Édition du
22 July 2017

Algérie: Bouteflika, les réformes et les "wled Djeballa"

La presse algérienne rapporte que le dernier conseil des ministres qui s’est tenu lundi dernier, sous la houlette du Président Bouteflika, a stupéfait les ministres, Ahmed Ouyahia et tous ceux qui y étaient présents.
Nous apprenons que Bouteflika aurait discouru pendant plus de 45 minutes, sans discontinuer. Tiens, tiens…Il a donc retrouvé la forme depuis son dernier discours à la nation. L’appel de Me Ali Yahia à l’armée, pour déposer un président impotent n’est donc plus d’actualité, semble-t-il.
Voici ce que le Président aurait dit, entre autres déclarations, tout aussi fracassantes: «Nous avons choisi de ne pas soumettre le projet de révision de la Constitution à l’actuelle Assemblée et vous savez tous pourquoi. Je veux que la révision de la Constitution soit l’œuvre d’une Assemblée réellement représentative et légitime
Que c’est beau tout ça ! La révolution d’un Président contre un régime dont il est lui-même l’un des rouages les plus importants, si ce n’est le plus important. Un président qui reconnait enfin que le parlement le moins représentatif du monde est issu de la fraude électorale. Mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas?
Oublions, s’il vous plait, que le dernier, et actuel, mandat de ce président révolutionnaire est lui-même le fruit d’une violation de la Constitution, et d’un bourrage des urnes qui a recouru jusqu’à des « électeurs » décédés.
Mais le plus révolutionnaire dans ce scénario de super production, est que ces réformes, que nous promet notre président révolutionnaire, vont être menées par le non moins révolutionnaire président du Sénat, qui est lui-même le produit, vous vous en doutez bien, de cette même fraude électorale.
Bouteflika a donc décidé de confier toutes les réformes qu’il envisage, au Président du Sénat Abdelkader Bensalah, l’un des produits phares du régime.
Un FLN pure laine. De ceux qui ont tété à la bête.
Il est vrai qu’il a le privilège d’appartenir à une famille originaire du même village natal que la famille de son pote Bouteflika.
Ce critère est d’une importance capitale, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, puisque c’est le sésame qui a permis à plusieurs « pays » d’être nommés à des postes clés, et de puiser sans compter dans les caisses de l’Etat algérien. Il faut savoir, en effet, que les gens issus de ce même village, ou plus précisément de lieux-dits, disséminés dans une petite vallée au coeur des monts qui surplombent Nedroma, sont très solidaires les uns avec les autres. ils ont développé, depuis que leurs familles s’étaient réfugiés au Maroc, une sorte de sentiment d’appartenance à une même diaspora. Ils continuent de fonctionner sur ce mode.
Tout le monde aura remarqué que la plupart des très proches collaborateurs de Bouteflika ont été choisis sur ce seul critère. Ils ne sont pas originaires de Tlemcen, comme on le croit généralement, même si certains parmi eux y sont nés, mais de bourgades montagneuses près de Nedroma, et plus précisément des douars Djeballa, Dar Amar et d’autres lieux-dits.
Ces populations, dont certaines qui étaient restées berbérophones jusque dans les années 50, étaient quelque peu méprisées par les Nedromis de souche, qui se considéraient comme de purs Andalous, contrairement aux ‘Baïls. (Comme leurs ancêtres andalous, Les Nedromiens de souche ne disent pas Kbaïls, mais ‘baïls. Ils ne disent pas Karmous, mais ‘armous. Le « k » est toujours victime d’aphérèse.)
Il faut reconnaître à ces populations, qu’elles ont massivement rallié la révolution algérienne, et qu’elles ont particulièrement souffert de la répression coloniale. C’est cela qui les incita à émigrer massivement au Maroc voisin, et plus particulièrement à Oujda. Dans cette ville où de nombreux de leurs compatriotes du bled les avaient précédés, certains depuis des décennies.
Ce flux migratoire, survenu dans les années 50, fut tellement important qu’il entraîna celui d’autres populations cousines, y compris parmi celles qui s’étaient installées à Nedroma et Tlemcen. Curieusement, les enfants de ces familles qui avaient trouvé refuge au Maroc, en des époques différentes, et qui sont devenus aujourd’hui les maîtres de l’Algérie, se sont montrés particulièrement ingrats à l’endroit de ce pays frère qui leur avait toujours ouvert les bras, en des moments tragiques. Nombreux parmi ces réfugiés avaient opté pour la nationalité marocaine, et se firent délivrer des passeports marocains, comme un certain Abdelaziz Bouteflika, Abdelkader Bensalah, Chakib Khalil, et tant d’autres. Pratique tout à fait honorable, devons-nous préciser néanmoins, puisque les Marocains et les Algériens sont frères. Du moins jusqu’à ce que certains gourous nous montent les uns contre les autres. Mais enfin…
Cette digression était nécessaire, pour tenter de comprendre ces ressorts secrets qui agitent ces gens qui sont devenus les maîtres de tout un pays, par la combinaison de circonstances et de retournements parfois ahurissants. Pendant la révolution, ils ont toujours su s’agglomérer autour des Clans les plus forts. Ils furent très présents au MALG, par exemple. Ils surent s’incruster dans des positions enviables, partout où la force s’imposait, quitte à être les premiers à déserter, lorsque le clan de prédilection faiblissait ou tombait en disgrâce. Ils réussirent à faire envoyer plusieurs des leurs faire des études poussées au Maroc et dans des universités étrangères, avant et après l’indépendance. Après l’indépendance, leurs enfants furent parmi les plus nombreux à bénéficier de bourses pour des études à l’étranger. Chacun des leurs, lorsqu’il parvint à un siège de « haute dignité » a systématiquement hissé de nombreux autres « pays » à des situations privilégiées. Systématiquement.
Voici comment ils fonctionnent. Même lorsqu’ils croient agir, dans leur intime conviction, pour le seul intérêt de la nation, c’est toujours dans une logique de diaspora et d’esprit du clan qu’ils se meuvent. Comme pour toutes les communautés qui ont été contraintes de s’expatrier, et qui reviennent en vainqueurs vindicatifs au pays d’où elles ont été chassées.

C’est ce que nous devrions tous faire. Mais à un niveau beaucoup plus vaste, qui englobe tout le pays. Puisque, d’une certaine manière, une clique a pris possession de notre patrie, et qu’elle l’a confisqué pour son seul profit. Ne sommes nous pas devenus, nous aussi, nous tous, des « ghorbas » dans notre propre pays ?

D.Benchenouf


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6 Commentaires sur cet article

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  • amoramus
    9 mai 2011 at 11 h 26 min - Reply

    Cette pratique est devenue une distinction idéologique et un mode de gouvernance propre a la marabunta qui dirige l’Algérie, les meilleurs cas d’études sont á exploiter au niveau des ministères des AE , de la santé, et du travail surtout ou on assiste ces jours-ci á des croisades djebailites et messirdites sans précédant.




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  • Salah Bouzid
    9 mai 2011 at 15 h 50 min - Reply

    Le dicton dit bien « Poursuivez le menteur jusqu’à la porte de sa maison ».

    Après que tous les constats, diagnotisques et analyses ont été discutés en long et en large depuis un bon bout de temps et par tout le monde, le régime avance son agenda sans grande surprise.

    L’incapacité de l’opposition d’établir un plan d’action sérieux se manifeste dans les appels de certaines figures de cette opposition en direction des chefs de l’armée pour prendre des décisions, alors que nous devons savoir tous que l’agenda du régime se fait en coordination avec l’armée, pour ne pas dire que c’est au sein de l’armée que l’agenda du régime est préparé.

    La responsabilité de l’opposition est maintenant d’entrer sur la scène politique et démontrer:
    – qu’elle a des propositions de réformes plus adaptées aux exigences de l’heure que les partis du pouvoir;
    – qu’elle possède une plus grande assise populaire.

    Ces objectifs ne peuvent être atteints que si un grand effort rassembleur est entrepris par les hommes de cette opposition. Le génie de Abane Ramdane était de pouvoir rallier au FLN la majorité des forces nationales. C’est cet esprit rassembleur qui devra être retrouvé et réanimé. Le FCN, les CNCD, l’ANC et autres formations politiques qui se reconnaissent dans ce camp doivent d’abord se rencontrer, discuter et essayer d’applanir leur differences et évacuer certains préjugés et suspicions (chuchotements).

    C’est le premier pas à prendre avec de bonnes intentions. Il y aura beaucoup de travail et le plus dur sera dans le détail. Mais il faut d’abord démarrer quelque part.




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  • grid
    10 mai 2011 at 12 h 06 min - Reply

    A l’attention de D.Benchenouf :Il ne s’agit pas d’apocope mais d’aphérèse !!!

    DB: Vous avez raison. J’ai corrigé. Je vous remercie.




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  • djebli
    14 mai 2011 at 14 h 42 min - Reply

    MR BENCHENTOUF
    Je ne sais quel mobile vous a pousse à accabler la pauvre commune de djebala de tout les malheurs de l Algérie
    j’ose espérer que ceci est du à votre méconnaissance de la réalité et de l’histoire de la
    région et donc de l’Algerie
    Sachez que:
    1;bouteflika et bensalah ne sont pas originaires de djebala
    2:djebala ne compte aucun ministre et à ma connaissance cadre de la Nation et aucun Général
    3;La population de Djebala est bien d’origine Amazigh au même titre que la majorité de la population algérienne elle a été arabisée et a donc adopté l’arabe bien avant l’avènement des turcs
    pour le reste(diaspora,clanisme,centres de pouvoir etc,,) je vous invite à visiter cette commune et vous y verrez la désolation et et les stigmates du colonialisme ruines des douars entiers dynamités,forteresses ayant servi de camps de concentration et montagnes sans leurs forets
    Je vous invite au nom de l’honnêteté intellectuelle à revoir votre copie et à exprimer vos excuses à cette population martyrisée pendant la révolution et après l’indépendance

    DB/ Donc, selon vous, il suffit juste qu’un obscur anonyme m’enjoigne de revoir ma copie, pour que je m’exécute illico presto ?




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  • djebli 2
    18 mai 2011 at 13 h 40 min - Reply

    je rejoins le commentaire de djebli puisque vous accablez à tort cette région de notre pays.je suis originaire de Nedroma et je connais toute la région.je vous y invite et je suis certain que vous changerez d’avis quand vous la verrez;elle est vraiment dans la désolation.




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  • Lafendi
    20 mai 2011 at 21 h 34 min - Reply

    Des propos infondés, prouvant l’ignorance de cette région et des gens de Djeballa. Je suis originaire de Tlemcen et j’ai des amis de Djeballa; cette région, où la désolation règne jusqu’à ce jour, contrairement à ce que vous avancez, Djeballa ne compte aucun ministre dans le gouvernement. Nous venons de lire dernièrement que Bensalah était de parents marocains tout comme Benbella. Alors comment voulez vous qu’ils soient de Djeballa. Le président dont vous avez élu est né au Maroc; il a grandi au Maroc; il a étudié au Maroc et il a joint l’ALN depuis le Maroc. Quant à ses parents, son père, Que Dieu aie son âme, était de Trara et était propriétaire terrien; par contre sa mère, elle était de Sidi Daoudi qui se trouve à l’est D’Agadir (Pomaria) puisque son oncle état un petit fellah. Pour les autres ministres qui sont de la région, à part Medelci et son adjoint, les autres sont tous de Msirda, même Tou qui vient de Sidi Bel Abbès est msirdi. Moi, à votre place je dénoncerai le groupe d’Oujda tout comme celui de Tunis. Dans ce groupe d’Oujda il n’y a pas eu seulement ces gens, mais aussi les Boumédienne, Bouçouf et les autres, je n’ai nullement l’intention de m’étaler dessus par respect aux historiens. Ce qu’on appelle dans les livres d’histoires le groupe de Tlemcen, qui depuis la fameuse Villa Rivaud on a renversé la balance. Pour plus d’information, je vous prie de vous référer au livre de feu Y Benkhedda, que Dieu lui accorde sa miséricorde, « Les origines du 1er Novemebre ». Raymond Aron, qui était un imminent professeur de sciences politiques à la Sorbone, nous a fait connaître qu’il y avait trois types de régime: le régime monarchique où le pouvoir souverain appartient à un seul, le régime oligarchique où le pouvoir souverain appartient à plusieurs ( le groupe d’Oujda ou celui de Tunis) et le régime démocratique, dont nous rêvons tous et où on ne doit plus prôner l’interdit, où le pouvoir souverain appartient à tous les citoyens. Nous avons été toujours gouverné par une oligarchie; une fois par celle de l’ouest (Oujda) et une fois par celle de l »Est (Tunis). A mon avis, dans ce gouvernement il n’y a pas seulement les gens de l’ouest et si vous faites un décompte vous allez vous en apercevoir qu’ils ne représente que 37% de l’effectif. Je ne defends nullement ce pouvoir, mais je veux seulement porter une correction.
    Avec tous mes respects.
    Hammi.




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