Édition du
24 March 2017

Du génie, des ingénus et autres conjectures.

Zineb Azouz

J’avoue que le débat suscité ces derniers jours dans la rubrique « Rouadjia » et qui a fini sans doute par déborder sur des sujets brûlants m’a quelque peu gênée mais surtout interpellée, à fortiori  lorsque j’aperçois la facilité avec  laquelle certains citoyens changent d’avis et jubilent à  renforcer et applaudir des coups qu’ils  n’auraient jamais eu le courage ni l’intelligence de préluder seuls.

Personnellement, je crois à l’art de la guerre, et pas seulement à celui du cinéma, en déplaise à nos critiques féministes, car les véritables guerriers observent les codes de l’honneur et s’interdisent les coups bas.

En ce jour de Achoura où les uns commémorent le miracle de Dieu qui décida de sauver son peuple élu, et les autres le supplice de Hossein et  de « Ahl El Beyt »  par les intronisés du diable dont les reliques et couronnes sont toujours  à la tête de cette nation, en ce jour, je ne puis m’empêcher, de constater avec quelle répétitivité  les escrocs  ont toujours su, sauf miracle, décapiter les  héros.

Je commencerai par M.Radjef Saïd accusé et parfois acculé, et pour quel motif ?

Avec courage et témérité, il avance sur le terrain sensible et miné de la récupération du 1er Novembre, des ballons d’air et des discours nationalistes creux crachés par les planqués de l’histoire et imités consciemment ou pas par toute une élite qui culpabilise mais se tait au son du clairon.

Ainsi, Radjef est stoppé net par une fin de non recevoir lorsqu’il ose défier nos rares acteurs de l’événement encore vivants en les interpellant pour qu’ils libèrent enfin leur conscience et  pour que nos chouhadas, nos villages enfumés et nos femmes violées et éviscérées sachent enfin qu’ils ne sont pas partis pour rien, qu’ils n’ont pas été les babioles de l’histoire et que notre indépendance n’est ni une ineptie  ni un détail de la fin de la seconde guerre mondiale.

Au risque de me répéter, c’est en occultant l’histoire que nous entretenons ses pires récidives, et c’est en tolérant les traîtres dans nos cours d’honneur que nous tuons une seconde fois nos martyrs.

Ce n’est pas jamais facile de se regarder dans la glace, comme sait si bien le dire notre chère Nacéra, et ce n’est jamais gagné d’avance d’emprunter les buissons au détriment des routes tracées mais oh ! Combien brouillées par les lumières de spectacle et les poudroiements officiels.

Lorsque Jeremy Keenan rappelle à juste titre en parlant de ces « nobles »  maîtres et de leurs appareils  dont les noms varient mais pas les missions, et qui sont désignés par police politique, contre espionnage,  commissariats  du peuple,  police secrète  ou sécurité militaire, et rappelle que Lavrenti Beria, chef du NKVD qui a terrorisé les russes pendant 15 ans (1938-1953) est détrôné par un Algérien dans le hit parade des plus longues carrières, il y a matière à se poser sérieusement cette question:

Serions nous, en Algérie face à un système inoxydable et inaltérable par le temps, ce facteur-temps à qui pourtant  aucun colosse n’a jamais pu résister ?

Ou sommes nous tout simplement une bulle protégée et dirigée de l’extérieur  avec des geôliers flexibles avec leurs maîtres et intraitables avec nous ?

Ce statu quo morbide et suffocant qui nous donne l’impression que nous n’avons jamais été indépendants serait- il menacé par les seuls vérités historiques sur la nature et l’identité de nos mouvements nationaux, de nos révoltes et de notre révolution différée et détournée ?

Serions nous les dépositaires du gêne du colonisable ou bien de celui qui se voile la face et se complait dans le canular ?

Ainsi à la question de savoir si le pouvoir est fort parce que nous sommes faibles, je dirai d’abord que ce pouvoir est  TRES FORT parce qu’il est TRES FAIBLE, voire à plat ventre devant les décideurs de la planète.

Quant à nous, à l’évidence, notre plus grande faiblesse est d’être restés autour du pouvoir, de ses mythes, de ses thèses et de ses mécanismes, nous nous sommes piégés ainsi à essayer d’expliquer ce qui nous arrive avec les outils et les théories de ce même pouvoir, jusqu’à en arriver à nous culpabiliser au plus haut point au même titre que nos bourreaux.

Ce qui m’amène au vif du sujet et à propos duquel Rouadjia vient de persister et de signer, à savoir que le drs est un acteur comme les autres, c’est-à-dire nous !

Je rappelle juste à M.Rouadjia avant d’aller plus loin que mathématiquement ce qui est illogique c’est d’affirmer la chose et sa négation et que le faux est justement la  négation du vrai.

Sans vouloir m’étaler sur les notions de causalité et de corrélation entre les variables, il est utile de se rappeler que lorsque deux phénomènes sont liés, cela ne signifie pas forcément que l’une est effet de l’autre ou que l’un influence l’autre, ils sont souvent tous les deux simplement sous l’influence d’un même contrecoup, c’est un peu le principe de l’indépendance conditionnelle ou des variables cachées.

Pour ces motifs, je m’inscris une fois de plus en faux contre les arguments de M. Rouadjia qui, au nom de l’interaction des choses compare l’incomparable et en arrive à charger tous les acteurs de la société  de façon équidistribuée.

Désolée, c’est de la démystification à peine voilée.

N’est ce pas par ce type d’arguments que l’UE se donne  bonne conscience par rapport aux pays dits menacés par l’islamisme, en cautionnant des dictatures sanguinaires, une Israël barbare et des monarchies clinquantes, ridicules et oh ! Combien utiles, justement sous le seul prétexte que de toutes façons les peuples dont il est question sont définitivement acquis à l’intégrisme et pas du tout prêts à la démocratie .

Le meilleur exemple qu’ils nous donnent n’est ce pas celui des palestiniens à qui il ne faut surtout pas offrir la possibilité d’un Etat.

Ainsi à  voir comment ils se mettent au tchador et comment ils s’entretuent surtout, le meilleur raccourci est de  se demander en effet  en quoi Israël y serait pour quelque chose dans cette violence inter-palestinienne , et tant pis si elle a lieu dans la plus grande prison à ciel ouvert.

Cette façon de faire en apparence naturelle et empirique se basant sur les schémas classiques du citoyen subordonné,  aliéné, violent, corrompu, suiviste et amnésique n’a pour seul effet que de disculper les véritables coupables en confondant responsabilité à posteriori des peuples et culpabilité à priori de leurs pouvoirs.

Chez nous, pour s’assurer du rôle ou l’implication  du drs dans la hiérarchie des coupables et,  dans ce qu’on voudrait nous présenter   comme équation multidimensionnelle, faisons un petit raisonnement  classique qui consiste à essayer d’imaginer ce qui se passerait si on figeait la variable drs, c’est-à-dire si on annulait son influence ou son effet sur tout ce qui nous intéresse, c’est-à-dire sur tout ce qui bouge, liberté de la presse, investissement, enseignement, recherche, élections, nominations, justice et bien sûr  droits de l’homme.

Peut être serions-nous alors  plus convaincus que le drs n’a jamais été  malade, il est très sain et le réformer, c’est le détruire, car ce dernier n’est pas né en 1962 comme la république démocratique et populaire de l’Algérie, le drs, et quand bien même il recrute au sein des enfants de l’Algérie, n’est que le garant d’une stabilité relative tout juste nécessaire pour assurer les marchés et l’acheminement du gaz et du pétrole, en contre partie il est chargé de nous museler et depuis peu de nous pervertir.

Je ne voudrais revenir ni sur les détails macabres de nos tortionnaires, ni sur le silence strident de notre opposition, ni sur les analyses sociologiques et typologique du monde des bégarines et des hagarines, cela a été très bien décrit ailleurs, mais  si aujourd’hui nous en sommes à ce degré d’impuissance, et c’est ma conjecture, c’est que le drs aussi a compris qu’il fallait sous traiter pour contrôler l’essentiel et en effet là où je risque de converger avec certains mais pour des raisons diamétralement opposées à celles déclinées plus haut, c’est qu’aujourd’hui le pouvoir, et pour des raisons de survie, va nous livrer aux sous traitants du drs, à savoir les nouveaux riches, les anciens esclaves devenus négriers et qui, avec leurs milliards, leurs complexes, leur ignorance, leur hargne et leur incompétence pathologique ces nouveaux patrons  de l’Algérie vont s’en donner à cœur joie.

Encore une fois, je crains que les pires remake de Kerbala sont à venir, ils ne se contenteront plus d’affamer et d’égorger ces gueux qui ont osé voter FIS, mais bientôt et avec la bénédiction des muftis, docteurs ou harkis de la république, ils s’offriront de véritables show avec nos têtes.

N’est ce pas le début avec ces scientifiques iraniens qu’on fait exploser en toute impunité, sauf que chez nous pas besoin du mossad pour ce faire.

Constantine, le 16 Décembre 2010

ZA.


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8 Commentaires sur cet article

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  • Sami
    18 décembre 2010 at 0 h 23 min - Reply

    Tres magistral!!! C’est Toujours avec un grand plaisir que je lis vos articles!! Et merci d’évoquer les rapports économiques parce qu’ils sont au cœur de la problématique algérienne, et en fait, forger une solution n’est guère possible sans que ces rapports économiques soient au coeur des solutions proposées. Et pour cela l’opposition doit prendre en considération les faits économiques et la corruption sans impunité n’est pas venue du hasard ou d’une sorte de mauvaise gestion mais c’est une politique entreprise dès indépendance.
    Maintenant au sahara la france n’est plus seule tel qu’etait le cas avant les annees 90s !!! Les etats Unis maintenant sont un acteur important mais, a mon avis, plus facile a arriver a une sorte de comprehension par rapport à la france qui veut tout en même temps sans rien donner et qui ne sait pas separer ce qui est de nature culturelle, civilisationelle ou idéologique de ce qui est de nature economique contrairement au pragmatisme americain!!! C est comme quoi on a une sorte de complexe de colonialisabilite et les francais une sorte de complexe de superiorite et qui demandent de ses ex-colonies comme une sorte d’un esclave qui ne doit pas avoir meme son identite humaine!!! a titre d’exemple!!! Ils prennent les richesses mais ils ferment les frontières et même poussent les autres pays europeens a les fermer aux algeriens !!!
    Les militaires , surtout le DRS, ont servi bcp la france dans le passé et maintenant les etats unis avec la france aussi dans des enjeux dans lequels on est devenu un otage!!!
    Merci bcp pour ce tres important article




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  • fateh
    18 décembre 2010 at 1 h 09 min - Reply

    Merci ma soeur pour cette remise a niveau quand a ceux qui veulent banaliser le crime et la hogra…J’avoue n’avoir pas eu le courage de repondre a mr. Rouaidjia-que d’ailleurs j’ai tjrs respecte pour ses ecrits-tellement j’avais l’envie de vomir…Decrire le drs comme une institution banale si je puis m’exprimer ainsi et coller aux AlGERIENS la responsabilite de ses agissements maccabres releve d’un manque de discernement sur les ABC de la fonction politique et sociale des differents acteurs majeurs d’un pays…
    Encore une fois merci pour cette lecon pedagogique…




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  • D B
    18 décembre 2010 at 2 h 44 min - Reply

    Puissamment raisonné, avec du coeur en plus. Ce qui ne gâche rien. Merci pour cette vigoureuse mise au point sur des positions qui marchent sur la tête.




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  • AMOKRANE NOURDINE
    18 décembre 2010 at 12 h 53 min - Reply
  • khaled
    18 décembre 2010 at 16 h 21 min - Reply

    @AMOKRANE NOURDINE

    Merci khouya pour cette terrible video. Il ne faut une autre pour le jour du retour…. 🙂




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  • radjef said
    18 décembre 2010 at 21 h 06 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. Dans ce grand déchaînement de passions, d’agressions qui ne disent pas ouvertement leurs noms, dans ce théâtre qu’est l’Algérie ou chacun se croit obligé de se déguiser et de faire le clown pour être à l’abri des mauvaises fortunes, dans cette atmosphère ou tout incite à l’amnésie et à l’oubli et dans cette fureur de manipulations et de discours emportés, Zineb a su remettre les pendules à l’heure. Sans discours dogmatique. Par des mots simples, elle su nous mettre en face de nous-mêmes et mobiliser notre conscience pour qu’elle mesure l’ampleur des sacrifices consentis par plusieurs générations d’algériennes et d’algériens, pour qu’elle lève le voile sur ces attentes légitimes muselées au nom du premier novembre…En vous lisant Mme, je me suis dis Dieu merci l’Algérie n’est pas aussi finie…Une femme digne vaut mille fois mieux que toutes les écoles et universités du système




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  • nina
    18 décembre 2010 at 23 h 03 min - Reply

    salam
    merci Mme Z.A pour cet article qui devoile la complexité de cette équation, effectivement pas uniquement la question du DRS qui est une constante de cette fameuse équation. il y a d’autres variables extérieures qui ont contribué au pourrissement de ce régime. je crois que si Einstein est encore vivant il n’arriverait pas a résoudre cette dernière. Allah yaltaf bina.




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  • Nacera K
    22 décembre 2010 at 11 h 53 min - Reply

    Bonjour,
    Je ne sais plus qui a dit : Le pouvoir est fort parceque nous sommes faibles. Si vous et Roudjia situez notre responsabilité dans le fait que la DRS qui doit disparaître existe toujours, et que nous l’acceptons alors je nous sommes 3.




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  • Congrès du Changement Démocratique