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22 July 2017

Tunisie: la chaîne Nessma TV brise le verrouillage médiatique sur les troubles de Sidi Bouzid

Associated Press 31 décembre 2010

Pour la première fois depuis le déclenchement des troubles à Sidi Bouzid, (centre-ouest de la Tunisie), une chaîne tunisienne privée, Nessma TV, a brisé le verrouillage médiatique en diffusant jeudi soir une émission spéciale sur ce mouvement de protestation sociale qui s’est propagé à la plupart des régions du pays, faisant deux morts et un blessé grave et engendrant de nombreuses arrestations.

Cette initiative, sans précédent dans les annales des médias tunisiens, dans le traitement des dossiers sensibles de l’actualité nationale, intervient au lendemain de la prise en main du secteur de l’information par un nouveau ministre, Samir Laâbidi.

Ouvert et inhabituel pour le téléspectateur tunisien, le débat a réuni une brochette de journalistes connus pour leur franc-parler et l’avocate et militante des droits humains, Bochra Belhaj Hamida, qui faisait sa première apparition sur une chaîne de télévision tunisienne.

L’émission, qui a duré près d’une heure et demie, était illustrée de reportages sur le terrain, où la parole a été donnée, « sans censure », aux habitants de Sidi Bouzid. Ces derniers ont fait part ouvertement de leurs revendications et des problèmes dont souffre cette région frappée par un taux de chômage élevé et le manque d’infrastructures et de commodités, à la différence des zones côtières.

Corruption, népotisme, responsables défaillants qui « ne pensent qu’à leurs fauteuils », impunité et absence de contrôle des crédits alloués par l’Etat: tout a été passé au crible, sans détours, par les citoyens interviewés, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes.

Un témoignage émouvant a été apporté par la soeur de Mohamed Bouazizi, ce jeune vendeur ambulant de fruits et légumes qui s’est immolé par le feu. Un acte de désespoir après la saisie de sa marchandise par des agents municipaux avait été le déclencheur des troubles. « Malgré le réconfort moral et le soutien matériel que nous a apporté le président (Zine El Abidine Ben Ali) en nous recevant, mon frère, gravement brûlé, vivra handicapé et ne pourra plus travailler pour subvenir à nos besoins », a-t-elle déclaré.

Sur le plateau, deux jeunes journalistes ont considéré comme un non-sens le verrouillage médiatique à l’ère de l’Internet. « Aux premiers jours des troubles, rien ne filtrait sur les journaux et les médias audiovisuels. C’était le black out total, alors que les chaînes de télévision étrangères en faisaient état en puisant leur matière sur la toile », a noté Rym Saïdi.

L’émission de Nessma TV, dont le propriétaire est l’homme d’affaires Nabil Karoui et dont le capital est détenu en partie par le producteur de cinéma Tarik Ben Ammar, constitue « un véritable tournant , pourvu que ça dure », a commenté Mounir Souissi, correspondant de l’agence de presse allemande DPA. AP


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5 Commentaires sur cet article

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  • Djamel Eddine U
    1 janvier 2011 at 2 h 11 min - Reply

    Il fallait bien laisser la cocotte siffler un peut avant qu’elle n’explose et détruit tout ce qui est autour. Le feux est en dessous !




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  • el djerbi
    1 janvier 2011 at 11 h 51 min - Reply

    Il faut que cette chaine Tv débilisante et qui pratique le lavage de cerveaux à outrance fasse son autocritique ,qu’elle nous parle de la maffia dictatoriale et pro-sioniste des Trabelsi et consorts qui s’octroie tous les privilèges en mettant la main basse sur tous les ressorts de l’économie :tourisme,importation de bananes par bateaux ,ciments ,etc,
    Alors que le pauvres bougre n’a même pas le droit de vendre des truc sur une carriole!




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  • TUNISIE
    1 janvier 2011 at 14 h 54 min - Reply

    Tunisie : Tribunaux assiégés et avocats agressés
    par Sihem Bensedrine, 31 décembre 2010, à 20:58

    Aujourd’hui 31 décembre 2010, très tôt dans la matinée, tous les tribunaux du pays ont été assiégés par la police. Les avocats étaient mobilisés pour porter un brassard rouge à l’appel du conseil national de l’Ordre en signe de soutien au mouvement de protestation de sidi Bouzid qui ont éclaté le 18 décembre dernier et qui ont été violemment réprimés, entraînant trois morts par balles et de nombreux blessés.

    Les autorités ont empêché les avocats d’arriver aux sièges des tribunaux. Des centaines de policiers ont également été déployés à l’intérieur des tribunaux pour empêcher toute action de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid et tout port du brassard. Les procureurs ont observé les violences contre les avocats à l’intérieur des salles d’audiences et dans l’enceinte des palais de justice dans plusieurs villes du pays, sans réagir.

    De nombreux avocats ont ainsi été agressés, blessés et leurs robes déchirées notamment dans les tribunaux de Gafsa, Jendouba, Mahdia, Monastir, Sousse, Sfax, Bizerte et surtout Tunis.

    Ainsi Maître Rabeh Kheraïfi a été kidnappé et violemment frappé à la tête par des agents de police en civil alors qu’il s’approchait du palais de justice à Jendouba; Il a été menacé de mort par les policiers qui lui ont dit qu’ils avaient pour instruction de le tuer ; l’avocat a été ensuite jeté dans un endroit désert à la sortie de la ville, son état de santé est inquiétant.

    Les avocats Faouzi Ben Mrad, Mohamed Essayadi et Amer Messaoud ont été à leur tour violement agressés. L’avocate Samia Abbou, quant à elle, a perdu connaissance suite aux coups qu’elle a subis ; elle a été évacuée à la maison des avocats suite au refus des autorités de laisser l’ambulance la transporter à l’hôpital. L’avocate Latifa El Habachi, maîtres Hichem Garfi et Nizar Essouilhi ont été évacués vers les hôpitaux, leur état n’est pas rassurant, la majorité se plaignent de fractures. Le barreau a appelé à une nouvelle Assemblée générale pour lundi prochain.

    Le conseil national des libertés en Tunisie

    * Note avec inquiétude la recrudescence des exactions à l’encontre des avocats qui vont jusqu’à la menace de mort en passant par les agressions physiques ;
    * Il lance un appel à tous les militants des droits de l’homme à l’intérieur comme de l’extérieur du pays, pour exprimer leur solidarité et condamner ces agissements sauvages d’un pourvoir irrespectueux des lois.
    * Il fait assumer la responsabilité de toutes ces exactions et de toutes ces violations des droits de l’homme au président de la République, garant de l’application des lois, et à son ministre de l’Intérieur qui a donné des instructions pour atteindre à l’intégrité physique des avocats de Tunisie.
    * Il rappelle que ces exactions font suite au discours chargé de mises en garde que Ben Ali a prononcé le 28 décembre 2010, et où il a menacé le peuple tunisien de « l’application de la loi d’une façon intransigeante » ; Le CNLT se demande si, aux yeux du chef de l’Etat, l’application de la loi consiste à violer l’immunité de l’institution judiciaire et à lâcher des bandes de flics sans foi ni loi sur les citoyens ?

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  • babelouedcity
    2 janvier 2011 at 0 h 36 min - Reply

    Commencons par
    BONNE ANNÉE 2M11 á vous tous.
    Puis sur la fameuse loi de finance 2M11 signée par Boutef et cie sur la base de 35 dollars us alors que le baril depasse les 95 dollars us …
    mais nom de Dieu cette difference 95-35=60 dollars us … OÚ VONT CES ENORMES SOMMES DE MILLIARDS DE DOLLARS US DEPUIS L’INDEPENDANCE Á NOS JOURS?
    Une chose est certaine rien n’est eternel, il y’a une fin pour tout sauf le bon Dieu (swt).




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  • kadder
    9 janvier 2011 at 2 h 22 min - Reply

    N’encensez pas trop vite cette TV privée, à laquelle est aussi associé sylvio berlusconi. Son fondateur l’a créé surtout pour faire du fric et faire du fric sous le régime benali ça suppose des concessions.




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  • Congrès du Changement Démocratique