Édition du
23 March 2017

Il remet en cause ses propres décisions Le gouvernement plie sous la pression de la rue

Par : Souhila Hammadi, Liberté, 2 mars 2011

Depuis le début de l’année, le gouvernement ne cesse de remettre en cause des mesures et des textes réglementaires qu’il a, lui-même, mis au point. La pression de la rue est, certes, forte, mais les volte-face de l’Exécutif montrent aussi sa promptitude à prendre des initiatives en décalage avec la réalité.

Au début du mois de janvier, des émeutes éclatent un peu partout dans le pays. Des jeunes et des plus âgés manifestent contre la cherté de la vie. C’est, du moins, la raison déclarée de la colère des manifestants. Aussitôt, le gouvernement agit sur les prix de l’huile et du sucre pour les rendre accessibles aux citoyens. Il montre aussi qu’il a saisi le message des lobbies en cessant de faire la guerre aux tenants du commerce informel et de la fraude fiscale. Le ministère du Commerce renonce en stoppant net l’opération d’assainissement du commerce informel et de gros. Le registre du commerce, l’achat par facturation et le bilan comptable ne sont plus exigés.
Le ministère des Finances renonce, quant à lui, à imposer l’usage du chèque bancaire, à partir du 31 mars prochain, pour toute transaction commerciale d’une valeur égale ou supérieure à 500 000 DA. Mieux encore, les marchés informels sont désormais tolérés en attendant leur intégration dans le circuit formel. Dimanche dernier, le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, a annoncé que le gouvernement concède une nouvelle faveur pour les commerçants grossistes. Ces derniers sont assurés contre “d’éventuels redressements fiscaux sur les périodes antérieures à une utilisation volontaire de la facturation et des chèques”. Une démonstration de force des étudiants, d’abord, dans les campus, puis, devant le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a anéanti les efforts de la tutelle à valoriser, outre mesure, les LMD au détriment des diplômes d’ingénieur d’État. Le Conseil des ministres du 22 février a abrogé, en effet, le décret présidentiel n°10-315 portant classification des diplômes, promulgué à peine deux mois plus tôt, soit le 13 décembre 2010.
La grève des gardes communaux a eu raison de la volonté du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales de procéder à la dissolution du corps, le 10 mars prochain. La décision est différée à la fin de l’année. Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière annonce, en grande pompe, le 27 janvier à l’APN, en marge d’une plénière consacrée aux questions orales, qu’un avant-projet de loi sanitaire contenant 500 articles sera soumis à débat aux participants à la conférence nationale sur la politique de santé et la réforme hospitalière, prévue du 3 au 5 février au Palais des nations. Une semaine plus tard, soit durant les travaux de ladite conférence, il nie complètement l’existence de ce document. La raison ? Des praticiens de la santé et surtout des syndicats des professionnels du secteur ont dénoncé les dispositions proposées dans ce texte. Les concessions du gouvernement – et par là même de l’État – se déclinent sur de nombreux autres exemples. Il est loisible alors de penser que la société civile prend des forces, à telle enseigne qu’elle gagne, depuis quelques semaines, quasiment tous ses duels contre les  autorités nationales, lesquelles craignent plus que jamais de subir les contrecoups de la pression de la rue. Le gouvernement est ainsi victime de son incapacité à entreprendre des initiatives ou à élaborer des textes de lois ou réglementaires connectés à la réalité du terrain et, surtout, en diapason avec les aspirations des différentes catégories sociales et professionnelles. Nombreuses sont les mesures qu’il a prises pour baisser le taux de chômage, résorber la crise du logement, réduire la pauvreté, booster l’économie nationale… et qui se sont avérées inapplicables dans les faits. Au lieu de corriger les erreurs, l’Exécutif, à sa tête le chef de l’État, continue à annoncer des mesures démagogiques, voire même – pour certaines – discriminatoires.




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2 Commentaires sur cet article
  • Djahida
    3 mars 2011 at 0 h 12 min -

    Cet article est révélateur:
    1°/ des luttes sans merci que se livrent les lobbies économiques (investisseurs) dont beaucoup se sont « sucrés » durant la décennie noire et les trabendistes de haut vol qui ont vite compris que l’import-import est la voie la moins compliquée pour bien prospérer en Algérie et dont beaucoup parmi eux ont tenté , auparavant, l’investissement productif et se sont lassés des problèmes complexes qui y sont liés.
    Ces luttes se sont exacerbées depuis l’annonce de la cagnotte de 286 Mds de dollars .
    2°/ de la situation chaotique et totalement incohérente du gouvernement qui multiplie,hésitations, recul , remise en cause de ses propres décisions, navigant non seulement à vue mais gérant le pays d’heure en heure .
    Sous d’autres cieux ,où existent de vrais parlements,notre gouvernement aurait été renvoyé avec fracas.
    3°/de la boulimie croissante d’une administration qui a intégré totalement et irrémédiablement la « tchipa » dans toute prestation.Hacha une petite minorité de chorafa.
    Cette situation lamentable est la résultante de:
    1/La disparition de tous les relais entre la population et les gouvernement.Ce qui a fragilisé ce dernier et l’empêche d’agir efficacement.
    2/La faiblesse totale du Parlement qui a été envahi par s’hab echkara et qui est verrouillé en amont par les chefs des partis de la coalition qui sabordent méthodiquement toute critique fut-elle dans l’intérêt évident du pays , récitant continuellement la rengaine du programme du président nous rappelant un certain livre vert de notre voisin actuellement dans de sales draps .
    3/L’usure et le surmenage des ministres dont beaucoup sont loin de maitriser leur domaine et qui ne savent plus où donner de la tête,tel un pilote peu expérimenté confronté à un ouragan
    4/Le 3ème mandat de M.Bouteflika a mis fin à la période de grâce et à l’euphorie, même de ses partisans
    5/Le système bâti sur l’allégeance rentière et l’exclusion des compétences qui a engendré un fantastique gaspillage de ressources non renouvelables ,unique dans les annales et a déçu et démobilisé les bonnes volontés qui ont cru sincèrement en M. Bouteflika.
    Les solutions urgentes:
    1/Ouverture immédiate du champ politique et du champ médiatique avec liberté de création de partis et d’associations de la société civile.

    2/Mettre fin à l’alliance présidentielle et que chaque parti prenne ses responsabilités devant le peuple
    3/Dissoudre l’APN et organiser des législatives crédibles
    4/Nommer un gouvernement de technocrates dont les compétences sont avérées pour gérer les affaires du pays

    Si ces mesures sont retardées , le pays risque de ne plus répondre à aucune réforme, aussi courageuse et prometteuse soit-elle.




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  • HAMMANA
    31 mars 2011 at 0 h 06 min -

    Vous parlez de mesures discriminatoires.En effet,elles sont nombreuses et en disent long sur les mauvaises intentions du pouvoir quant à l’intégration de toutes les couches sociales dans son plan de redressement afin que tous les algériens puissent en bénéficier.
    La pratique discriminatoire du gouvernement n’est pas fortuite mais obeit à un agenda dont le fondement reste la paupérisation du peuple car au lieu de s’inscrire dans le cadre qui permet de trouver une solution radicale à la crise,la gestion se fait selon des critères sélectifs en fonction du danger que constitue tel ou tel secteur pour l’avenir du régime si ses revendications ne sont pas satisfaites alors que d’autres franges de la société ne figurent pas en raison de leur précarité dans l’ordre des priorités du gouvernement.Sans parler de l’armée et des services de sécurité,il n’y a qu’à prendre le cas des imam aux profits desquels une augmentation salariale substantielle vient d’etre décidée sans qu’ils aient besoin de manifester par ce que ce pouvoir hypocrite est convaincu qu’une seule preche de vendredi de leur part suffit pour ramener le pays aux années « du terrorisme »,alors qu’à aucun moment il ne s’est penché sur le cas des retraités à qui il continue de faire de fausses promesses à telle enseigne que la question commence à etre posée de savoir si eux aussi ils sont des algériens auxquels des droits doivent leur etre reconnus.Après avoir murement réfléchi,je me suis dis quelles sont les raisons qui vont l’obliger à leur rendre justice du moment qu’ils ne pésent pas lourd en termes de profits et qu’ils n’influent pas sur le paysage politique pour etre mis à contributions lors des rendez-vous électoraux.




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  • Congrès du Changement Démocratique