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29 March 2017

Trop tard, elle vient de mourir…

Restauration de La Casbah

Trop tard, elle vient de mourir…

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El Watan.com le 25.11.10

Bien sûr que le rapport final est fin prêt, mais lequel ? Celui de la réhabilitation de La Casbah ou celui de la disparition de la carte géographique de la ville d’Alger.
J’ai pris connaissance de votre article «Le document final élaboré vient d’être ficelé. Avant d’être soumis, pour approbation, au conseil de gouvernement, ce plan sera également soumis au débat au niveau de l’APW».
Combien de plans ont suivi le même chemin sans trouver d’issues ? Depuis plusieurs années, La Casbah n’a pas pu attendre pour se dégrader et se détruire. L’abandon des hommes et l’usure du temps n’ont pas eu le même parcours que votre plan.
La fondation Casbah a, depuis plus de quinze années, rencontré tous les hauts responsables, visité toutes les administrations, participé à plusieurs réunions, débats, etc., mais à l’époque, La Casbah était malade mais pas encore morte. La Casbah, c’était 1700 bâtisses, puis 1200, puis 1000, puis 800, puis 500, dont la plupart menacent ruine. Tous les problèmes posés par cette Casbah ont trouvé une solution. Vous parlez de propriétaires privés, d’héritiers, etc. Une association a été spécialement créée pour gérer ce problème, une loi a été votée et promulguée pour ce genre d’entraves.

C’est la loi 98-04 du 15 juin 1998, il ne reste plus qu’à l’appliquer dans tous les cas de figures. Vous parlez des placettes, c’est-à-dire des espaces vides récupérés suite à l’effondrement de certaines maisons. Je ne suis ni architecte, ni ingénieur, ni idéologue, mais la théorie des dominos ne pardonne pas dans ce cas de figure. Nous n’avons pas le choix, c’est la reconstitution à l’identique dans certains quartiers qu’il faut impérativement retenir comme option. Il ne faut surtout pas lésiner sur les moyens, car il ne s’agit pas de logements OPGI, sociaux, AADL ou autres, mais de l’histoire de notre pays et d’un patrimoine universel, faut-il le rappeler.  Une nation qui n’a pas d’histoire et pas de mémoire, n’a pas d’avenir. On en prend conscience aujourd’hui, je peux et je suis à l’aise pour le dire, qu’il est peut-être trop tard. Le malade qu’il fallait soigner vient de mourir. Trop d’encre a coulé sur La Casbah, on a trop parlé ou pas assez, dans la presse écrite et dans les revues, dans les cafés et les rencontres, dans les forums et les ministères, aujourd’hui, la question est d’actualité : faut-il sauver La Casbah et comment, ou faut-il prendre la responsabilité de l’irréparable et laisser disparaître ce qui reste ? La Casbah n’est pas une réserve d’Indiens, et encore moins un ghetto, mais avec le temps, l’administration est arrivée à en faire un centre de transit, un centre de mal-logés et de laissés-pour-compte. Tel est le résultat auquel nous avons abouti par une gestion catastrophique de ce site historique.
La Casbah a été divisée en plusieurs îlots, et la réhabilitation a commencé par l’îlot supérieur, Sidi Ramdane, avec le transfert de 489 familles.
Malheureusement, cet élan a été stoppé par un wali d’Alger en bloquant tant d’années d’efforts et de réflexion.
Vous faites des promesses, mais cette politique de La Casbah a assez duré, cela fait plus de 30 ans que vous nous nourrissez de promesses.
Mais le résultat est là, il n’y a plus de Casbah, nous sommes à l’aise, nous détenons toutes les réflexions, les propositions et les solutions qui ont été présentées aux autorités pour sa réhabilitation. Vous assumez l’entière responsabilité de la disparition de La Casbah.
J’accuse ceux qui ont eu la charge de préserver ce patrimoine de sabotage, de destruction du patrimoine national et universel.
J’invite tous ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, j’invite les journalistes, les fonctionnaires, les hommes de culture à une visite sur le site, à un pèlerinage dans ce lieu historique devenu un monstre, une ville bombardée où les ruines donnent froid dans le dos. A. M.

Ali Mebtouche. Président d’honneur Fondation Casbah


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4 Commentaires sur cet article

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  • khaled
    28 novembre 2010 at 14 h 32 min - Reply

    CASBAH D’ALGER

    Casbah d’Alger, d’Ibnou Ziri
    Tendre berceau que je chéris
    Depuis l’enfance, je suis épris
    De ta splendeur, et féerie

    Toi, l’auréolée; presque sacrée
    Toi, où j’ai mes racines ancrées
    Dis-moi, sans être indiscret
    Tes mille légendes, et mille secrets

    Raconte moi l’amirauté
    De Hamidou, et sa jetée
    D’où, tes vaillants corsaires partaient
    Quand l’étendard aux mâts flottait

    Raconte moi, ces folles courses
    De tes Raïs, et Barberousse
    Toutes voiles dehors, partant aux trousses
    De boucaniers, pris par la frousse

    Raconte moi, leur épopée
    Leurs aventures, et équipées
    Entre deux mers, maniant l’épée
    Pour imposer, crainte et respect

    Raconte bahdja, raconte encore
    Tous les assauts, bord à tribord !
    Tous les combats, et corps à corps
    De tes corsaires, livrés à mort

    Narre, leur retour tôt le matin
    Rentrant, vainqueurs avec butin,
    Trophées, bijoux, vivres et satin
    Se préparant pour le festin

    Dis-moi aussi, mon vieil Alger
    Combien de fois, ces étrangers
    Venus de loin, pour t’assiéger
    Furent repoussés et expurgés

    Combien de flottes de ces voiliers
    Chargés d’ennemis, et leurs alliés
    Pensant, hostiles te faire plier
    Ont fait naufrage, ou replié

    Raconte moi, jusqu’au détail
    Toutes les tornades et les batailles
    Et, ce fameux coup d’éventail
    Donné fièrement, et … vaille que vaille

    Et tes  » douérates  » aux beaux piliers
    Enchevêtrées, tels des colliers
    Sont-elles, l’œuvre de joailliers
    Ou bâtisseurs, fous à lier

    Fais-moi l’aveu, dis-moi comment
    Par quel miracle, quel argument
    Ont-elles tenu, solidairement
    Sans le béton, sans le ciment

    Dis-moi bahdja, pour l’infini
    Merveille du monde, en harmonie
    Tes architectes, aux mains bénies
    Sont-ils humains ou des génies

    Casbah d’Alger, la pittoresque
    Raconte moi, ton style mauresque
    Tes ornements, tes arabesques
    Qui charment mon âme romanesque

    Raconte bahdja, la magnifique
    Au passé riche et fantastique
    Raconte, tes souks et tes boutiques
    Et artisans aux doigts magiques

    Dis-moi, les arts et les métiers
    Qui donnaient vie, à tes quartiers
    Les tisserands, les bijoutiers
    Les dinandiers, et les potiers

    Veux-tu aussi, me relater
    Tes langoureuses nuits d’été
    Ecoutant, chantres, et cheikhs chanter
    Le genre chaâbi, autour d’un thé

    De leur voix d’or, ce riche métal
    L’on savourait leur récital
    Jusqu’à l’heure où, tel un cristal
    Brille, la rosée sur les pétales

    Veux-tu me dire et me narrer
    Tes belles fontaines décorées
    Aïn-m’zoueka, la colorée
    Où, je rêve me désaltérer

    En empruntant rue staoueli
    Raconte, et sort de cet oubli
    Dis-moi, ton saint sidi ben ali
    Est-il sanhadj ou kouroughli

    Exerces-tu de la magie
    Ou est-ce ton charme qui agit
    Pour enfermer les casbadjis
    Dans les toiles de la nostalgie

    Comme une offrande, un rituel
    J’irai sans guide, sans manuel
    En pèlerin, habituel
    Me recueillir, dans tes ruelles… Casbah !
    Merzak OUABED
    Alger, juin 1998




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  • Hamma
    28 novembre 2010 at 18 h 02 min - Reply

    Salam.

    A Monsieur Ali Mebtouche,

    Ce même Wali avait ordonné la démolition totale du Bastion 23 car le président Chadli de passage devant cet ilôt, trouvait inutile de dépenser 5 Millions de dollars (coût du marché initial) pour sa restauration par une société Italienne. L’opinion nationale et internationale (Unesco) avait été immédiatement saisie. Ce qui a fait annuler la décision et permis da sauver ce monument. Où est passé l’Ofirac?

    Ce témoignage tend à démontrer le niveau de culture de nos dirigeants.

    Fratrenellement.

    Salam.




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  • fess
    29 novembre 2010 at 12 h 05 min - Reply

    @Hamma
    L’OFIRAC a ete dissoute, ses travailleurs attendent toujours d’etre remunerer, et de connaitre leur statut.
    Pour ce qui est de la casbah,on sait tous que la revolution algerienne a pris son elan vers la liberation, par ce que l’on appelle la guerre des quartiers, et de ce fait la casbah etant le bastion de la revolution algerienne, et etant l’endroit ou la France ennemi a compris que sa sale guerre etait perdu,les fils de la france qui on prit le pouvoir en Algerie apres l’independance,n’ont pas oublie le revers que leur mere patrie a pris,ils ont donc decide que cette partie de l’algerie payera ce revers.
    Le resultat est la aujourd’hui la casbah,bastion de la revolution algerienne part en ruine,avec l’aide des autorites « algeriennes ».




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  • Merzak OUABED
    8 janvier 2011 at 14 h 21 min - Reply

    QUI DE NOUS DEUX A PU CHANGER

    Qui de nous deux a pu changer
    N’est plus le même, n’est plus constant
    Est-ce bien moi ou toi Alger
    Toi que j’adore, et qu’j’aime tant

    Je n’ai que toi, et ton soleil
    Qui me réchauffe, sans me brûler
    Et qui m’invite dès ton éveil
    D’aller vers toi, déambuler
    Je n’ai que toi, et ta mer bleue
    Que je contemple sans me lasser
    Même si dehors, il vente ou pleut
    Je plonge au loin, dans ton passé

    Dans tes boulevards et avenues
    Tes belles terrasses, ont disparues
    Que je me sens, un inconnu
    Un débarqué et un intrus
    Ni Novelty, ni coq hardi
    Ni le névé, ni d’autres encore
    Ni les coquettes, ou les dandys
    Qui s’pavanaient, dans ton décor

    Où sont les modes vestimentaires
    Qu’aux lendemains ont adoptées
    Qu’elles viennent de France ou d’Angleterre
    Les algérois, vite les portaient
    Mini, maxi et le poncho
    Taille basse, taille haute, pattes d’éléphant
    Deux pièces en plage, dès qu’il fait chaud
    Et le jacquard pour les enfants

    Où est la belle et la souriante
    Que j’ai connue dans ma jeunesse
    La chaleureuse et l’accueillante
    Qui envoûtait jusqu’à l’ivresse
    Où est l’ambiance des nuits d’été
    Que tu offrais à tout moment
    Comme ces galas de variétés
    Dont on était, jadis gourmands

    Pourquoi tes rues sont désertées
    Juste à l’orée du crépuscule
    Pourquoi tu brimes les libertés
    Au lieu d‘avancer, tu recules
    Qui rase tes murs, en étranger
    Mais doit tenir, faut pas qu’il flanche
    Qui se sent seul, et en danger
    C’est moi ou toi, Alger la blanche

    Qui te contraint et qui t’accule
    A tout fermer, rideaux et portes
    Plus rien ne bouge, rien ne circule
    Devenant ainsi, une ville morte
    Dis-moi pourquoi les étrangers
    Ont tous quitté le territoire
    Pourquoi, la peur et le danger
    Pourquoi le deuil, pourquoi le noir

    Ne pouvant pas t’abandonner
    Je suis resté à tes côtés
    Car je ne peux me pardonner
    De te voir seule grelotter
    Tu sais très bien qu’en vérité
    Je t’aime trop pour changer d’air
    Mais j’aime autant la liberté
    Et surtout celles auxquelles j’adhère

    Tu es morose, n’est plus la même
    Et tes enfants veulent te quitter
    Mais malgré tout, tu sais qu’ils t’aiment
    Tu es la leur, et leur fierté
    Je sais que tu as résisté
    Comme toujours, et en tout temps
    Je sais aussi qu’en vérité
    S’en va l’hiver, vient le printemps

    Alors dis moi qui a changé
    N’est plus le même, n’est plus constant
    Est-ce bien moi ou toi Alger
    Toi que j’adore, et qu’j’aime tant

    Merzak OUABED
    Alger, le 20 février 1998




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