Édition du
27 July 2017

Lorsque le DRS joue sur du velours

Radjef Saïd

Peut être celui qui a interrogé les morts et les cimetières sans  trouver nulle trace de la nation algérienne, n’est pas coupable de penser ainsi.

Apres une éclipse qui aura duré quelques semaines, le pouvoir refait surface par le biais de son chef du gouvernement Ahmed Ouyahia. Ce dernier, certain que le vent du changement s’est apaisé, multiplie les déclarations pour montrer l’image d’un pouvoir serein et à l’écoute des  attentes du peuple. Néanmoins, la prudence est de rigueur : il n’est que de se rappeler que voici à peine quelques semaines l’ardeur du changement qu’a susciter la chute brutale des présidents tunisien et égyptien chez la jeunesse algérienne. Ouyahia sait que le peuple veut le changement. Il sait également l’idée peu reluisante qu’a la majorité écrasante des algériennes et des algériens de son régime. Il sait aussi que l’incapacité de l’opposition a décrire et à transcrire dans les faits ses revendications, a dépasser ses querelles pour conscientiser au sens révolutionnaire la jeunesse et a créer les passerelles entre les différents mouvements de protestation joue en la faveur du système et risque de faire rater au peuple le coche du changement.

Il a raison de penser ainsi. Les élites algériennes n’ont pas su tirer profit de la ferveur de « la révolution du Jasmin » qui a suivi la chute du régime de Benali en Tunisie et qui a entraîné quelques jours plus tard celle du régime Moubarek  en Egypte. L’opposition algérienne n’a pas su battre le fer quand il était chaud, quand la contestation s’était emparée d’une partie de l’ANP, quand les chefs de l’armée et leurs affidés, drapés dans la peur et l’angoisse, craignant la colère de la rue, redoutant d’être chassés, effrayés de rendre des comptes, épouvantés par les tribunaux, se cantonnaient dans un silence et se préparaient à prendre la fuite  a grandes enjambées. Le peuple était prêt pour le changement mais l’opposition, empêtrée dans des querelles infantiles,  a failli une fois de plus à ses engagements et au rendez vous de l’histoire.

Sans dire un seul mot au peuple depuis des lustres, Bouteflika a cédé à toutes les revendications pour acheter la paix sociale aux généraux détenteurs du pouvoir, minimiser les tensions sur le front social pour permettre au DRS de tourner les flottements de l’opposition à son profit et la colère de la rue à son avantage, notamment en ridiculisant l’opposition à travers les échecs successifs de la CNDC. Rarement les clans qui composent l’oligarchie militaro financière qui retient en otage le pays depuis 1957, n’ont été aussi unis et solidaires qu’aujourd’hui, et jamais l’opposition n’a été aussi faible, crédule, dispersée, vaniteuse, infiltrée, noyautée et sans imagination que maintenant. Cette incapacité à mobiliser, prouve de façon éclatante que l’opposition refuse de regarder l’avenir ; qu’elle est inapte a occuper le terrain et investir le champs politique. Prisonnière d’un nationalisme paternaliste et condescendant, elle ne ressent plus ce que ressent le peuple. Sinon comment expliquer l’aptitude de ce pouvoir gérontocratique à se maintenir et à maintenir tout le monde sous sa botte ?

Les intellectuels, pour la plupart discrédités, n’ont pas su ou pas pu servir de guide et de modèle à une jeunesse qui ne demande qu’à s’épanouir. Outre les visions erronées qu’ils ont de leur société, ils ont été incapables de former des militants conscients de leurs responsabilités historiques, de canaliser et de transcender cette énergie pour la mettre au service du pays et des citoyens. La corruption, le mensonge et la violence que sont les instruments de gestion de ce pouvoir inique et cynique, n’expliquent pas tout. Il y a un problème plus profond et plus douloureux qui fait que l’opposition préfère dévorer ses meilleurs éléments en les sacrifiant sur l’autel du mensonge ; qui fait que l’algérien d’une façon générale, accepte sans broncher la domination, l’asservissement et la servilité. Pour quelques titres insignifiants et quelques misérables privilèges, il se dépare de sa grandeur morale et de sa dignité pour se prêter à toutes les forfaitures, à toutes les trahisons et à toutes les turpitudes que lui imposent les pires criminels et les pires ennemis de l’intelligence et du savoir.

N’a-t-on pas vu des députés du parlement croupion applaudir le reniement de la constitution pour permettre à un vieillard sénile et mégalomane d’extorquer à la république un troisième mandat ? Comment le changement peut-il arriver à ses fins alors que les partis ont tous aujourd’hui la tête tournée aux prochaines élections locales et générales ?  A ce jour, alors que des milliers de jeunes prennent le chemin de la harga ou a défaut s’immoler en guise de protestation contre le régime en place,  on ignore les dispositions et les moyens que compte mettre en œuvre l’opposition pour mettre un terme à un système qui fonctionne depuis 1957 selon un code non écrit qui définit l’Algérie comme un bien privé entre des clans très restreints ayant tissé leur toile d’araignée au niveau de toutes les institutions. Pourtant, les réseaux de communication ne manquent pas.

Tant que les émeutes qui éclatent par ci par là  sont délimitées dans un périmètre social, le DRS arrive toujours à les circonscrire en jouant sur du velours. Seule la jeunesse, en particulier les étudiants, peut sonner le glas de ce régime en revendiquant un changement politique. Malheureusement, le DRS qui n’ignore pas cette menace –cette réalité-, a déjà pris les devants et à inscrit à son compte toutes les revendications légitimes, allant jusqu’à proposer la fameuse constituante si chère Hocine Ait Ahmed, en suscitant des débats houleux  au sein même des partis de l’alliance présidentielle.



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7 Commentaires sur cet article

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  • HAMMANA
    10 avril 2011 at 23 h 16 min - Reply

    A Mr RAJEF Said

    L’opposition algérienne ,à quelques exceptions près,a toujours été telle que vous l’avez décrite et dont il m’a été donné dans une précédente intervention sur le web l’année dernière ,de citer l’exemple de BACHIR BOUMAAZA qui fut en charge du dossier des victimes du 08 mai 1945 et comment il s’en est honteusement dessaisi après qu’il fut promu sur pression du quai d’orsay au poste du président du conseil de la nation.

    C’est pourquoi,le peuple ne doit désormais compter que sur lui-meme et prendre le taureau par les cornes en emboitant le pas à nos voisins arabes tunisiens et Egyptiens(qui non seulement n’ont pas boudé leur opposition malgré qu’elle est et de très loin plus apte que la notre,mais exigé qu’elle reste à l’écart afin de priver le régime de l’atout d’agiter l’épouvantail de la menace intégriste)pour se faire entendre et imposer,sinon la chute du régime qui n’est pas encore à l’ordre du jour en raison de plusieurs facteurs liés à la composante de notre société,du moins le contraindre au dialogue tout en faisant de sa marche pacifique son cheval de bataille et d’etre surtout disposé à consentir aux sacrifices nécessaires.




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  • Lorsque le DRS joue sur du velours midipress
    11 avril 2011 at 11 h 13 min - Reply

    […] des débats houleux au sein même des partis de l’alliance présidentielle.Lectures: ici pour lire l’article depuis sa source. Cette entrée a été publiée dans algerie. Vous […]




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  • kaddour
    11 avril 2011 at 11 h 47 min - Reply

    De toutes les pistes de sortie de crise proposées par les uns et les autres, il y’en a, certes et heureusement, qui peuvent constituer un début de solution. Cependant, d’autres voies qui demeurent incontournables mais tout aussi sensibles,ne sont pas encore suggérées.

    Le regretté Ferhat ABBAS, qui a interrogé les morts et les cimetières sans trouver nulle trace de la nation Algérienne, n’est pas effectivement coupable de penser ainsi parce qu’il avait tout simplement raison.




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  • Zineb Azouz
    11 avril 2011 at 13 h 07 min - Reply

    Cher Radjef,

    Le drs peut en effet se payer le luxe de jouer sur du velours et même de s’essuyer les pieds sur des carpettes de luxe, des carpettes qui s’offrent à lui sans contre partie.

    Lorsque tu dis que l’opposition a raté la révolution car elle n’a pas su « battre le fer tant qu’il chaud », je ne suis pas tellement d’accord avec toi, moi je dis que le fer chaud a bel et bien été battu à temps mais pour refroidir la révolution et la jeter sous la trappe de la confusion, des amalgames, des doutes et des contradictions.

    Le peuple était prêt à sortir dans les rues et à découdre depuis un bout de temps, et les occasions n’ont pas manqué bien avant la révolte des Tunisiens.
    Qu’est ce qui a empêché l’opposition, par exemple d’appeler à sortir dans les tues lorsque la constitution a été attaquée en plein jour pour être mutilée et déformée dans le seul but d’imposer pour la troisième fois le candidat –paraît il- du drs ?
    Ne disposait-on elle pas là d’une revendication claire, fédératrice et légitime pour gagner la confiance de la rue et en découdre avec la captivité ?

    Avions nous vraiment besoin du catalyseur Tunisien ou Egyptien pour déclancher notre révolte contre le régime, sa politique et surtout sa police politique ?

    Osons pour une fois le dire, l’opposition est une aile du drs, un appui et une soupape de secours pour évacuer les colères lorsque la répression n’est pas de mise ou déconseillée.

    Avec toutes les tonnes de discours hostiles en apparence à Bouteflika et au drs, on est incapables de regrouper une centaine de militants pour aller soutenir et aider les étudiants dans leur contestation dont on est sûrs qu’elle est l’une des plus préjudiciables au pouvoir.

    Le drs en effet, a depuis longtemps sécurisé l’université qui ne produit plus ni mouvements ni réflexion, ni militants ni contestataires, il n’a même plus besoin des syndicats maison dans cette contrée où depuis les récentes augmentations de salaires, tout le monde se bouscule pour un ticket gagnant dans cette kermesse aux diplômes, à commencer par les agents du drs nommés sur place ou les journalistes de service.

    Ainsi, en plus de quelques marchés ou logements soutirés aux responsables, et devant les privilèges qu’offrent certains diplômes, le drs lui-même est tombé dans le piège et on a vu durant les dernières années afflux et bousculade de tous ses agents autour des services de diplômes.

    C’est pourquoi, cette fois-ci, en touchant à la « valeur » en terme de grade des diplômes, c’est en réalité toute la société des privilégiés qui est d’abord menacée, et malgré tout, la grogne et la colère leur échappent, car depuis longtemps ils ne contrôlent plus rien à l’université à part les privilèges (y compris ceux qu’ils s’offrent dans nos cités universitaires qu’ils voient comme leurs Harem)

    Bien sûr les étudiants les plus méritants, plus que tout le monde sont les cibles privilégiées de cette énième attaque contre la jeunesse, car fidèle à sa doctrine, le pouvoir veut imposer des réformes et des équivalences qui détruisent définitivement toute échelle de valeur, instaurant l’arbitraire et le hasard comme normes pédagogiques, tout en s’assurant une relève « gradée » surtout parmi les moins vertueux, ceux qui acceptent très tôt le jeu de la « Kfaza », de la fraude, de la compromission avec l’administration et bien sûr de l’indignité.

    Sont malheureusement livrés à eux même les rares étudiants à avoir compris le complot, ceux qui savant qu’il ne faut plus rien demander à cette tutelle à part de s’en émanciper et d’exiger le départ pur et simple de ces charlatans qui osent encore nous gouverner au nom d’une carte d’ancien moudjahid du MALG.

    Les étudiants veulent une formation digne de ce nom, une université où la réflexion, le débat et la liberté d’expression ne sont pas les ennemis de la science, encore moins le thème proscrit de nos facultés militarisées.

    QUEL DANGER POUR LE DRS ET POUR L’OPPOSITION !!!!

    Ils ne veulent plus de ces éternels responsables zélés qui n’existent que par ce scandaleux cachet rond, ces courbettes honteuses et cette extraordinaire aptitude à exécuter les ordres et à vénérer les drs sous toutes ses formes.
    Ces responsables prêts à jouer, s’il le faut aux boxeurs, aux tirailleurs, aux cireurs, au restaurateur, aux falsificateurs, pour peu qu’ils restent en poste.

    Les étudiants ne veulent pas non plus de ces partis graissés et en graissés qui cherchent à se refaire une virginité sur le dos de leurs misère et leurs incertitudes, ces partis qui sont déjà en compétition dans une ridicule guéguerre des territoires pour quelques couloirs de cité U ou de départements, alors que tout le monde sait qu’au bon moment, au moment crucial, où « le fer est chaud », ces partis, et à travers leurs combines et leurs méandres, vont une fois de plus livrer les étudiants aux fichiers du drs.

    A bon entendeur salut,

    Cordialement,
    ZA




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  • Mouldi
    11 avril 2011 at 19 h 23 min - Reply

    Monsieur Radjef,
    Vous parlez de débats houleux au sein des partis de l’alliance présidentielle. Pour moi, ils ont parlé d’une seule voix pour rejeter toute idée d’une assemblée constituante. Cordialement.




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  • MJ
    11 avril 2011 at 21 h 31 min - Reply

    @ Said Radjef.

    J’ai lu ton post avec attention et je te remercie de veiller à nous fournir à chaque intervention des articles de haut niveau qui nous obligent à réfléchir à notre condition.

    Un parti politique mon cher ami, est une institution de droit. Une association ayant pour but de former ses membres à l’exercice de la saine politique et à travers la base populaire que ses adhérents réussissent à lui assurer à remporter des élections dans un pays démocratique.

    Les critères que j’énumère dans ma définition ci haut m’amènent à dire que nous n’avons pas de partis politiques pour des raisons bien simples:

    – Soit que les partis ne forment pas leurs adhérents à la saine politique qui privilégie les intérêts de la nation à ceux des personnes, des clans ou des structures, mais plutôt aux manoeuvres en coulisses et aux ententes interessées et au verbe sans consistance.

    – Soit que les adhérents des partis n’ont aucune volonté ou capacité d’assurer au parti une base politique pour des raisons diverses et variées, notamment et à titre d’exemple par le fait qu’une nouvelle recrue risque de déstabiliser l’ensemble de la pyramide si elle possède des compétences certaines, ce qui ne peut être admis dans aucun parti.

    -Soit qu’enfin les élections démocratiques en Algérie ont été un rêve inacessible jusqu’a présent pour les raisons qu’on sait et qu’il est inutile de ressasser.

    Il est normal en conséquence d’avoir le paysage politique que nous avons ou domine la force du fait et le fait de la force sur la force du droit. En d’autres termes le droit de la force prime sur la force du droit.Le mot « dezz m3a7oum » n’existe que dans l’alègre Algérie.

    A lire le paysage politique on se dit que la situation est inextricable. Mais je me dis qu’heureusement que ce sont les peuples qui font la politique et non pas les partis et le jour où le peuple décidera d’en découdre avec cette situation Dieu lui donnera les partis qu’il faudra.

    En conséquence il ne faut pas s’inquiéter de ces partis, de leurs actions, de tout ce qu’ils peuvent bricoler.

    Salutations .




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  • radjef said
    12 avril 2011 at 19 h 54 min - Reply

    Bonsoir tout le monde. Je ne suis pas un négativiste et je ne cède pas non plus à la résignation. Il faut être sincère dans ce que l’on fait ; il ne faut pas prendre le peuple pour un tas de bétail…
    @ Zineb Azouz, MJ , bonsoir. Entre les éternels colonisés qui veulent comprendre et analyser les drames de notre société en se basant sur des approches occidentales, les petits dictateurs sorciers qui pensent pouvoir retourner à leur avantage la propagande du DRS pour éliminer des camarades jugés très intelligents et très menaçants pour leurs postes et ceux qui veulent nous faire retourner à l’époque des croisades, la classe politique est loin des réalités que vit le peuple. Certains leaders ne pensent qu’à remplacer les dirigeants actuels pour se servir…
    Nos partis ne sont ni idiots ni stupides. Ils savent ce qu’il y a lieu de faire pour chasser le régime des généraux. Mais ils refusent de le faire. S’ils veulent regagner la confiance du peuple et leurs lettres de noblesse, s’ils veulent rétablir l’ordre politique et citoyen si nécessaire à la restauration d’un Etat de droit, ils doivent non pas seulement se remettre en cause, mais se refonder sur une feuille de route dont le projet économique et social doit refléter les préoccupations quotidiennes et les réalités culturelles du peuple algérien. Une feuille de route dans laquelle le peuple saura se reconnaître. Le temps des faux semblants, des connivences, des complaisances…est révolu. Totalement révolu ! Le peuple veut du concret.




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  • Congrès du Changement Démocratique