Édition du
27 July 2017

Révolution tunisienne – Les menaces extérieures

In AGORAVOX

Outre les questions que le peuple tunisien est en droit de se poser après l’annonce de la formation du nouveau gouvernement, il faut aussi se demander quel est l’avenir de ce pays sur le nouvel échiquier régional et international.

A l’heure où tous les peuples, et particulièrement les peuples arabes, expriment leur soutien à la révolution tunisienne, certains gouvernements, malgré des déclarations positives, restent sceptiques quant aux conséquences de ce raz de marée autant formidable qu’inattendu qui a balayé à jamais l’une des dictatures les plus répressives et les plus sanglantes de notre monde actuel.

L’Italie, comme la France ont refusé à l’avion de l’ancien président d’atterrir à Cagliari ou à Paris ‘sur leur sol respectif) alors que l’Arabie Saoudite a accepté de l’accueillir. A l’exception de la France, les deux autres pays ne font pas partie de ceux vers lesquels le regard doit se porter pour préserver la transition démocratique et veiller à son bon déroulement.

La Libye

Quand bien même le discours adressé par Kadhafi à la nation tunisienne laisse percevoir la peur réelle d’une contagion, on peut l’interpréter comme une déclaration de guerre à la révolution tunisienne. Pour calmer le jeu, l’ancien président tunisien avait déclaré qu’outre les 30000(0) emplois qui seraient créés, la Lybie avait proposé d’accueillir 5 000 demandeurs d’emplois tunisiens sur ces terres. On ne saura jamais qui sont ceux qui se sont « précipités » aux frontières et quels sont les « emplois » qui leur ont été offerts ? On peut également se poser la question : pourquoi Ali Seriati, l’ancien directeur de général de la sécurité présidentielle se dirigeait-il, accompagné d’une cinquantaine de personnes vers la Lybie au moment où il a é arrêté à la frontière ?

La peur des dirigeants lybiens et dans une moindre mesure algériens peut, en cas de persistance de l’instabilité en Tunisie les amener à essayer d’aggraver la situation pour maintenir le chaos.

La France

Sa position a été claire dès le départ, un soutien silencieux à Ben Ali et à son régime. Sa ministre des Affaires étrangères a même suggéré de proposer le savoir-faire français à la police tunisienne pour « régler les situations sécuritaires ». On sait que, à l’image des CRS, les BOP- Brigades de maintien de l’ordre public- avaient été formées par les experts français.

Selon le Professeur Rob Prince, membre du Peace Corps, qui connait bien la Tunisie, le piège dans lequel est tombée l’économie tunisienne est la conséquence de son enfermement dans le rôle stratégique de territoire périphérique ou semi périphérique, ayant pour seule mission de fournir une main d’œuvre sous payée aux entreprises délocalisées ainsi que d’être une destination touristique bradée pour les pays européens et particulièrement la France.

Après un silence pesant et une attitude hostile à la révolution, le gouvernement français a amorcé un virage à 180° pour apporter son soutien total au changement opéré en Tunisie. Mais la véritable grande question est de savoir comment la France va-t-elle opérer pour éviter un repli du marché tunisien sur lui-même en premier lieu et sur d’autres débouchés où les balances commerciales seraient plus équitables ? A la traîne, ses médias « officieux », continuent de brandir le spectre de l’islamisme, mais pour combien de temps encore ?

Les Etats-Unis

« Je condamne et déplore le recours à la violence contre des citoyens qui ont exprimé de façon pacifique leur opinion en Tunisie et je salue le courage et la dignité du peuple tunisien a déclaré le président Obama en apprenant la chute de l’ancien dictateur. Compte tenu du comportement du « je dis une chose et je fais son contraire » adopté par le président américain depuis son arrivée au pouvoir, ces déclarations semblent avoir très peu d’impact sur le peuple tunisien. Ce dernier n’oublie pas que la désignation de Ben Ali à Varsovie n’était qu’une couverture à sa véritable activité en tant qu’agent de la Cia lors de la guerre froide, que ce sont encore les Etats-Unis qui l’ont « placé » à la tête du pays en 1987 et qui l’ont soutenu sous couvert du combat contre l’islamisme et le terrorisme. Ces deux « menaces » montrant des signes d’essoufflement, ce soutien a commencé à laisser percevoir des failles depuis quelques années. L’abandon de la lutte contre le terrorisme comme leitmotiv a laissé le régime de Ben Ali sans parrain. La publication des Tunileaks a révélé que les Etats-Unis exécraient Ben Ali mais qu’ils ne trouvaient pas de solution de rechange. Enfin le coup de grâce de l’armée à Ben Ali n’aurait pas pu se faire sans le feu vert des USA.

Force est donc de reconnaître aujourd’hui qu’ils ont joué de manière indirecte un rôle important dans la chute du Dictateur.

La question qui se pose est de savoir quel va être leur rôle dans la marche du pays vers la démocratie ? Sur quelles nouvelles bases leur collaboration avec le nouveau régime va-t-elle être fondée ? Et surtout de quelle manière les USA vont-ils poser leurs exigences de poursuivre la collaboration militaire et le maintien des « relations » avec Israel ?

Israel

Non content d’autoriser la création de sociétés fictives pour le blanchiment d’argent en provenance d’Israel, les placements de la fortune de Ben Ali dans des comptes bancaires israéliens ne seraient plus secrets pour personne.

Dans un travail de sape mené sous forme de dossier spécial sur la révolution tunisienne, la presse israélienne ne contient pas ses craintes de voir cette révolution réussir et surtout de devenir contagieuse. « Les autorités israéliennes suivent attentivement la situation tout en s’inquiétant que la « révolution du jasmin » ne fasse tache d’huile au Proche-Orient » a déclaré Benjamin Netanyahou. « La dictature va revenir » titre le Ydediot Aharanot, quand Haaretz décrit la révolution tunisienne comme « un tremblement de terre.

Par ailleurs, une information du Yediot Ahahranot n’a pas manqué de retenir l’attention des lecteurs, celle de la laborieuse évacuation de 20 touristes israéliens détenteurs de passeports européens (conf. l’affaire Medhbouh à Dubaï) par le ministère des Affaires étrangères israélien. Pourquoi par le biais des ambassades européennes ? Qui sont-ils réellement ?

Selon des sources non officielles, depuis plusieurs années des agents du Mossad avaient élu domicile dans le bunker du palais de Carthage. Quelle était leur véritable mission ? On le saura peut-être un jour. En attendant et pour mieux comprendre les préoccupations israéliennes, il suffit de faire référence à l’une des dernières déclarations publiques de Yehud Olmert : « la chute du gouvernement de Moubarak si elle devait arriver, sonnerait le glas des accords de camp David ». Il semble avoir compris le mécanisme de ce que l’on appelle l’effet domino.

Fatma BENMOSBAH


Nombre de lectures : 1637
9 Commentaires sur cet article
  • belka
    20 janvier 2011 at 21 h 58 min -

    analyse incomplete dommage………………………………….




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  • Ait Mohand Ouwidir
    20 janvier 2011 at 23 h 10 min -

    Oui, vraiment incomplète dommage…..

     »L’analyse » ne nous dit pas ce que les  »dirigeants » algériens pensent réellement de la REVOLUTION tunisienne et de la phobie qu’elle leur inspire…..

    Comme cette analyse ne nous dit mot également sur la présence averrée aux Tagarins de conseillers spécialistes du mossad aux généraux de la promotion Lacoste….. (cf. le site du MAOL).

    Manipulation médiatique quand tu nous tiens…..




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  • Abdelkader DEHBI
    20 janvier 2011 at 23 h 52 min -

    @ — M. le professeur belka :

    Pourriez-vous éclairer notre ignorance et compléter l’ « insuffisance » de l’auteur de cet article ?




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  • tacili
    21 janvier 2011 at 0 h 21 min -

    L’Occident, un obstacle à la démocratisation : L’Europe, France en tête, est complice des crimes des dictatures du monde arabe, accuse un journaliste marocain.

    20.01.2011 | El-Houssine Majdoubi* | El País

    Suite à la polémique déclenchée par les déclarations de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, qui avait proposé une coopération sécuritaire au régime du président Ben Ali, Alain Juppé, ministre de la Défense, a estimé qu' »il n’y a pas eu de défaillance du gouvernement » face aux événements en Tunisie.

    Les habitants du monde arabe suivent avec grand intérêt et enthousiasme les événements historiques qui ont lieu en Tunisie. Ils s’interrogent sur l’avenir des gouvernements de la région, après le renversement du président Zine El-Abidine Ben Ali en raison de l’injustice politique et sociale qu’il a fait régner pendant plus de vingt ans. Cette révolution met en évidence non seulement le rôle crucial des nouvelles technologies pour mobiliser les peuples, mais aussi le rôle répugnant de l’Occident, qui apporte un soutien inconditionnel à la perpétuation de dictatures moyenâgeuses.

    Malgré le manque de libertés, l’injustice sociale, les niveaux insupportables de corruption et l’Etat policier, l’Occident n’a cessé de défendre ces régimes. Jusqu’à ce que Ben Ali soit renversé, l’Occident le considérait comme un “élève exemplaire”. Le président français Nicolas Sarkozy a même déclaré en 2008 que la Tunisie vivait en démocratie. Pendant tout le mois qu’a duré le mouvement de protestation, les gouvernements occidentaux, à l’exception des Etats-Unis, ont gardé un silence suspect – la chef de la diplomatie française, Michèle Alliot-Marie, a même proposé de conseiller le gouvernement tunisien sur la façon de mettre fin aux manifestations. Une telle attitude met en évidence le deux poids deux mesures de l’Occident quand il s’agit d’exiger la démocratisation de certains pays.
    D’un côté, l’Union européenne, France en tête, fait pression sur les présidents ivoirien, soudanais et iranien, et de l’autre elle garde un silence plus que suspect sur ce qui se passe dans le monde arabe, et surtout au Maghreb. Si l’Occident a joué un rôle crucial dans la démocratisation des pays de l’Europe de l’Est, elle fait tout le contraire avec les pays arabes. Non seulement elle soutient les régimes dictatoriaux, mais elle les aide à piller les richesses nationales en leur permettant d’ouvrir des comptes où ils peuvent déposer leur butin et d’acquérir des biens immobiliers et des actions de grandes entreprises européennes. Avec un tel comportement, l’Occident se rend complice par excellence de ces crimes. L’Europe offre également depuis plusieurs années, un autre cadeau à ces dictateurs en refusant d’accorder l’asile politique à ceux qui fuient ces régimes sanglants.

    Pis, l’Occident ne cesse de répéter qu’il lutte contre les mouvements islamistes et les terroristes, mais les études sociologiques montrent que le fanatisme découle directement de l’injustice sociale et de la corruption de ces régimes dictatoriaux. Malgré cela, l’Occident ferme les yeux sur cette réalité et sur ces faits et se lie avec les dictatures.

    * Journaliste marocain, correspondant en Espagne du quotidien panarabe Al-Quds Al-Arab

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    Merci, cher frère, pour tous les articles de la presse internationale que vous nous adressez. Il en est de même pour le frère Jeff.
    La Rédaction LQA




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  • mhadjoub
    21 janvier 2011 at 9 h 21 min -

    Voilà qui explique l’arrogance des sionistes pour continuer à massacrer les palestiniens. Leur vraie force est la trahison des dirigeants arabes contre leurs propres peuple, leur propre histoire.




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  • amel1
    21 janvier 2011 at 14 h 23 min -

    salam,
    On sait pourquoi l’occident défend ses pions indignes de leurs peuples! Les richesses naturelles (pétrole, gaz, uranium,or,zinc,eau,etc et même les cerveaux humains !Rien que l’afrique et le moyen orient disposent à eux seuls de 65% des réserves energétiques du monde (d’aprés aljazeera), donc c’est facile de comprendre la complicité de l’occident,sa survie dépend de nos énergies,il est donc prêt a nous pomper jusqu’à l’os ,nous les peuples ignorants ghachi sommes quantité négligeable !Démocratie dites vous!haw el matrag!
    @ mhadjoub Les sionistes suivent leurs protocoles à la lettre et semblent réussir, et nous qu’avons nous programmé ou fait pour contre-carré !?walou!Les tunisiens SI !




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  • VERIGOUD
    22 janvier 2011 at 10 h 17 min -

    Tunisie : la « Révolution de Jasmin » récupérée par l’agenda mondialiste ?

    Article placé le 18 jan 2011, par Mecanopolis

    Le gouvernement de transition, à peine formé aujourd’hui en Tunisie, a annoncé ce soir le limogeage du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
    Thoufi Baccar, a été remplacé à la présidence de la BCT par Mustapha Kamel Nabli, ancien économiste en chef du département Moyen-Orient de la Banque Mondiale (BM), détenteur de la double nationalité américaine et tunisienne, a annoncé le gouvernement, qui n’a pas fourni d’explication officielle à ce changement.

    Ainsi, la première mesure politique de ce « nouveau » gouvernement – dont seuls trois ministres sont issus de l’opposition légale (entendez « fabriquée ») – aura été d’assoir un agent mondialiste à la tête de la première institution économique du pays




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  • Mohamed YAHIAOUI
    22 janvier 2011 at 19 h 12 min -

    Said SAADI le dirigeant du RCD Algerien, n’a vraiment pas de visage, le Peuple Algerien n’oublie pas que sa formation politique à été fondée par le Général MEDIENNE en personne ,afin de casser le FFS ,idem pour le MSP et autres formations soi-disantes Islamistes modérés financées par l’Arabie Saoudo-Sioniste.
    Ces partis en cas de réelles élections libres seraient balayés du paysage politique
    PIre , ils doivent être traduits en justice pour leur participation au coup d’Etat militaire du 11 Janvier 1992 , et leur complicité dans la repression , l’eradicattion et la torture .

    L’histoire est là! et personne ne peut la detourner




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  • Hamma
    28 janvier 2011 at 2 h 16 min -

    Aucune démocratie ne pourra s’établir dans le monde Arabo-Musulman, car l’oncle Sam, la Perfide Albion, le petit David et l’ancêtre Gaulois ne le toléreront pas. Eux-mêmes ne sont pas un modèle de démocratie pour leurs peuples. Il y aura certainement l’aval pour une ouverture vers plus de libérté des peuples sans contrôle réel de destinée. L’Occident a besoin de sécuriser sa politique géostratégique et particulièrement dans cette zone du globe. Pour l’Occident « démocratie/ouverture dans le monde Arabo-Musulman » est vitale. Pour l’Occident, toute démocratie/ouverture est soumise à conditions. Pour l’Occident ce n’est pas les dictateurs qui posent problème, ils ont en plus d’un dans leurs poches et beaucoups de sujets-technocrates sous leurs chapeaux.

    En ce qui nous concerne, nos régimes arabes voient d’un très mauvais oeil une quelconque démocratie/ouverture en Tunisie à commencer par les voisins maghrébins. L’alerte rouge est déclenchée pour prévenir l’exemple de la Tunisie. L’Egypte et à un degrés moindre, le Yemen et la Jordanie réclament la tête de leurs gouvernants malgrès les promesses de d’améliorer les conditions sociales et les libertés.

    Il y a, si j’en crois les informations d’El Djazeera une poudrière prête à exploser en Palestine et qui est liée aux tractations secrètes entre le gouvernement Palestinien et Israël. Ce sont des documents révélés par cette chaîne télévisuelle au grand public. Le dénuement dans lequel se trouve nos frères Palestiniens n’avait pas besoin de ce couteau dans le dos. Voilà un autre épineux problème qui se pose aux arabes et qui fait le bonheur des sionistes. L’autorité Palestinienne dénonce une manipulation. (voir site d’Al Djazeera) et http://www.lepoint.fr et http://www.rfi.fr et http://www.20minutes.fr




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  • Congrès du Changement Démocratique