Édition du
21 July 2017

Moncef El Marzouki : «Le pouvoir est dans la rue»

El Watan, 15 janvier 2011

Pour le chef de file de l’opposition démocratique tunisienne, Moncef El Marzouki, la Tunisie vit une deuxième indépendance. Le peuple a exigé le départ de Ben Ali du pouvoir et c’est fait. El Marzouki, président du Congrès pour la République (CPR) qui se trouve à Paris en ce moment, a décidé de rentrer au pays comme tous les autres opposants tunisiens pour participer à l’instauration de la démocratie en marche en Tunisie. Il réclame le jugement de Ben Ali pour des crimes contre l’humanité et appelle à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et la tenue des élections présidentielle et législatives libres et démocratiques.

– Ben Ali quitte le pouvoir sous la pression populaire et le Premier ministre Ghannouchi lui succède provisoirement.

Le pouvoir est dans la rue. Aucune autre personne ou groupe ne peut se proclamer président. C’est le peuple qui a déposé le dictateur Ben Ali et c’est à lui de choisir librement et démocratiquement ses dirigeants. Tous les sbires de Ben Ali doivent partir du pouvoir.
Nous sommes en train de vivre une deuxième indépendance. Après celle contre l’occupation extérieure, le peuple se soulève contre l’occupation intérieure, car il s’agit bel et bien d’un état d’occupation où une minorité opprime le peuple depuis des années. Nous devons être à la hauteur de cette indépendance. En ce qui me concerne, je rentre au pays dans deux ou trois jours. Le peuple vient de briser l’une des dictatures les plus cruelles au monde. C’est la fin d’une longue nuit d’oppression.
Le discours et la décision de dissoudre le gouvernement et de tenir des élections législatives anticipées sont la dernière carte du Président. On avait peur qu’il puisse berner les gens, mais rapidement on a vu comment le peuple a réinvesti la rue aujourd’hui (hier, ndlr) dans toutes les villes tunisiennes et surtout dans la capitale. C’est une réponse magnifique. Les manifestants sont clairs dans leurs revendications, ils réclament le départ de Ben Ali. Ils se sont rassemblés pacifiquement devant le siège du ministère de l’Intérieur qu’il faudrait raser d’ailleurs et ériger à la place une statue de la liberté. C’est notre bastille.

– L’armée semble prendre les choses en main…

Les événements se précipitent s’accélèrent. Effectivement, l’armée semble prendre le contrôle du pays. L’aéroport de Tunis est sous le contrôle de l’armée ; des membres de la famille Trabelsi y ont été arrêtés. Le camarade du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), Hamma Hammami, vient d’être libéré. On se dirige inévitablement vers un coup d’Etat. J’ai demandé à l’armée d’intervenir pour déposer le dictateur. Mais je tire la sonnette d’alarme. L’armée doit jouer un rôle positif dans la transition démocratique.

– Certains partis de l’opposition ont pris acte des décisions du président Ben Ali annonçant l’idée d’un gouvernement d’union nationale…

Ecoutez, ce sont des partis déconsidérés, qui ont perdu tout honneur. Après tant de répression – qui a fait plus de 100 morts et des milliers de blessés – et des années de dictature cruelle, il est hors de question d’accepter de travailler avec ce monsieur. Le peuple sait que ce président est un menteur. Depuis son arrivée au pouvoir, il ne fait que mentir au peuple. La solution réside dans le départ de Ben Ali et l’instauration d’un gouvernement d’union nationale, sans Ben Ali et ses sbires.  Nous revendiquons aussi son jugement pour crimes commis contre les 30 opposants tunisiens morts sous la torture et les 100 Tunisiens assassinés durant ces événements. Jugement aussi pour le pillage de toutes les richesses du pays et l’argent volé au peuple, par lui, par sa famille et celle de sa femme.

– Comment voyez-vous l’évolution de la situation dans le pays ?

Le peuple vient de remporter une victoire éclatante contre l’arbitraire, qui n’a que trop duré. C’est à ce peuple de décider de la nouvelle direction à donner au pays. C’est sa victoire. Nous militons depuis des années, nous avons subi les pires atrocités d’un régime dictatorial. Nous demandons la tenue d’élections présidentielle et législatives anticipées dans les plus brefs délais. En dehors de cela, aucune autre proposition ne sera acceptée ni par le peuple ni par l’opposition. Toutes les forces politiques de l’opposition sont condamnées à agir et à être à la hauteur des sacrifices consentis par notre peuple.

Hacen Ouali


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UN COMMENTAIRE
  • nacera
    15 janvier 2011 at 17 h 05 min -

    Bien dit, M. hacen, le pouvoir est dans la rue. Alors, nous autres algeriens ne dénigrons pas la nôtre et capitalisons dessus.




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  • Congrès du Changement Démocratique