Édition du
21 July 2017

Le monde change, et nous avons un grand rôle

Mondialisation.ca, Le 21 février 2011

Michel COLLON

 

Après les Latinos, les Arabes. Et demain, les Africains ? Pourquoi Washington et Paris ont dû reculer en Tunisie et Égypte. Comment ils vont essayer de sauver l’essentiel du système néocolonial. Et quel est notre rôle à tous pour que le monde se transforme vraiment.

Longtemps, l’Empire a paru invincible. Les États-Unis pouvaient à leur guise et sous les prétextes les plus absurdes, violer la Charte de l’ONU, appliquer de cruels embargos, bombarder ou occuper des pays, assassiner des chefs d’État, provoquer des guerres civiles, financer des terroristes, organiser des coups d’État, armer Israël pour ses agressions…

Ils semblaient pouvoir tout se permettre, et le pessimisme dominait. Combien de fois ai-je entendu : « Ils sont trop forts, comment pourrions-nous mettre fin à ces régimes arabes corrompus et complices d’Israël ! » La réponse est venue d’en bas : les peuples sont plus forts que les tyrans.

Mais chacun sent que le combat ne s’est pas terminé en éliminant juste Ben Ali et Moubarak, il ne fait que commencer. Pour arracher de véritables changements, il faudra neutraliser ceux qui tiraient les ficelles en coulisses. D’où l’importance décisive de bien cerner les mécanismes de ce système qui produit les tyrans, les protège et au besoin les remplace. Pourquoi cet Empire s’affaiblit, et comment il va essayer de se maintenir à tout prix.

Aucun Empire n’est éternel

Aucun Empire n’est éternel. Tôt ou tard, l’arrogance des crimes provoque une résistance générale. Tôt ou tard, le coût du « maintien de l’ordre » dépasse les profits que ces guerres apportent aux multinationales. Tôt ou tard, les investissements dans le militaire font défaut aux autres secteurs qui perdent la compétition internationale.

Et les États-Unis n’échappent pas à la règle. Le taux de profit de leurs multinationales décroît depuis 1965, et les bulles d’endettement et de spéculation n’ont fait que reporter et aggraver le problème. Leur part dans l’économie mondiale est passée de 50% en 1945 à 30% dans les années 60, autour de 20% aujourd’hui et 10% environ dans vingt ans. Or, aucune armée ne peut être plus forte que son économie, et les USA sont donc de moins en moins en état d’être le gendarme du monde. Aujourd’hui, la planète devient « multipolaire » : un autre équilibre s’installe entre USA, Europe et Russie et surtout avec les grands pays du Sud. Particulièrement, la Chine qui a prouvé qu’être indépendant était la meilleure façon de progresser. USA et Europe ne peuvent plus imposer leurs volontés comme avant. Leur néocolonialisme pourrait mourir bientôt.

En fait, ce déclin US est de plus en plus visible depuis dix ans… En 2000, la bulle Internet explose. En 2002, le peuple vénézuélien fait échouer le coup d’État made in USA et Hugo Chavez entame ses grandes réformes sociales qui entraîneront toute l’Amérique latine dans la résistance. En 2003, la machine de guerre de Bush s’enlise en Irak, comme en Afghanistan. En 2006, Israël échoue au Liban et en 2009 à Gaza. Les défaites s’accumulent.

Après les Latinos, les Arabes. Et demain, les Africains ?

La merveilleuse révolte des Tunisiens et des Égyptiens a fait des miracles : on entend à présent les États-Unis vanter la « transition démocratique » alors que pendant des décennies, ils ont fourni aux tyrans chars, fusils-mitrailleurs et séminaires de formation à la torture ! La France pareil. Et cette révolte plonge dans l’angoisse les stratèges du Grand Empire US, du Petit Empire français et leurs protégés israéliens. Merci, les Arabes !

Objet de cette angoisse : comment changer un peu pour ne rien changer à l’essentiel ? Comment maintenir leur domination sur le pétrole du Moyen-Orient, sur les matières premières et sur les économies en général ? Comment empêcher que l’Afrique aussi se libère ?

Mais il faut aller au fond des choses. Se réjouir des premiers pas ne peut cacher le chemin qui reste à parcourir. Ce n’est pas le seul Ben Ali qui a pillé la Tunisie, c’est toute une classe de profiteurs, tunisiens, mais surtout étrangers. Ce n’est pas le seul Moubarak qui a opprimé les Égyptiens, c’est tout un régime autour de lui. Et derrière ce régime, les États-Unis. L’important, ce n’est pas la marionnette, mais celui qui en tire les fils. Washington, comme Paris, cherche seulement à remplacer les marionnettes usées par d’autres plus présentables.

Pas de véritable démocratie sans justice sociale

La question que les Tunisiens, les Égyptiens et les autres souhaitent résoudre n’est pas : « Quel ‘nouveau’ dirigeant nous fera de nouvelles promesses qu’il ne tiendra pas, avant de nous taper dessus comme avant ? » Leur question est plutôt : « Aurai-je un vrai travail avec un vrai salaire et une vie digne pour ma famille ? Ou bien aurai-je pour seule issue une barque qui ira s’échouer en Méditerranée ou dans une prison européenne pour sans-papiers ? »

L’Amérique latine vivait tout récemment encore la même pauvreté et le même désespoir. Les énormes profits du pétrole, du gaz et des autres matières premières partaient gonfler les coffres-forts d’Exxon et de Shell pendant qu’un Latino sur deux vivait sous le seuil de pauvreté, sans pouvoir payer le médecin ou une bonne école à ses enfants. Tout a commencé à changer en 2002 quand Hugo Chavez a nationalisé le pétrole, modifié tous les contrats avec les multinationales, exigé qu’elles paient des taxes et que les profits soient partagés. L’année suivante, 11,4 milliards arrivaient dans les caisses de l’État (pendant vingt ans, c’était zéro !), et celui-ci mettait en route des programmes sociaux ; soins de santé et enseignement pour tous, doublement du salaire minimum, aide aux coopératives et aux petites entreprises créatrices d’emplois. En Bolivie, Evo a fait de même. Et l’exemple se répand. Atteindra-t-il la Méditerranée et le Moyen-Orient ? A quand un Chavez ou un Evo arabe ? Le courage de ces masses en révolte mérite une organisation et un leader, honnêtes et décidés à aller jusqu’au bout.

Une véritable démocratie politique est impossible sans la justice sociale. En fait, les deux problèmes sont étroitement liés. Car personne n’installe une dictature pour le plaisir ou par simple perversion. C’est toujours pour maintenir les privilèges d’une petite couche qui accapare les richesses. Les dictateurs sont les employés des multinationales.

Qui ne veut absolument pas de la démocratie ?

Face à la colère des Tunisiens, quel « homme nouveau » a proposé Washington ? Le premier ministre de l’ancien dictateur ! Face au désir de changement des Égyptiens, qui ont-ils tenté de mettre au poste ? L’ancien chef de l’armée, créature de la CIA ! On se moque des gens.

Il y a cinq ans, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Védrine, osait déclarer que les peuples arabes n’étaient pas mûrs pour la démocratie. Cette théorie reste dominante dans une élite française qui pratique plus ou moins ouvertement le racisme anti-arabe et l’islamophobie.

En réalité, c’est la France qui n’est pas mûre pour la démocratie. C’est la France qui a massacré les Tunisiens en 1937 et 1952 et les Marocains en 1945. C’est la France qui a mené une guerre longue et sanglante pour empêcher les Algériens d’exercer leur droit légitime à la souveraineté. C’est la France qui, par la bouche d’un président négationniste, refuse de reconnaître ses crimes et de payer ses dettes aux Arabes et aux Africains. C’est la France qui a protégé Ben Ali jusqu’au pied de l’avion qui l’emportait. C’est la France qui a imposé et maintient les pires tyrans dans toute l’Afrique.

L’actuel racisme antimusulman permet de faire d’une pierre deux coups. Premier coup : en Europe, on divise les travailleurs selon leur origine (un tiers des ouvriers français ou belges sont d’origine immigrée récente) et pendant qu’on fantasme sur la burqa, les patrons attaquent allègrement les salaires, les conditions de travail et les retraites de tous les travailleurs, voilés ou pas. Deuxième coup : par rapport aux pays arabes, l’islamophobie permet d’éviter les questions gênantes. Au lieu de se demander « Mais qui leur a imposé ces dictateurs ? » et de répondre : l’Europe, l’Europe d’en haut, l’Europe des multinationales, on présente les Arabes comme « pas mûrs pour la démocratie » et donc dangereux. On diabolise en inversant la victime et le coupable.

Or, voici le débat fondamental, et il dépend de nous tous qu’il soit mené ou occulté : pourquoi les États-Unis, la France et compagnie – qui n’ont que le mot « démocratie » à la bouche – ne veulent en réalité absolument pas d’une véritable démocratie ? Parce que si les peuples peuvent décider eux-mêmes comment utiliser leurs richesses et leur travail, alors les privilèges des corrompus et des profiteurs seront en grand danger !

Pour cacher leur refus de démocratie, les États-Unis et leurs alliés agitent dans les médias le « péril islamiste ». Quelle hypocrisie ! Les voit-on nous alerter et mener de grandes campagnes médiatiques sur les islamistes qui leur sont dociles comme le régime odieux d’Arabie Saoudite ? Les entend-on s’excuser d’avoir financé les islamistes de Ben Laden pour renverser un gouvernement afghan de gauche qui avait émancipé les femmes ?

Notre rôle est important

Le monde change à toute allure. Le déclin des USA ouvre de nouvelles perspectives pour la libération des peuples. De grands bouleversements s’annoncent…

Mais dans quel sens iront-ils ? Pour qu’ils soient positifs, il dépend de chacun de nous qu’une véritable information circule, que les dossiers honteux soient largement connus, que les stratégies secrètes soient démasquées. Tout ceci permettra d’instaurer un grand débat, populaire et international : de quelle économie, de quelle justice sociale les peuples ont-ils besoin ?

Or, l’information officielle sur tout ceci est une catastrophe, et ce n’est pas par hasard. Dès lors, pour que ce débat se mène dès maintenant et partout, chacun de nous a un grand rôle à jouer. Informer est la clé. Comment ? Nous y reviendrons dans un prochain texte, d’ici quelques jours…

Michel Collon

21 Fév.2011


Nombre de lectures : 1123
7 Commentaires sur cet article
  • amel
    24 février 2011 at 13 h 51 min -

    malheureusement , les instances internationales ,les USA et l’union européenne laissent faire des génocides tel que celui qui se déroule actuellement en Libye
    Des discours hypocrites qui ne trompent personne quant on connaît leur promptitude lorsqu’il s’est agit de Saddam , de l’Afghanistan ou encore de l’Iran
    l’occident s’inquiète pour ses intérêts et ses ressortissants ,comme si la vie de citoyens libyens qui se font massacrer , par un schyzophrène réhabilité grâce à son or noir,ne devait avoir aucun intérêt à leurs yeux
    Attention aujourd’hui ,les peuples chassent leur despotes locaux , demain viendra le tour de leurs sponsors et maîtres spirituels : suzerain et vassal dans le même sac




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  • Hamma
    24 février 2011 at 14 h 55 min -

    Très intéressante contribution de Mr.Collon qui interpelle surtout toutes les élites du monde arabe et africain à prendre leur destin en main et s’affranchir de la tutelle imperialiste et coloniale.
    Ce journaliste a mis le doigt dessus quand il dit: « de quelle économie, de quelle justice sociale les peuples ont-ils besoin? car l’après chute de nos dictateurs nous risquons d’être incapables d’y répondre.




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  • Abdel Madjid AIT SAADI
    24 février 2011 at 19 h 37 min -

    Assalam;

    Cette interview de Gilles Munier nous interpelle à juste titre, pour comprendre l’intérêt particulier porté par les USA, Barak Obama et Mme Clinton, aux évènements qui secouent l’Afrique du Nord.
    Outre le canal de Suez, l’approvisionnement énergétique de l’Europe et des USA, ainsi que la recomposition de la carte du Grand Moyen Orient, et bien entendu la tentative toujours fructueuse de « diviser pour régner », comme avec la partition du Soudan, une fois ceux qui ont permis à l’Occident de s’installer durablement au sein du monde musulman et arabe, en particulier, et col-latéralement, l’assurance de la pérennité de l’entité sioniste, aujourd’hui, les USA et l’Occident se plaisent à éliminer les vieux chevaux et à les remplacer par des régimes « contrôlables » si tant est que les masses qui les ont mis en place sous le contrôle des « technocrates » occidentalisés, réussissent à faire main basse sur les destinées des « peuples libérés ».

    L’avenir de la nation arabe

    La question que tous les amis du peuple égyptien se posent est de savoir si le Conseil suprême des forces armées tiendra ses engagements jusqu’au bout. Le passé du maréchal Muhammad Hussein Tantaoui, 75 ans, qui le dirige, ne plaide pas en faveur du changement. Il a été nommé ministre de la Défense après sa participation, comme chef d’Etat-major, à la guerre du Golfe de 1991 aux côtés des Américains, et est un des principaux soutiens d’Israël au sein des forces armées égyptiennes.

    Ou va la Nation Arabe?

    Interview de Gilles Munier par Oumma.com

    http://oumma.com/Ou-va-l-Egypte-Ou-va-la-Nation/

    Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /

    Comment voyez-vous l’évolution politique en Egypte après le départ de Moubarak?

    La question que tous les amis du peuple égyptien se posent est de savoir si le Conseil suprême des forces armées tiendra ses engagements jusqu’au bout. Le passé du maréchal Muhammad Hussein Tantaoui, 75 ans, qui le dirige, ne plaide pas en faveur du changement. Il a été nommé ministre de la Défense après sa participation, comme chef d’Etat-major, à la guerre du Golfe de 1991 aux côtés des Américains, et est un des principaux soutiens d’Israël au sein des forces armées égyptiennes. Au début du soulèvement, il était à Washington pour élaborer, avec ses officiers, des scénarii permettant de canaliser la colère populaire. De retour au Caire, il est resté en contact téléphonique, pendant toute la crise, avec son «ami» Robert Gates, chef du Pentagone et ancien directeur de la CIA. Quels plans ont-ils échafaudés ensemble ? On sera vite fixé. L’avenir dira si les Egyptiens acceptent les modifications de la constitution qui seront proposées, si les élections annoncées seront libres et si les médias paraîtront, sans crainte d’être censurés. Attendons la suite des événements, mais il y a de quoi être pessimiste à court terme.

    Qui est le véritable Omar Souleiman ?

    En Egypte, Omar Souleiman est détesté. Il a sur les mains le sang de milliers d’opposants morts sous la torture. Il était « l’homme clé de la CIA» en Egypte, chargé d’interroger les suspects kidnappés par l’agence américaine dans le monde. En tant que chef de l’EGIS – le principal service secret égyptien – il mettait, comme on dit, « la main à la pâte ». Par exemple, il a torturé personnellement Mamdouh Habib, de nationalité australienne, arrêté au Pakistan en 2001. Dans son livre My Story: The Tale of a Terrorist Who Wasn’t, le supplicié, enfermé dans une prison secrète de la CIA en Egypte, affirme l’avoir reconnu et raconte qu’il a été « électrocuté, noyé, et pendu à des crochets métalliques ».

    Omar Souleiman a également interrogé Ibn al-Sheikh Al-Libi, un proche d’Oussama Ben Laden, livré lui aussi par la CIA. Un rapport du Sénat américain rapporte qu’Ibn al-Sheikh Al-Libi était enfermé dans une cage et battu. A l’époque, les Etats-Unis avaient besoin de « preuves » de relations entre Saddam Hussein et Oussama ben Laden, pour justifier l’invasion de l’Irak. Le militant ayant « avoué », sous la torture, cela a permis à Colin Powell de déclarer aux Nations unies, en février 2003, que des membres d’Al-Qaïda avaient été entraînés en Irak à l’utilisation d’armes chimiques et biologiques. Expulsé et incarcéré ensuite en Libye, son pays d’origine, Ibn al-Sheikh s’est « suicidé » dans sa cellule, en mai 2009, au cours d’un séjour effectué par Souleiman à Tripoli.

    Le 9 février dernier, le quotidien israélien Yediot Aharonot, présentait Omar Souleiman comme « l’homme de la stabilité ». C’est un des artisans du blocus de Gaza. Il faisait la chasse aux Palestiniens soupçonnés de sympathie pour le Hamas.

    Voilà succinctement qui est Omar Souleiman. Le Conseil suprême des forces armées l’a mis sur la touche. Tant mieux. Les Egyptiens l’ont échappé bel : un télégramme diplomatique américain datant de mai 2007, révélé par WikiLeaks, en faisait le successeur idéal d’Hosni Moubarak ; un autre, datant de 2008, le candidat préféré d’Israël. J’espère que ce tortionnaire sera jugé, un jour, pour ses crimes.

    Quel est le niveau d’intervention des Etats-Unis dans les évènements actuels en Egypte?

    Les Etats-Unis interviennent en Egypte à tous les niveaux depuis que le Président Anouar al-Sadate, en 1976, a expulsé les conseillers soviétiques qui s’y trouvaient. Ils étaient donc bien placés pour savoir qu’un jour ou l’autre le peuple se révolterait contre le régime qui leur était imposé, et ils s’y préparaient. Des cyber-dissidents égyptiens, inspirés par le succès de la « révolution du jasmin » en Tunisie, formés aux Etats-Unis dans le cadre du projet « Nouveau Moyen-Orient » – copie du « Grand Moyen-Orient » de George W. Bush, version Barack Obama – ont déclenché, via Facebook, un soulèvement qui se serait produit un jour, inévitablement. Devant l’ampleur des remises en cause suscitées, qui n’avait plus rien à voir avec les rêveries naïves de ceux qui les avaient provoquées, Obama a dépêché d’urgence au Caire son conseiller Frank Wisner (apparenté à Nicolas Sarkozy). Sa mission : faire en sorte que « tout change pour que rien ne change » ! On connaît la suite. Au cas où le Conseil suprême des forces armées trahirait la confiance du peuple égyptien, de nouveaux troubles sont à prévoir, plus graves. Il ne resterait alors qu’à espérer l’irruption sur la scène politique, comme en 1952, de nouveaux « officiers libres ».

    Quel sera l’impact des relations avec Israël en cas de démocratisation réelle de l’Egypte ?

    Dans leur écrasante majorité, les Egyptiens soutiennent la lutte du peuple palestinien et considèrent que le blocus de Gaza est un crime. Le 9 février, au dîner annuel du Crif, l’instance dite représentative de la communauté juive de France, Nicolas Sarkozy a déclaré que les manifestants égyptiens n’ont pas crié « A bas l’Occident », « A bas l’Amérique », ou « A bas Israël ». C’est faux. Les objectifs des caméras de télévision étaient simplement tournés dans une autre direction ! C’est bien de parler de liberté des médias en Egypte… Mais, il serait bon de s’interroger aussi sur la marge de manœuvre laissée aux journalistes français pour commenter les événements à l’étranger, et sur le traitement de l’information Made in Occident en général.

    En cas de démocratisation réelle de l’Egypte, si Israël refuse toujours de décoloniser les territoires arabes occupés, le Traité de paix israélo-égyptien de 1979 sera remis en cause, et les régimes arabes qui entretiennent des relations, discrètes ou non, avec l’Etat dit hébreu seront sur la sellette. La « paix » a permis à Israël d’attaquer le Liban et Gaza, sans craindre l’ouverture d’un front sur sa frontière avec l’Egypte. La remise en cause du traité marquera la fin de la paralysie arabe sur la question palestinienne et face à l’annexion du Golan syrien.

    Que pensez-vous de la menace islamiste en Egypte brandie par l’Occident ?

    Il n’y a pas de « menace islamiste » en Egypte, même s’il existe comme partout des extrémistes religieux. L’islam n’est pas, par nature, une menace. La soi-disant menace islamiste est une invention néo-conservatrice américaine pour maintenir la présence des Etats-Unis dans la région, en particulier dans les pays qui professent un nationalisme arabe dévoyé. Elle est agitée au gré des intérêts américains. Sinon, comment expliquer que Washington ne s’est jamais aventuré à donner des conseils de bonne gouvernance à la famille Saoud d’Arabie, et que les Etats-Unis ont installé à Bagdad un régime confessionnel chiite pro-iranien.

    La Confrérie des Frères musulmans n’a rien à voir avec la caricature véhiculée par les médias occidentaux. Le mouvement n’est pas figé, il évolue avec son temps. On peut ne pas être d’accord avec son programme, la combattre politiquement, mais au nom de quoi l’interdire ? Certainement pas de la démocratie. A moins d’être trahie, la révolution égyptienne devrait également permettre aux progressistes et aux nationalistes arabes, nassériens ou baasistes, de se régénérer.

    Hier la Tunisie, aujourd’hui l’Egypte, quels sont les autres pays qui risquent d’être affectés par une contestation populaire ?

    La jeunesse arabe ne supporte plus les vieilles badernes qui s’accrochent au pouvoir, s’enrichissent sur le dos du peuple, bradent les richesses de leur pays. Le protectorat américain sur le monde arabe, établi progressivement depuis la Seconde guerre mondiale, a eu pour conséquence un immobilisme politique et social étouffant. Tous les pays arabes, sans exception, à commencer par ceux liés à l’Occident, seront ou sont affectés, à des degrés divers, par une contestation populaire. Je ne crois pas à la théorie des dominos, certains dirigeants arabes tiendront en échec les tentatives de changement, mais pour combien de temps et, surtout, à quel prix ?

    Vous êtes un spécialiste reconnu de l’Irak. Les bouleversements politiques en Egypte auront-ils également une influence sur la situation en Irak ?

    Ils ont d’ores et déjà une influence en Irak. Qui sait que le 4 février, des milliers d’Irakiens en colère se sont dirigés vers la Zone verte aux cris de : « A bas le parlement », « A bas le gouvernement» ? Depuis, la contestation populaire s’est étendue à plusieurs villes. A Kut, le 16 février, les manifestants ont incendié le siége de l’administration provinciale. Bilan : trois morts, une trentaine de blessés. Le 17 février, à Soulinaniya, un millier de manifestants ont attaqué le siège du Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani, le président de la région. La police a ouvert le feu. Bilan : un mort et 35 blessés par balles.

    Les Irakiens accusent les dirigeants actuels de corruption. Ils réclament la démission du gouvernement, incapable, depuis huit ans, de rétablir l’eau et l’électricité, d’assurer les soins médicaux pour tous, de résorber le chômage, alors que le pétrole coule à flot. Le régime de Bagdad réprime, persuadé que le parti Baas clandestin d’Izzat Ibrahim al-Douri ou le mouvement de Moqtada al-Sadr attisent les mécontentements. Comment se fait-il que les médias occidentaux se taisent, à quelques exceptions près, sur ce qui se passe en Irak ?

    (propos recueillies le 18/2/11)

    Par Gilles Munier

    http://oumma.com/Ou-va-l-Egypte-Ou-va-la-Nation/

    NB: Il est évident que Gilles Munier, a longtemps été chéri par Sadam Hussein, et que c’est tout à fait normal, qu’il considère que le régime actuel en Irak, pourtant à 65% chiite, soit tourné vers l’Iran, qu’il a lui, Gilles Munier aidé à démoniser durant la guerre fratricide Iran-Irak, menée au service de l’Occident, ce même Occident ingrat, qui a détrôné Sadam, une fois le service « mal fait », car Sadam, a commis l’erreur IRREPARABLE et IMPARDONABLE, pour l’Occident, celle de tendre la main à la République islamique et de vouloir panser les blessures et vouloir faire la paix, et penser plutôt au développement de leurs deux pays.
    Mais les taurillons occidentaux ont alors vu rouge, et ils ont déclenché leur guerre contre SADAM, tout comme aujourd’hui, ils ont décidé de se défaire de leurs HARKIS… qui n’entrent plus dans leur stratégie de jeux d’échecs.




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  • samir
    24 février 2011 at 20 h 16 min -

    Mr Collon connu pour ses idées anti-conformistes va au fond des choses. sans ce support qu’a offert l’europe et les US a ces dictateurs le schemas du monde serait completement differents ,Un monde Multipolaires permettrait une repartition de forces qui ne feront que s’equilibrées.
    Maintenant que le changement est ineluctable ainsi que le declin de ces sangsues Americains et europeens qui ont decidé de faire de l’afrique et du monde arabe une terre de ressources,le diable parrait au grand jour avec son visage hideux et ses condamnations hypocrites qui voile a peine sont profond desarroi ,ceux qui essayer de nous donner des lecons de democratie seront avaler par elle. aujourdhui faut-il le reconnaitre le monde arabe est entrain de s’emanciper a pas de geant ,un debut dit-on mais…en quelques mois le monde arabes est entrain de réaliser ce que l’occident n’a pas reussi durant des siecles ,vivement un autre ordre Mondial,et Merci Monsieur Collon pour votre ClaireVoyance.




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  • kitnad
    24 février 2011 at 22 h 44 min -

    Mais qu’y a t’il eut reellement en egypte et en tunisie? des revolutions,des soulevements, des refondations de regimes …
    Voila deux pays et parmi les seuls dans le monde arabe dont les principaux revenus viennent du tourisme et du tourisme occidental particulierement. Ces deux pays sont acctuellement presque asphyxies . Le nombre de chomeurs s’est ellargi a de nouvelles categories de population. Qui va nourrir ces marrees humaines ? quelles perspectives pourraient dans un avenir proche faire redemmarrer la machine economique de ces deux nations ? Est ce que le choix de develloppement adopte jusqu’a maintenant peut garantir une telle issue ? Voila quelques questions vitales qui apres l’euphorie necessiteront une reponse urgente et determinante pour que plus rien ne soit comme avant.
    Dans tous les pays arabes la situation est pratiquement identique. Dieu nous a pourvu pour certains de richesses que des regimes « harquis » ont brade. Plutot que d’utiliser nos richesses a devellopper l’education,la petite et moyenne industrie de transformation,la modernisation de l’agriculture l’economie d’energie,la recherche appliquee c’est a une course a la consommation qu’ils nous ont attele.
    Nous ne sortiront pas de ce cercle vicieux tant que nous ne revoyons pas notre realite actuelle.
    Dans nos rapports d’echange avec l’occident c’est un constant pompage de nos richesses . Nos economies sont fondees sur la satisfaction des besoins des pays dominants plus que sur ceux de nos nationnaux. Dans le grand village mondial qu’on nous promet nous seront la « peste et le cholera »,la plebe,mal eduquee,mal nourrie,malade qu’il faut eviter.
    Et dans ce champ parseme de cadavres,un general pourri,sorti d’une morgue vient a la rescousse. Sauver l’Egypte de sombrer dans le chaos. Mais c’est lui et tous ses accollyte qui sont le chaos.
    La revolution pour qu’elle ait lieu en Egypte ,en Algerie,en tunisie,passe ineluctablement par la destruction totale et irremediable de nos vieux regimes pourris parcequ’irrationnels, qui ne pensent qu’au ventre et le leur en premier,qui parlent democratie quand ils sont au koursi,qui ne croient pas en l’intelligence de leur peuple et le meprisent.




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  • Mourad2
    25 février 2011 at 5 h 07 min -

    Lors du genocide en Bosnie, Il a fallu plusieurs mois de debat avant de prendre une decision positive alors que les musulmans se faisaient egorger. Quand il y a une catastrophe naturelle un peu partout dans le monde 24 heures suffisent pour envoyer l’aide. Ns voyons le meme zele pour une baleine ensablee ou un chien maltraite. Ce n’est pas le cas pour nous. Que faudrait-il encore pour realiser que notre devenir est entre nos mains,m et que nous sommes seules a nous defaire de ce complexe. Quand un qaddafi traite son peuple de cafards doit-on faire la sourde oreille ou feindre d’etre muets?




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  • Djamila
    27 février 2011 at 10 h 09 min -

    TOUT COMME LES REGIMES DE BEN ALI ET DE MOUBARAK LE REGIME DE KADHAFI SUIVI PAR CELUI DE BOUTEFLIKA SUIVRA.
    L’HEURE EST VENUE POUR L’ALGERIE D’EN FINIR AVEC CES CRUELS DESPOTES UNE FOIS POUR TOUTE ET D’ELIR DES HOMMES ET FEMMES INTEGRES DANS TOUS LES GOUVERNEMENTS DE L’AFRIQUE DU NORD ET MOYEN-ORIENT ET DE SE DEBARRASSER DE TOUT DICTATEUR SOUMIS ET AGENT DU MOSSAD ET DES SIONISTES QUI ONT PRIS D’ASSAUT TOUT LE SYSTEME BANCAIRE DE LA TERRE ET SONT EN TRAIN DE DEGUINILLER MEME LES INVESTISSEURS AMERICAINS ET EUROPEENS. ILS ONT PRIS D’ASSAUT TOUTES LES ADMINISTRATIONS, LES POLICES, LES ARMEES ET SONT EN TRAIN D’ENVOYER DES VICTIMES MOURIR ET TUER DES MILLIONS D’INNOCENTS A TRAVERS LE MONDE NOTAMMENT EN AFGHANISTAN, EN IRAK ET AU PAKISTAN, DE TERRORISER LES PALESTINIENS POUR CONTINUER A S’ACCAPARER TOUTES LES RESOURCES NATURELLES DE LA TERRE ET METTRE A POINT LEUR PROJET DE DOMINATION DU MONDE. LEUR BUT PRIMORDIAL EST D’EXTERMINER AUTANT D’ETRES VIVANTS QUE POSSIBLE AFIN DE LEURS VOLER LEURS TERRES ET LEURS FORTUNES, DE SE DEBARRASSER DE 90 OU 95% DE LA POPULATION MONDIALES POUR RESIDER SUR TOUTE LA TERRE. CES BOURREAUX ONT TROUVE DES COMPLICES DANS PLUSIEURS ENDROITS ET PAYS NOTAMMENT EN ALGERIE, DES ENFUMEURS, DES TORTIONNAIRES, DES AGRESSEURS, DES SADIQUES QUI S’ABBATTENT COMME LA FOUDRE SUR NOTRE POPULATION SANS DEFENSE, SUR NOS ENFANTS, LES VOUANT A LA MISERE, AU CHOMAGE LES NARGUANT AVEC DES CENTAINES DE MILLIERS DE TRAVAILLEURS ETRANGERS POUR LES POUSSER A SE REVOLTER ET LES FAIRE TOMBER DANS LEURS GUET-APENS, LES TORTURER ET LES TUER EN PRISON, STRESSER LEURS PARENTS ET AMIS. LE BUT DE CES DEMONS QUI SE PRENNENT POUR DES EMPEREURS ET DES PEUPLES ELUS EST CONNU GRACE A L’INTERNET QUI A OUVERT LES YEUX A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALES SUR LES SOCIETES SECRETES QUI TRAVAILLENT A L’OMBRE ET DERRIERE LES PORTES FERMEES DES SADIQUES ET FANATIQUES QUI UTILISENT LA PEUR ET LA TERREUR POUR FAIRE SOUMETTRE LE MONDE A LEURS EXIGENCES, LES MAITRES DES GENOCIDES QUI TRAVAILLENT AVEC LE GODFATHER DE L’ALGERIE TOUFIK QUI ETRANGEMENT SE TROUVAIT LE JOUR DE 9/11 AU PENTAGONE. QUE FAISAIT-IL LA BAS? D’APRES PLUSIEURS ARTICLES ET COMMENTAIRES, D’APRES PLUSIEURS EXPERTS EN DEMOLITION, TOUS LES ATTENTATS PERPETRES RECEMMENT CONTRE DES INNOCENTS SONT LE TRAVAIL DU MOSSAD ET DE SES VASSAUX QUI REFUSENT LE PEUPLE ALGERIEN DE MANIFESTER SE CROIENT AU DESSUS DE TOUTE LOI HUMAINE, SE PRENNENT POUR DES INTOUCHABLES ET REVENT QU’ILS SE SONT PAYES L’IMMUNITE A JAMAIS. BEN ALI EST UN EXAMPLE. L’HOMME ET SA FAMILLE ONT FUI LE PAYS COMME DES RATS ET ONT FINI EN ARABIE SAOUDITE CAR AUCUN DE LEURS ANCIENS AMIS FRANCAIS OU MALTAIS NE VOULAIENT D’EUX PAS MEME L’ISRAEL!




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