Édition du
26 July 2017

L’Histoire et les poussières

Fayçal Métaoui

El Watan, 8 mai 2011

L’Histoire s’est invitée, cette semaine, avec fracas dans le semblant de débat politique en Algérie. Des acteurs de la guerre de Libération nationale animent (entretiennent) une polémique sur leurs propres itinéraires dans l’engagement militant contre le colonialisme français. Yacef Saâdi et Louisette Ighilahriz s’accusent mutuellement. Des deux côtés, on parle de «zones d’ombre». «Sois un homme, Yacef ! Ne te cache pas, sors et viens en face de moi», a lancé Louisette Ighilahriz. Le nom de Zohra Drif-Bitat est cité pour la première fois. Elle aurait, selon Louisette Ighilahriz, livré, sous la torture, des noms et des lieux sur les combattants du FLN. Fettouma Ouzegane n’a pas manqué «d’enfoncer» Yacef Saâdi en l’accusant de n’avoir été «qu’un portier» durant la Bataille d’Alger.

Alger où, d’après Louisette Ighilahriz, le général Schmidt, celui qui a travaillé sous les ordres du général Massu dans les années 1950, a encore… ses hommes. Des petits exemples qui prouvent que rien, ou presque rien, n’a encore été écrit sur «la Révolution» d’avant et d’après 1954. L’Histoire en Algérie, après bientôt cinquante ans d’indépendance, est toujours officielle, à sens unique. Une histoire qui a fabriqué des costumes de héros à des hommes qui n’étaient qu’en marge du combat libérateur, et qui a voulu effacer les noms de véritables militants de la mémoire collective.

L’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) n’a fait aucun effort réel pour écrire l’histoire et dire la vérité aux jeunes sur la contribution des uns et des autres à la guerre de libération. L’ONM, qui a perdu son poids moral, est complètement effacée. Elle continue de servir d’appui relais au pouvoir sans vouloir se «libérer» et se mettre au service de la société. Les massacres du 8 Mai 1945 sont toujours évoqués de la même manière, folklorique et superficielle, sans débat sur la responsabilité et la culpabilité de ceux qui avaient ordonné de tuer en masse des Algériens sortis manifester pour l’indépendance du pays. Mohamed Cherif Abbès, ministre des Moudjahidine, a déclaré hier que les massacres du 8 Mai 1945 étaient «des crimes contre l’humanité au sens juridique du terme». Une suite à ce constat ? Rien ! Idem pour le dossier des essais nucléaires français dans le Sahara algérien après 1962.

Va-t-on un jour aborder la responsabilité du colonel Houari Boumediène dans la poursuite de ces tests atomiques en tant que chef de l’Etat ? Louisette Ighilahriz a mené seule son combat judiciaire contre ses tortionnaires devant les tribunaux français. Elle a eu l’appui d’esprits libres en Algérie et en France. Aucun soutien de l’Etat algérien. Un Etat qui, de temps à autre, évoque «la nécessité» faite à la France de présenter ses excuses sur les crimes coloniaux. Désormais, il n’y a aucun crédit à accorder à ce genre de demandes dont l’objectif est de soulever des poussières pour brouiller les pistes. L’historien Mohamed El Korso a entièrement raison de dire que l’Algérie officielle «tourne le dos à son Histoire». Toute la question est de savoir  pourquoi. Lorsqu’il sera mis fin à l’utilisation politicienne et l’exploitation idéologique de ce qui est appelé «la légitimité historique», les Algériens commenceront à avoir des réponses précises.




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8 Commentaires sur cet article

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  • nomade
    8 mai 2011 at 21 h 35 min - Reply

    celui qui cherchera la verite aura le meme sort que
    mr MELLOUK .




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  • dilmi kouraiche
    9 mai 2011 at 15 h 59 min - Reply

    Salutations à toute et a tous.
    Cette histoire va donner plus de preuves concernant la facture que le peuple algérien a payé pendant la tragédie national a cause de leurs trahison de la nation……???

    Bon courage facyçal métaoui.




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  • IDIR
    9 mai 2011 at 22 h 27 min - Reply
  • ramdani belaid
    10 mai 2011 at 13 h 45 min - Reply

    Officiellement le colonel n’a pas autorisé les Français à poursuivre les essais chimiques dans le Sud-ouest Algérien. Lorsqu’un ancien responsable Français (Tricot si j’ai bonne mémoire) avait révélé que l’accord était reconduit jusqu’à l’arrivée de Bendjedid qui mit un terme à ces essais, tout le monde a crié au scandale. Les démentis fusaient de tous les côtés. Al Watan de Fayçal Metaoui s’était montré outré par de tels propos. Il était indigné par la gravité de cette déclaration et s’était posé des questions sur l’opportunité de cette révélation.
    Fayçal Metaoui nous apprend dans son texte que le colonel avait autorisé la poursuite des essais ATOMIQUES et pas de simples essais chimiques. C’est gravissime. On s’étonne maintenant du nombre très élevé des cancéreux dans notre pays. Rapporté à la population leur nombre serait parmi les plus élevé au monde. Le vent de sable que crée de temps à autre Belkhadem servirait-il à maquiller cette infamie ?




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  • ramdani belaid
    10 mai 2011 at 16 h 12 min - Reply

    Après vérification il s’agissait de Pierre Messmer et non pas de Bernard Tricot.Son témoignage accordé à Vincent Jauvert, journaliste au nouvel obs, a été repris par jijel.info.




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  • salay
    10 mai 2011 at 23 h 27 min - Reply

    Beaucoup d’idées fusent dans cet échange sur les polémiques et différends entre des hommes et des femmes qui ont eu à lutter, mourir, souffrir… pour que leur pays retrouve une place dans le concert des Nations. Le colonialisme et sa barbarie sont illustrés, on ne peut mieux, par cette femme attachée à un camion militaire et qu’une grosse bête inhumaine surveille habillé de son barda, de ses armes, de son arrogance animale. Dommage que malgré cette scène, certains « Algeriens » portent des jugements de valeurs sur des acteurs décédés ou encore vivants (Algériens) et discutent de missions de l’ex-puissance coloniale.
    PS: Il serait plus judicieux en ces jours de visites de charniers de Guelma, Sétif, Kerrata…perpétrés par les bêtes inhumaines contre des populations désarmées et décharnées de nous dire qui est cette femme. Surement, une héroïne que des lâches ont cru avilir…




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  • still
    12 mai 2011 at 19 h 11 min - Reply

    J’ai l’impression que les accords d’Evian ont servi de protocole de transfert d’héritage .Ainsi, le patrimoine national : mobilier, immobilier et serviteurs ont passé de la main d’un vrai colon a celle d’un faux tuteur (pour ne pas dire de la main droite a la main gauche) .Emancipé d’une véritable exaction, le peuple « jouit » d’ une fausse liberté.
    La première étape dans la solution d’un problème est d’identifier ce dernier et de le circonscrire. Or, nous ne disposons que de fausses données : faux acteurs, faux projets d’émancipation, fausses déclarations, fausses intentions …qui mènent inéluctablement a de faux résultats.
    Comble de malchance pour ceux qui mènent la deuxième révolution, le VRAI ou ce qui en reste, s’est dilué dans le faux. Or, quand le miel se mêle au fiel la saveur de ce dernier gâte celle du premier.




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  • zaftoualaft
    21 mai 2011 at 16 h 53 min - Reply

    Les politiques de 1962 n’avaient pas assez de courage pour continuer le combat; les wilayas 4 et 3 et la ZAA ont scandé 7 ans barakate,et l’armée des frontières se préparait à lancer l’assaut pour conquérir la citadelle. Aujourd’hui nous en subissons les effets. Ce qui est arrivé est arrivé, il faut se solidariser pour préparer l’avenir.




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