Édition du
25 March 2017

Tchippa lahnina!

C’est elle qui fait carburer les énergies, qui permet de gravir les échelons de la société, qui procure, à celui qui la donne et qui la reçoit, respect et considération.
Elle est une vraie constante nationale. Elle est entrée dans les murs, les moeurs, et les coeurs de la République; elle se pratique à tous les échelons de sa hiérarchie, surtout ceux du haut, où elle plus concentrée, et surtout plus conséquente.
Ses ressources rendent la vie tellement plus facile.
Grâce à elle, tout devient aisé. Mariage somptueux des enfants, vacances de rêve, demeure à plusieurs étages, ripaille, meubles de luxe, Omra à répétition et largesses pour s’acheter une place au paradis, etc.
Dans l’Algérois, on l’appelle la tchippa. C’est le fameux pot-de-vin sans lequel rien ne peut se faire, ni s’accomplir, ni même être mis en route.
C’est la somme d’argent, plus ou moins rondelette, qui se glisse de main en main, pour aplanir les difficultés tatillonnes de la loi, accaparer un bien indû, obtenir un jugement en sa faveur, faire condamner un innocent, débouter un ayant-droit, faire réussir à un concours professionnel son cancre de rejeton, dédouaner à moindres frais une marchandise sous déclarée, obtenir un crédit bancaire, un permis de construire, un logement social, un permis de conduire, un visa Schengen, etc.
Les passe-droits que peut procurer la tchippa sont innombrables. Ils vont du privilège qui peut rapporter des millions de dollars à la carte d’accès pour prendre l’avion.
La tchippa se décline à plusieurs appellations. Elle est «el-guass» ou «lehnnana» à l’extrême-Est, «el-qahoua» à l’Ouest. Ici et là, elle peut s’appeler «El-bay, el-masrouf, les feuilles, etekhmima, l’émir Abdelkader, kassaman, etc».
Ceux qui s’y adonnent ne sont presque jamais inquiétés et ne prennent plus la peine de dissimuler leur butin. Ainsi, il est courant de voir des fonctionnaires, des magistrats, des employés de banque, des élus et bien d’autres responsables dont le revenu est relativement bas, habiter de somptueuses résidences, rouler carrosse et dépenser sans compter.
Tout en haut, la Tchippa est un tout petit peu plus rondouillarde. Ainsi, pour le petit exemple, tout récemment, pour convaincre le plus haut gradé de l’armée algérienne de bien vouloir consentir à faire valoir ses droits à la retraite, on lui a glissé une Tchippa qui lui a permis d’investir dans les émirats du Golfe. Une peccadille, en somme…

D.Benchenouf


Nombre de lectures : 962
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique