Édition du
22 July 2017

Les courants de la réforme islamique au Maghreb

Auteur : Aboul Kassem Saadallah

Traduction : Souad Khaldi

 

Le XIXème siècle a été une période de changements importants dans l’ensemble des pays arabes et plus particulièrement dans les pays du Maghreb. Au moment où le Machrek connut la campagne française en Égypte et les expansions de Mohammed Ali Pacha, le Maghreb assistait à la campagne française en Algérie, à des changements dans les systèmes de gouvernement en Libye, en Tunisie et au Maroc et à des bouleversements dans les systèmes sociaux, dans la conception de l’éducation et dans les valeurs culturelles.

Les Français occupèrent l’Algérie en 1830. Ils chassèrent son gouverneur et imposèrent au pays une colonisation directe. Celle-ci reposait sur le rattachement administratif et politique de l’Algérie à la France et sur la mobilisation de soldats pour faire face à la grande résistance que mena, durant une longue période, le célèbre Abdelkader el-Jazaïri[1] puis d’autres personnages après son exil.

Cette colonisation directe se caractérisa également par l’imposition de la langue française à la place de la langue arabe et par l’implantation de colons français à la place des indigènes après les avoir chassés de leurs terres. De même, les Français remplacèrent la législation islamique par la législation française. Ils mirent en œuvre une politique d’imposition de l’ignorance en direction des Algériens en s’attaquant aux institutions du waqf[2] qui alimentaient les caisses des établissements d’enseignement et qui entretenaient les oulémas officiant dans ces écoles. Les Français placèrent les institutions religieuses – mosquées, zaouïas, écoles et mausolées – et leurs employés sous contrôle de l’administration française. Cette situation dura, sans changement, jusqu’au début du XXème siècle.

L’occupation de l’Algérie fut le prélude à l’occupation de la Tunisie, du Maroc et de la Libye. Avant l’occupation française, la Tunisie subit des pressions de la part de la France afin de faire fructifier ses intérêts. Les gouverneurs tunisiens durent modifier leur politique intérieure afin qu’elle ne soit pas en opposition avec les intérêts français dans la région. Ils devaient rompre ou alléger leurs relations avec l’Empire ottoman et le Machrek afin de se tourner vers l’Europe et la France. Avant l’occupation française, la Tunisie mit en place des réformes politiques, administratives et économiques. Elle fut gouvernée par le mouchîr Ahmed Bey[3], l’un des fils de la famille Husseinite[4]. A peine eut-il terminé son règne que les Français firent pression sur son successeur[5] afin qu’il rédige, en 1857, le Pacte de sécurité[6]. Ce pacte donnait de nombreux avantages aux Européens installés en Tunisie et il permettait aux Français et aux Italiens de contrôler le budget de la Tunisie. En 1881, la France finit par imposer un protectorat sur la Tunisie qui continuait à être administrée selon le système beylical. La France gérait les affaires économiques, financières, de défense et les affaires extérieures de la Tunisie. De même, elle ouvrit la Tunisie aux colons européens et au capitalisme. Elle imposa la langue française aux côtés de l’arabe et elle s’immisça dans les affaires de la Mosquée Zitouna, de l’enseignement et de la magistrature. Jusqu’au début du XXème siècle, la différence de gestion de la colonisation en Tunisie et en Algérie créa un grand fossé entre les deux pays aussi bien dans leur développement politique que culturel.

La Libye connut, entre autres, des transformations administratives et religieuses. En réponse à l’occupation de l’Algérie par la France, à partir du moment où la famille régnante en Libye reconnut la souveraineté ottomane, la Sublime Porte gouverna directement le pays. La Libye fut rattachée à l’Empire ottoman qui révoqua la famille régnante. Dés 1835, les pachas furent directement nommés par Istanbul. La plupart des évolutions que connut la Libye avant son occupation par l’Italie en 1911, étaient le reflet de ce qu’il se passait dans l’Empire ottoman. L’objectif était de faire face aux pressions françaises exercées sur la Libye par le biais de l’Algérie et des consuls français à Tripoli. La France s’immisçait dans les affaires de la Libye ottomane par différents moyens surtout dans les régions de Tripoli et au Fezzan.

Grâce au cheikh Mohammed ibn Ali el-Senoussi[7], la Senoussia s’était déjà bâtie une base en Cyrénaïque (Benghazi). Le cheikh fit de l’oasis de Jaghboub la base de sa zaouïa qui connut des évolutions significatives entre 1850 et 1911 sous la direction du cheikh el-Senoussi puis sous celle de ses fils ou de ses petits-fils. La réalisation la plus importante de la Senoussia fut d’avoir donner une image différente du rôle de la voie (tarîqa) soufie. Son rôle ne se limitait plus à la retraite et à l’éloignement des événements. Elle s’intéressait également à l’enseignement, à la politique, à la formation spirituelle et militaire et à l’épuration de la religion islamique des innovations blâmables. En 1914, la Libye était prête politiquement et spirituellement, malgré le retrait des forces ottomanes, à repousser l’invasion italienne.

Le Maroc connut des changements dés le milieu des années 1840 car il ne pouvait pas rester éloigné de ce qu’il se passait chez son voisin algérien. Si le Sultan soutenait les résistants algériens, il devait faire face au mécontentement des Français et, s’il refusait de protéger les Algériens, il devait affronter la colère de son peuple. Cependant, il ne pouvait pas rester neutre. 1844 fut une année décisive dans l’histoire du Maroc. L’armée fut vaincue par la France qui l’avait attaquée en raison de son intrusion dans les affaires algériennes. Les sultans marocains découvrirent leurs faiblesses et décidèrent d’entrer dans une phase de modernisation. Le Sultan Abderrahmane ibn Hichem[8] entreprit ce processus de modernisation que poursuivit et développa le Sultan Hassan 1er[9].

La détermination du Maroc à rattraper son retard administratif, militaire et financier n’était pas du goût des Français. Ces derniers s’immiscèrent dans les affaires du pays afin d’encourager le tribalisme et le régionalisme et de créer une scission entre les Marocains pour que les sultans ne puissent plus contrôler et gouverner leur pays. Cela facilita la colonisation du Maroc par la France, en 1912. Cette colonisation fut appelée « protectorat ». Le Maroc fut la dernière forteresse arabo-islamique conquise par les Européens, la France et l’Espagne, qui empêchèrent son développement normal.

Certains chercheurs ont appelé cette période de changements qui toucha le Maroc « l’éveil ». Il s’agit de l’éveil qui a englobé la modernisation de l’administration, de l’armée, du système financier, de l’enseignement et de la culture.

La première Guerre Mondiale fut une étape importante dans l’histoire de ces quatre pays. Les conséquences furent communes à la Libye, à la Tunisie, à l’Algérie et au Maroc. Si la Libye s’était engagée dans une guerre populaire pénible contre l’Italie, les trois autres pays connurent une expérience similaire. Il n’y avait qu’un seul pays colonisateur, hormis l’Espagne au nord du Maroc. Les Français imposèrent le service militaire obligatoire aux jeunes de ces pays afin qu’ils servent dans leur armée contre l’Empire ottoman, l’allié de l’Allemagne. L’oppression, la désertion du service militaire et l’ardeur nationale favorisèrent l’exil vers le Machrek et l’Europe d’un grand nombre de dirigeants de ces pays, et la création de comités et d’associations pour libérer leur pays.

La première Guerre Mondiale devint une école de formation pour la jeunesse nationaliste et les dirigeants des partis. Cette jeunesse prit courage avec la déclaration du Président Wilson[10] au sujet du droit à l’autodétermination des peuples, avec la Révolution russe contre le capitalisme et le colonialisme et aux contacts d’Européens qui, dans leur pays, menaient des luttes politiques. Au Maghreb, durant les années 1919-1939, les mouvements nationalistes et réformateurs murirent significativement.

Malgré ce que l’on dit au sujet du colonialisme, il fut, pour de nombreux peuples, le choc qui les réveilla et qui leur permit de retrouver leur identité et leur destin. C’est clairement ce qu’il s’est passé au Maghreb, à commencer par l’Algérie où nous avons observé l’éveil des voies soufies. Elles donnèrent naissance à des personnages tel que l’Émir Abdelkader qui devint un héros islamique et nationaliste. Après l’Émir Abdelkader, la plupart des révoltes qui eurent lieu contre les Français furent menées par des soufis de ces voies. L’apparition de dirigeants politiques en Algérie fut retardée en raison de la destruction des élites urbaines, par les Français, et de leur politique d’imposition de l’ignorance.

La situation fut différente en Tunisie. La politique d’Ahmed Bey donna naissance à une catégorie sociale politisée et éduquée qui fit face à l’occupation lorsqu’elle débuta en 1881. Les voies soufies tunisiennes ne jouèrent aucun rôle face aux colonisateurs français. En revanche, les oulémas de la Mosquée Zitouna, contrairement à leurs homologues algériens, tinrent une place importante dans la direction de la lutte politique. Deux raisons expliquent l’absence des oulémas algériens dans la lutte politique : l’absence d’établissements d’enseignement semblables à la Zitouna en Algérie et le fait que les affaires religieuses soient entre les mains des Français.

Le cas de la Libye est proche de celui de l’Algérie en ce qui concerne le rôle de la Senoussia que ce soit dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement ou dans celui de la confrontation à l’occupation militaire. Remarquons qu’avant 1911 la Libye collaborait politiquement avec l’Empire ottoman ce que ne fit aucune autre région du Maghreb. Cette collaboration s’est traduite par la nomination de Libyens à la Chambre des députés à Istanbul.

Le Maroc fit l’expérience de la vie politique plus tardivement en raison de son occupation tardive, en 1912. Son expérience avant cela était majoritairement centrée sur des affaires militaires et administratives. De plus, le Maroc avait des cadres politiques traditionnels qui étaient représentés par le personnel du palais, les gouverneurs des provinces et des grands oulémas basés à la Mosquée Qaraouiyine de Fès. Il y avait également des citadins et quelques voies soufies. Ces éléments ne se réveillèrent qu’avec l’occupation.

Tout comme la réforme, l’éveil fut différent selon les régions. Mais comment définir l’éveil et la réforme ? Certains mélangent « éveil » (yaqza) et « renaissance » (nahda). Nous enseignons, dans les universités, la renaissance islamique et la renaissance arabe. Nous employons rarement « l’éveil » dans le même sens, comme si nous méprisions ce mot et que nous voulions nous approprier « la renaissance ». Ce mot suggère, peut-être, le dépassement du simple sentiment vers l’action. La « renaissance » ne signifie pas la prospérité et la grande réussite. Les Européens utilisèrent, pour nous, l’expression « la renaissance » dans le sens de « l’éveil ». Cet éveil ne signifie pas le travail, la production, l’épanouissement et l’accomplissement mais la simple ouverture des yeux et la connaissance des choses autour de nous. Si nous étions humbles dans notre expression nous nous contenterions de « l’éveil » pour le moment. Nous sommes encore loin de la « renaissance » et plus proche de « l’éveil ».

Ainsi, en 1830, les Algériens furent réveillés par l’occupation qui détruisait leur gouvernement, saisissait leurs biens et spoliait leurs terres. Ils commencèrent à se réunir pour résister contre l’étranger. Les Tunisiens, les Libyens et les Marocains firent la même chose mais les moyens utilisés furent différents d’une région à l’autre. La Tunisie était sûrement la plus proche de l’étape d’un éveil précoce. Elle précéda l’occupation contrairement à ses voisins. En ce qui concerne le changement qu’opéra Ahmed Bey, il faut citer la participation de Kheireddine Ettounsi[11] et son ouvrage Le plus sûr moyen pour connaître l’état des nations qu’il publia en 1867. Il introduisit dans son livre des suggestions et des recommandations. Si les musulmans suivaient ces recommandations, ils se redresseraient et leur situation s’améliorerait. Kheireddine Ettounsi avait recueilli ces idées lors de ses voyages d’observations dans les régions d’Europe occidentale. Cependant, il n’appelait pas à reproduire l’expérience européenne. Il connaissait les frontières entre les préceptes islamiques et l’expérience de l’Europe d’autant plus que les idées que proposait son livre furent formulées par les oulémas éclairés de la Mosquée Zitouna parmi lesquels Mohammed Bayram el-Khamis, Salim Bouhajeb et Mohammed el-Senoussi.

Si la Mosquée Zitouna, malgré la réforme de ses programmes, représentait la tradition, le collège Sadiki représentait les nouvelles institutions car il associait les cultures arabes et françaises. Les dirigeants du mouvement des Jeunes Tunisiens étudièrent dans cette école.

La presse joua aussi un rôle éminent dans l’éveil des Tunisiens. En plus de la presse de l’occupant, une presse nationaliste apparut. Ses journaux étaient el-Zahra, el-Hadira et el-Tounsi. Les oulémas de la Zitouna et les intellectuels formés à l’école Sadiki coopérèrent. Ainsi Abdelaziz Thâalbi, Salih Sharif et Mohammed el-Khidr Houssayn furent aux côtés d’Ali Bach Hamba et de son frère.

La seconde visite de Mohammed Abdouh, en Tunisie en 1903, trouva la Tunisie prête à entrer dans la phase de la renaissance. C’était sans compter le début de la première Guerre Mondiale, de la suppression des libertés et l’éloignement des dirigeants.

De son côté, l’Algérie connut la période d’éveil que nous avons déjà évoquée. Elle s’était presque lancée dans une nouvelle période, appelée depuis les années 1920, « renaissance ». Au début du XXème siècle, les points de vue des oulémas traditionnels qui travaillaient dans le corps de l’administration française et ceux des oulémas autonomes ou libres se rapprochèrent des points de vue des élites qui avaient étudié dans les écoles françaises et que l’on connaissait sous le nom des « évolués ». Leur besoin de se rencontrer et d’être solidaires fut imposé par l’enrôlement militaire qui fut prescrit par la France aux jeunes afin de les utiliser dans ses troupes. Ainsi, des oulémas fonctionnaires de la France tels Abdelhamid ibn Samaya, Abdelkader el-Majawi et Mouloud ibn el-Mawhoub combattirent aux côtés d’« évolués » tels que Mohammed Ben Rahal, Ahmed Boudarba et Chérif Benabilès. Ainsi, commença l’histoire des Jeunes Algériens qui se développèrent à l’image des Jeunes Tunisiens, des Jeunes Égyptiens et des Jeunes Turcs. Ce terme arriva dans le monde arabo-islamique par l’Europe. Ce furent les médias européens et coloniaux qui, à l’époque, diffusèrent ce terme. L’objectif était de mettre en évidence le rôle des élites ayant été formées dans les écoles occidentales au détriment des élites traditionnelles (les oulémas) qui manquèrent le train de la modernité et qui ne comprenaient pas l’esprit de leur époque. Cela conduisit à l’isolement et à la persécution d’un grand nombre de oulémas traditionalistes qui choisirent d’émigrés, tel Hamdan el-Wanisi, ou de se retirer de la sphère publique.

Les cercles, les associations et la visite du cheikh Mohammed Abdouh, en 1903, eurent une influence évidente sur le processus d’éveil de l’Algérie, tout comme celui de la Tunisie, et sur son entrée dans l’ère de la renaissance pour lequel elle dut attendre la fin de la première Guerre Mondiale.

L’expérience libyenne, dans ce domaine, différa des expériences algérienne et tunisienne. Jusqu’en 1911, la Libye resta liée aux évolutions de l’Empire ottoman bien que la Senoussia essayait de s’en séparer. La Senoussia préférait le travail individuel voire secret afin que les Ottomans ne puissent pas la maîtriser politiquement.

En 1908, lorsque le sultan Abdelhamid II fut renversé, la Libye ressentit ce changement de pouvoir. Elle présenta des députés, au Parlement ottoman, parmi lesquels Souleymane el-Barouni Pasha. En Algérie, il avait été l’étudiant du cheikh Mohammed ibn Youssef Itfich dans l’oasis des Bani Mzab où se situait le centre que le cheikh avait lui-même fondé. Souleymane el-Barouni Pasha resta en Algérie de 1896 à 1899 qui fut une période transitoire pour le pays. Il se rendit ensuite en Tunisie et en Égypte. Il y fonda le journal Le lion islamique et l’imprimerie el-Barouniyya avant de devenir membre du Parlement. Il était partisan du groupe islamique qui fut impulsé par Jamal ed-dine el-Afghani. Il poursuivit cette voie jusqu’après l’ascension d’Atatürk au pouvoir et l’abolition du califat. D’un autre côté, el-Barouni resta fidèle aux unionistes et il coopéra avec eux, contre les Italiens, durant la première Guerre Mondiale. Cela signifiait donc une collaboration avec l’Allemagne, l’alliée des unionistes.

En Libye, la Senoussia était active. Elle combattit, par ses propres moyens, l’occupation italienne. Elle comptait dans ses rangs ceux qui avaient joué un rôle important dans la résistance aux côtés de cheikh Omar el-Mokhtar. D’autres personnalités apparurent en Libye. Elles combattirent soit avec des armes soit avec la plume. Tout comme el-Barouni, elles subirent l’éloignement et les persécutions.

Le Maroc, lui, était indépendant de l’Empire ottoman. Son expérience, que ce soit avant ou après l’éveil, fut particulière. Le règne du Sultan Hassan Ier était semblable à celui du Sultan Abdelmajid el-Othmânî. Tous deux subirent la pression de nations étrangères afin de réaliser les tanzimât qui signifiaient l’ouverture de la société, la protection des intérêts des ressortissants étrangers et l’adoption du modèle occidental dans l’armée et l’administration.

A la fin du XIXème siècle, les pays occidentaux se disputaient le Maroc. Chaque pays européen voulait se l’approprier entièrement ou en prendre une part importante. Les pressions françaises sur le Maroc étaient plus fortes que les autres en raison, notamment, de la proximité géographique de l’Algérie. Les Français souhaitaient gouverner le Maroc et ils voulaient qu’il lui fût loyal et qu’il pût répondre à leurs exigences économiques et sécuritaires.

Un grand nombre de français et d’envoyés algériens se rendirent au Maroc dés le début du XXème. Ils transformèrent l’éducation en créant des écoles. Ils évaluèrent les ressources et s’accaparèrent le palais et les élites marocaines. Les voies soufies étaient à leurs côtés. Avant le protectorat, le Maroc, qui était en contact avec les institutions du Machrek, connut le développement des journaux. La résistance était menée par l’Émir Mohammed Abdelkrim el-Khattâbî[12] dans les montagnes du Rif. Les Marocains combattirent le Dahir Berbère imposé par les Français, dont le but était de les diviser. Cependant, la génération qui fut formée dans les écoles françaises, au Maroc ou à Paris, tardaient à prendre les rênes du pouvoir. La plupart d’entre eux étaient issus de riches familles aristocratiques des villes. Le mouvement nationaliste apparut dans les années 1930 et entra en contact avec ses homologues algérien et tunisien. L’Émir Shakib Arslan eut un rôle éminent dans la mise en marche de ce mouvement notamment dans le nord (la zone espagnole).

La seconde Guerre Mondiale trouva le Maroc, notamment les partis politiques et l’opinion publique, prêt à revendiquer son indépendance. L’ensemble du mouvement nationaliste puis le parti de l’Istiqlal ont joué un rôle éminent dans la revendication de la levée du protectorat français au Maroc. Les personnalités qui créèrent cet environnement étaient : le cheikh Chouaïb el-Doukkali pour ses travaux de réforme islamique, Mohammed el-Atâbî pour son combat sur la scène internationale et Allâl el-Fâsî pour avoir diriger le parti de l’Istiqlal.

L’Algérie connut une période, entre les deux guerres mondiales, durant laquelle apparurent les partis et les associations qui menèrent le pays à la révolution puis à l’indépendance. L’Émir Khaled, le petit fils de l’Émir Abdelkader, exigea l’application du droit à l’autodétermination. Il continua à combattre jusqu’à ce que les Français l’aient exilé de son pays. L’Étoile Nord Africaine apparut en 1926. Son leader, Messali Hadj, exigea l’indépendance de l’Algérie lors de la conférence mondiale qui se tint en 1927 en Belgique.

Le Parti du Peuple Algérien fut fondé lorsque la France interdit l’activité de l’Étoile Nord Africaine. Le PPA planifia la révolution contre les Français. Il y avait également d’autres partis plus conciliants qui ne demandaient que l’autonomie intérieure ou l’assimilation à la France. Ce fut l’association des oulémas, créée en 1931 sous la direction d’Abdelhamid ibn Badis, qui revivifia l’esprit nationaliste et les liens islamiques avec le Machrek. Elle prépara le peuple à l’indépendance d’un point de vue linguistique, intellectuel et social. L’association des oulémas concurrença, avec ses écoles, les écoles françaises. Elle raviva chez les jeunes l’esprit nationaliste et la fierté de leur appartenance à la civilisation arabo-islamique.

Entre les deux guerres, les Tunisiens reprirent en main la direction de leur pays qui entra dans la renaissance. La première Guerre Mondiale fut à peine terminée que la personnalité d’Abdelaziz Thâalibi apparut sur la scène politique en créant le Parti du Destour. Il appelait à la levée du protectorat français sur la Tunisie. Abdelaziz Thâalibi avait étudié à l’Université Zitouna. Il était de ceux qui avaient visité le Machrek à plusieurs reprises. Il fut influencé par le principe du droit à l’autodétermination des peuples. La France l’exila laissant le champ à ses disciples qui étaient de cette nouvelle génération qui avait été formée au collège Sadiki et dans les écoles françaises. L’opinion de certains d’entre eux, au sujet de la renaissance et de la réforme, différait de celle du cheikh Thâalibi. Ils créèrent alors, dans les années 1930, le Parti du Néo-Destour. Ils choisirent comme président du parti Habib Bourguiba qui mena le pays à l’indépendance en 1956.

La Tunisie connut, à côté de cela, une activité remarquable dans les domaines de la littérature, du théâtre, de la presse et des associations civiles. Il nous suffit, pour démontrer cela, de citer le poète romantique Abou el Kacem Chebbi[13].

Les pays du Maghreb connurent l’éveil dés les débuts du XIXème siècle. L’éveil se transforma rapidement en tanzimât au Maroc, en Tunisie et en Libye, et en prise de conscience de la renaissance en Algérie. Les élites conservatrices et les nouvelles élites eurent un rôle éminent dans l’introduction de ce qu’ils appelèrent la réforme. Celle-ci se fit dans divers domaines parmi lesquels la femme, l’aspiration à apprendre les langues et les sciences, l’appel à imiter le Japon, à renoncer aux superstitions et à libérer les esprits.

 

Source :http://www.assala-dz.net/ar/index.php?option=com_content&view=article&id=650:2011-01-04-22-15-17&catid=14:2010-08-17-10-28-57&Itemid=20


[1] Abdelkader ibn Muhieddinne (Mascara en Algérie, 1808 – 1883, Damas en Syrie) est plus connu sous le nom de l’Emir Abdelkader. Homme politique et chef militaire qui mena pendant quinze ans (1832-1847) la résistance à la colonisation français. Il était également poète, écrivain, philosophe et théologien soufi. Il est devenu un des symboles de la résistance algérienne à la colonisation française. Note de la traductrice.

[2] Le waqf est, dans le monde musulman, une donation faite par un particulier à une œuvre d’utilité publique, pieuse ou charitable. L’usufruit ou l’usage de ce bien est affecté au profit de la collectivité musulmane. Note de la traductrice.

[3] Ahmed Bey 1er (1806-1855) : Bey de Tunis de la dynastie de Husseinites de 1837 à sa mort. Note de la traductrice.

[4] Les Husseinites sont la dernière dynastie tunisienne à avoir régner sur le pays avant l’instauration du régime républicain en 1957. Cette dynastie fut instaurée le 15 juillet 1705 par Hussein Ben Ali qui prit le titre de bey. Note de la traductrice.

[5] Mohammed Bey (1811-1859) : Bey de Tunis de la dynastie de Husseinites de 1855 à sa mort. Il était le cousin d’Ahmed Bey. Note de la traductrice.

[6] Aussi appelé Pacte fondamental. Note de la traductrice.

[7] Mohammed ibn Ali el-Senoussi dit le Grand Senoussi (1787-1859) fonda la confrérie el-Senoussia en 1837. Originaire de Mostaganem en Algérie, il prêchait un retour à l’orthodoxie musulmane. Note de la traductrice.

[8] Aberrahmane ibn Hichem (Fès, 1789 – Meknès, 1859) fut sultan du Maroc de 1822 à 1859. Note de la traductrice.

[9] Hassan 1er (Fès, 1836 – Tadla, 1894) fut sultan du Maroc de 1873 à 1894. Note de la traductrice.

[10] Woodrow Wilson fut le vingt-huitième président des États-Unis. Le 8 janvier 1918, dans un discours au Congrès, il formula un programme en quatorze points, parmi lesquels l’autodétermination des peuples, définissant les objectifs de paix.  Note de la traductrice.

[11] Kheireddine Ettounsi (1822 – 1890) était un homme politique tunisien d’origine circassienne. Dans sa jeunesse, il fut vendu comme mamelouk à un grand personnage qui le revendit plus tard à un agent du Bey de Tunis à la recherche d’esclaves. Ahmed Bey l’instruisit dans son sérail. Il reçut une éducation moderne et maitrisait de nombreuses langues. Il fut aussi formé aux sciences musulmanes traditionnelles. Il gravit les échelons jusqu’à devenir Grand Vizir (1873-1877). A ce poste il entreprit un certain nombre de réformes. Note de la traductrice.

[12] Abdelkrim el-Kattâbî : (Ajdir au Maroc, 1882 – le Caire en Égypte, 1963) était un résistant marocain du Rif. Il devint le chef de la résistance contre la France et l’Espagne lors de la Guerre du Rif, puis l’icône des mouvements indépendantistes qui luttaient contre le colonialisme. Note de la traductrice.

[13] Abou el Kacem Chebbi (Tozeur, 1909 – 1934, Tunis) : poète tunisien d’expression arabe. Fortement influencé par le romantisme européen, du XVIIIème et du XIXème siècles, il écrivit sur les thèmes de la liberté, de l’amour et de la résistance notamment dans son poème  Aux tyrans du monde qu’il composa durant le protectorat français. Dans ce poème, il dénonce, sans le nommer, les crimes du colonialisme français. Il y menace les occupants et prédit une révolte contre leur système. Note de la traductrice.


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