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28 March 2017

«je ne suis pas sorti pour l’huile et le sucre !»

Un jeune en colère: «je ne suis pas sorti pour l’huile et le sucre !»
Merouane Korso , Maghreb Emergent, 10 Janvier 2011

Les clameurs des jeunes qui sont sortis un peu partout en Algérie pour crier leur « ras le bol » devant une vie sans lendemains s’estompent progressivement. A Tazmalt, en Kabylie, ou à Bab el Oued à Alger, comme à Chteibo à Oran, il y a eu de la « casse », du pillage.  Le gouvernement a répondu en faisant baisser le prix du sucre et de l’huile. Cela ne réduit pas la colère de Kheirredine, un jeune manifestant qui prend de revers la lecture officielle des évènements.

Le Show Room de Renault à Bab El Oued, complètement calciné, donne une idée de la violence de l’attaque de centaines de jeunes qui, dans la soirée de jeudi dernier, avaient pris possession de ce quartier de plus d’un million d’habitants. Le mouvement de révolte, parti dans la matinée de jeudi d’Oran s’est propagé, vendredi et samedi  dans toutes les grandes et moyennes villes du pays, y compris celle du sud comme Ouargla et Béchar, puis les villages et quelques douars isolés, comme celui de Magtaa Kheira, près de Koléa.

Même le site de Hassi R’mel né autour de l’activité gazière a eu droit à sa nuit bleue. Mais pourquoi donc cette irruption de colère ? Le gouvernement a répondu sur le terrain du prix des produits de base ; l’huile et le sucre en particulier. Des jeunes qui ont participé aux heurts avec la police reprennent la parole avec le retour au calme.  L’un d’eux, Kheiredine, étudiant en sciences politiques, proche des émeutiers parle pour ses amis : « Les jeunes sont sortis manifester leur colère contre leur mal vie, des perspectives d’avenir inexistantes, la hogra. Ils ne sont pas sortis pour protester contre la cherté de la vie, encore moins contre la hausse du sucre et de l’huile. Ils sont pour la plupart chômeurs, et vivent aux crochets de leurs parents, ils ne peuvent avoir un bon jugement de la situation économique du pays ». Kheirredine, qui est  partisan de la poursuite de ces manifestations ajoute : « les jeunes protestent contre leurs mauvaises conditions de vie, le chômage, le népotisme et la Hogra. Comment trouver du travail dans ce pays si on n’a pas des connaissances bien placées ».

Pour ce jeune étudiant en 2é année « Sciences PO »,  »sortir dans la rue, et casser est le seul moyen d’expression que le pouvoir entend’’.  ‘’Si tu marches, si tu défiles, on te tire dessus, on te matraque, on ne t’entendra jamais. Le pouvoir est comme çà, partout. Il n’entend que les clameurs de la rue’’. Emporté par sa colère, il lance encore, presque avec jubilation : ‘’regardez les manifestants des vieilles cités délabrées qui ont bloqué des routes et brûlé des pneus : ils ont tous été logés, leurs revendications entendues’’. Le résultat est là, pour lui « dans ce pays, il faut sortir dans la rue pour se faire entendre ».  Et puis, « c’est pareil dans tous les pays arabes et maghrébins : les pouvoirs locaux n’entendent jamais les bruissements de la rue, ses clameurs oui !’’ Quant aux mesures prises par le gouvernement pour stopper la hausse des prix des produits incriminés (officiellement) par ces manifestants, elles ne profitent « qu’à leurs parents.  Pour eux, la situation ne change pas ».


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5 Commentaires sur cet article
  • Mohand Tahar MOHAMMEDI
    11 janvier 2011 at 15 h 47 min -

    L’Algérie est gérer comme une épicerie familiale !!!

    Une réunion interministérielle autour du SUCRE et de l’HUILE telle est la réponse technique du régime à un problème purement politique « vous savez mes chers compatriotes avec cela ; on a tous vu dans notre pays avec ce régime » et comme ça on sait au moins que notre pays est gérer comme une épicerie familiale, Franchement je leurs dit BRAVO et ils nous restent jusqu’ à présent à connaitre le planning des autres réunions autour des autres produits?

    Avec cela on pourra facilement décoder et deviner le niveau politique et intellectuel de ceux qui nous gouvernent, tous comme « tous est signe est tous signe est message » et bien en un mot ils nous prennent vraiment pour des dupes, moi en ce qui me concerne je ne vois pas un autre sens que celui la, et je suis convaincu que le citoyen Algérien n’est pas dupe et il saura très vite faire des rapprochements dans ce genre de situation.

    Et face à la négation du politique, la privatisation de l’État et la totale dépendance économique sont les traits majeurs qui caractérisent une Algérie non encore indépendante, Dans notre pays, le souffle de liberté et de démocratie a été dévoyé, trahi et bafoué par le régime et les gouvernants actuels au détriment d’un peuple démuni, spolié et abusé.

    A quand la vraie indépendance politique avec un pouvoir qui émane véritablement du peuple ? A quand un VRAI DEBAT autour de vraies questions politiques, économiques, sociales et culturelles qui vont nous permettre de s’assurer de vivre dignement et durablement dans la démocratie avec un pouvoir judiciaire indépendant, une école qui nous assurent de se développer durablement , un système de santé qui soit efficace et qui soit en phase avec la modernité et qui garanti une bonne santé pour tous les citoyens ainsi de réelles forces de sécurité qui assurent la paix, l’ordre et la sécurité du citoyen ?

    Un changement radical est nécessaire, l’Algérie en a un besoin urgent pour trois raisons fondamentales. La première est que le pays, nombreux parmi les meilleurs de ses enfants ont sacrifié leurs vies pour se libérer du joug colonial, n’appartient à aucune personne, quelque soit le génie, à aucun clan si puissant soit-il, et à aucune famille, de faire de ce bien commun, légué par les morts aux vivants, un patrimoine privé. La seconde est que la violence doit être bannie; elle n’est pas des nôtres et que les conflits politiques se règlent pacifiquement, par des moyens politiques. Il est inacceptable de continuer à gérer le pays comme une épicerie familiale et des emprisonnements arbitraires, la torture, les insultes, le harcèlement et la coercition. Enfin, la troisième raison est que la légitimité ne peut être acquise par la contrainte, la manipulation et le mépris du peuple, mais par des élections libres et transparentes.




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  • ausecours
    11 janvier 2011 at 17 h 16 min -

    C’est clair que les jeunes casseurs agés essentiellement entre 15 et 20 ans ne sont pas concernés par le prix de l’huile, ça c’est le problème de leurs parents. Eux, ils sont surtout victime d’un manque de formation (c’est valable même pour les diplômés au rabais), de mal vie et misère quotidienne, de manque de perspective et du desespoir absolu.
    ils s’élèvent surtout contre un régime qui a commit le crime absolu, celui de tuer l’espoir.




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  • Sami
    11 janvier 2011 at 21 h 26 min -

    Qu’est ce qu’on paut attendre d’un gouvernement composee de queleques speculateurs poue ne pas dire plus qui pensent et agissent avec la mentalite « rezek elbailek »!!!
    Qu est ce qu’on attend d’un chef de gouvernement qui a dit il y a 4 ans que l’economie algerienne est loin d’etre touche par la crise internationale , ou la meme minute on deja perdu entre 40 et 50 milliards de dollars a cause de devaluation de dollars par rapport a l’euro a cause de cette crise !!!!! une bande de malfaiteurs et agresseurs !!
    Vraiment la honte , la hya la hechma




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    11 janvier 2011 at 22 h 19 min -

    Parfaitement, non pas des émeutiers, mais plutôt les révoltés, ne sont pas sortis dans la rue suite à la hausse des prix entre autres de l’huile et du sucre, le penser, le dire ou le croire, c’est détourner le sens du cri de désespoir d’une jeunesse frustrée par le mépris et l’indifférence qui lui est affiché, la violence dans les strades en est la preuve, puisque trés souvent ils nous est offert des scènes de délires juvéniles aux sorties des strades, méme quand l’équipe que supportes les jeunes en furie est gagnante, non il n’est pas question de prix ou de pouvoir d’achat chez les jeunes, il s’agit bien plus de hogra et d’inconsidération, et les premiers responsables, ce sont les maires qui ne font rien pour apporter des solutions aux problées des jeunes au niveau local, ces maires dont personnes ne parle ici ont une grande part de responsabilité sans le désœuvrement de cette jeunesse, qui en vérité, est la principale richesse de ce pays, si hélas elle n’était, négligée par des maires dont le souci principal est la réfection et le badigeonnage des trottoirs par voies de marchés de gré à gré Ouel fahem yafhem.




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  • Amad Malik
    13 janvier 2011 at 19 h 35 min -

    Salut a tous
    Que de belles et vaines paroles…
    Voyez la determination du petit pays voisin, en l´occurence la Tunisie. Finalement elle possede un grand peuple qui mene un combat inegal mais combient important pour sa survit depuis un mois contre le systeme Ben Ali symbole de la dictature et de la corruption.
    En Algerie le petit peuple s´est reveille et a manifeste sa colere durant 3 jours contre la meme dictature, la corruption, la mal vie,l´injustice, l´absence d´une vraie politique sociale…ect
    « L´opposition » sur place en Algerie (RCD, ANR,FFS…ect), les intellectuels en general, mais surtout les seniors, adultes soit disant l´elite algerienne en place (avocats, cadres, syndicats…ect) n´ont pas joue leur role pour soutenir ces jeunes qui ont eux le courage de se lever contre une dictature immonde. On appelle ceux la des moutons vu leur soumission rapide et leurs prises de position contre les revoltes.
    La Tunisie est un petit pays, mais elle a un grand PEUPLE…
    Malik




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