Édition du
22 July 2017

Sur l'Egypte, les Américains sont moins « révolutionnaires »

Par Pascal Riché | Rue89 | 27/01/2011 | 01H17

A propos de la révolution tunisienne, la diplomatie américaine a attiré les louanges -il est vrai que le contraste avec la piteuse diplomatie française a joué en sa faveur. Les messages envoyés par Washington au peuple tunisien, pendant les derniers jours du dictateur Ben Ali, étaient de clairs encouragements à aller au bout de leur révolution. Pour autant, on aurait probablement tort de croire que Washington rêve d’un « 1989 du monde arabe », dans lequel les régimes autoritaires tomberaient les uns après les autres.

La révolte d’Egypte n’enthousiasme pas Washington autant que la révolution de Tunisie. On peut aisément le comprendre :

  • la Tunisie est un pays qui ne pèse pas très lourd dans la région, dont la population est très éduquée, où l’islamisme est limité et sans pétrole ou presque : la situation reste donc contrôlable ;
  • l’Egypte est un pays exportateur de gaz et de pétrole, il est central dans la région, et pèse lourd dans le dialogue israélo-palestinien. Par ailleurs, la chute du Président Moubarak (82 ans dont trente ans de règne) risquerait d’offrir le pouvoir aux Frères musulmans, ce qui n’est pas fait pour enchanter les Américains.

Deux phrases musclées d’Hillary Clinton

C’est à cette lumière qu’il faut lire les deux phrases, musclées, prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine. Elle s’exprimait devant la presse, aux côtés du ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh qu’elle recevait :

  1. « Nous croyons fermement que le gouvernement
    égyptien a, en ce moment, une occasion importante d’engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien. »
  2. « Nous appelons les autorités égyptiennes à ne pas empêcher les manifestations pacifiques ou à bloquer les communications, y compris les médias sociaux. »

Rarement un secrétaire d’Etat américain ne se sera exprimé aussi franchement sur les affaires de l’allié égyptien. Mais dans ces deux phrases, Hillary Clinton n’encourage pas les manifestants égyptiens : elle donne plutôt un conseil à Hosni Moubarak en vue de sauver son poste : pour éviter le sort subi par Ben Ali, renoncez donc à la répression, ne censurez pas Facebook, et annoncez d’urgence des réformes !

Moubarak, de son côté, semble loin d’avoir décidé de lâcher le pouvoir. Il est soutenu par son appareil policier, mais aussi par l’armée, élément essentiel du régime.

Option Tiananmen ?

Pendant la journée de mercredi, les forces de police ont réprimé sans relâche les groupes de manifestants qui cherchaient à maintenir l’élan du mouvement historique de mardi. Des centaines de personnes ont été arrêtées, et des affrontements auraient fait encore deux morts.

Le « raïs » égyptien doit aujourd’hui faire un choix :

  • l’option américaine : autoriser les manifestations et annoncer des réformes importantes pour calmer le courroux du peuple (au risque de donner un signe de faiblesse, et donc d’encourager le mouvement naissant) ;
  • l’option Tiananmen : étouffer dans l’œuf ce mouvement, quitte à accentuer lourdement la répression des opposants (au risque de faire grimper la violence).

Si Washington et l’Union européenne l’encouragent à prendre la première voie, l’option « Tiananmen » ne serait pas pour déplaire aux autres régimes autoritaires dans le monde arabe, qui craignent l’embrasement.

En France, le silence

En France, enfin, Nicolas Sarkozy se garde de commenter la situation. La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, « déplore les morts » mais ne va guère plus loin dans la critique du pouvoir égyptien.

Pour justifier son mutisme pendant la révolution tunisienne, le président français avait mardi revendiqué « une certaine réserve » concernant les anciennes colonies de la France. L’Egypte n’en faisant pas partie, Nicolas Sarkozy pourrait se montrer plus hardi sur le sujet.

Mais pour les même raisons que l’administration américaine, il n’a visiblement pas l’intention de lâcher Moubarak (qu’il aime bien par ailleurs : ne lui a-t-il pas proposé la première co-présidence de l’Union méditerranéenne ? ).

Avec l’Egypte aujourd’hui comme avec la Tunisie hier, le mot d’ordre est donc maintenu : silence.


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4 Commentaires sur cet article
  • azzedine
    27 janvier 2011 at 13 h 51 min -

    C’est clair ; des déclarations publiques de consonance démocratique sur fond de soutien unilatéral à moubarak sans le dire ouvertement.Des centaines d’arrestations qui seront suivies de tortures.des personnes précédemment fichées et listées seront terrorisées par le systéme policier de moubarak. Suivons avec attention la ssuite des evenements pour voir comment la dictature réprime son peuple si bien aimé par elle tel qu’on l’entendait sur les médias.




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  • Ait Mohand Ouwidir
    27 janvier 2011 at 13 h 57 min -

    Sauf que Monsieur Pascal Riché se soutient du bout des lèvres de la part des U.S.A. malheureusement ne va pas faire avancer les choses positivement voire concrètement pour la Révolution Tunisienne. C’est d’une action concrète des U.S.A. dont le Peuple Tunisien a vraiment besoin en ce moment.

    Car à bien observer la chose et les évènements qui s’y déroulent présentement en Tunisie : le mouvement est en train de s’essouffler ! Et les tenants du pouvoir actuel sont en train de faire durer et trainer les choses pour avoir A L’USURE cette jeune Révolution naissante !

    En fait, les revendications au stade actuel des choses, c’est que le Peuple Tunisien demande :

    a) LE DEPART purement et simplement de l’actuel gouvernement.

    b) L’instauration d’un NOUVEAU GOUVERNEMENT d’union nationale où TOUTES les tendances des différents courants politiques et idéologiques actuellement en présence en Tunisie seraient représentées.

    Or, qu’en est-il de tout celà….. RIEN !

    La REVOLUTION du Peuple Tunisien frère est en ce moment en train de… patiner sérieusement et même dangereusement par la faute du gouvernement en place de Ghenouchi et consorts…..

    Plus même ! On note que l’Armée tunisienne qui avait au début soutenu ce soulèvement se tient à présent en retrait….. Le général Amar avait parlé aux manifestants, dans la rue, en leur disant « …qu’il était temps à présent que tout cela cesse sinon le terrorisme va faire son apparition… ». Tiens ! C’est drôle, mais j’ai déjà vu et ENTENDU cela quelque part….. Non ?

    En fait, tout est fait à présent pour confisquer les fruits de cette jeune Révolution au Peuple Tunisien Frère ! On cherche à ce qu’elle s’essouffle et s’arrête car ELLES EST, pour certaines âmes bien pensentes et quelques puissances détentrices des « valeurs » logométriques à géométries variables des « VRAIS » principes « démocratiques »….., LE PARFAIT MAUVAIS EXEMPLE trés contagieux pour leurs affidés et leurs protégés dictateurs de notre sous-région…..

    Pour eux, la Revolution du Peuple Tunisien NE DOIT ABSOLUMENT PAS REUSSIR !!!!!!! Car nos pays risquent d’avoir quelques idées malsaines….

    Cela ne les arrange pas de voir la démocratie s’instaurer et s’ériger comme mode pouvoir dans nos pays. Changements, oui et jusqu’à une certaine limite ! Mais pas de changements radicaux….. Changement par le départ de Ben Ali, oui ! Mais pas de changement radical du système qui travaille pour les Maîtres de l’Empire…..

    ON FAIT TOUT POUR CHANGER AFIN QUE RIEN NE CHANGE !!!

    Tout doit encore baigner DANS la MEME continuité MAIS dans le MEME SYSTEME…..

    Un système avec un pouvoir DEMOCRATIQUE en terre arabe et d’islam de surcroît, c’es absolument IN-CON-CE-VABLE pour eux….. BECAUSE IT’S VERY CHOKING !!! That’s it…..

    Pour eux la seule dicotomie valable est :

    Pays arabe = islam = islamisme = TERRORISME…..

    Donc, et d’où la nécessité absolue de NOUS COMBATTRE par tous leurs moyens y compris en faisanr échouer coûte que coûte la présente Revolution du Peuple Tunisien Frère ! Avec l’aide maintenant de l’armée tunisienne et des rejetons de l’Ancien Régime dictatorial de Benny…..




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  • Haytem
    27 janvier 2011 at 20 h 17 min -

    Salam Alikoum
    c est le fond de ma pensée et je m en excuserais pas
    bien a vous…..




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  • Larbi Anti-DRS
    27 janvier 2011 at 22 h 15 min -

    Notre problème ne sont pas les mercenaires qui squattent le pouvoir, ce sont bien les multinationales colonialistes qui actionnent leurs marionnettes au pouvoir aux USA, France ou Japon. J’ai cru que 1989 allez être aussi une date de libérations pour les autres peuples du monde (Amérique Latine, Afrique et Asie), mais ont a vues que des massacres et des colonisations. Alors, Americains et Français personnes n’a besoins de vos conseilles ou de vos larmes de crocodiles




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  • Congrès du Changement Démocratique