Édition du
28 July 2017

Les nouvelles vitrines du DRS.

Radjef Saïd

Jamais les loups ne sont mieux déguisés en bergers que durant ce printemps arabe. Selon des sources généralement bien informées, le régime militaire d’Alger est en train de mettre sur pied un mouvement réformateur dont la direction sera confiée à de jeunes diplômés recrutés pour la plupart dans les officines de nos ambassades. Tout en affichant des signes d’amabilité et de disponibilité à écouter le peuple, les stratèges du régime militaire ont réduit au maximum le bruit de leurs bottes et tentent de faire monter sur scène de jeunes visages convenables en mesure d’effacer l’image d’un pouvoir barbare, criminel et abominable. Dans cette Algérie longtemps travaillée et insidieusement préparée par la propagande de la police politique, la collaboration est devenue une vertu, construire un mouvement réformateur qui rassemblerait toutes les tendances politiques du pays, n’est pas une mer à boire.

Selon nos sources, le pouvoir semble paradoxalement plus pressé et plus demandeur de changement qu’une certaine opposition. Car, en effet, dans ce climat d’instabilité qui s’est emparé du monde arabe, avec des dirigeants vieillissants et toute une génération de rapaces qui entoure depuis plus d’un demi siècle tous les cercles du pouvoir, le régime d’Alger est acculé et doit prouver un tant soit peu à ses sponsors au sein de la haute finance internationale et de la grosse industrie militaire, qu’il est capable de se reformer et de préserver les intérêts de ceux qui le soutiennent de l’extérieur.

Il n’est pas impossible de voir dans les jours qui viennent un autre parti cocote minute prendre la place des partis de l’alliance présidentielle. D’autant plus vrai, l’incapacité à gérer les affaires du pays léguées à la corruption, à l’incompétence et au régionalisme dégradant, le pouvoir-DRS est obligé de contrer et d’affronter tout risque d’embrasement social et de discrédit sur la scène internationale. En quête d’une légitimité qui lui fait cruellement défaut depuis toujours, il ne peut le faire que grâce à la participation active et à la complicité de nouvelles vitrines composées de nouveaux visages. D’ailleurs, c’est dans cette perspective qu’il y a lieu d’inscrire le dernier discours de Bouteflika ou il évoquait du bout des lèvres la nouvelle loi sur les partis et associations politiques.

Si les jours du FLN, RND et MSP sont désormais comptés, qu’en est-il des autres partis, notamment ceux dits de l’opposition ? Les acteurs politiques et sociaux, à la lumière des échecs répétés qui ont ponctué les différents mouvements de protestation qu’a connus le pays au cours de ces dernières années, ont montré leurs limites. Leur allégeance aux circuits du pouvoir n’est plus à prouver. Ils sont incapables de se penser et de penser en dehors de l’aval direct ou indirect du pouvoir militaire et, depuis peu, de ses relais financiers. « Le DRS sait que les partis dits de l’opposition n’ont pas de relève », explique cependant un opposant en exil. Et d’ajouter : « Les partis ont volontairement négligé de former de nouvelles générations à la lutte et à la pratique de la politique. C’est à mon humble avis le plus grave défi a relever aujourd’hui : réapprendre et réintégrer la pratique politique dans nos mœurs, dans notre conduite de tous les jours en dehors des meetings contrôlés (autorisés) et autres encadrements hiérarchisés ».

Réduits à l’état d’appareils lourds, repoussants et figés, nos partis quand ils ne sont pas directement des annexes du DRS, sont déchirés par des luttes de clans- tribalistes et communautaristes- sur fond faussement idéologique. S’ajoute à cela l’égoïsme, véritable source de toutes les lâchetés et de tous les reniements, terreau de la suspicion et de la trahison ou le paternalisme condescendant des chefs ne manque pas de lancer les militants les uns contre les autres.

31 ans après le printemps berbère et 23 ans après les trois glorieuses d’octobre 1988, nos partis n’ont pas le courage de s’attaquer clairement au pouvoir militaire qui enserre telle une pieuvre le pays depuis 1957. Ils se contentent dans le meilleur des cas d’analyses académiques de salon avec toujours la même posture de quemandeurs de reformes et de mendiants aux portes du DRS jalousement gardés par des caporaux incultes. D’où les doutes et le silence de la rue algérienne au moment ou le printemps arabe fait germer les graines de la liberté et de la démocratie chez nos voisins. Pour autant, il faut se garder de lire hâtivement comme un signe de capitulation et de reddition cette situation. Au fait, elle n’est que l’expression manifeste d’une rébellion, d’une désobéissance contre les partis, contre les manipulations de la junte au pouvoir et contre soi même.

Le changement reste hypothétique, car la volonté d’en découdre avec le système est brouillée par les hésitations des uns et des autres, par les manœuvres hautement scientifiques du pouvoir et surtout par l’incapacité de notre élite à s’affranchir et à faire le pas vers la jeunesse et la rue. Le changement tant espéré ne prendra pleinement son sens dans l’imaginaire collectif que s’il est synonyme de rupture totale avec les mensonges du passé, avec le régime, ses relais, sa presse, ses méthodes et les perches qu’il tend sans cesse à une élite corruptible à souhait, apolitique, handicapée culturellement et avide d’occuper une place dans le sérail de l’illégitimité, dans le sérail des fausses notabilités qui a besoin plus que jamais de soutien logistique au service d’une poignée de patriotards et de révolutionnaires de la 25eme heure.

« Cependant, note encore notre interlocuteur, une chose est sure : ce que notre génération n’a pu accomplir, les jeunes notamment les étudiants le réaliseront. Car ils sont nés et ont grandi dans un environnement hostile à tout épanouissement, bannis, méprisés, opprimés et rejetés, ils savent qu’ils n’ont rien à perdre ».

C’est dans cette jeunesse qu’il redoute tant que le DRS tente de recruter les vitrines à son pouvoir. Face à cette jeunesse qui constitue plus de 70% de la population globale du pays, le régime sait que sa marge de manœuvre est réduite et que si la révolution arabe frappe aux portes d’Alger, la répression ne suffira plus et que le système finira par s’écrouler comme un château de cartes. Toutefois, l’issue d’une telle hypothèse reste imprévisible. Le risque de voir le chaos s’installer sur le pays aura des conséquences graves sur le devenir de la nation, une intervention étrangère n’est pas à écarter, tout comme un dépeçage voir même une partition de l’Algérie menaceraient le pays dans le cas ou les opposants sincères ne s’unissent autour d’un seul et même mot d’ordre. Il est urgent que les opposants sincères s’unissent, mettent leurs divergences idéologiques de coté et acceptent la diversité au sein d’une Algérie plurielle ou tous ses enfants auront leur place et édifieront ensemble, la main dans la main, un Etat fort qui garantira les libertés fondamentales, la justice et l’égalité à toutes et à tous.


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