Édition du
22 July 2017

L’Algérie en recherche de changement après un long silence

In LE MAGHREBIN

Lundi, février 7th, 2011 

Par Ghazi Hidouci

Ce que le monde arabe montre avec éclat ces jours bénis et que tout un chacun reconnait en mouvement en Algérie, c’est l’immense déferlement d’exigence de liberté et de dignité pour des peuples profondément méprisés par leurs dirigeants. La poussée de liberté est massive, non réductible par les compromis. Elle traverse cette fois tous les mouvements de pensée, en particulier ceux étouffés de nombreux courants politiques islamistes qui osent diversité, liberté et justice au fronton de leurs mots d’ordre. Le déferlement, nouveau, se formalise dans le slogan convaincu et non discutable du départ sans concession des systèmes politiques et de leurs fidèles objectifs et intéressés. Ce qui est nouveau par rapport à 1990 et que les observateurs voient mal, c’est cette mondialisation des comportements politiques fondamentaux de base consolidée ici par la forte poussée humaine de l’individualisme dans les cultures.
1 Le pouvoir apparent, surpris par cette audace mal envisagée, annonce une évolution suppliante du régime, à Tunis, au Caire puis maintenant par la voie du gouvernement d’ Alger qui ne surprend personne. Ce n’est pas de gaité de cœur; Washington complique les choix de gouvernements peu autonomes: elle ne tolère plus ni le statu quo ni la répression ouverte ni le refus de démocratie. Tout doit être fait pour calmer les gens, maintenir le contrôle géostratégique des intérêts américains et d’Israël; la transition “soft” devient indiscutable, car autrement cela peut transformer en révolution qu’on sait maintenant à Washington ne pas être capables de contrôler. Les chancelleries d’ «intelligence occidentale» s’y emploient vaille que vaille en comprenant bien l’incrédibilité due à leurs positions antérieures et en recherchant avec acharnement les personnalités garantissant le statu quo de domination.

2 Dans le peuple en face, les choses ne sont pas faciles à traiter : les gens campent résolument dans la position spectaculaire et innovante du départ des anciens sans conditions, pour accepter la possibilité d’une transition « douce ». Cette position surprend comme au Caire ou à Tunis, sauf que, quoi qu’on en pense, politiquement, le débat est clos. Pour les gens, le débat est inutile et les gens attentent une « transition après et non avant. La crainte du futur explique en grande partie la langue de bois décalée de Ben Ali, de Moubarak et maintenant de Bouteflika. La langue de bois, c’est le signe certain du trouble des manipulations ; il ne manifeste qu’une chose, clairement : les manouvres de division sont à l’ordre du jour dans les appareils ; il faut faire capituler le mouvement irrésistible de libération en lui vendant des promesses sans garanties.

3 Comment lit-on ce qui se passe ? Alors, et seulement alors, apparaissent immédiatement à Alger les professionnels attitrés des « partis de renouveau ». Ce qui se produit dans le monde arabe questionne le chef en titre du gouvernement qui montre son inquiétude des vagues massives de mouvements populaires de réel changement et s’engage dans l’appel aux compromis pour faire poids et participer aux possibles redistributions de cartes. Les organisations traditionnelles partisanes des activités politiques pluralistes d’appareils, les discours des campagnes électorales faussement démocratiques retrouvent la voie perverse de l’hypocrisie. La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) voit précipitamment le jour et le chef du gouvernement en définit les attributions, dans les médias et en Algérie, ailleurs des avenues Bourguiba de Tunis ou de la « Place Tahrir » en Egypte. Il faut se méfier tout de même de ce que l’on voit. Belhadj est immédiatement arrêté. C’est le premier signe concret de la levée de l’Etat d’urgence.
4 Nous avons au titre de rencontres de collectifs dit ce que nous en pensons dans cette conjoncture mondiale° dominée par le discours sécuritaire qui refuse les revendications de liberté des arabes, et d’abord des arabes, des algériens et de tous les algériens ne trainant pas des dossiers de justice
5 Nous avons suffisamment vécu les échecs des tentatives sages de solutions politiques à maintes reprises dont la plus douloureuse est celle de la malheureuse tentative de San Egidio. Nous avons vu qui, en l’occurrence a joué le triste rôle de diabolisation des mouvements politiques réels, qui a créé et nourri l’échec des moindres réformes et qui a hérité des subordinations au pouvoir. Il est du devoir des algériennes et des algériens de dénoncer les manœuvres qui déjà peuplent les CNDC. C’est la condition pour faire cesser les divisions, tourner cette page néfaste et d’éviter les pièges équivoques qu’elle tend. Le temps joue pour les gens de bonne volonté en dépit de l’énorme volonté compréhensible de s’unir. Le rétrospectif est clair, écrit et bien nommé. Les candidats à la pratique de la transition se précipitent en confondant les calendriers. La question qui se pose aujourd’hui avec acuité, c’est de savoir de quel côté se rangera l’armée, qui chaque fois a servi de faire valoir, si la population algérienne décide, à l’instar des Tunisiens et des Egyptiens, d’elle-même et à n’importe quelle occasion, dans et hors d’Alger, de sortir massivement dans la rue.

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20 Commentaires sur cet article
  • Général AB
    8 février 2011 at 22 h 33 min -

    Non! M.Hidouci
    L’Algérie n’est pas à la recherche de changement!
    L’Algérie va arrêter l’impunité des médiocres criminels puants en cravate et kleptomanes!
    L’Algérie est plutôt à la recherche de sens et de son humanité qu’on lui a subtilisés depuis 1954!
    L’Algérie est tout simplement à la recherche de regroupement de son PEUPLE SOUFFRANT, qui a DEPUIS LONGTEMPS compris que quelquechose était corrompue, viciée, virussée!
    L’Algérie en a ras-le-bol des pratiques d’exclusion!
    L’Algérie veut en finir avec le système de la cooptation selon le poids des connaissances de l’individu avec des clans, des familles de généraux, de ministres, de sénateurs, de députés, de Walis, de chefs de daïra, de présidents d’APC, de PDG et de patron de magasins de pièces détachées!
    UNE HONTE DE SYSTÈME! UNE HONTE POUR NOS GOUVERNANTS!
    l’Algérie a aussi compris que c’est une responsabilité collective que d’y vivre ces malheurs!
    L’Algérie est en quête d’espoir! l’Algérie sait qu’elle doit encore se sacrifier!
    L’Algérie connaît les opportunistes, les menteurs, les profiteurs, les lâches, les lèches-bottes, ceux qui aiment les terrains à bâtir!
    L’Algérie connaît ceux et celles qui l’aiment vraiment et la considèrent non pas comme une propriété de famille ou de clan, mais comme un héritage du peuple à en prendre le plus grand soin et à léguer au peuple!
    L’Algérie connaît chaque bourreau de cellules de tortures de Ben-Aknoun – Hydra – Hussein-Dey à Berrouaghia, à Tamanrasset, à Timimoun, à Skikda, à Tebessa et à Annaba depuis 1962! Nom par nom, maison par maison, famille par famille!
    L’Algérie est témoin et ne sera jamais amnésique, même si les historiens et les intellectuels mal affranchis de salons traficotent notre histoire d’indépendance au jour le jour!
    Vive l’Algérie libre et digne! Vive l’Algérie libre et digne!
    Général AB d’EL-AHRAR




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  • still
    8 février 2011 at 23 h 04 min -
  • Tweets that mention Le Quotidien d’Algérie » L’Algérie en recherche de changement après un long silence — Topsy.com
    9 février 2011 at 0 h 09 min -

    […] This post was mentioned on Twitter by freedomdz and Faten, diego. diego said: Le Quotidien d'Algérie » L’Algérie en recherche de changement après un long silence http://bit.ly/hfnlr3 #algeria […]




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  • W A H I D
    9 février 2011 at 1 h 05 min -

    @LQA

    Il faut surtout éviter ce revivre ce scenario

    C’est un long métrage, mais ça vaut la peine de l’analyser et de tirer les bonnes leçons.
    http://www.youtube.com/watch?v=xNPnXpZfz3o&feature=related

    Pour mieux entamer à nouveau le processus de démocratisions du pays.

    Bonne lecture.

    W A H I D




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  • echecs et maths
    9 février 2011 at 2 h 19 min -

    nos militaires souhaitent une retraite paisible et que le changement se fasse en douce .elle a un penchant pour Hamrouche le fils du systheme ce qui est en soie legitime ,liens de parentes obligent , mais celui-ci ne viendra pas sur un blinde a EL mouradia . le monde a beaucoup change depuis 92. Marianne n est plus mariane et surtout pas avec marine pour les proteges et l oncle sam ne connais pas d etat d ame . tout ce qu il lui reste a notre armee c est le peuple algerien. ce peuple qu elle a sue haire .saura t elle enfin l aime et le protege . l avenir nous le dira ?




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  • le marcheur
    9 février 2011 at 4 h 07 min -

    Bonjour
    Je vous avoue que j’ai eu de la difficulté à lire ce texte. Je trouve dommage que des analyses pertinentes soient inaccessible pour le commun des mortels. Sans vouloir porter un jugement sur l’auteur du texte, Il me semble, cependant, que le soucie pédagogique doit être pris en compte lors de la rédaction de ce genre de contributions.
    Merci




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  • bachir_Etudiant
    9 février 2011 at 8 h 11 min -

    salam, azzoul, salut,
    nous le peuple ‘les HTM’ , nous avons besoin d’un encadrement de la part de la couche intelectuelle de la societé, c vrai le peuple est concient de la graveté de la situation, mais nous nous savons pas encore comment revendiquer nos droits, ce n’est ni par la violence, ni par le suicide; le pouvoir en place ne ferait aucune peine pour ces miserables desesperés; ceci il faut le comprendre,
    ce n’est que par la manifestation pacifique et determinée qu’on peut remporter nos reclammations,
    il est temps de se mobiliser mais il faut se reunir l’un a coté de l’autre, oublions tous ce que nous avons comme diffrences, focalisons nous sur ce que nous avons en commun , ce pays « ‘algerie »; degagons nous ces traitres mafieux d’abord, apres ceci nous pouvons reconstruire l’algerie les mains ensemble.




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  • Abdul
    9 février 2011 at 11 h 42 min -
  • Ali
    9 février 2011 at 13 h 17 min -

    Il ne faut un nouveau système avec de nouvelle tête; l’Algérie regorge de compétences a tout les niveau dont beaucoup ont été mis à l’écart.
    Je considère que tout ancien responsable, ministres et ambassadeurs entre autres est responsable soit activement soit passivement de la tragédie algérienne; génocides, injustice sociale, abus de pouvoir etc.
    a bon entendeur.
    Je suis convaincu d’une chose; les gens vertueux et intègres ne courent pas après le règne et le pouvoir car ils appréhendent les conséquences: c’est une lourde responsabilité dont ils doivent rendre des comptes a Rabi sobhanou




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  • A .Berrah
    9 février 2011 at 15 h 45 min -

    C’est plutot HARAM de ne pas partager cette video
    http://www.youtube.com/watch?v=fSpYEVf39ag
    il y a toujours cette sentence qui me resonne dans la tete: »S’il y a un espoir,il reside avec les prols(le peuple) s’ils arrivent a prendre conscience de leurs forces,ils n’ont plus besoin de conspirer »(George Orwell-1984)




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  • nasser
    9 février 2011 at 16 h 01 min -

    salam a tous,
    voici quelques slogans, reste les banderoles

    essama3ou ya nass
    dzayer kwaha drs

    la boutefrika la toufik la drs,
    wella dzayer matkounche labasse

    ya boutef ya toufik
    tiyara raha tassana fik
    fi dar el beida wela boufarik

    ya boutef, ya toufik
    dzayer rayha tkoum bik

    boutef, ouyahia wela belkhadem
    daymen bin echar ennar wa dem

    mzabi chawi kbayli oulla 3arbi
    ma ifarkna ghira rabi

    ya dzayer noudhi men essahra lel bordj
    wella edjik ghazwa akthar min sidi fredj

    al barah bouazizi et sidi bouzid
    el yom massar, dzayer, mabrouk illizid

    avec la terre, l eau et le soleil
    l algerie sera une merveille

    lolalgerie blogspsot




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  • nabil
    9 février 2011 at 16 h 04 min -

    Djamel Zenati, militant pour le combat démocratique, ancien du FFS et du Mouvement culturel berbère (MCB), apporte, dans cet
    entretien, un éclairage sur différentes questions liées à l’actualité nationale, notamment les dernières émeutes et tout ce qui en découle comme actions citoyennes.

    -Quelles interprétations faites-vous des derniers développements survenus sur la scène politique et sociale ?

    Au-delà des manipulations et des manœuvres politiciennes réelles ou supposées, le mouvement de colère que vient de connaître notre pays signe l’échec de la politique antinationale de l’une des dernières dictatures au monde. La dégradation avancée des conditions de vie de l’écrasante majorité des Algériens et l’opulence affichée avec arrogance par le pouvoir et sa clientèle ont nourri un sentiment d’injustice et d’indignation très fort.La fermeture des espaces de la libre expression et la destruction des canaux institutionnels d’épanouissement culturel et de promotion sociale ont poussé les citoyennes et les citoyens vers des modes d’affirmation et d’action extrêmes.

    Nous vivons un moment d’une grande intensité politique, car la situation explosive du pays est couplée à un contexte régional en pleine ébullition. Ça peut donner le meilleur comme le pire. Tout dépend du prolongement qui sera donné au mécontentement populaire par les divers acteurs et intervenants politiques. Une chose est cependant certaine, l’émeute ne peut en aucun cas constituer une stratégie politique, et quand elle s’installe dans la durée, elle renforce plus qu’elle ne fragilise le régime en place. Lors des dernières émeutes, tout le monde aura constaté que la dimension déviante a rapidement pris le pas sur l’aspect contestataire.

    -Comment expliquez-vous cela ?

    Il y a d’abord le fait que la culture du pillage qui caractérise le sérail a déteint sur la société. Mais plus grave encore est cette jonction qui s’est établie entre les «nouveaux riches» et les milieux du banditisme et de la délinquance. Ces derniers sont utilisés comme «limes sociales» censées contenir la contestation et lui enlever tout caractère politique. Ce phénomène dangereux risque de démobiliser les populations. C’est pour cela qu’il est nécessaire de privilégier l’émeute des consciences et le travail de réflexion et de construction.

    -La Tunisie semble être sur le point d’instaurer un régime démocratique et l’Egypte est dans un mouvement de contestation du régime. Peut-il en être de même pour l’Algérie ?

    Je suis très confiant dans le processus tunisien à déboucher sur un système démocratique. Je le suis moins en ce qui concerne l’Egypte où la donne géopolitique va peser lourdement. Chaque pays a sa propre trajectoire, ses spécificités, et personnellement je réfute l’idée de vague démocratique, car je ne crois pas à la fatalité historique. Il peut cependant y avoir des interactions, mais il faut se garder d’en surestimer le poids. Il ne fait pas de doute que les peuples de la région sont en marche. Et c’est le cas de l’Algérie. Les évolutions qui surviendront seront celles que choisiront les acteurs, bavards et moins bavards, au pouvoir ou dans l’opposition, dans la diversité de leurs démarches et perceptions.
    Le sursaut qualitatif dépendra de la volonté et de la capacité de ces acteurs à construire un consensus politique honnête et durable loin du populisme et de la manœuvre. Un contrat historique est aujourd’hui possible car le règne par «le verbe et le bâton» est révolu et l’alibi du «rempart contre l’extrémisme» fissuré. Bien au contraire, c’est le maintien de ces systèmes qui nourrit l’extrémisme et menace la paix partout dans le monde. Et les exemples ne manquent pas.

    -Toujours aussi émiettée, l’opposition démocratique peine à se constituer en véritable alternative au régime. Quelles sont les causes de cet échec ?

    L’histoire mouvementée de notre pays avec une irruption récurrente de la violence a empêché l’émergence d’une culture et d’un champ politiques. L’absence de traditions étatiques a favorisé le repli dans les valeurs et structures traditionnelles à solidarité primordiale. Depuis quelques années, il y a un balbutiement du politique, mais le pouvoir a réussi à configurer le champ à sa convenance et à insérer l’opposition dans un jeu politique dont il a lui-même fixé les règles. Il lui a enlevé de ce fait toute capacité stratégique. Avec le temps s’est développé un rapport de suspicion entre le peuple et les élites. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement quand des élus se réclamant de l’opposition alimentent eux-mêmes le phénomène de la corruption par des recommandations appuyées au profit des barons de l’alcool et autres secteurs maffieux ?

    Enfin, il y a lieu de signaler cette discorde permanente qui caractérise les forces politiques et qui ne s’explique pas seulement par l’action des laboratoires du pouvoir. Il y a aussi l’effet destructeur des pesanteurs de notre société qui baigne dans un autoritarisme quotidien qui sert de réceptacle à l’autoritarisme du pouvoir. L’opposition est-elle aujourd’hui prête à rompre avec ce carnaval et à reconstruire un rapport de confiance avec la population ? Je l’espère de tout mon cœur. L’Algérie a vécu ces dernières années une expérience très dense en événements et à chacun de faire son introspection et tirer les enseignements utiles. C’est à ça que doit servir le passé et non pas à actualiser des conflits qui ne serviraient pas la dynamique actuelle. Mais il est vrai que certains doivent, plus que d’autres, faire montre de modestie et de sens de la mesure.

    -Comment voyez-vous l’après-Bouteflika ?

    Après les alternances claniques, nos dirigeants semblent tentés par la succession familiale. Hantés par l’idée de laisser la place, ils ont trouvé là une manière de quitter le pouvoir sans le quitter. La nouvelle configuration du système mise en place par Bouteflika répond justement à ce souci.Jamais un Président n’a eu autant d’atouts entre les mains, et le résultat après douze ans de règne est tout simplement un énorme gâchis. Il a fait perdre à l’Algérie toutes ses opportunités, notamment la possibilité de rejoindre le concert des pays émergents.Il a affamé le peuple, affaibli les institutions, érigé le régionalisme en critère d’accès aux postes et ressources, livré l’économie aux réseaux maffieux. Et j’en passe. La guerre de succession a déjà commencé et ses anciens sponsors entendent se réapproprier les prérogatives dont ils ont été dépouillés.

    Et c’est l’éternel recommencement. L’après-Bouteflika se présente selon deux scénarios possibles. Le premier consiste en un retour à l’avant-Bouteflika. Le second est celui de l’amorce d’une transition démocratique. La raison et le sens patriotique dicteraient à tout un chacun d’opter pour le second scénario.
    Mais les réflexes néo-patrimonialistes de nos dirigeants et le peu de considération qu’ils ont pour le pays risquent de nous fourvoyer dans une nouvelle aventure meurtrière. L’empressement qu’ils ont à mobiliser les technologies les plus sophistiquées de répression des masses contraste avec un silence honteux et un «aplat-ventrisme» indigne quand des pays comme la Palestine ou l’Irak se font humilier et martyriser au quotidien.Ils peuvent aller jusqu’à susciter un état de guerre pour se maintenir. Et si les choses se corsent, ils choisiront, à l’exemple de Ben Ali, de fuir comme des malfrats plutôt que d’accompagner le peuple dans une meilleure perspective historique.

    -Quel est votre rapport au FFS ? Que pensez-vous de sa position dans la conjoncture actuelle ?

    Le rapport est certes distant depuis quelque temps, mais le FFS demeure le parti dont je me sens le plus proche. Son rôle durant les années de braise a été décisif dans l’évitement d’un embrasement généralisé du pays. Ses problématiques et propositions demeurent pertinentes et d’actualité. Ce qui le prédestine à jouer un rôle moteur dans cette dynamique de remise en cause du système politique actuel. Il est assez caractéristique que les exigences les plus insistantes du FFS, à savoir la levée de l’état d’urgence et l’amorce d’une période de transition, soient reprises par l’ensemble des organisations, y compris par celles qui les avaient combattues auparavant. C’est un fait important dont je me réjouis. Mais je serai encore plus heureux si le FFS retrouvait la place qu’il mérite sur la scène politique et je ne comprends pas qu’il se mette en marge en pleine effervescence sociale. Nul n’a le droit de priver les citoyens d’un instrument de lutte ou d’un espace d’expression quelconque.

    -Y a-t-il des chances de voir Djamel Zenati réinvestir bientôt le terrain politique ? Etes-vous prêt à prendre des initiatives personnelles ou à vous joindre aux dynamiques qui semblent se profiler à l’horizon comme la marche du 12 février ?

    Je n’ai jamais quitté totalement le terrain politique mais je dois reconnaître que je me consacre plus au travail de réflexion qu’à l’activité politique. De plus, il est devenu difficile d’être visible dans un champ de plus en plus rétréci et surtout pollué.
    Pour ce qui concerne les initiatives, je crois que plus il y en a et moins c’est bon. Le foisonnement des initiatives n’est pas de nature à favoriser les convergences. Je n’ajouterai donc pas au risque dispersif. Toutefois, je voudrai souligner avec insistance que toute action qui ferait l’impasse sur les attentes et les indignations exprimées par les citoyens serait perçue comme une tentative de récupération politicienne du désarroi du peuple. Ce qui est au centre des préoccupations de la population peut se résumer en deux phrases : suppression des injustices et élargissement des libertés.

    Pour cela, toute initiative politique devra s’articuler autour de deux axes essentiels. Le premier a trait à une série de mesures d’urgence, comme la levée de l’état d’urgence, ou encore la mise en œuvre d’un plan immédiat et concret dans les domaines de l’emploi, du logement et du cadre de vie en général. Le deuxième axe concerne l’amorce d’une transition démocratique dont les séquences et le contenu seraient à définir par l’ensemble des acteurs. Prudence et patience sont nécessaires pour éviter les impasses du passé.Quand à la marche du 12 février, il est certain que j’y serai




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  • Omar
    9 février 2011 at 17 h 39 min -

    Ce qu’a dit Djamel est trés pertinent et perspicace. Il est d’une tres grande lucidité politique. Il a dressé, d’une façon trés subtil, un protrait trés réel de la conjoncture politique actuelle en Algérie. Par ailleurs, je souhaite qu’il fera preuve de pragmatisme et redevenir comme il a toujours été auparavant, un acteur politique tres actif au sein du FFS qui a tant et toujours besoin de lui.

    Bon courage

    Mes salutations du Canada.




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  • mihoubi
    9 février 2011 at 18 h 39 min -

    S’il ya une chose que le pouvoir redoute le plus c’est la contestation pacifique. Une contestation pacifique est une contestation intelligente et cultivée, surtout si elle est bien encadrée et bien organisée. Ce genre de contestation met à nu la violence barbare et sanguinaire du pouvoir, le seul language que connaissent nos criminels de carrière. Ils vont tout faire pour provoquer le chaos et brûler le pays comme le font leurs sinistres collègues égyptiens. J’espère seulement que nos jeunes seront assez lucides pour ne pas tomber dans le jeu.




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  • Hamma
    9 février 2011 at 18 h 59 min -

    Quand voyons-nous qu’il y a une véritable CRISE dans notre pays?

    1. Sur le plan économique:

    – Crash boursier
    – Récession
    – Inflation
    – Spéculations financières (hasardeuses)
    – Endettement

    2. Sur le plan social:

    – Chômage
    – Répression
    – Injustice
    – Suicides
    – Emprisonnement

    3. Sur le plan politique:

    – Chute du gouvernement
    – Ruine du pays
    – Isolement international
    – Sanctions internationales
    – Eclatement du pays

    Conséquences:

    – Contestation
    – Rebellion
    – Insoumission
    – Soulèvement
    – Explosion

    C’est la CRISE!




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  • still
    9 février 2011 at 19 h 01 min -

    La résistance individuelle.

    Désolé sir Hidouci , avec ces «mouvements de pensée » et » courants politiques islamistes »votre analyse a complètement raté les tenants et les aboutissants des mouvements de changement en cours que ce soit en Tunisie , en Egypte ou en Algérie.
    La poussée de liberté est certes massive mais elle n’a été initiée par aucun « courant de pensée » a fortiori islamiste !Les courants de pensée politique dont les partis politiques sont les porte-paroles ont été mis en veilleuse .Mais cette « panne » de l’opposition voulue et entretenue par les régimes a, par ricochet, pris de court Les gouvernements fantoches qui sont tombés dans leur propre piège :En contrôlant les partis politiques ils ont cru contrôler les masses populaires. En réalité, ils n’ont réussi qu’à isoler ces partis de la majorité du peuple qui ne font plus confiance en eux. Dans leur incurable myopie, les gouvernants n’ont pas vu monter le mécontentement populaire –faute de canaux d’expression -jusqu’a ce qu’il atteignît le seuil d’explosion en Tunisie et en Egypte. En Algérie il tarde un peu, le seuil d’explosion étant plus élevé : le peuple algérien ayant survécu aux plus dures épreuves, il a acquis cette « peau dure » qui retarde sa réaction. Mais ne nous méprenons pas ! Si personne n’avait prévu l’explosion de colère du peuple tunisien personne ne doute de l’explosion imminente de la colère du peuple algérien. Pire, la tension et l’intensité du vécu algérien en font un ingrédient à haute teneur explosive, ce qui présage d’un mouvement dévastateur, « non civilisé » aux conséquences proportionnelles aux affres endurés par le peuple.
    Cette explosion, come celles de la Tunisie ou de l’Egypte, ne sera pas a mon humble avis, initiée par les partis politiques. Les leaders de ceux-ci ayant perdu la confiance de leurs militants, ne pourront pas mobiliser assez d’énergie (population motivée), pendant assez de temps pour enclencher l’effet boule de neige irréversible. Cette explosion sera spontanée, donc imprévisible car levant en dehors du circuit médiatique officiel qui prône le tout-va-bien dans ses media. Quand le seuil critique est atteint, il suffit d’une étincelle pour que tout le bazar s’embrase. Les autorités qui avaient cru bien faire en isolant les partis politiques de la base populaire se trouvent dépourvues d’intermédiaires fiables ou capables d’entrer en contact avec les manifestants mecontents afin de les apaiser ou de leur faire « entendre raison » ou même de négocier avec eux. Ce qui était le point faible de la population (l’absence de leadership) devient leur point fort. On peut impressionner ou corrompre un leader mais on ne peut pas impressionner ou corrompre des millions de mecontents qui, non seulement n’ont plus peur de mourir, mais que, paradoxalement, chaque coup de boutoir rend encore plus forts et plus déterminés. Ainsi, des milliers de sons de cloche différents muent en une symphonie émouvante par le miracle des lois naturelles qui gouvernent aux mouvements collectifs des masses.
    La résistance individuelle, sans leadership s’avère bien le mode de résistance le plus approprié des temps modernes.




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  • still
    10 février 2011 at 0 h 23 min -

    PS.
    J’ai oublié de mentionner la caractéristique essentielle d’un mouvement spontané :l’absence totale de revendications partisanes.




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  • Liès
    10 février 2011 at 3 h 11 min -

    Salutations à toutes et à tous.

    La DÉMOCRATIE, tout le monde en parle.

    C’est quoi au juste la démocratie?

    Littéralement, la Démocratie est un régime où le pouvoir appartient au peuple.

    C’est certainement un idéal vers lequel il faut tendre, mais il faut admettre que cette démocratie ‘’populaire’’ restera toujours une utopie pour plusieurs raisons objectives dont je vais citer ci-dessous, trois petites raisons simples.

    1- On n’est jamais sûr d’avoir voté sur le bon candidat, et ce quelque soit la liberté dans laquelle s’est manifesté notre choix.
    2- Notre élu mandaté sera confronté à la réalité des chiffres (le déséquilibre entre les ressources disponibles limitées et les besoins exprimés par la population), et il n’est pas certain qu’il satisfera à toutes nos attentes.
    3- On n’est jamais à l’abri des contraintes que nous impose l’environnement extérieur et sur lesquelles on n’a peu ou pas de contrôle.

    Mais la démocratie reste le meilleur régime de gouvernance en vigueur jusqu’ici, notamment par son côté EFFICACITÉ.

    En plus de son très important aspect ‘’d’ALTERNANCE au POUVOIR’’ qui s’exprime par le droit de vote et la sanction des urnes, la véritable démocratie est un système politique qui permet spontanément les ajustements nécessaires pour minimiser les tensions internes tout en s’adaptant au mieux à son environnement.

    Le droit de vote (une personne en âge de voter = une voix) est le fondement même de la démocratie.

    Autre aspect important de la démocratie véritable, c’est la LIBERTÉ d’EXPRESSION.

    La liberté d’expression est le meilleur moyen de fournir aux dirigeants l’information indispensable à la prise de décisions collectives optimales.
    Le libre débat est un élément non négligeable de cohésion sociale.

    Une démocratie efficace, requiert une liberté totale d’opinion : l’information doit circuler librement.

    D’une part pour permettre un dialogue et une compréhension entre antagonismes et d’autre part pour permettre l’inévitable rapprochement des points de vue qu’induit l’échange des opinions contraires.

    Les PARTIS POLITIQUES: un autre aspect important de la démocratie.
    La démocratie suppose également l’existence d’une pluralité d’options et de propositions incarnées par les partis et élaborées sous formes de programmes et de ligne politique.

    La Démocratie implique donc un système efficace de sanction des gouvernants.
    Si les élections sont une manière pour les gouvernants de s’informer, sur l’état d’esprit du peuple, elles doivent être un système efficace pour sanctionner des gouvernants.

    Croire que la Démocratie doit  » se défendre  » contre son peuple est une absurdité : il ne peut y avoir d’ennemi qu’extérieur ou étranger.

    La force d’un système démocratique est de s’adapter et s’ajuster à ses tensions et aux revendications internes.

    Interdire des partis, ou leur interdire de jouer leur rôle, c’est donc casser le thermomètre.

    Lorsqu’une société connait des blocages, comme c’est le cas chez nous en Algérie, soit parce que les tensions ne peuvent plus s’exprimer, soit que le dirigeants ne veulent pas en tenir compte, on peut certes bloquer l’ajustement internes un certain temps, mais on aboutit tôt ou tard à une catastrophe.

    La propagande permet à ceux qui monopolisent le pouvoir à leur profit de cacher la vérité et de manipuler le peuple.

    Mais tôt ou tard, la vérité finit par apparaitre et les anachronismes par remonter à la surface, et à ce moment, l’ajustement trop longtemps différé risque d’être brutal : c’est une ré-évolution.

    Un système qui refuse de se reformer et qui continue, par le moyen de la corruption en tout genre, de s’appuyer sur la servilité et la fidélité d’une clientèle composée de rentiers et de bureaucrates budgétivores, de courtisans et d’affairistes véreux ainsi que d’opportunistes de tout poil, finira logiquement par se scléroser et se bloquer.

    Son aveuglement et son irresponsabilité le rendent incapable d’appréhender les grands défis et il deviendra, comme un  »train fou lancé dans le brouillard », dangereux pour tout le monde.

    Enfin, le socle de la démocrate et de l’État de droit, c’est la CONSTITUTION.

    Lorsque celle-ci est juste, crédible et fiable, elle permet l’émergence et la protection de démocratie et par extension de l’État de droit.

    La constitution algérienne en vigueur est loin de favoriser cela. Elle est même scélérate par bon nombre de ses articles, dispositions et principes, et je le dis sans animosité aucune.

    Et pas seulement! C’est aussi parce qu’elle est non respectée par ceux-là même qui sont censés l’honorer et la protéger, et elle est tripotée et violée allègrement en fonction de leurs désirs personnels.

    D’ou la nécessité devenue impérieuse et très urgente du CHANGEMENT du système politique en Algérie, pour voter une autre constitution favorable aux aspirations de notre peuple, et aux vœux de nos martyrs.

    Quelqu’un avait dit, ‘’ lorsqu’un jeu n’intéresse plus les spectateurs, ce ne sont pas les joueurs qu’il faut changer, mais le jeu’’.

    Pour ce qui nous concerne en Algérie, le JEU à changer c’est le SYSTÈME, et les RÈGLES du jeu c’est une nouvelle CONSTITUTION.

    Fraternellement à toutes et à tous.

    Liès Asfour.




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  • Alilou
    10 février 2011 at 12 h 45 min -

    Divorce à l’algérienne

    Le président Bouteflika devrait être théoriquement très à l’aise en prévision de la marche du 12 février à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNDC), marche interdite par les pouvoirs publics. En effet, à la différence de la Tunisie et de l’Egypte où les revendications des manifestants se sont focalisées autour du départ des présidents Ben Ali et Moubarak en tant que symboles des régimes autocratiques en place pendant des décennies et condition première pour des changements démocratiques dans ces pays, les mots d’ordre retenus par les organisateurs de la prochaine marche d’Alger ne ciblent pas explicitement et nommément le président Bouteflika.

    Dans l’«Appel d’Alger» qui constitue une espèce de charte de ses revendications politiques et autres, la CNCD a élaboré une liste de mots d’ordre qui seront scandés par les manifestants à l’occasion de la marche du 12 février dont, entre autres, le changement et la démocratie, la levée de l’état d’urgence, pour une Algérie démocratique et sociale, l’ouverture du champ politique et médiatique, le travail et la justice sociale, la libération des détenus des émeutes. Il n’est fait nulle part mention – du moins explicitement – du départ du système et des hommes qui l’incarnent. La solution radicale du départ du système à la tunisienne et à l’égyptienne n’est pas posée comme préalable à tout changement démocratique par la société civile qui s’est engagée dans le mouvement de protestation.

    Ce qui est demandé, au regard des revendications exprimées, c’est plus d’ouverture dans le sens de la démocratisation du pays et une prospérité partagée qui profite à tous les Algériens et non pas seulement à une minorité de privilégiés. Serait-ce par souci tactique ? Pour ne pas entrer en confrontation directe avec le pouvoir en plaçant très haut la barre des revendications dans l’euphorie révolutionnaire ambiante. Pour amorcer un changement, une transition en douceur et à moindres frais qui éviterait à l’Algérie les pertes humaines et les dégâts coûteux enregistrés chez nos voisins. Les partisans de la «solution finale» voient dans la démarche une compromission politique qui ne dit pas son nom.

    Faut-il copier-coller les expériences des révolutions tunisienne et égyptienne du point de vue du contenu intrinsèque des revendications portées par la rue dans ces pays ? Ou, au contraire, emprunter une autre voie, moins radicaliste mais convergeant vers le même idéal démocratique ? Le débat est ouvert, fermant une longue parenthèse sur l’opportunité, la faisabilité politique, voire la nécessité du changement qui est ressentie aujourd’hui avec la même force de conviction en Algérie et ailleurs, dans d’autres pays arabes de la région, du Moyen-Orient et des monarchies du Golfe où des voix commencent aussi à s’élever pour bousculer l’ordre établi.

    L’équation du changement, telle qu’elle est posée par la CNCD, prend l’aspect d’une perche tendue au pouvoir pour se réformer de manière pacifique. La main tendue sera-t-elle saisie ? Ou bien s’achemine-t-on vers un divorce à l’algérienne qui n’en finit jamais avec les dédales des procédures judiciaires ? Les frustrations, en Algérie, sont d’autant plus grandes que les maigres acquis démocratiques arrachés à la faveur de la révolte d’Octobre 1988 et qui faisaient la fierté des Algériens sont aujourd’hui dépassés par les leçons de démocratie qui nous viennent de pays classés, il quelques jours seulement, comme les derniers de la classe en la matière.

    Omar Berbiche

    SI CE SONT LA TOUTES LES REVENDICATIONS POUR LA MANIF DU 12 FEVRIER 2011, MOI JE RESTE A LA MAISON FUMER DU THE ET RETER EVEILLE CAR LE CAUCHEMARD CONTINUE………pffffffff Hic…..




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  • Boreal
    10 février 2011 at 15 h 52 min -

    @ Still
    Sans leadership, sans organisation en capacité de canaliser toute cette force et cette énergie qui tel un volcan gronde et dont la densité croît au gré des injustices, nous risquons malheureusement d’entrer dans une zone de turbulences totalement imprévisibles et dont les effets peuvent être dévastateurs et incommensurables.




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  • Congrès du Changement Démocratique