Édition du
25 March 2017

Après les manifs, Mohammed VI promet des réformes au Maroc

Par Pierre Haski | Rue89 | 10/03/2011 | 12H33

Le roi a prononcé un discours en faveur de la démocratisation du pays, agité par des protestations contre les inégalités.

Les manifestations marocaines n’ont pas connu l’ampleur des protestations tunisienne ou égyptienne ; mais elles ont néanmoins suffi à alarmer le roi Mohammed VI qui a annoncé, dans un important discours prononcé mercredi, une réforme constitutionnelle, la première en une décennie sur le trône.

Un Marocain manifeste à Rabat, le 6 mars 2011 (Ilhem Rachidi).Dans un discours solennel, entouré de son fils et de son frère, il a en particulier annoncé un futur référendum populaire sur une réforme de la Constitution marocaine, et promis que le Premier ministre aurait désormais des pouvoirs « exécutifs », une première dans ce royaume où tout est dirigé par le Palais royal, cet univers décrit par un seul mot connu de tous au Maroc : le « Makhzen ».

Le roi n’a fait aucune référence au mouvement de protestation au Maroc et dans le reste du monde arabe, mais son discours était clairement une tentative de réponse à la demande de monarchie constitutionnelle des manifestants marocains, qui ont lancé un nouveau rendez-vous pour le 20 mars.

Mohammed VI a annoncé une décentralisation accrue, une « gestion démocratique des affaires de la région », et a promis que le Maroc allait s’engager sur la voie de la « séparation et l’équilibre des pouvoirs », une demande des protestataires. Cela passe, a-t-il dit, par :

« La consécration du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif, et pleinement responsable du gouvernement. »

« Elargissement du champ des libertés »

Dans son discours, Mohammed VI fait une promesse plus globale :

« La consolidation de l’Etat de droit et des institutions, l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives et la garantie de leur exercice, ainsi que le renforcement du système des droits de l’homme dans toutes leurs dimensions, politique, économique, sociale, culturelle, environnementale et de développement. » (Voir la vidéo du discours en arabe, sa traduction française ici.)

 

Si on prend ces déclarations au pied de la lettre, c’est l’amorce d’une monarchie constitutionnelle et la fin du contrôle exclusif du Makhzen sur toute la vie institutionnelle marocaine. Jusqu’ici, en effet, tout remontait au Palais et les ministres n’avaient aucun pouvoir réel, tandis que le Parlement ne jouait qu’un rôle symbolique, après des élections sans doute plus libres qu’ailleurs, mais dont le résultat était savamment concocté au Palais…

Dans Le Monde du 19 février, à la veille des premières manifestations, Abdellah Hammoudi, professeur d’anthropologie à l’université de Princeton, expliquait la vision des protestataires :

« Les voix qui s’élèvent pour réclamer pacifiquement, mais de façon décisive, les réformes indispensables, le font aujourd’hui parce qu’elles ont perdu espoir dans la capacité du régime marocain, tel qu’il est actuellement, à trouver les solutions adéquates a ces problèmes.

Raison essentielle : l’absence de démocratie véritable, avec un Parlement et des assemblées élus dans la transparence et les garanties légales nécessaires.

La racine de cette carence se trouve dans une Constitution imposée, qui refuse l’essentiel des pouvoirs au peuple pour les concentrer entre les mains de l’institution monarchique. »

C’est à ces critiques que semblait répondre mercredi Mohammed VI.

Une Marocaine manifeste à Rabat, le 6 mars 2011 (Ilhem Rachidi).

Injustice et inégalités au Maroc

Le Maroc se croyait pourtant différent au moment des premiers soubresauts du monde arabe, en raison de l’enracinement de sa monarchie comparée aux dictatures tunisienne et égyptienne, et du relatif assouplissement des libertés publiques depuis la mort du père de Mohammed VI, le roi Hassan II, un autocrate qui a cruellement réprimé ses opposants.

Mais l’ampleur des inégalités sociales, la richesse personnelle de la famille royale, et un système politique sclérosé avec des élections totalement vidées de tout sens, ainsi qu’une jeunesse très présente sur les réseaux sociaux, sont des ingrédients communs avec le reste du monde arabe, expliquant la mobilisation relativement importante.

Les mesures préventives annoncées par le roi, sous la forme de promesses de démocratisation, suffiront-elle vraiment à empêcher le mouvement de prendre de l’ampleur ? Premier test : le 20 mars, à l’occasion de la nouvelle journée de manifestations.


Nombre de lectures : 2102
11 Commentaires sur cet article
  • hakim
    10 mars 2011 at 20 h 44 min -

    C’est un cadeau empoisonné que vient d’offrir le Roi à l’Algérie.
    Dorénavant, il ne reste que l’Algérie qui est dans la corruption et la dictature et la mafia totale.

    C’est aussi un cadeau empoisonné pour l’élite Algérienne ou pseudo-élite à un sou qui disait que l’Algérie est un pays complexe et différent(que ca me fait rire cette derniere expression de diversion et de fuite.)




    0
  • Kada
    10 mars 2011 at 23 h 57 min -

    Un cèlèbre self made man américain a dit:
    Aux USA ,
    1/la première génération crée et innove 2/la 2ème se développe et s’enrichit ; 3/la 3ème dépense et se ruine
    Dans nos contrées
    1/la première s’enrichit ,
    2/la première s’enrichit
    3/la première s’enrichit
    les autres générations ils auront le bol de passer directement à la ruine sans se casser la tête à créer ou faire des efforts pour se développer.Quant à la richesse « el ghani rabi » ils pourront toujours faire la chaine les premiers jours de ramadan pour se voir offrir un beau couffin spécial bien garni.




    0
  • babelouedcity
    11 mars 2011 at 0 h 28 min -

    Rien pour rien
    me disait souvent mon pere ay
    vous croyez vraiment au Pere Noel?
    Le peuple Marocain n’est pas dupe et il sait que rien ne vient comme ca d’en haut.
    Les conseillers de MVI (etrangers) lui ont suggéré de lire leur papier pour calmer ces indigenes!
    Il balance de belles phrases pour uniquement les droguer comme hier…
    il designe son propre architecte pour mener le changement … respects au Dr. mais il etait dedans dans la sauce royale depuis longtemps…
    non non et non le peuple Marocain veut un sincere et vrai et radical changement cela veut dire il veut etre son propre architecte de sa propre destinée et souveraineté. SIC!

    Alors mes amis¨
    il faut se mefier de la mafia au pouvoir
    ils ont ruiné volé et violé nos pays au maghreb qu’ils se comportent comme un Dieu.

    Non le peuple du Maroc veut etre son propre architecte pour sa propre vie-

    =====================================
    Laissons le peuple marocain frère décider de son propre destin. Occupons-nous de notre Algérie.
    La Rédaction LQA




    0
  • rachid 2
    11 mars 2011 at 18 h 12 min -

    Souhaitons leurs d’abord bon courage et on verra apres , ce dont on est sur c’est que les notres voient tout ça d’un tres mauvais oeil surtout et surtout apres la dissolution de la police politique chez les tunisiens et les egytiens , le DRS doit se faire des idées ou plutot les notres sont en train de donner un coup de main à Kadhafi pour bien matter les libyens … en se servant de l’argent du petrole pour colmater leurs lacunes ils croient qu’ils se sont sauvés …




    0
  • aboudouma
    11 mars 2011 at 20 h 08 min -

    il s’ agit d’un plan d’action clair et net
    que vous soyez pessimistes c’est votre probleme …..
    le maroc bouge …..depuis longtemps déjà




    0
  • Sharif Hussein
    12 mars 2011 at 0 h 47 min -

    Voilà une relecture critique du discours du Roi:

    Maroc : Le discours d’un roi,
    par Youssef Benkirane, Doctorant en science politique à l’IEP de Paris
    10.03.11

    À La relecture du discours de Mohammed VI, j’ai décelé le paradoxe qui suit : le roi formule « le vœu que le débat national élargi couvre toutes les questions cruciales pour la patrie et les citoyens » tout en plaçant ce débat « dans le cadre des dispositions de la Constitution actuellement en vigueur ». Or la Constitution de 1996 ne permet pas de tenir un tel débat. En effet, comment concevoir une discussion de la révision constitutionnelle quand le discours qui l’insuffle ne peut faire l’objet d’un débat ni dans les deux chambres du Parlement, ni dans la presse, ni entre citoyens. Cela est pourtant nécessaire et c’est en tant que citoyen marocain que je prends la liberté et la responsabilité de proposer une relecture de ce discours.

    Le discours adressé à la Nation, en l’absence d’occasion particulière, se devait tout d’abord de trouver une justification. Ce sera la régionalisation, convenance pour donner sens à une réforme constitutionnelle et nier toute influence au Mouvement du 20 février pour la démocratie et la liberté maintenant. Le roi a non seulement l’initiative de la réforme, mais il a l’exclusive d’octroyer à ses sujets plus de démocratie, d’État de droit et de droits de l’Homme quand bon lui semble. Ainsi donc, la régionalisation fait office de prétexte pour l’érection d’un « nouveau pacte entre le Trône et le peuple ». Un contrat politique ou l’une des parties a le pouvoir de décider son amendement, quand elle le veut et comme elle le souhaite.

    Une fois la présumée unanimité nationale sur la sacralité des constantes de la nation rappelée, le roi énonce sept points qui doivent guider la révision constitutionnelle qu’il propose. La constitutionnalisation des droits de l’Homme, l’indépendance de la justice, la prééminence de la chambre basse et son renforcement, la consécration du principe de Premier Ministre issu des élections et son renforcement, l’institutionnalisation de l’opposition ainsi que les dispositions pour lutter contre la corruption sont autant de mesures qui trouvent enfin écho au palais. Néanmoins, le texte reste ambigu sur au moins deux points. La séparation des pouvoirs qui y est évoquée n’est pas précisée. L’on pourrait croire, si le législatif est renforcé, le Premier Ministre devient le chef du pouvoir exécutif et l’indépendance de la justice reconnue, que la volonté du roi est d’ériger une monarchie parlementaire où il règne, mais ne gouverne plus. Cela semble pour le moins invraisemblable. Le deuxième point auquel le discours apporte peu de réponse est celui de la reconnaissance et la consécration de l’amazighité du Maroc. En effet, le mot « consacrer » fait partie de ceux dont l’usage est tellement galvaudé qu’il est vidé de son sens. Si cela veut dire la reconnaissance de l’amazigh comme langue officielle, le Maroc aura fait un grand pas en avant, s’il s’agit uniquement d’ajouter un paragraphe au préambule indiquant les multiples identités marocaines, dont l’identité amazigh, on reste dans du superficiel et symbolique. Or c’est bien ce qui semble se profiler.

    Un discours ne peut tout dire et celui-ci en particulier se devait de ne pas trop en dire pour laisser une marge de manœuvre à la commission qu’il institue pour la révision constitutionnelle. Il ne s’agit là que d’une tentative d’interprétation à chaud qui devra certainement être revue d’ici juin quand des éléments de réponse seront apportés. Mais qu’en est-il de la procédure choisie pour accomplir la réforme constitutionnelle ? La mise en place d’une commission dont le président ainsi que le reste des membres sont directement nommés par le roi peut-elle recevoir le label « approche participative » ? Certainement pas. Les qualités de compétence et d’intégrité sont certes nécessaires pour présider au destin politique d’un pays, mais celle d’« impartialité » a-t-elle un sens quand il s’agit précisément d’ouvrir un débat élargi sur l’avenir politique du Maroc. D’ailleurs, comment des personnes nommées par le roi peuvent-elles être impartiales ?

    Tout n’est donc pas blanc ou noir et un épais brouillard plane pour l’instant sur l’avenir politique du Maroc. Seule certitude, les Marocains seront appelés à se prononcer par référendum sur un nouveau texte constitutionnel. Ce n’est pas négligeable, le peuple aura son mot à dire. Autant le faire dès maintenant. Le combat pour la démocratie, l’État de droit et le respect des droits de l’Homme au Maroc ne fait que commencer, il ne faut pas s’y tromper. Il faut continuer à se faire entendre, dans tous les espaces publics, à commencer par la rue. La marche pacifique pour la démocratie, la liberté et la dignité, prévue dimanche 20 mars, prend là un nouveau sens. Le débat est cadré, enfin : la Constitution et la réforme politique d’abord.

    Source le Monde.fr.




    0
  • IDIR
    12 mars 2011 at 15 h 21 min -

    Le discours du Roi est une Homélie prononcée pendant une messe, parce que, le revers de la médaille est la punition du peuple marocain, dans le silence, spécialité du Makhzen.

    Au Maroc, le makhzen tue en silence
    Pendant que les regards du monde sont rivés sur la Libye, l’Etat marocain poursuit tranquillement sa répression contre le Mouvement du 20 février.

    Deux noms, deux visages, Fadoua et Karim, deux victimes de l’arbitraire, sans doute pas les seules, mais leur triste sort a particulièrement ému au Maroc. Karim Chaïb, 21 ans, a laissé sa vie dans les violents soulèvements qui ont secoué la ville de Sefrou à la suite des manifestations du 20 février. Une vidéo montre plusieurs policiers s’acharnant contre lui dans une ruelle de la ville, sous les cris indignés de quelques femmes.

    Bien que la scène se soit déroulée devant témoins, cela n’a pas empêché les autorités de vouloir « maquiller » leur crime. Karim a été enterré très tôt le matin, seulement en présence d’un nombre très limité de membres de sa famille, sans que les résultats de l’autopsie n’aient été rendus publics. Pourtant, d’autres vidéos de la ville accablent les forces de la répression, comme celle qui montre un membre de l’AMDH gisant au sol ensanglanté, où il accuse les éléments de la police judiciaire de l’avoir tabassé et volé son portable.

    Source : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23567




    0
  • DUCALME
    12 mars 2011 at 17 h 04 min -

    Que ceux qui préfèrent la réaction de Kadhafi et du regime algerien à celle de Mohammed VI lèvent la main ! Personne ?
    Bon, donc tout le monde est d’accord, et profitons de cette belle unanimité démocratique pour adresser toutes les félicitations de la part de NOS freres VOISINS à M6.




    0
  • du calme
    12 mars 2011 at 17 h 11 min -

    AvatarFARID MNEBHIAvec l’annonce, le 09 mars 2011, par le Roi du Maroc d’une importante réforme constitutionnelle, le Maroc confirme bien son exception dans le monde arabo-musulman. Les principaux éléments de cette profonde réforme peuvent se résumer à : 1/renforcement du statut du Premier Ministre, en sa qualité de chef de l’exécutif, et du Parlement, 2/renforcement du statut des partis politiques, 3/consolidation de la démocratie et de l’Etat de Droit, 4/primauté de la justice et volonté d’ériger la justice en pouvoir indépendant, 5/renforcement de la composante berbère Amazigh, 6/consolidation des fondements d’une régionalisation marocaine à travers tout le pays, avec à leur tête les provinces du Sahara marocain. Aussi pour aboutir à un nouveau texte constitutionnelle, qui sera soumis à l’approbation du peuple marocain par voie référendaire, une commission ad-hoc a été mise en place. Elle a pour mission de se concerter avec tous les acteurs de la vie politique, sociale, culturelle et scientifique afin de proposer un dispositif constitutionnel avancé pour le Maroc. Par ailleurs, la concrétisation du projet de régionalisation au Maroc, initié Sa Majesté le Roi du Maroc, dénote bien une vision prospective et un courage digne de la tradition des grands bâtisseurs. Ce nouveau concept de la régionalisation constituera, sans nul doute, une impulsion au processus de réformes démocratiques et une percée dans la modernisation du système administratif au Maroc. Il annonce également un chantier de réformes constitutionnelles pour la gouvernance territoriale et la participation citoyenne à la gestion des affaires publiques. Il permettra, et c’est certain, au Maroc d’accéder à un niveau très avancé dans la voie de la démocratie locale et amorcera une nouvelle dynamique d’une régionalisation avancée et graduelle englobant toutes les régions avec à leur tête la région du sahara marocain, tout en respectant trois principes : unité, équilibre et solidarité. 1/Unité en ce qui concerne les fondamentaux de la Nation qui constituent l’identité marocaine et l’intégrité territoriale. 2/Equilibre entre les prérogatives des instances centrales et régionales pour une meilleure cohérence de la politique générale du Maroc, mais aussi entre les différentes régions, elles-mêmes. 3/Solidarité entre ces instances pour une meilleure redistribution des richesses entre les différentes régions du Royaume. Le respect de ces trois principes dans ce concept de régionalisation avancée constitue donc un chantier national auquel tous les marocains sont appelés à œuvrer. Ainsi, la régionalisation avancée au Maroc impliquera une indépendance vis-à-vis de l’administration centrale. Il est à noter que ce concept n’est pas nouveau au Maroc, l’article 102 de la Constitution l’atteste. En outre, la régionalisation, modèle maroco-marocain, pourrait être un prélude à de futures concertations sur des réformes politiques et constitutionnelles et exprimer finalement la volonté inébranlable du Souverain Marocain d’aller de l’avant dans la concrétisation du modèle marocain dont son caractère est irréversible. Cette nouvelle dynamique, enclenchée par le Souverain marocain, s’inscrit donc parfaitement dans l’orientation que le Maroc s’est définie en matière de démocratie locale et répond à la nécessité de renforcer l’élan de développement national à travers une meilleure dynamique régionale. Par l’annonce d’une profonde réforme constitutionnelle et la mise en œuvre du projet de régionalisation, le Royaume du Maroc vient de franchir une étape majeure dans le processus de consolidation du modèle de démocratie eu du développement, dont bien des pays en seraient jaloux. En conclusion, le discours à la Nation, adressé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI le mercredi 09 mars 2011, constitue une réponse positive aux demandes et aux espoirs des partis, de la jeunesse et, d’une manière générale, du peuple marocain. Il ne constitue nullement une réponse à la rue. Il est la preuve irréfragable d’un Roi à l’écoute de Son peuple et attentif à ses attentes.




    0
  • le faucon – maltais
    13 mars 2011 at 18 h 40 min -

    ce n´est pas le pouvoir alaouite de m6 qui corrompe,!!! mais la peur la peur de perdre le royaume pour ceux qui exercent, et la peur des matraques pour ceux qui le pouvoir opprime?




    0
  • reda
    17 mars 2011 at 14 h 22 min -

    on cririque les voisins alors qu’on n’est pas capables de s’entendre et d’organiser une petite manifestation … sortez un peu de votre egoisme et de votre xenophobie …




    0
  • Congrès du Changement Démocratique