Édition du
30 March 2017

En Algérie, réveil lourd et difficile après les manifs de samedi

Témoignage

En Algérie, réveil lourd et difficile après les manifs de samedi

In RUE89
Par Sofia Djama | Réalisatrice | 14/02/2011 | 15H15

Les Algériens seraient-ils de moins bon marcheurs que les Tunisiens ou les Egyptiens ? La tentative algérienne du 12 février nous amène à penser que oui. Car la marche, ce mouvement aussi simple qu’il puisse paraître, est un acte d’une extrême complexité. Il fait appel à la coordination entre le système nerveux et le système locomoteur. La marche dépend aussi de l’équilibre régi par l’oreille interne.

Samedi 12 février, de petits corps fragiles se sont présentés sur la place du 1er Mai à Alger, sur la place d’Armes à Oran [aujourd’hui place du 1er Novembre, ndlr] , ainsi que dans d’autres villes d’Algérie, afin de pratiquer synchroniquement cet acte physique naturel et inaliénable, sauf cas d’incident.

Marcher, c’est l’enclenchement de mouvements, de muscles qui embarquent une masse corporelle, c’est une production d’énergie, et le tout est lié par une volonté, celle du corps et de l’esprit. C’est avancer ensemble vers un objectif commun : se réapproprier notre Algérie que l’on nous a confisquée depuis près de cinquante ans.

Impulsion défaillante, entrave sécuritaire

Que s’est-il donc passé pour que le 12 février, quand une énergie nous est venue de Tunisie et d’Egypte, censée alimenter nos jeunes corps d’Algérie, ceux-ci n’aient pas pu faire bloc et exprimer une volonté par un acte ?

Il y a eu d’abord ce système nerveux, appelons le « coordination nationale », qui a fait preuve de défaillance, incapable d’organiser le mouvement. Si bien que le système locomoteur, donc la première forme d’exécution, se retrouve à lancer comme elle peut et désespérément la masse corporelle dans un espace qu’elle ne parvient à intégrer que très difficilement.

Car entre-temps, les articulations ont été touchées par un événement extérieur, une force contraire évidente depuis quelques jours. Elle est habillée d’uniformes bleus, munie de matraques en bois, et de bombes lacrymogènes ; appelons la « la force anti-émeute ». Ils n’étaient pas moins de 25 000 policiers le 12 février [entre 30 000 et 35 000 selon la presse internationale, ndlr].

Une presse internationale avide de sensationnel

La coordination ainsi que la pseudo opposition n’ont pu réorganiser le mouvement : elles étaient plutôt affairées à expliquer le propos, pourtant notoire, de la marche à une presse internationale avide de sensationnel.

Seulement, le sensationnel n’a pas été rendu possible, puisque nous, « la masse corporelle », étions livrés à notre triste sort, tentant de garder un équilibre précaire, tout en essayant de gagner quelques petits pas, vers la promise place des Martyrs. Et ce malgré l’absence d’énergie locale et faisant avec un cumul d’informations transmises à nos oreilles internes (arrestations, manipulations, et perturbations).

Nos corps ont été peu à peu démembrés. Le mouvement s’est éclaté, la marche a été immobilisée. Nos muscles se sont à nouveau engourdis.

Avant la fin de la journée, nous nous sommes traînés chez nous, à plat ventre, avec un arrière goût d’échec dans la gorge, rendant l’expression orale impossible, nous nous contentons d’une toute petite victoire, les échos des rassemblements spontanés à Paris et à Montréal, encouragés par nos nouveaux amis tunisiens et égyptiens.

Seule certitude : la nécessité d’une rupture

13 février, réveil lourd et difficile. Mais aussi un constat : pour savoir marcher, il faut savoir d’abord structurer, et identifier toute notre anatomie.

Réveil approximatif dans un pays approximatif, où la seule certitude
que nous traînons comme un boulet, est la nécessité d’une rupture avec
un système aussi dur que de l’acier trempé qui nous oblige à
l’immobilisme.

Ce système a engourdi nos muscles pendant si longtemps
que nous en sommes arrivés à ne plus savoir accomplir l’acte le plus
naturel que puisse ambitionner un corps humain jeune et a priori en
bonne santé : marcher.


Nombre de lectures : 968
2 Commentaires sur cet article
  • Tweets that mention Le Quotidien d’Algérie » En Algérie, réveil lourd et difficile après les manifs de samedi — Topsy.com
    15 février 2011 at 14 h 37 min -

    […] This post was mentioned on Twitter by rouanidz, diego. diego said: En #Algérie, réveil lourd et difficile après les manifs de samedi http://bit.ly/gTv2aG #algeria […]




    0
  • IDIR
    15 février 2011 at 22 h 40 min -

    La Révolution Nouvelle Génération

    C’est la grande leçon égypto-tunisienne. La nouvelle génération est otage des Eternels Serviteurs de l’Occident vicié. Elle est otage du monde qu’ils ont créé. Comme dans toutes révolutions, il existe deux sortes de révolutionnaires ; les uns désirent la Révolution pour la Justice et la Dignité ; les autres veulent la Révolution pour les Palaces et le Pouvoir.

    Ces jeunesses tunisienne et égyptienne sont nées sous la dictature et grandies avec. Elles ne pouvaient pas mourir sans une lueur de démocratie et de liberté. Elles ne pouvaient pas mourir sans effacer l’héritage de la corruption. Elles ont agi en stratèges.

    Ces jeunesses se sont révoltées pour une Société qui repose sur le principe d’égalité c’est à dire de non hérédité sociale et politique : les positions sociales ne sont pas liées à l’appartenance sociale. Dans le domaine politique par exemple, on ne devient pas Président de la République de père en fils !

    Elles sont d’ailleurs entrain de réformer notre société. Elles ont fait éclater le trafic d’influence, la gangrène qui fait étouffer la société arabe. Ce collier de l’enfer qui sert à ankyloser les jeunes a volé en éclats !

    Cette génération qu’on décrivait il y a quelques semaines comme une jeunesse sans espoir. Ces mêmes jeunes ont été mûris par l’injustice et la souffrance, ils ont acquis de la maturité, de l’expérience, de la sagesse, leur stratégie est pratiquement à contre pied des stratégies des despotes. Aujourd’hui, ils sont dans la rue à demander leur place dans la société, leur juste part de la société.

    Nous avons besoin d’une Évolution des opinions, des courants de pensée, des sciences; découvertes, inventions entraînant un bouleversement, une transformation profonde de l’ordre social, moral, économique, dans un temps relativement court.

    Nous voulons une Société Juste, conforme au droit et à l’égalité des personnes. Une société juste serait, pour nous tous, une société à la fois ordonnée par un souci collectif de justice, et régulée par la vertu de justice de chaque individu.

    Je serais, plutôt, en cohérence avec les différentes analyses du Professeur L. Addi, pour dire que le temps de la manipulation est définitivement révolu. Assurément, des hommes ont été, fortement, manipulés comme des enfants avec des jouets pour tuer, lors de la décennie noire en Algérie. Les Algériens ont appris à ne plus être des moutons, des victimes.

    Concernant le rassemblement du 12 février 2011, il n’est pas un échec mais un non-événement, notamment, lorsqu’on voit dans la foule un chef religieux, toujours, atteint de frénésie et un « psychiatre manipulateur », particulièrement, doué pour la dissimulation et l’exploitation des failles du système, « homme politique », il escroquera sans remords, s’enrichira encore plus sans scrupule sous des abords à priori respectables, tentera de se « placer » là où il y a de l’argent à se faire et du pouvoir à exercer. Avec beaucoup de réussite, hélas !

    Comment fait-on au juste, lorsqu’on a vingt ans en 2011 ? La jeunesse algérienne est tournée, préférablement, vers un monde qui utilise maintenant Internet au quotidien pour communiquer, pour s’informer, pour comprendre leur planète, on vient de voir, en Tunisie et en Égypte, qu’on ne peut plus couper ce cordon de communication. Pour une révolution en Algérie, le Changement viendra de ce seul slogan, Tuer le Pouvoir du trafic d’influence national.

    Ce qui n’existait pas pour la génération précédente. Une technologie qui a accéléré les communications, qui a facilité la circulation des opinions, des réflexions, plus vite que jamais auparavant et surtout, hors des frontières.

    IDIR

    « Vers un laboratoire du changement sociétal ?

    Renouvellement démocratique, transformation de la relation aux savoirs : dans un cas comme dans l’autre, les questions auxquelles sont confrontés les mouvements sociaux ne lui sont pas spécifique mais reflètent des difficultés auxquelles l’ensemble de nos sociétés sont confrontées.

    La crise de la démocratie représentative est partout, à commencer par l’Europe, vieille dame démocratique, comme nous le montre la série d’élections récentes et la montée de l’abstention et de l’extrême droite dans plusieurs pays (Italie, Danemark, France, Pays-Bas…)

    Côté partage du savoir, tout le monde – gouvernements, entreprises, associations – parle de fracture numérique et de la nécessité de permettre à chacun de s’approprier les outils de l’ère de l’information. En réalité ce que l’on met derrière le mot « appropriation » est loin d’être compris par tous de la même manière.

    Manipuler une souris, savoir envoyer un e-mail n’est un enjeu ni social ni politique. Une véritable appropriation sociale des réseaux, c’est permettre à tout un chacun d’être non pas consommateur de contenus, mais créateurs de ces derniers.

    Aujourd’hui en tant qu’acteurs des mouvements sociaux et civiques, une double démarche doit nous inspirer quand on parle de technologies de l’information et de la communication : comprendre que derrière les TIC se nichent des difficultés et des opportunités qui sont transversales à toutes nos autres batailles ; nous rapprocher des militants des TIC afin de croiser innovation technologique et imaginaire politique. »

    Valérie Peugeot, VECAM




    0
  • Congrès du Changement Démocratique