive des pâturages du Mzab est essentiellement constitué de produits haut de gamme comme le pur lait de vache, et en moindres quantités, le sachet à base de lait reconstitué mais aussi et surtout des produits du terroir revisités au goût du jour comme le lait de chamelle et de chèvre, le beurre frais et le fromage de chèvre local dit kemaria. En une décennie et par la seule volonté des éleveurs et d’une poignée d’industriels, Ghardaïa est devenue le chef de file de la filière lait dans le sud du pays.

Ceci étant, il est important de souligner que la petite industrie, particulièrement agroalimentaire, dans la wilaya de Ouargla reste à la traîne, puisqu’elle ne compte que quelques minoteries et fabriques de pâtes alimentaires. Pour des raisons  inexpliquées, toutes les initiatives de création de laiteries ou mini laiteries entreprises auprès du Calpiref durant les dix dernières années n’ont jamais abouti. La laiterie lancée il y a trois ans par un pharmacien de Zaouia Abidia, dans la daïra de Touggourt, n’a jamais mis ses produits sur le marché.

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Hafid Djellouli. Directeur général de l’Office national interprofessionnel du lait : Cette crispation arrive au moment où l’Office décide de contrôler les laiteries

-Pourquoi y a-t-il pénurie de lait ?

Il n’y a pas de pénurie. Il y a une perturbation dans la distribution.

-Le mot «pénurie» vous fait peur…

Oui. Il renvoie à de trop mauvais souvenirs et fait peur aux gens. D’ailleurs, vous, les journalistes, à force de parler de pénurie, vous êtes en train d’affoler les consommateurs qui sont persuadés qu’il ne va plus y avoir de lait sur le marché.

-Quand exactement ?

Ce matin (nous avons réalisé l’entretien dimanche, ndlr). Nous avons distribué 1000 tonnes de poudre de lait aux laiteries. Je peux vous assurer que tout rentrera dans l’ordre dans les prochains jours.

-Vous n’avez toujours pas répondu à ma question. Quand ?

Au plus tard jeudi dans l’Algérois.

-Mais l’Algérois n’est pas l’Algérie. Dans certaines régions du pays, le sachet coûte par exemple 35 DA à Oran et 38 DA à l’Est !

Dans certaines régions, ce sont les distributeurs, avec la complicité des transformateurs, qui profitent de la perturbation pour céder, plus cher, le sachet de lait aux revendeurs. Pour y remédier au plus vite, nous avons réceptionné 500 tonnes de poudre de lait à Annaba qui seront très vite distribuées.

-Les Algériens ne comprennent pas pourquoi ils doivent faire la queue des heures pour acheter un sachet de lait. Comment expliquez-vous cette perturbation ?

Je ne me l’explique pas. Mais je soupçonne certaines laiteries d’attiser cette perturbation. S’il y avait pénurie, comment expliquez-vous alors qu’il n’y ait pas pénurie de yaourts, eux aussi fabriqués à partir de la poudre de lait ? Cette crispation arrive, par exemple, au moment où l’Office, que je dirige, a décidé de procéder au contrôle des laiteries. Nous leur avons demandé de nous dire où elles plaçaient le lait et certaines ont refusé de nous répondre. Ont-elles des choses à cacher ? Je peux vous révéler qu’une laiterie privée a fabriqué, hier, du lben au lieu du lait. Je ne porte pas de jugement. Chaque laiterie est libre de fabriquer ce qu’elle veut. Mais reconnaissez qu’en cette période difficile, on aurait bien aimé que tout le monde joue le jeu de la transparence.

-Ce sont donc les laiteries privées qui sont responsables de cette situation…

Pas toutes. Nous travaillons à assainir le secteur. Nous devons contribuer à protéger les vrais professionnels du secteur des parasites. Pour cela, mon souci premier est de susciter le débat au sein de l’intersyndicale.

-Mais certaines laiteries vous accusent de ne pas avoir reçu leur quota de poudre depuis le mois de septembre…

C’est faux ! Regardez ces documents : voici les états qui prouvent que tous les jours je distribue de la poudre ! J’ai les preuves de ce que j’avance ! Jamais il n’y a eu rupture de stock. L’Onil affecte, en moyenne, 300 tonnes par jour aux laiteries.

-Vous avez, dernièrement, lancé des appels d’offres pour acheter de la poudre. N’est-ce pas une preuve qu’il y a pénurie ?

Absolument pas ! On a décidé d’acheter plus qu’il n’était prévu pour résorber la perturbation. On devait importer 140 000 tonnes de poudre cette année. Nous en importerons au final entre 160 000 et 170 000 tonnes.

-On vous accuse, aussi, de favoriser les laiteries publiques au détriment des laiteries privées…

Je ne suis pas fou ! Je ne sais pas qui vous a dit ça, mais c’est encore un autre mensonge ! Je travaille avec toutes les laiteries sans exception. L’Onil distribue 50% de la poudre importée vers les 88 laiteries privées et les 50% restant vers les 15 laiteries que possède l’Etat (Giplait). Ce partage a été négocié avec tous les acteurs du secteur. Nous n’avons jamais favorisé les laiteries publiques au détriment du privé.

-L’Etat a décidé de favoriser le développement de la filière du lait cru mais ça coince. Pourquoi ?

Il faut impérativement développer cette filière et permettre au lait cru de prendre une plus grande part de marché. L’Etat multiplie les initiatives pour permettre à la filière de décoller. On va multiplier les centres de collecte et augmenter les primes accordées aux éleveurs. L’objectif est d’arriver à couvrir 75% des besoins en lait.

-Le sachet de lait cru va coûter 35 DA. L’Etat est-il prêt à prendre une telle décision ?

C’est inévitable. Il faudra la prendre.

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Abdelouahab Ziania. Président de la Fédération agroalimentaire de la CIPA : L’Onil fonctionne comme un pompier.Il éteint le feu quand ça brûle

-Vous ne semblez pas surpris par cette crise du lait…
Elle était prévisible. Ça fait des mois qu’on tire la sonnette d’alarme pour dire que l’Onil gère la distribution de la poudre de lait de façon catastrophique. C’est bien beau, aujourd’hui, de vouloir incriminer le privé, mais la réalité est tout autre.

-Qu’est-ce que vous reprochez à l’Onil ?

D’être incapable de distribuer équitablement la poudre à travers les régions. Par exemple, la région Centre reçoit deux fois plus de poudre que la région Ouest. Résultat : le lait coûte 35 DA à Oran. L’Onil peut toujours  accuser les transformateurs et les distributeurs d’être derrière la flambée du prix du sachet de lait dans l’Ouest, mais la réalité, c’est que quand il n’y a pas assez de poudre, il n’y a pas assez de lait et par conséquent, le marché est perturbé.

-Les laiteries sont accusées de transférer la poudre destinée à la fabrication du lait vers d’autres produits, et donc d’être responsables de la pénurie…

Il y a peut-être des laiteries qui agissent de la sorte. Mais l’Etat a les moyens de sanctionner celles qui sont en infraction. En tant que confédération responsable, nous appelons l’Etat à sanctionner tous les tricheurs. En revanche, je refuse qu’on jette le discrédit sur l’ensemble des laiteries pour cacher son incompétence. Les laiteries sont prises entre le marteau et l’enclume. Quand une laiterie ne reçoit pas sa part de poudre à temps, elle fonctionne avec la poudre qui lui reste en stock et se voit contrainte de diminuer sa production. Ce sont ces retards qui alimentent la pénurie. Aujourd’hui, les Algériens sont obligés de patienter des heures pour un sachet de lait. Dans certaines régions, il n’y a pas la moindre goutte de lait depuis des semaines. La situation est tellement explosive que certains distributeurs ont décidé de distribuer le lait à 2h du matin, d’autres de le vendre directement aux consommateurs, parce qu’ils ont peur que les camions soient pris d’assaut.

-Pourtant, l’Onil a assuré détenir un stock stratégique…

C’est faux, l’Onil n’a aucun stock stratégique. Il fonctionne comme un pompier. Il éteint le feu quand ça brûle. C’est ce qu’il fait quand il lance des appels d’offres pour acheter de la poudre sur les marchés internationaux. Il faut travailler autrement si on veut éviter une nouvelle catastrophe. Aujourd’hui, personne ne peut dire si la situation va prochainement revenir à la normale. Nous avons fait des propositions à l’Office qui sont restées lettre morte.

-Vous accusez aussi l’Onil de favoriser les laiteries publiques…

Le peu de poudre que l’Onil avait, il l’a distribué aux Giplait. C’est un fait. Les 88 autres laiteries privées se débrouillent comme elles peuvent. Une grosse laiterie, qui représente 80% du marché sur le Centre, n’a reçu que 40 tonnes sur les 500 achetées – car les laiteries paient à l’avance la poudre qu’ils vont transformer. Voilà une autre anomalie que nous impose l’Onil.

-L’Etat veut dynamiser la filière du lait cru. Certains tentent-ils de torpiller l’initiative ?

Nous sommes pour l’arrivée, progressive, du lait cru. Nous avions déjà proposé de n’importer que 110 000 tonnes de poudre au lieu des 140 000 prévus, pour permettre l’entrée du lait cru sur le marché. L’Etat s’est empressé de pratiquer un chantage envers les laiteries en conditionnant l’attribution du quota de poudre à l’achat de lait cru. Mais il n’y a pas assez de centres de collecte. Du coup, on demande aux laiteries d’aller s’approvisionner directement chez l’éleveur. Elles n’ont pas à le faire, ce n’est pas leur boulot. De plus, s’il y a une réelle volonté pour dynamiser la filière du lait cru en Algérie il faut mieux payer l’éleveur, le collecteur et la laiterie. Ensuite, il faut que les Algériens changent leurs habitudes alimentaires en optant pour le lait cru. Pour cela, il faudra des campagnes de sensibilisation pour expliquer les bienfaits du lait cru. Par exemple, la Tunisie ne consomme que du lait cru. Ils sont autosuffisants et ils transforment leur excédent de lait cru en poudre, qu’ils revendent.

Houria Alioua, M. Nadjah


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5 Commentaires sur cet article

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  • fess
    19 novembre 2010 at 16 h 51 min - Reply

    N’oublions pas la visite du president du FMI le mois dernier.
    Alors faites un petit rapprochement et faites vos calculs.




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  • amel
    20 novembre 2010 at 10 h 32 min - Reply

    salam,
    buvons du thé comme notre frére Alilou oukhalilhoum lahlib iwali rayab!




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  • M.J
    21 novembre 2010 at 19 h 21 min - Reply

    @ Amal .
    youelli lehlib ça fait loooooongtemps. C’est une blague qu’on raconte à propos d’un algérien ne parlant pas français et voulant dire lait caillé ou rayeb.




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  • MJ.
    21 novembre 2010 at 19 h 23 min - Reply

    Il ne manquait plus que le lait pour nous empoisonner l’existence. Vive l’exil. Donnez leur sonatrach, mais qu’ils nous donnent des visas et on vous laisse le pays.




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    22 novembre 2010 at 14 h 23 min - Reply

    C’est une question de beurre et d’argent du beurre que les parrains de la maffia du lait et du beurre se disputent. Rien que ça, un tête à tête pour téter




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  • Congrès du Changement Démocratique