Édition du
26 March 2017

Est-il interdit de dire la vérité en Algérie?

Par Ait Benali Boubekeur

L’Afrique magazine, un mensuel francophone international, consacre, pour le mois en cours, un dossier intéressant sur l’Algérie. En dépit d’une variété du contenu, ce titre aurait été interdit en Algérie pour avoir abordé l’actualité brulante. L’enquête s’intitule: « A quoi pensent les Algériens.? » L’auteur, Malek Bechir, explique d’emblée qu’il subsiste en Algérie une contradiction viscérale: le pays avance cahin-caha et freine en même temps. En disant cela, l’auteur s’échine-t-il à débiner son pays? L’analyse qu’il fait plaide pour sa bonne foi, bien qu’il puisse y avoir des gens qui ne partageront pas son analyse. Selon toujours l’enquêteur, la société algérienne n’est pas homogène, et tant mieux qu’on ne soit pas tous identiques, dans la mesure où  » le souci de préserver ses traditions et un désir de modernité » sont en sempiternelle débat. Concomitamment à ce phénomène, le régime vit une crise qu’il n’ose pas avouer. Il y a manifestement, selon l’enquêteur, une volonté d’ouverture, mais elle est également dominée par  » l’irrésistible tentation » de verrouiller le système.
En effet, peut-on parvenir à une situation apaisée lorsque le pays a réalisé un des pires démarrages consécutif à la crise de l’été 1962? Sur le plan économique, signale l’enquêteur, le même régime a eu à régir deux systèmes économiques diamétralement opposés: le socialisme centralisé et le libéralisme sauvage. Et ce sans qu’il y ait la moindre concertation avec le peuple. Ce n’est pas le simulacre d’ouverture des années 1990, obtenu au forceps, qui pourrait prouver le contraire. Selon Malek Bechir, la population est désormais traumatisée,  » désabusée par la politique et les affaires de corruption ou le clientélisme, résignée sur l’utilisation de la manne pétrolière et simple spectatrice des décision diplomatiques, elle se concentre sur elle-même et ses aspirations à un mode de vie plus confortable. »
Ainsi, malgré l’adoption de quatre lois inhérentes à l’amnistie, le climat sécuritaire ne s’est pas amélioré pour autant. Bien qu’il y ait eu un référendum sur la réconciliation nationale, il n’en reste pas moins que le projet fut concocté en dehors d’un débat préalable. Du coup, l’absence de débat influe négativement sur la libre expression. la conséquence est sans appel pour nos élites, a-t-il argué. celui qui ne pense pas comme le système, écrit-il en reprenant un sociologue algérois, est automatiquement contre le système. en effet, poursuit l’auteur de la fabuleuse enquête,  » selon cette vieille tradition de la mentalité militaro-révolutionnaire, le pouvoir ne considère les intellectuels que lorsqu’ils véhiculent son idéologie ou sa propagande. » Dans un système bridé, le régime distingue-t-il d’ailleurs universitaires ou non universitaires dans sa politique d’emprise sur la société? Le phénomène des Harragas est une preuve irréfutable de cette politique de rejet et de domination. Ainsi, l’absence de toute perspective d’avenir incite les jeunes Algériens à vouloir chercher leur bonheur ailleurs que dans leur pays. Bien que le gouvernement ait voté la loi, en juillet 2008, criminalisant les Harragas, les tentatives de départ n’ont pas cessé. Pas moins de 230 Algériens ont été interceptés dans les eaux européennes ces deux derniers mois, explique l’enquêteur. Et ces choses ne purent se produire qu’en l’absence d’une justice équitable. Comme le dit si bien l’enquêteur, les Algériens ne font guère d’illusions sur leur justice.  » Pour gagner une affaire, il faut connaitre les tarifs des juges et des procureurs, résume un avocat pénaliste du barreau d’Alger », a-t-il écrit.

Ceux qui ne payent pas sont tout bonnement ignorés par la justice de leur pays. Un policier en Kabylie s’est permis de jeter sa famille dehors pour occuper, avec sa femme et sa belle mère, seul la maison. sept ans plus tard, le père de famille a construit une autre maison pour rassembler sa progéniture. Depuis prés de quatre ans, la justice est incapable pour les départager sur ce que doit revenir à chacun d’eux. C’est simplement une honte. Même au temps de la colonisation, il n’y avait pas autant de négligence.
Cependant, sur le plan international, selon l’auteur de l’enquête, les Algériens ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde que leurs dirigeants. Sur la question marocaine, par exemple, la rue algérienne ne cesse d’émettre le vœu de voir les deux États cohabiter sans anicroche. Quant à la question du Sahara Occidental, ses habitants devraient choisir en toute liberté s’il voulaient rester dans le giron marocain ou vivre indépendants par rapport à cet État. En revanche, pour le cas de la France, la rue a un regard sévère. Il y a le passé commun qui est glorifié en France alors que les séquelles de la colonisation sont perceptibles jusqu’à nos jours. Dans quelques jours, un envoyé spécial de Sarkozy, Jean Pierre Raffarin, se rendra en Algérie. Il est, selon l’enquêteur, le Monsieur investissement de la France en Algérie. Une nouvelle rencontre aura lieu pour réviser les accords de 1968 accordant à l’Algérie un régime spécial en terme d’immigration. Si cet accord est révisé, ça sera l’unique diplomatie au monde qui lâche du lest sur sa communauté à l’étranger.


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8 Commentaires sur cet article

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  • Ammisaid
    27 novembre 2010 at 16 h 34 min - Reply

    Oui.




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  • Sami
    27 novembre 2010 at 19 h 23 min - Reply

    C’est vrai et meme plus pire que ca !!




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  • aboudouma
    27 novembre 2010 at 21 h 39 min - Reply

    Tres interessante etude !
    Elle enrichit la documentation sur l’algerie contemporaine et sur la pratique politique dans ce pays
    quelques remarques :
    -Selon toujours l’enquêteur, la société algérienne n’est pas homogène, et tant mieux qu’on ne soit pas tous identiques,
    commentaire:
    l’homogeneité sociale n’est pas une similitude qui touche les gouts et les pechants des personnes composant une société donnée : l’HOMOGENEITE sociale est le partage d’un certain nombre de substrats culturels, historiques et emotionnels qui font que devant un stimulis menaçant ces substrats , la reaction est UNANIME et IDENTIQUE

    Or l’algerie , devant plusieurs « stimulis » menançants , ne semble pas avoir produit la meme reaction identique et unanime :
    -devant la colonisation (depuis l’empire romain) la population a reagi differement selon les interets et les penchants : l’occupation n’a pas ete vecue comme une atteinte aux composantes superieures culturelles ( notamment religieuses), economiques et politiques.
    Elle a ete bien vecue par la majorité et differement combattue par une minorité
    Il a fallu un appareil ideologique ‘ le FLN) et une structure militaire l’ANP , pour susciter et accelerer le sentiment national, la resistance et le combat .
    -le FIS; a ete soutenu par une majorité electorale , mais une minorité militaire et ses reseaux politiques et economiques s’est opposée a cette volonté populaire et a fait avorter la premeire experience democratique du pays

    Ce n’est pas le simulacre d’ouverture des années 1990, obtenu au forceps, qui pourrait prouver le contraire. Selon Malek Bechir, la population est désormais traumatisée, » désabusée par la politique et les affaires de corruption ou le clientélisme, résignée sur l’utilisation de la manne pétrolière et simple spectatrice des décision diplomatiques, elle se concentre sur elle-même et ses aspirations à un mode de vie plus confortable. »
    commentaire:
    l’etude parle d’ouverture economique ; je ne crois pas : cette pseudo ouverture n’etait en fait qu’un changement opere dans la procedure par laquelle le regime depouillait les algeriens

    Du coup, l’absence de débat influe négativement sur la libre expression. la conséquence est sans appel pour nos élites, a-t-il argué
    commentaire:
    le debat est en principe prevu par les constitutions des pays democratiques ou le debat est un des moyens prevus pour corriger les imperfections de la democratie
    L’algerie ;ou le regime fait vivre la population dans la terreur de l’etat d’exception et de la loi martiale depuis 1962 , ne peut connaittre de vrai debat.
    Pire, le non debat est institutionnalisé par les lois: la loi sur la concorde nationale INTERDIT aux VICTIMES d’ENGAGER UN DEBAT sur le SORT DES 250000 disparus ou victimes de la terreur etatique…………les meres, les epouses et les soeurs de ces victimes du regime font les frais de cette « GENEROSITE » fait par le regime aux assassins de tous bords …..notamment ceux de l’ANP.




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  • algerien
    27 novembre 2010 at 22 h 53 min - Reply
  • algerien
    27 novembre 2010 at 22 h 54 min - Reply

    deuxieme lien pour le magazine

    ==================================
    Lequel?
    Le 1er lien n’est pas fonctionnel.
    La Rédaction LQA




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  • algerien
    28 novembre 2010 at 1 h 49 min - Reply
  • lalmani
    29 novembre 2010 at 21 h 44 min - Reply

    Le lien ci-dessus @algérien fonctionne. Je confirme. Il faut attendre environ 1mn après avoir cliqué sur Download pour pouvoir télécharger le pdf (47.9 Mb).




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  • Abdel Madjid AIT SAADI
    30 novembre 2010 at 18 h 05 min - Reply

    je vous invite au moment où d’un côté, nous avons des « fuites » suscitées, comme armes de guerre psychologique, certainement, et de l’autre, certains autres « services alliés » conjoncturels, qui suscitent des interventions d’intellectuels, appâtés ou simplement naïfs, pour tenter de « justifier » des comportements maffieux ou bestiaux, commis contre leurs propres peuples, aux fins d’éluder le risque de se voir, si tant est qu’un renversement d’alliances pouvait advenir, le cauchemar de se voir traduit devant un TPI, non « maitrisé ».

    Après tout, Pinochet a été un coup de semonce, US-raéliens, pour ébouriffer d’éventuels « alliés » arabes, ou tiers mondistes, au cas où, il leur viendrait à l’idée de réviser leur comportement à propos de l’AQMI, des « islamistes » honnis, du partage de pouvoirs avec des perturbateurs « démocrates » qui voudraient mettre leur nez, dans les « petits arrangements » énergétiques et les concessions de bases militaires ou d’écoute.

    En effet, tous ces grains de sable dans un erg oriental ou occidental, avec autant de dunes ne sauraient que déplaire à Oncle Sam, qui voit flétrir son image de « libérateur », depuis qu’il s’est englué aussi bien en Afghanistan et en Irak, tout en continuant de traîner, impuissant le boulet « Hisse-raélien » qui suscite haine et méfiance, même de la part de ses mécènes et autres cheikhs et roitelets assis sur un océan d’or noir trop salissant pour être mis au service de leurs « sujets » condamnés à vivre dans la quasi misère.

    Que faire alors, sinon susciter une campagne de fausses informations libellées « secrètes », pendant que les « alliés » ad-hoc, à titre révocable et temporaire, vivent dans le cauchemar de quelque « révélation », gênante, pour leur image de marque.

    Comme les « valets » n’ont pour la plupart, pas de barbichette, « anti-islamisme » militant oblige, puisque Karl Marx, est passé de mode, les impérialo-sionistes, font jouer à leurs SAYANIM, (taupes) des menuets de haute voltiges, comme nous en avons eu la primeur avec certains livres de haute f-RACC-ture, comme celui d’un illustre  » bouleticard » dépassé, qui a cru utiliser un héros national, pour susciter la division du mouvement national, concomitament à la proclamation d’un « gout-vers-ne-MENT brou-fissoire » dans un quelconque night club « Bar-isien », pendant que la cavalerie des hussards « intellectuels » et autres EX-1ier mi-Nistres, se mettaient à nous « rêvé-Lait » qui, son harkisme, qui ses « solutions de sortie de crise », et qui, intellectuel « non intéressé », son analyse, pour nous faire comprendre que celui que nous pensions être notre bourreau, ne l’est pas du tout, mais est lui-même un « pur produit national », voire un simple thermomètre qu’on ne saurait donc casser.

    Mais pour comprendre toutes ces méthodes pour nous con-Vaincre de l’inanité de toute action pour démocratiser notre pays, et comme le disait notre frère Said Rajef, qui nous dit que le « pouvoir » qui ne dispose pas de journalistes d’investigation, ni d’intellectuels probes et lucides, ayant accès à l’information, dispose lui, par contre, d’un « moustachu » partout où une khbar pourrait s’élaborer, pour la mettre à la disposition de qui de droit, comme on les appelle dans la restauration, officiers « traitants » pour ne pas dire traiteurs, et a quelques nuances ou lettres près, traitres, car le « harkisme » de SAG, est peut-être sorti de mode.

    Pour faire plus court, je vous invite à voir cette série de trois VIDEOS, qui nous apprendront plus qu’un discours d’une heure.
    Franck ABED reçoit Jacob COHEN pour un entretien évoquant le livre : Le printemps des sayanim. Ce livre qui se veut un roman traite des sayanim – informateurs en hébreu – qui sont des juifs de la diaspora et par  » patriotisme « , ils acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes. En France, leur nombre serait évalué à 3000…
    Combien sont-ils en Algérie, travaillant pour les locaux et pour nos ex tuteurs du Nord méditerranée ou d’Outre Atlantique, avec pour seul objectif, le pouvoir pour le pouvoir, l’impunité et la fortune, quitte à ce que ce soit sur le dos du peuple tout juste sorti d’une « nuit coloniale » suivie d’une guerre fratricide injustifiable ?

    http://www.dailymotion.com/video/xevhol_franck-abed-recoit-jacob-cohen-1-3_news




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