Édition du
30 March 2017

Manuel à l’usage des peuples qui veulent se débarrasser de leur dictateur

Manuel à l’usage des peuples qui veulent se débarrasser de leur dictateur

Vadémécum pour un printemps arabe.

Pour se débarrasser de son dictateur,la première règle est de ne compter que sur soi-même. Surtout, il ne faut pas croire que lesOccidentaux voleront à votre secours. Faites d’abord le boulot, c’est alors seulement qu’ils se souviendront de l’universalité des fameux «principes démocratiques».
En second lieu, il n’est pas nécessaire d’avoir un homme providentiel, bien souvent il vous décevra et s’accaparera le pouvoir à la première occasion. Lui préférer une révolution sans leader, sans autre visage que celui du peuple. Cela a pour mérite de rallier les militaires et d’attirer la curiosité de l’opinion internationale.
Troisième point, il faut savoir choisir soigneusement ses manifestants. Veillez à tenir à l’écart les religieux extrémistes, les politiciens opportunistes, les ralliés de la dernière heure et les anarchistes destructeurs. En revanche, une jeunesse qui ne craint pas les balles et les gaz lacrymogènes —périmés ou non—, est un atout indispensable. La composante féminine est encore plus utile. Elle ajoutera du crédit à votre projet, vous ralliera une part non négligeable de la population (les femmes sont majoritaires dans TOUS les pays sauf l’Inde), abaissera le niveau de violence potentielle, et à l’occasion, une manifestation de femmes aux sein nus vous procurera quelques photos inoubliables.
Quatrièmement, cultivez vos amitiés surFacebook. Ce ne sont pas plusieurs centaines, ni plusieurs milliers, mais des millions d’amis que vous devez avoir. Deux millions de Tunisiens ont leur page Facebook…  C’est la condition du succès: l’effet feu de brousse qui se transforme en un gigantesque incendie. Internet est votre meilleur ami et votre plus sûr allié. Le dictateur, même bien informé, ne sait pas encore comment contrer le Web.
Dès lors, vous devez veiller àdocumenter votre révolution en vous équipant de smartphones capables de filmer les manifestations ou la répression policière. Les Chinois fabriquent de faux iPhone à bas prix, on peut s’en procurer pour une somme raisonnable. Et puis, pour une fois au moins dans votre vie, vos films amateurs intéresseront un public plus large que votre cercle familial. Le quart d’heure de célébrité d’Andy Warhol est à portée de main…
Cinquièmement, trouvez un nom qui sonne bien pour votre révolution. Les fleurs (œillets, tulipe, jasmin) ça commence à lasser. Les couleurs (rouge ou orange) ça n’est guère glamour. Au rayon des tissus, hormis le velours, on ne voit pas trop quoi choisir… Tweed, popeline, wax ou bazin… vous pouvez essayer mais le succès n’est pas garanti.
Dans le même ordre d’idée, un bon slogan vaut mieux qu’un long discours.«Ben Ali dégage!», simple et direct —bien qu’un peu sommaire— s’est révélé d’une efficacité redoutable. On peut certes le reproduire de pays en pays, mais vous devez faire preuve d’originalité; c’est à ce prix que votre révolution sortira du lot et sera médiatisée de par le monde.
Sixièmement, sachez retourner les policiers et les soldats. Après tout ce sont des hommes comme vous, des citoyens et des pères de famille. Beaucoup ont les mêmes problèmes quotidiens que vous. Ils habitent parfois la rue d’à côté. Profitez-en donc pour aller sonner à leur porte la nuit venue, et les convaincre —en insistant si nécessaire— de rejoindre les rangs de la révolte. Si certains sont réticents, essayez avec leurs enfants. Les fils de policiers ont sans doute des comptes familiaux à régler avec papa. Ils seront les premiers sur les barricades, à jeter des pierres.
Le septième point est le plus important en ce début de 21e siècle.Votre révolution doit être exemplaire afin de pouvoir s’exporter. Pas de pillage à grande échelle: on n’est pas en Grèce. Pas d’usage de déjections humaines ou animales: on n’est pas en Grande-Bretagne dans une manifestation d’étudiants en colère. Pas de lynchage systématique: on n’est pas au Pakistan.
En revanche, ayez quelques blogueurs lookés «sympa», à la Steve Jobs, patron cool, qui sauront s’adresser aux journalistes et poser devant les caméras. Autre façon de séduire, nommer rapidement un blogueur à un poste ministériel, d’où il tweetera pendant les Conseils des ministres. Accueillir à bras ouverts la presse étrangère, et se mettre dans la poche un grand réseau de télévision, de typeAl-Jazeera ou CNN.
Huitième point, mettez la main sur le carnet d’adresses privé de votre dictateur. Il a probablement tout un réseau d’amis puissants venus d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique: présidents, ministres, hommes d’affaires, intellectuels et artistes de renom. Il s’en trouvera bien quelques-uns qui auront passé des vacances dans vos hôtels de luxe, au frais du contribuable.
Plus ces personnalités seront puissantes dans leur pays et plus vos révélations provoqueront de scandale. L’objectif étant de faire culpabiliser les grandes puissances et de les amener à vous soutenir pour ne pas paraître complices. Au passage, vous aurez sans doute la satisfaction de voir quelques ministres étrangers démissionner piteusement en s’excusant d’avoir dégusté des bricks au thon dans l’avion privé d’un homme d’affaires proche du régime.
Neuvième point, c’est le moment de penser à culpabiliser la finance mondiale. Votre dictateur est d’abord un voleur et les banquiers du Nord sont ses complices. L’argent est quelque part dans des coffres étrangers, c’est le moment de le crier haut et fort et de réclamer son retour au pays. Vous aurez, de surcroît, l’immense plaisir de voir des banquiers cossus ou des dirigeants complices faire acte de contrition en public. Avec un peu de chance, il se trouvera un Suisse pour demander pardon. Soyez magnanime, n’exigez pas forcément la tête de votre dictateur, mais simplement son portefeuille, qui, après tout, est un peu le vôtre.
Dixième point. Si Dieu s’est reposé au septième jour, il n’est pas question pour vous de faire de même. Une fois le dictateur en fuite, la partie n’est pas pour autant terminée. Il vous reste encore beaucoup de travail pour gérer la transition et installer un nouveau pouvoir.
Une révolte, ce n’est pas si compliqué; mais une révolution c’est une entreprise de longue haleine. Gardez la tête froide.

 


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4 Commentaires sur cet article
  • ahmed
    4 mars 2011 at 18 h 59 min -

    c’est facile de le dire que de le faire,
    le grand probleme c’est comment sensibiliser les jeunes algeriens a la chose politique et je trouve c’est la seule et l’unique mission pour le moment, apres cela tout va se faire tout seule.
    Comment se sacrifier pour soi meme et pour convaicre les autres que tout se reglera equitablement et facilement une fois la dictature en place soit renverséé..et une démocratie soit installée ..c’est cela qui est maintenant l’andicape majeur chez nous en algérie..les gens algeriens actuellement bougent beaucoups et dans tout les domaines mais toutes ces manifs sont segmenté par secteur et par contestation bien definit et qui n’est pas d’ordre politique a premiere vue..le nombre de manifestants algeriens actuellelemnt qui se revoltent contre toute les choses qui les touchent dans leurs secteurs depasse les millions de la place Tahrir sauf que chez nous les gens font attention pour ne pas s’identifier aux contestations politiques et c est la le grand probleme..les gens ont déssocier demandes politiques et sociales pour eux parceque le regime a peur du politique c est devenue pour ces groupes, la période propice a toutes les excées de demandes en menacant le pouvoir que s il nobeit pas a leurs requettes ils vont manifester politiquement ce qui ammene le pouvoir a accepter tout ce qui est demandé pourvue que les gens ne manifestent pas politiquement..je trouve que l’algerien est devenu comme son dictateur un profiteur , un egoiste et meme moins intelligent! je mexcuse pour ces mots mais je m explique, prenons l’exemple des etudiants qui manifestent contre le monistere de l’ES pour les equivalences des diplomes, ils font toute cette revolution pour des cacaouettes , s ils sauraient combien sont les problemes de luniversités en commencant de la qualité de l enseignement jusqu’aux bourses ils y’aurait des centaines de demandes tres importantes les unes que les autres, qu est ce que ca vaudrait un diplome LMD ou Ancien modele pour un etudiant qui n’a pas aquit une base solide de connaissances et en plus il va aller directement au chomage ou pour combler un poste insignifiant pour son diplome avec un saliare minable dans un pays injuste et sous-developpé;
    Ce million d etudiants, eux seuls peuvent tomber le regime s ils unissent leurs voix et demande un changement radical et efficace du system d’education et pour que ca soit possible il faut demander un changement politique integrale qui ferra que tout le systeme change pour le mieux et ils auront toutes leurs demandes exhaussé dans tout les aspects et a tous les nivaux.
    Les etudiants c’est la futur elite et l’espoir du peuple, mais la voir agir comme ca, comme des gens appolitiques, je vois pourquoi les dictateurs ont de beaux jours dans notre pays.




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  • Koulou
    5 mars 2011 at 0 h 30 min -

    Il serait plus approprié d’utiliser les « DIX COMMANDEMENTS DE MOISE ».C’est plus direct et facile à ralier la populasse.
    Pour ce qui nous concerne càd l’Algérie,il faudrait plus que ça pour rassembler le peuple autour d’une même table.
    Un juif avait dit un jour à un Algérien: Vous les Algériens,avez tous les ingrédients pour réussir dans la vie,mais il voud manque un des plus vital ingrédient « LE SEL ». Vous êtes comme le pain à qui on a oublié d’ajouter du sel càd pas mangeable. Après moulte reflextion j’en suis arrivé à la conclusion que toute initiative de vouloir renverser ce gouvernement sanguinaire est vouée à l’échec à moins de trouver la fameue recette qui y inclurait « LE SEL » càd un révolutionaire des temps modernes et pour l’instant il n’y est tout simplement pas.




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  • Khlat
    5 mars 2011 at 10 h 00 min -

    Ne compter que sur soi-même. c’est effectivement ce qui nous manque le plus. nous attendons tjrs un zaîm providentiel et l’esprit tribal et la manipulation bien orchestrée aidant, font encore qu’il doive être de notre douar pour qu’on se sente interpellé. pour dépasser cet écueil, il aurait fallu un peuple cultivé et cultivant un esprit citoyen ; ce pouvoir veille à nous en priver à travers son école fawdhamental. pour rappel, et pour arrêter de nous mentir, ceux qui ont déclencher Novembre et l’ont encadré sont sortis du socle universel de l’école de jules ferry et des luttes ouvrières, et notre école abrutissante est trés loin de ces repères.




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  • noufell
    5 mars 2011 at 14 h 35 min -

    il est vrai que le pouvoir en place en Algérie agitent d une façon très habile le spectre de la décennie noir,et sans doute celle ci hante encore tous les esprits. et face a « le statut quo ;la continuité du du régime d exception calqué sur le régime colonial qui a sévit en Algérie.ou bien la guerre civile ». il n y a aucune parade a l’ horizon. ça me rappelle le fameux slogan de la campagne électoral de Sarkozy en 2007 même si le parallèle n est pas adéquat « travailler plus pour gagner plus » ou toute la gauche réunie n a su trouver la parade a ce slogan pourtant très simple. et cette héritage de violence immunise le pouvoir algérien jusqu’à nous disions que nous voulons le changement nous ne faisons pas la guerre et la guerre nous a jamais fait peur par le passe,ni demain d ailleurs.




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  • Congrès du Changement Démocratique