Édition du
24 July 2017

Mouloud Feraoun où une vie écourtée par l'OAS

In La-Kabylie.com


Il venait tout juste de fêter ses 47 ans quand il fut assassiné.
Né à Tizi Hibel en Kabylie le 8 mars 1913, ce n’est qu’à l’âge de 7 ans qu’il fut scolarisé. Doué qu’il était mais « fils de pauvre », il obtint 8 ans après une bourse, pour continuer sa scolarité à l’Ecole Primaire Supérieure de Tizi Ouzou. Il y passa 4 ans avant d’arracher en 1932, une place méritoire à l’École Normale de Bouzaréah (hauteurs d’Alger). Il figurait parmi les 20 places réservées aux indigènes, sur 318 candidats, alors que les européens en avaient 54 pour 64 candidats. C’est là qu’il rencontra Emmanuel Roblès avec lequel il s’est lié d’amitié.

A l’issue de ses 3 ans à Bouzaréah, il retourna dans son village pour y enseigner, aider les siens à accéder à l’instruction. Ses qualités lui firent vite grimper les échelons. Il fut d’abord nommé en 1932, directeur des cours élémentaires de Fort National (Haute Kabylie). Mais en 1957 en pleine guerre d’Algérie, il quitta sa Kabylie pour Alger. Il fut nommé directeur de l’école Nador de Clos Salembier (hauteurs d’Alger).

En 1960, il fut nommé en même temps que plusieurs de ses amis, inspecteur des centres sociaux nouvellement crées à Ben Aknoun, sur les hauteurs de la capitale.

Le 15 mars 1962, quatre jours avant les accords d’Evian, un commando de l’OAS surgit, il est fusillé avec cinq de ses compagnons: Ali Hamoutène, Max Marchand, Robert Eymard, Salah Ould Aoudia et Marcel Basset. Ali son fils écrivait à Roblès: « J’ai vu mon père à la morgue quelques heures après sa mort. On lui avait logé 12 balles dans le corps… La salle était pleine ce jour, au moins une centaine de cadavres. Mon père gisait au milieu sur une table ».

Jack Lang disait à propos de ces crimes, à l’occasion d’un hommage, « Cet hommage est pour l’Education Nationale… Il faut rappeler que des figures du domaine de l’enseignement,  n’ont jamais cessé de travailler au rapprochement des peuples français et algériens… ».

L’œuvre de Feraoun est grandiose pour quelqu’un de son époque. Il a commencé à écrire disait-il, à la lumière d’une lampe à pétrole. Il travaillait le jour pour nourrir sa famille, et écrivait la nuit. Il ne s’est pas contenté de mener une carrière dans l’enseignement. Il tenait à raconter au monde entier, la vie dans cette contrée de Kabylie durant la colonisation. Il s’est investi dans l’enseignement puis l’écriture et enfin les centres sociaux. Le but de ces centres était d’abord de venir en aide aux plus démunis, les laissés pour compte. Par la même créer un dialogue entre les deux communautés.

Feraoun a été sans conteste, le premier à porter la littérature nord africaine sur la scène internationale. Il est l’aîné de tous les écrivains maghrébins d’expression française. Il nous a laissé pleins d’écrits: littéraires, autobiographiques, pédagogiques, journal, articles et nouvelles.

L’hommage qui lui a été rendu cette année fut bien timide. Juste une conférence qui retrace sa vie et son parcourt, à la maison de la culture de Tizi Ouzou. C’est dommage. Il est aussi utile de souligner que, contrairement aux premières années de l’indépendance de l’Algérie, ses romans sont de plus en plus boudés par l’Education Nationale. Des textes tirés de ses œuvres, se font rares dans les manuels scolaires. Très peu de nos enfants connaissent par exemple Fouroulou. Et pourtant, beaucoup d’entre eux se reconnaîtraient, dans ce personnage du « Fils du pauvre ».

L’essentiel des œuvres de Feraoun:

  • Le fils du pauvre en 1950
  • La terre et le sang en 1953
  • Jours de Kabylie en 1954
  • Les chemins qui montent en 1957
  • Lettre ouverte à Camus en 1958
  • Les poèmes de Si Muhand en 1960

Par Mus


Nombre de lectures : 1922
5 Commentaires sur cet article
  • Mouloud Feraoun où une vie écourtée par l’OAS midipress
    15 mars 2011 at 11 h 11 min -

    […] qui montent en 1957* Lettre ouverte à Camus en 1958* Les poèmes de Si Muhand en 1960Lectures: ici pour lire l’article depuis sa source. Cette entrée a été publiée dans algerie. Vous […]




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  • Ameziane
    15 mars 2011 at 13 h 33 min -

    A propos de l’assassinat de Féraoun et ses compagnons, voici quelques pistes de lecture :

    http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/alg/feraoun.htm
    15Mars 1962, un commando delta de l’OAS, a assassiné…..

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article150
    L’assassinat des Six Inspecteurs des Centres sociaux…..

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4358
    Hommage aux victimes de l’OAS….

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4361
    Stèle des nostalgiques de l’OAS….

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2606
    Non à la réhabilitation de l’OAS….

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1748
    Féraoun, un écrivain dans la guerre d’Algérie

    http://marchandferaoun.free.fr/
    Les Amis de Marchand, Féraoun et leurs compagnons….

    http://www.cuverville.org/article43266.html
    Contre la nostalgie de l’Algérie française….

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4295
    y’a bon les colonies ? Alain RUSCIO

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1199
    Marianne et les colonies, Gilles MANCERON, Ed. La Découverte,

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3221
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ennemi_interieur-9782707153968.html
    L’ennemi intérieur,….Mathieu RIGOUSTE, Ed. La Découverte




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  • slimane
    15 mars 2011 at 15 h 42 min -

    Bonjour,

    Sa clairvoyance et visionnaire qu’il était lui a permis, rien qu’à la lecture d’un article publié en 1958 (?) par le journal El-Moudjahid,organe du FLN,de déceler les arrières pensées des tenants de la pensée unique. Il a par la suite prononcé à l’attention de ses concitoyens cette phrase mémorable:  » Pauvres de vous, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’aujourd’hui  »

    Dès lors, personne, ou presque,parmi les véritables patriotes et acteurs de la révolution Algérienne, ne pouvait ignorer les manigances qui se tramaient contre cette même révolution par les ennemis, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur.

    Cela coute excessivement chère de ne pas suivre les conseils des sages.




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  • D B
    17 mars 2011 at 18 h 43 min -

    Mouloud Feraoun est l’un des premiers auteurs que j’ai commencé à lire. Ses romans sont magiques, une âme éternelle y palpite entre les pages, et des chants oubliés sourdent des mots vrais et forts qui parsèment des textes où il pleut, où il vente, où gazouillent les sittèles de Kabylie, d’où montent des chemins escarpés, vers la lumière et la liberté.
    L’Algérie que décrit Feraoun, que dis-je, qu’il chante, est toujours vivante sous la cendre, braises ardentes qui réchauffent le coeur, et diffusent des effluves de narcisse. Il faut juste le relire, ce cher disparu, pour renaître aux aurores claires qui rosissent le Djurdjura.




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  • Amar
    17 mars 2011 at 20 h 30 min -

    L’image est toujours incrustée dans ma tête,en cette mi-mars de 62,où notre instit ,un brave Corse habitué aux monts escarpés et son collègue Toulousain qui a tiré plus de 8 ans dans notre village perdu,nous firent sortir dehors pour faire une haie d’honneur au passage du cortège funèbre.On nous annonça qu’un grand écrivain est mort et nous étions là,tout triste,à attendre en cette journée si douce et très ensoleillée.Le cercueil de Feraoun passa pour se diriger à une dizaine de kilomètres plus loin et nous étions émerveillé par le nombre de voitures constituants le cortège.C’était la première fois qu’on voyait autant et c’était la première fois que j’apprenais que ma commune avait enfanté d’un grand écrivain ,cette commune qui jusqu’à un passé très récent vivait toujours dans le dénuement total.Je me mis à aimer Féraoun ,l’écrivain de chez moi ,et je lisais tout ce que je trouvais ayant une relation avec lui,en ces temps de misère où il était difficile d’acquérir des livres.
    D’autres hommes et femmes ,forgés dans cette rudesse montagnarde sont arrivés à émerger comme ce fils du pauvre.
    Ces anciens Archs,actuellement devenus daira,ont vu naitre beaucoup de célébrités,entre autres: Marguerite-Fadhma Aït Mansour Amrouche, Cheikh El Hasnaoui, Malika Domrane, Lounès Matoub,Amar Imache,Mouloud Zedek ,Mouloud Iboud,Issad Rebrab …et de nombreux martyrs révolutionnaires restés anonymes ainsi que le martyr le plus célèbre ,celui du printemps noir Massinissa Guermah…qu’on peut qualifier également comme étant le martyr des occasions perdues.




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  • Congrès du Changement Démocratique