Édition du
30 March 2017

Lettre ouverte d’une enseignante à Monsieur le Recteur de l’université de Béjaia

 

Monsieur le Recteur,

C’est au moment où nous commencions à espérer une reprise des études qu’éclate un très grave incident entre vous et l’un de nos étudiants.

C’est au moment où nous, les enseignants, déployions tous nos efforts afin de préparer à nos étudiants le climat le plus propice à la reprise des études, afin de leur éviter le spectre de l’année blanche, que votre conseil d’administration émet un PV qui contient des accusations inacceptables envers certains des enseignants les plus valeureux de notre université. Un PV qui n’honore ni ceux qui l’ont signé, ni la réputation de l’université qu’ils gèrent.

C’est au moment donc où nous recommencions à reprendre espoir que deux actions commises par vous viennent tout anéantir ! Quel avenir entrevoyez-vous, Monsieur, à un lieu de savoir qui traverse un climat aussi électrique et désolant ? Permettez-nous de vous faire part de la conséquence fâcheuse de toutes ces dérives : vous êtes un administrateur qui vient de perdre à jamais la confiance de ses administrés.

Rectifions un peu : cette confiance, vous l’aviez perdue depuis longtemps ! Cependant, on ne sait pourquoi la masse s’est laissé aller depuis quelque temps à une acceptation résignée des choses, se disant peut-être que le divorce entre l’administrateur et l’administré était un destin presque fatal en Algérie, que, tout compte fait, les choses n’étaient pas plus reluisantes ailleurs…

Oui, peut-être… Mais pour quelque temps seulement. Car lorsque l’on sait que toute léthargie est tôt ou tard suivie d’un sursaut brutal, il faut bien que vienne un jour où le dormeur finisse par s’éveiller, et où la Vérité doive reprendre ses droits contre la mystification et l’arbitraire qui ont longtemps prévalu !

Sachez donc que, dès le moment où vous vous êtes mis sur le dos l’ensemble de ceux qui forment la communauté que vous êtes censé gérer (enseignants, étudiants et ATS), le cordon ombilical de la confiance a été rompu, et plus aucune cohabitation n’est désormais possible entre vous, Recteur, et ceux qui composent notre communauté universitaire.

Et parce que cette dernière clame haut et fort qu’elle ne veut plus de votre personne à la tête du son administration, nous venons par la présente lettre vous demander en toute sérénité, et en toute franchise, de quitter votre poste, et ce pour une raison majeure : sauver ce qui reste de cette année ! Cette grève a trop duré, et elle ne profite à personne ; c’est l’avenir de nos chers étudiants qui est en jeu ! Et puisque nous vous avons de tout temps entendu proclamer à qui voulait bien vous entendre que vous n’étiez là que pour œuvrer à l’intérêt de notre université, et que vous considériez les étudiants et les enseignants comme vos propres enfants, nous vous supplions alors de mettre l’intérêt de vos enfants au-dessus de toute considération personnelle, et de vous retirer après de longues années de bons et loyaux services.

Démissionnez Monsieur le Recteur, évitez-nous par ce geste honorable la dérive de l’année blanche !

« Par le mal qu’ils ont fait les homme sont vaincus », disait Victor Hugo. Car, sachez-le, ce n’est point votre personne qui est mise à l’index, mais bien vos dernières actions qui vous ont à jamais discrédité et rendu indésirable ! Donc, de grâce, laissez quelqu’un d’autre reprendre le flambeau, et aidez-nous à ne retenir que le souvenir de tous les bienfaits que vous avez apportés à notre université ! Votre insistance à demeurer à sa tête ne fera qu’envenimer une situation déjà explosive, ne fera qu’attiser votre impopularité et précipiter une chute que nous ne vous souhaitons pas vivre dans l’opprobre. Donc, soyez clément envers votre propre personne d’abord !

Oui, vous êtes au pouvoir. Oui, vous vous sentez puissant. Oui, vous êtes dans vos sphères éthérées où vous n’avez qu’à baisser la tête pour contempler avec triomphe les masses de travailleurs, d’enseignants et d’étudiants que vous écrasez du poids de votre prétendue autorité. Mais, outre le fait que les triomphes basés sur l’autoritarisme soient toujours factices et  éphémères, nous vous suggérons, Monsieur le Recteur, de lever la tête vers des sphères plus hautes encore que celles où vous voltigez en ce moment. Qu’y verriez-vous ? Vous y verriez cette épée de Damoclès qui continue à osciller insidieusement sur votre tête pour vous signifier toute la vulnérabilité de votre personne, tout le néant de votre pouvoir, et tout le ridicule de votre gloire !

A travers tout ce que nous venons de vous dire, avez-vous appris quelque chose de nouveau ? Non, nous ne le pensons pas. Ces mots tracés ne sont qu’un secret de Polichinelle ! Toute la communauté de l’université de Béjaia s’y reconnait. Peut-être que la nouveauté réside dans le fait que ces mots vous soient adressés au grand jour. Savez-vous pourquoi ? C’est non seulement dans le souci urgent de sauver l’année et l’avenir de nos étudiants comme nous l’avons dit précédemment, mais c’est aussi parce qu’on ne cesse de nous ressasser partout qu’on est dans une République Démocratique où le peuple peut exprimer en toutes confiance son opinion. Et qu’avons-nous fait si ce n’est user de ce précieux droit à la parole pour exprimer ce qui ronge nos cœurs, et proposer ce qui nous parait à même de nous faire sortir des ténèbres vers l’éclatante lumière ?

Nous attendons un geste fort de votre part, Monsieur le Recteur, à savoir votre démission, pour le salut de notre université.


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