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24 July 2017

11 janvier 2011 : un anniversaire du coup d’État au parfum d’émeutes généralisées

Algeria-Watch, 11 janvier 2011

Les jeunes des quartiers les plus défavorisés ont fêté à leur manière – peut être sans même le savoir – le dix-neuvième anniversaire du coup d’État du 11 janvier 1992, exposant au monde entier la réalité d’un pays qui vit une dérive sans fin. Il est frappant de constater que la majorité de ces jeunes désespérés et sans perspectives sont nés après cette date et n’ont connu que l’atroce réalité du régime issu de l’interruption du processus démocratique. Les émeutes récurrentes qui secouent le pays depuis une dizaine d’années ont pris le relais d’une période sanglante qui a vu la mort de 200 000 Algériens, des milliers de disparus et des destructions innombrables. Les émeutes succèdent aux émeutes et les jeunes de ce pays ne rêvent que de le fuir, souvent au péril de leurs vies.

Le bilan du régime est sans appel. L’incurie et la corruption caractérisent plus que jamais une dictature ubuesque où l’arbitraire est associé à un niveau d’incompétence rarement égalé. En dix-neuf années, le régime des généraux putschistes a démontré au-delà de toute mesure son inefficacité dans tous les domaines, à l’exception de la répression et de l’écrasement des libertés. Au plan économique et social, l’application mécanique des recettes du FMI a fracturé la société algérienne entre une majorité de pauvres et une minorité de pillards qui agissent à l’ombre des appareils « sécuritaires » et avec la bénédiction des multinationales.

La hausse des prix pétroliers depuis le début de la décennie a avant tout favorisé l’extension de la corruption qui atteint des seuils inédits, même selon les pires standards arabo-africains. Les réserves de change d’un niveau colossal ne servent aucunement à améliorer les conditions d’existence des populations. La rente pétrolière contribue seulement à enrichir des groupes d’intérêts autour des généraux du DRS – la police politique, colonne vertébrale du régime contrôlée par le vrai « patron » du pays, le général-major Mohamed Tewfik Médiène –, de quelques chefs militaires et du chef nominal d’un État en déshérence, Abdelaziz Bouteflika. Sous la botte des putschistes, l’économie algérienne ne produit pas de nouvelles richesses ; la croissance tirée par les investissements infrastructurels est sans effet sur le niveau d’emploi et le développement économique.

La « lutte contre l’intégrisme », prétexte du putsch et de la guerre permanente contre la société toute entière, est également un échec complet. L’interdiction de toute vie politique et la suspension des libertés publiques alimentent une alarmante régression culturelle, ouvrant une voie royale aux forces les plus obscurantistes, de fait les seuls alliés objectifs du régime. La loi d’autoamnistie de 2006 et l’enrôlement des prétendus « repentis » démontrent la collusion entre appareils de sécurité et groupes terroristes, unis dans la prédation et dans leur combat contre la population.

Le désastre est total, amputé de ses élites, dévasté par une dictature aussi brutale que stérile, le pays n’est même plus à même d’offrir une couverture médicale minimale à la majorité de la population. Il faut payer, très cher, pour être soigné. L’état de délabrement des services publics est purement et simplement catastrophique. Les hôpitaux, les écoles, les lycées et les universités sont sinistrés.

Tel est donc le paysage qu’offre l’Algérie à la veille du cinquantenaire d’une indépendance défigurée où les Algériens sont toujours privés de droits, interdits de parole et attendent toujours de bénéficier des libertés et de la citoyenneté. Le dix-neuvième anniversaire du putsch du 11 janvier 1992 est la commémoration d’un événement inaugural d’une des périodes les plus sombres de l’histoire de du pays. Mais le système criminel mis en place depuis et porté à bout de bras par les « grandes » démocraties occidentales montre des signes d’épuisement : le régime Médiène-Bouteflika est entré en décomposition et, en dehors de la corruption et de la mobilisation de clientèles discréditées, il n’a plus de leviers d’action sur la société. Le système est entré dans une phase terminale où il ne survit que par la violence.

Face à cette situation et aux dangers qu’elle porte, la plus grande vigilance est nécessaire. Plus que jamais, la rupture avec la dictature impose aux Algériens de prendre eux-mêmes leur destin en main. Il convient donc de s’organiser partout où cela est possible afin de débattre et de préparer le changement avec le moins de dégâts possibles. Le refus de la violence et la souveraineté du droit sont les repères communs pour tous ceux qui aspirent à la justice et la liberté. C’est en réunissant la plus grande force possible autour de ces principes que sera enfin tournée la page obscure et sanglante ouverte le 11 janvier 1992.


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10 Commentaires sur cet article
  • OrO
    11 janvier 2011 at 17 h 23 min -

    Il semblerait que les barons du Régime se sont passés le mot:il faut absolument éviter « l’erreur » de 1988 et ne pas reconnaitre la nature politique de la contestation.C’est ce qui transparait nettement dans les sorties publiques du ministre du commerce M. Benbada,du vice-president de l’APN Seddik Chihab,mais surtout dans les déclarations arrogantes et pleines de mépris de Dahou Ould Kablia.
    Ce dernier s’est même permis d’exprimer sa satisfaction que les tentatives de « récupération »(c’est-à-dire de canalisation) de la contestation n’ont pas réussi.Sur ce point,hélas,il avait raison.Vingt ans d’étranglement de toutes formes d’actions politiques pacifistes ont réussi au delà de toute espérance.C’est d’ailleurs l’une des râres « réussites » de ce système.




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  • lahssen
    11 janvier 2011 at 17 h 43 min -

    Il ne faut pas se leurrer. Il faut des hommes pour un changement durable et profonds. Des hommes ça veut dire des gens prêts à mourir pour leur conviction. Une révolution ne se fait pas sans sacrifice. C’est aussi ça le drame de l’Algérie. Il n’y a plus personne qui est prêt à ce sacrifier pour ce pays, à difier ouvertement ce pouvoir quitte à en payer le prix de sa vie. Les élites algériennes ne sont que des lâches. Celles qui aurait pu mener ce combat se s’ont enfui à l’étranger. Ils n’ont aucun courage. On ne peut pas mener une révolution de l’extérieur. Alors ça ne sert à rien d’écrire de beau discours. A bon entendeur salut.




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  • el-amel
    11 janvier 2011 at 18 h 20 min -

    Le 11 janvier 2011 marque une nouvelle ère, celle du maintien des dictateurs dociles, la dictature algérienne est bien notée, maintien.
    Tunisie: dialogue

    « Niger: changement prévu le 1 mars.
    Nigeria: entre mars et juin.
    Cameroun: octobre
    Bénin: avril
    RDC: juin
    Madagascar « restant la seule grosse inconnue »
    « Sauf cas de force majeure, toutes ces éléctionsse dérouleront dans un minimum de calme…la révolution ne se produira nulle part » Afrique-éducation janvier 2011.




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  • chaabani
    11 janvier 2011 at 22 h 03 min -

    salam tous,
    merci ouled al harka pour tout ce que vous avez fait aux enfants du peuple algerien,mais l’histoire va vous jeter à la poubelle, merci ali haroun,nezzar,belkheir,lamari,fodil cherif, touati, tertag, mhenna,guenaizia,gaid salah merci pour vos services rendus a votre mère fafa,mais une chose est sure l’Algérie sera inchallah libre .
    gloire a nos martyrs..ben mhidi,belouizdad,laghrour,ben boulaid…
    salam




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  • Burnous noir
    11 janvier 2011 at 22 h 24 min -

    L’aspirant lahssen n’écrit pas en majuscules mais il demande aux « élites » de se taire. Silence dans les rangs! Ceux qui se sont exilés ou ont été forcés de le faire sont des lâches mais lui est très brave, il est courageux et il doit être beau en plus.
    Ceux qui sont hors du pays doivent rentrer comme ça les copains de l’aspirant lahssen pourront les bâillonner tranquillement …Il n’y aurait « personne » pour se sacrifier pour ce pays nous dit l’agent lahssen. Wach khou, tous ceux que vous avez tués ne vous suffisent pas?




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  • Hacene
    11 janvier 2011 at 23 h 53 min -

    cher(es)
    en lisant l’article je tombe sur la photos de l’homme qui represente le systeme pesonnifie » et la junte militaire par excelence .
    comment un quotidien comme echououk lui donne la parole ( il ya lieu de se poser des questions)
    cet homme dans une interview a Al jazeera tv ,sur la crise algerienne , il parlait avec une ironie comme s’ il sagissait d’un colon ou un pinochet!!!!!!
    son fils possede la plus grande discotheque au canada. qu’il nous explique d’ou il a eu tout cet argent ? CHICH
    il vient nous expliquer la crise de l’algerie !!!! ,il il merite une paire de chaussure sur ca face (hacha le visage cree par allah) comme bush
    A la redaction pouvez vous nous eclairer sur les accointances d’une certaine presse ,avec le regime ( avec tout le respect que je dois au metier de journaliste )
    Merci




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  • barhim
    12 janvier 2011 at 1 h 26 min -

    A tous les membres du cabinet noir:
    Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Bennabès Ghziel, Tewfik, Abdelmalek Guenaïzia, Mohamed Touati, Aït Abdesselam, Mohamed et Smaïl Lamari ainsi que Saheb Abdelmadjid et Fodhil Cherif, reda malek, ali haroun, said saadi,bouteflika s et a, zerhouni,…
    le Jour du jugement dernier vous vous aurez des comptes a rendres a Allah…pensez a toutes vos victimes ,pensez a tous les disparus ,aux veuves ,aux orphelins ,aux pauvres qui ne mangent pas ,aux sans logements ,aux enfants qui pleurent de faim…




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  • mannallah
    12 janvier 2011 at 19 h 49 min -

    Le fait de voir nezar… même en photo ….me fait mal …très mal….YA ALLAH…Que faire ?
    Ce site est fréquenté par des gens intègres , propres ,c’est un lieu de ressourcement , lire SIDHOUM , DJAMEL-B …LAISSE APPARAÎTRE UNE LUEUR D’ESPOIR.El-Amel que vous ne pouvez imaginez.Alors, évitez-nous ce désarroi…Merci




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    13 janvier 2011 at 22 h 55 min -

    Cette photo me rappelle un ancien Film, son Titre est :
    « J’irai craché sur ta tombe » et j’ajouterais volontier  » sale bête « 




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  • Sami
    13 janvier 2011 at 23 h 55 min -

    Ouled Fafa reste toujours ouled fafa !!
    Il ne faut jamais faire confiance à quelqu un qui était dans l’armée francaise, ils ont ruiné le pays , et il a 1 ou deux années et va mourir , il va être juge tôt ou tard il va savoir quel est le prix du sang des algériens




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  • Congrès du Changement Démocratique