Édition du
26 July 2017

VENDREDI DE LA COLERE EN EGYPTE

En Egypte, la manifestation de tous les dangers

LEMONDE.FR   Mis à jour le 28.01.11 | 09h37

Avant une manifestation qui s’annonce importante, vendredi 28 janvier, le Parti national démocratique (PND) du président Hosni Moubarak est resté droit dans ses bottes. Lors d’une conférence de presse au siège du PND, son secrétaire général, Safwat El-Sharif, a indiqué, jeudi, que le gouvernement ne ferait pas la moindre concession, que ce soit sociale ou politique, promettant au contraire que les réformes continueraient. « La minorité n’imposera pas sa volonté à la majorité », a-t-il affirmé. Il a cependant assuré avoir demandé aux forces de l’ordre de faire preuve de retenue face aux manifestants. Gamal Moubarak, fils du président et dirigeant du PND, était présent mais ne s’est pas exprimé.

Des nouveaux rassemblements et manifestations ont eu lieu, jeudi, dans plusieurs villes, notamment à Suez, à Ismaïliya, et, dans une moindre mesure, au Caire. Mais ils étaient moins importants que ceux de la veille, plusieurs dizaines de milliers d’Egyptiens avaient alors défilé dans la capitale. Plusieurs partis d’opposition et mouvements de jeunes ont appelé à un grand rassemblement, vendredi, après la grande prière. Les cortèges devraient se former peu après 13 heures, heure locale, autour des mosquées.

Parmi les organisateurs, le Mouvement du 6-Avril, un des groupes les plus impliqués dans les récentes manifestations. Composé de jeunes opposants âgés de 20 à 30 ans, il n’est affilié à aucun parti politique. Il a vu le jour lors des journées de grève générale qui ont précédé les élections municipales en 2008. Son nom fait référence à la « Journée de colère », le 6 avril 2008, où de nombreuses organisations d’opposition avaient appelé à des manifestations en se coordonnant sur Internet.

Depuis cette époque, les membres du Mouvement du 6-Avril ont subi la répression du régime. Un de ses fondateurs, Ahmed Maher, a été arrêté en mai 2008, emprisonné et torturé. « Des responsables policiers m’ont appelé au téléphone et m’ont menacé sur Facebook, confiait-il à l’époque au Christian Science Monitor. Ils m’ont dit : ‘La dernière fois c’était facile, la prochaine fois ça le sera moins’. » En 2011, ils se retrouvent pourtant encore en premières lignes, dans la rue comme sur le Web. Leur page Facebook compte 26 780 membres et ils diffusent continuellement des informations et des appels au rassemblement sur leur compte Twitter.

« Mardi, nous avions un certain nombre de correspondants présents dans les différents quartiers du Caire où se sont tenues les manifestations, a expliqué Hassan Maher au Monde.fr. Ils tweetent, nous appellent, prennent des photos. Notre site et notre page Facebook sont ainsi constamment alimentés par ce qu’ils nous envoient et tout le monde peut suivre ce qui se passe pendant les manifestations, explique le jeune étudiant à l’université du Caire. Pour vendredi, ils ont appelé à une « marche (…) dans toute l’Egypte après 13 heures ».

DR

Mohamed ElBaradei, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a quant à lui fait son retour en Egypte, jeudi, pour participer aux manifestations. Il a annoncé qu’il sera « avec les manifestants » et se dit prêt à « mener la transition » politique si la population le lui demande. « Il [Moubarak] sert le pays depuis trente ans et il est temps qu’il se retire », a-t-il lancé avant de prendre l’avion à Vienne pour se rendre au Caire. « Le peuple a surmonté la culture de la peur, et une fois qu’elle est surmontée, il n’y a pas de retour en arrière. Je crois absolument que nous allons voir le changement arriver », a-t-il ajouté.

Depuis son départ de l’AIEA, M. ElBaradei tente de peser dans la vie politique égyptienne malgré l’absence d’un parti et de soutien au Parlement. A travers l’Agence nationale pour le changement (ANC), le mouvement politique qu’il a créé en février, il a tenté de fédérer l’opposition égyptienne autour d’un projet de réformes démocratiques et d’une révision de la Constitution qui permettrait à un indépendant comme lui de participer à la présidentielle de septembre 2011. En vain, puisqu’il finit par boycotter les élections législatives et appelle à celui de la présidentielle de septembre si de sérieuses garanties pour la régularité du vote ne sont pas assurées. Dans l’état actuel de la Constitution, M. ElBaradei n’aurait pas le droit de se présenter.

Jusqu’ici, ce mouvement de protestation avait reçu l’appui d’autres formations politiques, mais sur un mode relativement prudent. Mais vendredi, pour la première fois, les Frères musulmans, principale force d’opposition du pays, ont appelé à descendre dans la rue pour protester « contre la vie chère et pour des réformes politiques ». Malgré de récents revers électoraux, le parti, officiellement interdit, garde une influence importante dans la société égyptienne. Son appel à manifester pourrait donc faire gonfler encore un peu les cortèges, qui atteignaient les dizaines de milliers mardi.


Après avoir obtenu quatre-vingt-huit sièges à l’Assemblée lors des élections en 2005, la confrérie islamique s’est retrouvée sans aucun élu après les élections législatives de novembre, dont elle a boycotté le second tour. Harcelés par le régime égyptien dans les urnes comme dans la rue, les Frères musulmans sont restés très discrets jusqu’ici, même si certains de ses plus jeunes membres ont participé aux premières manifestations. Les autorités égyptiennes ont d’ailleurs mis en garde contre l’instrumentalisation du mouvement par les Frères, arrêtant au passage plus d’une centaine de membres de la confrérie depuis le début de la semaine.


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3 Commentaires sur cet article
  • Rédaction LQA
    28 janvier 2011 at 12 h 20 min -

    L’Egypte coupée d’Internet

    LEMONDE.FR | 28.01.11 | 10h06 • Mis à jour le 28.01.11 | 10h13

    Après deux jours de blocages ponctuels des services de télécommunications et de services Web comme Twitter et Facebook, les autorités sont passées à une méthode plus radicale pour tenter d’empêcher les manifestations prévues ce vendredi : elles ont tout simplement coupé l’accès à Internet dans l’ensemble du pays.

    Peu après minuit, de nombreux témoignages ont signalé que l’accès à Internet était bloqué. D’après les données assemblées par l’entreprise de sécurité informatique Arbor Networks, l’ensemble des fournisseurs d’accès à Internet égyptiens ont coupé leurs services ce vendredi matin.

    Il s’agit d’une première historique : jusqu’à présent, aucun régime n’avait eu recours à un blocage total d’Internet en réaction à des manifestations. Lors des manifestations qui avaient suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en Iran, les autorités avaient procédé à des blocages massifs de services et ordonné des interruptions de services ciblées géographiquement, mais n’avaient pas ordonné une coupure du service dans l’ensemble du pays.

    PAS DE « BOUTON ROUGE »

    Considérée comme « ennemi d’Internet » par l’organisation Reporters sans frontières, l’Egypte procédait depuis des années à un harcèlement juridique et policier des blogueurs et internautes dénonçant la corruption ou la politique du régime de Moubarak. Mais contrairement à la Tunisie, l’Egypte n’avait pas mis en place de systèmes de filtrage de sites ou services Web. Une politique qui a changé avec le début des grandes manifestations de janvier : les autorités ont tour à tour bloqué temporairement des services comme Twitter ou Facebook. Jeudi, la ville de Suez, théâtre de violentes manifestations la veille, était presque entièrement coupée du monde, avec de très fortes perturbations dans l’accès à Internet, mais aussi aux réseaux mobiles et fixes.

    D’après de nombreux témoins dans le pays, les SMS sont également bloqués ce vendredi. Des perturbations sont par ailleurs rapportées dans les services mobiles et fixes par endroit, sans qu’un blocage complet n’ait semble-t-il été mis en place.

    « Bloquer le Web dans des pays qui exercent un contrôle important sur les fournisseurs d’accès n’est pas difficile, parce que ces entreprises qui exploitent les réseaux de câbles dépendent le plus souvent de licences du gouvernement », explique Craig Labovitz, responsable scientifique pour Arbor Networks. « Il n’y a pas de gros bouton rouge, simplement un coup de téléphone passé à une douzaine de personnes-clés. » L’Egypte compte quatre principaux fournisseurs d’accès à Internet : Link Egypt, Vodafone/Raya, Telecom Egypt, et Etisalat Misr. Tous dépendent de la licence qui leur est fournie par l’autorité de régulation des télécommunications égyptienne.
    Le Monde.fr, avec AP




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  • Rédaction LQA
    28 janvier 2011 at 12 h 26 min -

    Dernières infos d’Egypte (Al Jazeera et agences de presse):

    * Important déploiement des forces de sécurité au Caire et dans les grandes villes égyptiennes, et plus particulièrement près des Mosquées.
    *De très nombreux policiers en civil investissent les mosquées.
    * Coupure d’Internet, des SMS et des services du téléphone mobile dans plusieurs villes d’Egypte.
    *Très vive tension dans la ville de Suez où la ville est quadrillée par la police.
    *11h heure algérienne : Début de la prière du Vendredi.
    *La police occupe la place Attahrir du Caire et interdit la prière à la mosquée Omar Makrem. (Al Jazeera).
    * Mohamed Baradei accomplie la prière du vendredi sur une place publique de Gizeh en présence d’un millier de fidèles. (AFP)
    * 11h 45 heure algérienne : fin de la prière. Premiers accrochages entre la police et les manifestants au Caire, là où Mohamed Baradei a accompli sa prière. Ces derniers appellent à la chute de Moubarak (AFP. Reuters).
    12h heure algérienne : Des milliers de citoyens manifestent devant la mosquée Al Azhar. (AFP).
    12h 03 heure algérienne : des milliers de citoyens manifestent devant la mosquée principale du gouvernorat de Manya, au sud de l’Egypte. (Al Jazeera).
    12h04 : 20 000 manifestants sortant des mosquées se dirigent vers le centre du Caire. (Al Jazeera).
    12h 05 : Des milliers de citoyens manifestent devant la Mosquée Kaïd Ibrahim d’Alexandrie. Affrontements avec la police qui utilisent des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes (Al Jazeera. AFP).
    12h 13 : Des milliers de manifestants dans la ville de Suez, malgré le quadrillage de la ville par de nombreux barrages de police. Affrontements avec les services de sécurité qui tentent d’isoler la ville du reste du monde. arrestation de journalistes et saisie d’appareils photos et de caméras.
    12h 25 heure algérienne : des milliers de manifestants dans la ville de Mansourah.
    Des milliers de manifestants tentent d’investir la place Attahrir du Caire encerclée par un impressionnant service de sécurité. Tirs de grenades lacrymogènes pour empêcher les manifestants d’arriver.(Al Jazeera).

    12h 43 heure algérienne : Des informations non vérifiées et rapportées par Al Arabia font état d’une agression de la police contre Mohamed Baradeï. Selon d’autres informations il aurait été arrêté.
    12h 45 : Confirmation de l’arrestation de Baradeï et d’Oussama Ghazali Harb. (Al Jazeera).

    12h 48 : Affolement des services de répression: De nombreux journalistes d’Al Arabia et d’Al Jazeera tabassés puis arrêtés. Les téléphones mobiles d’Al Jazeera bloqués.




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  • Alilou
    28 janvier 2011 at 12 h 47 min -

    Tant que l’occident continu a accorder du credit a ces dictateurs de pacotilles, ca va etre toujours comme ca. Il n’existe desormais aucune autre alternative a la revolution tranquille ou pas…Ils nous tirent dessus a balles reelles comme des lapins on va leur repondre avec des petales de roses rouges…

    Preparez une autre alternative a internet, facebook et twiter,
    On doit sortir les appareila morse de la cave et des signaux de fumee…apprenons le navajo s’il le faut…mais de grace debarassons nous de ces ceniles une fois pour toute….




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  • Congrès du Changement Démocratique