Édition du
26 July 2017

Des baltadjia et autres harkis du système

Adel H.

Tout pouvoir politique illégitime qui refuse de se soumettre au verdict des urnes, en toute honnêteté et transparence, a besoin de harkis et baltadjia.

Un harki est un individu qui trahit sa communauté pour louer ses services à un pouvoir illégitime. Il peut le faire par inconscience, conviction ou appât du gain. Il peut être militaire (simple troupier ou officier) ou bien civil – de préférence diplômé d’une grande école étrangère pour donner plus de crédibilité aux mensonges et autres entourloupes du pouvoir qu’il sert. Sid-Ahmed Ghozali, qui a lui-même reconnu, en fin de carrière, avoir été un harki du système, est le parfait exemple de cette dernière catégorie de harkis. Comme SAG, un harki du système peut être toute sa vie harki sans le savoir.

Les harkis peuvent se constituer en parti politique et défendre en bloc les thèses du pouvoir illégitime, souvent afin de se venger ou se protéger d’un adversaire jugé plus dangereux pour eux que le pouvoir.

On peut aussi devenir harki par un processus graduel, un lent enlisement, comme c’est le cas des officiers de la SM recrutés dans les années 70 sous Boumédiène, convaincus qu’ils allaient servir la patrie et la défendre contre les complots de l’impérialo-sionisme, et qui se sont retrouvés vingt ans plus tard en train de pourchasser et torturer des dizaines de milliers de militants et sympathisants du FIS, Algériens comme eux.

On peut devenir harki à tout âge, quelque soient ses convictions politiques. Il suffit pour cela d’accepter de servir avec zèle – et non pas seulement pour gagner sa vie – un pouvoir illégitime. Après un certain temps passé au service de ce pouvoir et si on ne commet aucune faute – comme, par exemple, être soupçonné d’avoir de fréquentations douteuses, genre FFS ou FIS –, un harki devient partie intégrante du système. Il peut même devenir une tête pensante ou un décideur important au sein du système.

Tout comme le pouvoir illégitime, le harki du système se sent toujours menacé, en particulier par la «populace», imprévisible et changeante, prête à ressortir ses griffes dès qu’elle trouve des meneurs suffisamment résolus. Car le pouvoir illégitime ne peut être que tyrannique et oppresseur. Refusant toute opposition, toute forme d’alternance ou renouvellement, tout contrôle indépendant de lui, il ne peut générer que la médiocrité, la corruption et la prédation.

Si cette nomenclature, rapidement élaborée, est fidèle, nous devons hélas conclure que le nombre de harkis du système est aujourd’hui très élevé dans notre pays. Mais depuis qu’un vent de révolte s’est mis à souffler dans le Monde Arabe, le pouvoir algérien illégitime ne se sent pas suffisamment protégé par les centaines de milliers de harkis qu’il a patiemment et grâce à mille et un stratagème mis en place dans tous les secteurs d’activité et à tous les échelons. La «populace», toujours aussi volatile, risque aujourd’hui de se laisser tenter par l’aventure de la révolution et de suivre une jeunesse avide de changement dont les horizons sont bouchés. Ce maudit Internet avec ses forums et réseaux sociaux n’arrange pas les choses. Et cette Jazeera qui, à partir du minuscule émirat «moyenâgeux» du Qatar, veut donner des leçons en matière de révolution à la famille révolutionnaire algérienne inoxydable et increvable!

Oui, le pouvoir illégitime et ses harkis ont peur. Ils doivent très rapidement trouver une parade, s’ils ne veulent pas être emportés par la vague comme Benali et Moubârak. La solution qu’ils ont trouvée pour le moment leur est venue de Moubârak, justement : les baltadjia. Bien sûr, le pharaon déchu et ses moukhâbarât n’avaient pas eu le temps de tirer tout le profit possible de cette nouvelle tactique contre-révolutionnaire. Le DRS algérien, maître en matière de manipulation et d’infiltration de l’ennemi, réussira là où le pouvoir égyptien avait échoué.

Souvenez-vous donc de ces hommes montés sur des chevaux et dromadaires qui avaient surgi au milieu des manifestants du Caire pour les attaquer à coups de sabres. C’étaient les baltadjia. La «populace» qui attaque la «populace». Les 3râya qui éliminent d’autres 3râya. L’idée est géniale : il suffit de quelques centaines de milliers de dinars distribués à une centaine de jeunes paumés qui rongent leur frein dans un quartier populaire pour disperser une marche d’intellectuels idéalistes qui se prennent pour des révolutionnaires.

Tout compte fait, en y réfléchissant bien, il se pourrait bien que ce soit le DRS algérien qui ait soufflé l’idée des baltadjia aux moukhâbarât de Moubârak. Au moment où la jeunesse des grandes villes algériennes s’était soulevée le 5 janvier dernier, les télévisions françaises, entre autres, avaient à plusieurs reprises montré des groupes de jeunes de Bab-El-Oued, armés de sabres, qui criaient « Dawla islâmiyya blâ mâ nvotiw ». Du pur DRS!

Pour combien de temps encore le pouvoir illégitime d’Alger sera-t-il protégé par ses harkis et ses baltadjia? Quelques mois?

Attention, Monsieur Ouyahia, la «populace» algérienne est imprévisible et à trop jouer avec le feu…


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8 Commentaires sur cet article

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  • HAMMANA
    10 avril 2011 at 7 h 03 min - Reply

    A MR ADEL H

    Vous dites que »le DRS algérien,maitre en matière de manipulation et d’infltration de l’ennemi, a réussi là ou le pouvoir Egyptien avait échoué ».Cette constatation rejoint tout autant que la conclusion »pour combien de temps encore le pouvoir illégitime d’Alger sera t-il protégé par ses hatkis et ses baltajia?Des mois? »l’article que j’ai écrits avant sous le titre: »Avant de s’en prendre au pouvoir,il convient de s’en prendre à nous-memes ».
    Le pouvoir algérien a réussi là ou son homologue Egyptien à échoué en raison de l’écart culturel qui sépart nos deux sociétés et qui a fait que pendant dix-huit jours de révolte qui furent nécessaires(et c’est en soi un exploit)pour balayer un système vieux de soixante ans mais qui n’a pas réussi à s’encrer dans l’esprit des citoyens du pays du nil,l’armée n’a pas tiré une seule balle sur les manifestants et c’est là le fond de notre problème.Ce n’est pas le savoir-faire de la DRS qui en est à l’origine mais c’est plutot le peuple qui a généré ces baltajia dont ils sont issus(après tout ils sont eux-aussi algériens et non des mercenaires de Zenga Zenga)qu’il faut pointé du doigt.
    Donc,continuer à faire la genèse du génie de la DRS est en soi une grande supercherie et la preuve irrécusable de notre obstination à ne pas se rendre à une telle évidence.C’est une question de conscience et rien d’autre.




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  • ramdani belaid
    10 avril 2011 at 11 h 21 min - Reply

    balta gia
    La semaine passée, monsieur Abada, redresseur du fln s’est demandé si son parti n’est pas devenu une blanchise d’argent sale. De grosses sommes d’argent auraient été distribuées aux hayatines d’alger pour animer les émeutes de janvier dernier.
    Le lumpen prolétariat a toujours eu une grande proximité avec les services de police. Ce qui est visible aujourd’hui dans les pays arabes l’était autant en europe occidentale et en russie tzariste pendant tout le 19 siècle.




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  • Alilou
    10 avril 2011 at 15 h 18 min - Reply

    @ADEL,

    Avec le respect que je te dois, les harkis c’est nous, les traitres a la nation c’est nous, les laches c’est nous, tu sais pourquoi je dis ca?????

    Car nous laissons une bande de malfras nous faire subir cette hogra et on se laisse faire et on les laisse faire….

    Nous rejettons tous nos maux sur une bande de quoi….300000 personnes ???nous sommes 35 millions de laches….




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  • aquerado
    10 avril 2011 at 17 h 39 min - Reply

    Salam,
    Regardez moi cette bande de beniouioui! c’est normal que ca prolifere enormemement dans la societe, on a genocide pratiquement tous les beninonnons




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  • Djahida
    10 avril 2011 at 23 h 02 min - Reply

    La différence (de taille) entre un harki du système et un homme politique authentique c’est:
    -le premier change de politique , d’idéologie ,de programme du jour au lendemain, le second pas facilement voire exceptionnellement
    -le premier commet des fautes politiques ou de gestion graves sans démissionner le second démissionne
    – le premier peut faire semblant de gouverner le second non
    – le premier impute aux autres les causes de son échec le second les imputent à lui même ou désigne nominalement les responsables
    – le premier peut être renvoyé et repris , rerenvoyé et rerepris par son employeur sans explications et dans l’opacité le second se produit dans les médias et explique les causes du différent avec celui qui l’a limogé
    – le premier ment et tout le monde sait qu’il ment et ne convainc personne, le second reste crédible et arrive à convaincre même s’il lui arrive de mentir
    – le premier est tenu par un fil et soutenu par des parasites improductifs le second est assis sur un piédestal et soutenu par les créateurs de richesses ou par le peuple
    – le premier peut rester en fonction même s’il est détesté par la majorité du peuple le second non
    – le premier vilipende certaines catégories dont beaucoup constituent ses soutiens politiques (rentiers improductifs) pour justifier ses échecs , le second s’attaque impitoyablement à ceux qui freinent son programme politique
    – le premier accuse beaucoup de monde vaguement sans nommer personne; le second accuse peu de monde mais désigne avec précision les concernés
    – le premier n’écrit jamais (il ne peut avouer l’amère vérité) le second écrit des livres , participe à des débats ,rédige ses mémoires
    – le premier meurt aigri et plein de remords convaincu d’avoir servi ceux qui ont retardé la république, le second meurt comblé, convaincu d’avoir fait avancer la république




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  • slam
    11 avril 2011 at 9 h 59 min - Reply

    Les partis de l’ Alliance Présidentielle, ne sont que des marionnettes entre les mains des décideurs! Ces partis que l’on paye très gracieusement et auxquels on attribue des largesses dans tous les domaines servent le système et l’aident à perdurer advitam eternam pour qu’en contrepartie leurs privilèges accordés restent intacts et entiers jusqu’à la mort!
    Des Harkis du système ils le sont sans contestations mais ils sont également des traitres à la nation et des pourfendeurs de la démocratie et des droits de l’homme!Ils ont trahi la mémoire de milliers de martyrs de la Révolution et ceci est très grave!




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  • ghazaoui
    11 avril 2011 at 11 h 14 min - Reply

    a l’epoque du defun boumediene son seul solgan été »la revolution par le peuple et pour le peuple » il n’était jamais daccord du slogan » famille revolutionnaire » ce slogan a crée une segregation et une division. A travers tous les pays qui ont ete colonise on n’entend jamais ce dernier slogan .Sagissant de ferhat mhenni(khoussara fih had el assme)il ne faut pas lui accorder beaucoup d’importance cen’est qu un lech botte des sces de renseignements marocain et francais.Avançant svp,penser un peut a l’avenir denotre jeunesse.Aala koulihal allah yarham chouhada ou barikena fel moudjahidine chorafa wa el ahrare.




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  • M.J
    12 avril 2011 at 14 h 31 min - Reply

    @ Alilou.
    Nous sommes tous tristes de la situation ou se trouve notre pays.
    En tant qu’individus nous sommes tous concernés, tous responsables. Nous nous sentons concernés et responsables, c’est un sentiment général.
    Aucun algérien ne peut dire qu’il se sente vraiment bien et sécurisé pour son avenir et celui de ses enfants, de sa famille.
    Nous sommes tous d’accord pour dire que la situation doit changer et que la pression atteint parfois des paroxysmes intolérables.
    Mais à l’échelle des 35 Millions il y a trop de paramètres à gérer.
    Ce qui fait bouger les masses ce ne sont ni les discours, ni la logique théorique, mais des phénomènes de masse qui atteignent un seuil critique à un moment donné sans qu’aucune analyse ne puisse dire réellement pourquoi c’est cet évènement qui a déclenché l’action du peuple et pas tel autre, mais le peuple se meut comme un seul Homme.
    Les 300.000 que tu évoques ont appris à juguler les seuils critiques et agissent pour maintenir la pression juste en dessous d’un niveau dangereux pour eux et qui risque de produire des fuites dans la chaudière.
    C’est la raison des colmatages et des soupapes de sécurité qui sont utilisées, au risque de mener à terme le pays à la ruine.
    Ce n’est ni une question de lâcheté, nous sommes tous lâches dans certaines circonstances, ni une question de courage, nous pouvons tous être courageux dans certains circonstances et pas dans d’autres et le courage et la lâcheté ne sont qu’une réponse immédiate à une situation qui souvent n’est pas réfléchie, mais procède de pulsions inconscientes.
    Le courage conscient n’est l’apanage que d’une élite et on ne peut demander à tout un peuple d’être cette élite.
    Les souffrances endurées par le peuple algérien en un laps de temps qui commence à être vraiment long, exactions des janissaires Turcs, exactions de la France coloniale jusqu’au 8 Aout 1945 soit durant 75 ans avec tentative de génocide délibéré, nous étions 6 millions en 1832 et le chiffre est tombé à la moitié quelques décennies plus tard, puis ce peuple à eu à affronter une guerre de libération qui l’a encore fait souffrir dans sa chair et enfin, trente ans après cette guerre, une autre guerre qui ne disait pas son nom l’a encore entrainé dans des souffrances sans bornes.
    C’est déjà pas mal qu’il y ait encore de la cohésion au sein de notre peuple après tous ces évènements et sa passivité apparente n’est en fait qu’une réaction à ce qu’il a enduré, il se repose un peu et c’est son droit.
    Mais la conscience est toujours aiguisée et en parcourant les marchés, les lieux de commerce et autres et en discutant avec les gens, tu sens que personne n’est dupe de ce qui se passe ni n’a confiance en ce qu’on lui dit. Les gens se forgent leurs propres opinions, à défaut d’être libres d’agir, ils sont libres de penser et cela personne ne peut les en empêcher.
    Mais, la confiance et la bonne foi semblent avoir disparu chez les gens et la cupidité, la rancoeur, la rancune, l’égoisme, et des tas de « vertus négatives » se sont installées par la faute d’un système basé sur la tromperie et le mensonge et dans lequel nous sommes tous plus ou moins impliqués et avons plus ou moins à y perdre ou gagner, certains plus que d’autres.
    La situation actuelle n’est pas celle de Novembre, les temps ont changé et le leadership n’a plus l’importance qu’il avait, les gens sont plus conscients, l’information s’est démocratisée, elle est plus accessible. D’autant que dans notre pays, on s’est attelé de façon étudiée je pense à casser toute velléité de voir une personne ou un groupe de personnes focaliser l’attention du peuple par l’intégrité et le savoir en systématisant le dénigrement et le mensonge, ce qui a contribue à casser la confiance, ressort essentiel de toute dynamique sociale. La magouille est devenue l’instrument privilégié de l’action politique et il n’y a qu’a voir le clonage du front du changement national, intervenu une semaine après sa naissance dans le dessein de saper la confiance, pour s’en convaincre.
    Dans ces circonstances où tout est faux, ou le peuple, fatigué d’avoir trop souffert ne sait plus à quel saint se vouer, ou on le berce d’illusions dès qu’il commence à s’agiter afin de le calmer, la seule alternative qui reste est l’action sur le long terme. La sensibilisation et l’apport d’éclairages qui permettent de mettre la lumière sur les procédés de manipulation, les dangers d’un futur bradé et la nécessité d’une action réfléchie .
    Mon thé est sur le feu, salutations.




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  • Congrès du Changement Démocratique