Édition du
30 March 2017

A quand une Piggipedia algérienne ?

Piggipedia, un Egyptien fait la chasse aux officiers de la police politique
Daikha Dridi, Maghreb Emergent, 21 Avril 2011

C’est dans un mélange d’humour noir et de rage militante qu’un des plus célèbres bloggers égyptiens, Hossam Hamalawy (http://www.arabawy.org/), a mis au point la «Piggipedia» (http://www.piggipedia.net/), en arabe «mawsouat al jaladin», à savoir l’encyclopédie en ligne des «bourreaux» de la Sécurité d’Etat égyptiens. Avis à ceux qui continuent à réprimer leurs populations…

Il les appelle les «officiers SS», jouant sur la traduction en anglais –  «State Security»  – de la célèbre «Amn Eddawla», la police politique de Moubarak aujourd’hui dissoute, et il a décidé que ces officiers là ne fermeraient plus l’œil de la nuit. Lui, c’est Hossam Hamalawy, une célébrité (de longue date) dans le monde de l’opposition politique égyptienne, blogger, journaliste et militant politique qui vient de s’orner d’un tout nouveau titre : créateur de la «Piggipedia», l’encyclopédie en ligne des bourreaux de l’Egypte.

Le côté ludique que pourrait indiquer le choix du nom Piggipedia – autrement dit l’encyclopédie en ligne des «salauds» (l’emploi figuratif de pigs en anglais) – ou les jeux de mots sur les «SS», ne doivent tromper personne, le blogger Hossam Hamalawy est très sérieux dans son entreprise. Depuis que les archives de certaines casernes égyptiennes de amn eddawla ont été dévalisées par des centaines d’Egyptiens voulant sauver de la destruction la mémoire de la police politique du pays, beaucoup de ces documents ont été immédiatement mis en ligne, plus ou moins en vrac. Et ce qu’a décidé de faire Hossam Hamalawy c’est de les compulser, en recoupant les informations, dans le but de créer un annuaire des officiers égyptiens qui ont eu des responsabilités dans des crimes commis contre la population pendant l’ère Moubarak.

Sa «Piggipedia» encore bourgeonnante a déjà une jolie brochette d’officiers, dont les photos agrandies les montrent trônant dans leurs plus beaux apparats d’officiers. L’un d’entre eux est responsable, selon les recoupements faits par Hamalawy, de la spectaculaire coupure d’Internet ordonnée par Moubarak au premier vendredi de la colère égyptienne. «Le corps d’Etat qui a orchestré le black-out était l’Autorité de régulation des télécommunications et le représentant du ministère de l’Intérieur au sein de cette agence à ce moment là est le général Rushdi el Qamari, dont j’ai trouvé le profil et la photo dans les DVD de la SS de Nasr City», écrit Hamalawy sous la photo géante du général en question. Le blogger «chasseur de tête» regrette cependant de n’avoir pas réussi à en savoir plus sur le parcours de ce général avant qu’il ne soit devenu le chef de «l’Administration générale des communications de la police» en juillet 2010. Hamalawy rappelle ensuite que le premier ministre Essam Sharaf avait estimé que le black-out qu’a subi l’Egypte au moment des protestations contre Moubarak était «inapproprié» mais «quelqu’un a-t-il rendu compte de cela ? Où sont passés les membres du conseil d’administration de l’Autorité de régulation des télécommunications», demande-t-il.

Un blogger « chasseur de têtes »

D’autres photos d’officiers, trouvés dans les mêmes DVDs sont publiées, telles celle du brigadier général Ahmad el Azzazi qui était en charge du «bureau des syndicats» au sein de amn eddawla, et dont le travail, décrit encore Hossam Hamalawy, «était de surveiller, arrêter, torturer les militants syndicalistes. Azzazi est un visage qui nous est familier. Il a supervisé personnellement la suppression des mouvements de protestation pro-palestiniens et pro-démocratie au centre du Caire, qui était organisé par des militants de gauche et des syndicalistes». Surtout, Hamalawy écrit que ce brigadier général a personnellement supervisé la répression du fameux «mercredi noir, le 25 Mai 2005» où une manifestation contre un énième référendum constitutionnel a été réprimée de la plus ordurières des manières: les baltaguis ayant eu pour instructions d’agresser sexuellement toutes les femmes qui prenaient part à la manifestation.

Dans le répertoire Piggipedia de Hamalawy, on peut également consulter des listes des délateurs de amn eddawla qui ont été retrouvées et postées par des militants islamistes. Ou encore retrouver les noms des officiers qui ont été «recyclés» dans la nouvelle institution qui a été créée pour «remplacer le service de contre-espionnage de amn eddawla». 75% des anciens officiers de amn eddawla, incluant 23 généraux et plus de 40 colonels, rappelle Hamalawy, ont été tout bonnement transférés vers la toute nouvelle Agence de Sécurité Nationale. Mais Hossam Hamalawy, le «chasseur de têtes des SS égyptiens» n’en a cure, il continuera à collecter, recouper et publier toutes ces précieuses informations, les jalons futurs… d’un Nuremberg égyptien. A quand une Piggipedia arabe ?



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