Édition du
26 July 2017

Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi et la Révolution

Nadjib Achour

Successeur du Cheikh Ibn Badis à la tête de l’Association des Oulémas, le Cheikh Bachir El Ibrahimi incarna avant tout la fidélité à l’héritage et à l’idéal badisien. Il poursuivit l’œuvre du défunt et sous son égide, les Oulémas initièrent une seconde révolution islahiste qui se matérialisa par la multiplication des médersas, la fondation de l’Institut Ibn Badis et le foisonnement d’une vie culturelle de langue arabe qui n’était jusque là que balbutiante. Le Cheikh Ibrahimi s’il fut l’homme de la continuité n’en fut pas moins celui du changement ; beaucoup plus porté que son prédécesseur sur la chose politique, il fit de la doctrine islahiste, une véritable idéologie nationaliste dont les soubassements organiques, l’Islam et l’arabisme,  constituèrent ce fameux levain nécessaire à la renaissance du peuple algérien et à son combat pour l’indépendance.

L’année 1951 fut un tournant, le Cheikh El Ibrahimi partit pour l’Orient arabe,  multiplia les voyages où il popularisa et fit connaître le combat que menait depuis sa fondation, l’Association des Oulémas. Installé au Caire, devenu suite à la révolution des Officiers libres de Juillet 1952, la capitale d’un monde arabe  en pleine effervescence ; le Cheikh El Ibrahimi y côtoya de nombreux cadres des  mouvements  nationalistes  arabes et  fréquenta aussi les principaux dirigeants des Frères-Musulmans.

Lorsque  cet article du Cheikh El Ibrahimi fut publié dans la revue égyptienne  El Hillal le 1er janvier 1957, l’Algérie était alors en pleine révolution. Les Oulémas qui au début de l’année 1956 avaient rallié officiellement le FLN, faisaient désormais partie intégrante des structures organisationnelles du mouvement révolutionnaire et ce à tous les échelons. Le Cheikh El Ibrahimi,  en dépit des manœuvres du pouvoir nassérien qui tenta de le marginaliser en raison d’une proximité ostentatoire avec le mouvement des Frères-Musulmans alors violement réprimés, continua à mener ses activités d’habile propagandiste visant à soutenir l’Algérie combattante.

Le Cheikh El Ibrahimi rompit très tôt le silence de l’Association des Oulémas, il rédigea le 15 novembre 1954 avec le Cheikh Foudil El Ourtilani «  un appel au peuple Algérien combattant »[1]. Fin 1954, il s illustra lors d’une réunion organisée le 22 décembre au siège de l’Association de la Jeunesse Musulmane avec pour thématique l’Algérie en révolte[2].  Il accusa la France « de ployer la population musulmane d’Algérie sous un joug de misère, de maladie, d’ignorance, de haine, et de tortures »[3], puis il dénonça les tentatives de christianisation du peuple algérien par le biais de missionnaires fanatiques[4]. Il exalta « la sainte lutte de l’Algérie arabe »  et déclara que «  la révolte ne s’arrose pas avec de l’eau, mais avec du sang ; son fruit c’est la liberté »[5].

 

Intervenant régulièrement sur les ondes de la « Voix des Arabes » (Sawt El Arab), le Cheikh El Ibrahimi au courant de l’année 1955,  louait déjà le combat des Moudjahidines du FLN  en ces termes :

« Cette révolte sublime déclenchée en Algérie contre l’abject colonialisme français, cet impérialisme qui est le plus ignominieux et le plus odieux des impérialismes existant sur la face du globe ; cette injure jetée à la face du monde. Cet impérialisme a sucé le sang de l’Algérie, il a dépouillé ce pays, lui a coupé les ailes et a réduit à l’esclavage ses enfants. Ceux-ci fatigués d’employés dans leur lutte des méthodes pacifiques : la logique que l’impérialisme ne comprend pas, le bon sens qu’il ne connait pas ; acculés à la dernière extrémité  ils se sont soulevés, bravant la mort pour pouvoir enfin vivre et opposant la foi inébranlable à la force matérielle. Ils se sont soulevés pour lutter à un contre mille […] Les Algériens ont eu  recours en définitive à l’épée, cet arbitre juste et impartial. Ils ont commencé à agir au début de cette année ; cette activité ne peut que s’accroître de jour en jour et l’année prochaine connaîtra une plus grande intensité. Ils établiront une fois pour toute que l’Algérie est une partie intégrante de la patrie arabe et non une province française »[6].

Ce fut d’ailleurs, l’essentiel du propos qu’il développa dans cet article, traduit par les services de l’armée française[7], et dont la finalité était de restituer dans sa plénitude, la place de l’Association des Oulémas dans le combat contre le colonialisme français. Le Cheikh El Ibrahimi rappela la doxa sur laquelle reposait le système colonial qui privait l’Algérien de l’exercice de sa religion et de sa langue, et la lutte ne fut finalement possible que grâce à cette réappropriation de sa culture arabo-islamique et de son histoire par la jeunesse algérienne dans les écoles même des Oulémas. Le Cheikh El Ibrahimi préconisait un arabisme de combat  dont la finalité ne pouvait être qu’unitaire scellant définitivement  les destinées du Maghreb et du Machreq. Cette perspective unitaire demeurait la seule option  pour ainsi mettre en déroute les manœuvres du colonialisme français au Maghreb.

 


[1] « Nida ila cha3b el djeza’iri el moudjahid » in Fi Qalbi El Ma’arakat, Dar El Houma, Alger, 2007

[2] FR CAOM 93/4257. Rapport du SLNA du Gouvernement Général de l’Algérie. Bulletin mensuel des questions islamiques daté de janvier 1955.

[3] FR CAOM 93/4257. Rapport du SLNA du Gouvernement Général de l’Algérie. Bulletin mensuel des questions islamiques daté de janvier 1955.

[4] FR CAOM 93/4257. Rapport du SLNA du Gouvernement Général de l’Algérie. Bulletin mensuel des questions islamiques daté de janvier 1955.

[5] Il exalta « la sainte lutte de l’Algérie arabe »  et déclara que «  la révolte ne s’arrose

[6] FR CAOM 93/4257. Allocution du Cheikh El Ibrahimi  « Les réalisations du monde musulman en un an »  à la radio « La Voix des Arabes » le 22 mai 1955 à 18h45.

[7] FR CAOM 93/4257.  Note de renseignement de l’Etat-major 2ème bureau, corps d’armée de Constantine, 10ème région militaire daté du 2 mai 1957.


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17 Commentaires sur cet article

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  • dilmi kouraiche
    16 mai 2011 at 17 h 52 min - Reply

    Salam alaikoum.

    Allah yarham cheikh abdelhamid ibn badis wa cheikh elbachir el ibrahimi avec cheikh el foudil el ourtilani ,ils resteront toujours vivants dans l’histoire algérienne comme les guides de la nation pour l’indépendance et la justice sociale de eldjazair.




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  • شمس الدين
    16 mai 2011 at 18 h 40 min - Reply

    الله يرحم الشيخ البشير الإبراهيمي
    رجل من رجال الجزائر الأحرار




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  • zaftoualaft
    16 mai 2011 at 19 h 13 min - Reply

    On rapporte que Ben Bella fut interpellé, quand il prit le pouvoir en 1963, le Cheikh EL IBARAHIMI qui lui dit : pourquoi vous vous écartez des principes de l’Islam, pourtant le combat de la Révolution a été porté par un discours religieux : djihad, moudjahid, etc. Ben Bella répondit : c’était pour vous amuser un peu.
    Ben Bella djabena lebla




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  • fateh
    17 mai 2011 at 11 h 03 min - Reply

    ALLAH YARHAM CHOUYOUKH ALJAM3IA…

    Il me semble que si ben bella et par la suite le criminel boukharouba n’avaient pas interdit la JAM3IA jamais la decennie noire n’aurait vu le jour. En effet la mise en place d’une ideologie contraire a nos valeurs morales et religieuses n’a fait que detourner le peuple ALGERIEN de toute volonte de travailler dans le sens que voulait les differents pouvoirs depuis 1962….
    lA jam3iat al 3oulama aurait servi de support pour developper le savoir religieux par la formation de 3OULEMA soit en Engypte ou au HIJAZ…et meme en ALGERIE… Cette institution qui a donne tant de SAVANTS ALGERIENS DE RENOMMEE INTERNATIONALE DANS LE MONDE MUSULMAN nous aurait ete plus benefique et surtout jamais le malefique DRS n’aurait pu transformer un vendeur de JAJ ou un TOLLIER A ETRE emir ou un predicateur..et encore moins des gens de HIJRA OUA TAKFIR avoir pignon sur rue….
    Le malheur c’est que non seulement les socialo-communistes responsables du desastre nationale non jamais eu d’aura en dehors de nos frontieres mais aussi a l’interieur du pays et j’en connais beaucoup parmi eux qui sont de hauts responsables en defendant le libre marche et la dictature militaire …




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  • HAMMANA
    17 mai 2011 at 16 h 16 min - Reply

    A Mr FATEH
    Si tous les algériens raisonnent avec cette lucidité,on aurait pris des siècles d’avance sur nos voisins arabes.En effet,notre problème n’est pas avec la DRS mais plutot avec ceux qui lui servent d’outils de propagande.Et qu’on sait qu’ils se comptent par centaines de milliers,on comprend l’ampleur du désastre national.Jamais un tyran ne sévit seul s’il ne bénéficie pas de tant de larbins.Et voilà ou finit une société qui méprise ses oulémas et ses savants.




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  • aquerado
    17 mai 2011 at 21 h 23 min - Reply

    Salam,
    Allah y rahmek ya cheikh El Ibrahimi. On peut remarque dans ce texte si j’extrapole, un file conducteur qui se degage au travers de l’arrivee au pouvoir non fortuite du colonel nasser, de celle du colonel boumedienne et du colonel kadafi je peux meme rajouter ben bella car il a joue le role « d’entremetteuse ». Ce triumvirat sense arracher le monde arabe de sa situation catastrophique n’a jamais cause autant de mal a celui ci, dans toute son histoire. A croire qu’ils avaient des ames de sionistes travaillant a batir l’etat Israelien. nasser participa meme au congre nazi de 1936 a Nuremberg pour vous dire comment kafez il etait! Vous voyez, vous les arabes a quelle sauce vous vous etes fait manges a moins que vous ne soyez sado-maso?. Continuez a avaler des couleuvres pendant qu’on vous fourrait au panarabisme ou poussait a adorer ce genre de personnage ubuesque et megalomane. La Tunisie et l’Egypte ont compris leurs douleurs et on employe la methode du laxatif soft mais non moins radicale, sans pour autant avoir les effets secondaires d’une guerre civile comparee a la Libye. Le temps est au changement radical si nous voulons avoir un avenir radieux pour nos enfants. Faites ce grand effort interieur afin de chasser cette ignorance qui vous mine l’esprit et vous pousse a vous conduire quelque fois comme des animaux. A bon entendeur salut.




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  • ahmed
    18 mai 2011 at 22 h 24 min - Reply

    Il n y a pas de changement sans bilan fait d’une façon équitable loin de toute pensée dogmatique .Notre pays vit depuis 62 sous une autorité qui refuse le moindre débat . Notre peuple,n’a aucune institution sérieuse qui lui permet de demander à ses dirigeants des comptes . Notre histoire est rédigée par ceux qui nous on confisquée notre indépendance et comme toujours,c’est les vainqueurs qui imposent leur version de l’histoire . Les oulamas de benbadis ont faits un travail remarquable avant et après l’indépendance . Leur travail a été récupéré à des fins politiques à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Je propose si vous voulez bien qu’on aborde l’histoire du pays à ses différentes étapes sans dogmatisme et sans complaisance .
    CORDIALEMENT




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  • guerra
    19 mai 2011 at 22 h 30 min - Reply

    Un immense portrait de l’Emir Abd el Kader dans la maison de Cheikh Mohamed Bachir Ibrahimi, c’est l’image dominante que je conserve de la première rencontre avec le cheikh, en 1944, lorsque, après mon essai sur LA CONTRIBUTION DE LA CIVILISATION ARABO-ISLAMIQUE A LA CULTURE UNIVERSELLE, il me reçut chez lui

    J’étais accompagné d’Amar Ouzegane, futur ministre de l’agriculture de l’Algérie libérée, et avec qui j’avais vécu près de trois années de prison et de camp de concentration.
    Abd el Kader était à la fois le symbole et l’exemple de la vie, religieuse et militante, de Cheikh Ibrahimi. Il nous montra, ce jour-là, la continuité de la lutte menée, depuis 1830, par le peuple algérien, contre la menace de dépersonnalisation, de perte de son identité, que faisait peser sur lui, depuis plus d’un siècle, l’invasion colonialiste française, et aussi la perversion de l’Islam par le maraboutisme, qui collaborait d’ailleurs avec l’occupant.
    Contre la dégradation du soufisme par le maraboutisme, professant à la fois une évasion de la vie quotidienne par une obsession morbide de la vie future, et par un faux mysticisme, « qui place la perfection dans le non-désir de la vie terrestre » comme écrivait le Cheikh Ben Badis, l’Emir Abdelkader disciple d’Ibn Arabi (le « Cheikh el Akbar »), sut lier , selon la plus haute tradition islamique, la foi et la politique. Le moment mystique était, pour lui, celui du « recentrement » sur Dieu. Son action, comme chef de guerre et homme d’Etat, était l’expression de sa foi et de sa spiritualité pour modeler le monde selon la « guidance » de Dieu.
    Ce sont là les deux pôles de la vie, indivisiblement religieuse et politique.
    Cheikh Ibrahimi fut, avec Cheikh Ben Badis, le continuateur, pour la rénovation de l’Algérie, de l’œuvre réformatrice entreprise en Egypte par El Afghani, Mohamed Abdou, Rachid Reda, qui mourut en 1935. Cette œuvre était à la fois novatrice du point de vue religieux, politique et culturel.
    Faisant l’éloge de l’interprétation du Coran par Mohamed Abdou, grand Cheikh d’El Azhar, Cheikh Ibrahimi ajoutait : « Rachid Reda a ouvert aux savants la voie de l’exégète coranique… Après lui, la maîtrise de l’exégèse coranique pour le monde musulman tout entier, passa à Abd al Hamid Ben Badis le promoteur de la renaissance intellectuelle réformiste en Algérie, et même en Afrique du Nord. »
    Cheikh Ibrahimi fut, avec Cheikh Ben Badis, l’âme d’une véritable « révolution culturelle » en Algérie, qui rendit possible la libération du peuple algérien, en 1962, de cent trente ans d’aliénation, et la reconquête de son identité arabo-islamique pour laquelle son peuple n’a jamais cessé de lutter de la résistance d’Abd el Kader, aux insurrections de Cheikh Bouamama et d’El Mokrani, jusqu’au soulèvement de 1954 et à la victoire libératrice de 1962.
    La tâche des réformateurs était immense.
    Cheikh Ibrahimi rappelle qu’en 1913, à Médine, au cours de ses veillées avec Cheikh Ben Badis, qui ne se terminaient qu’avec la prière du matin, a commencé à germer l’idée de l « Association des Oulémas », qui ne devait voir le jour qu’en 1931.
    Ils refusaient à la fois les idées de Zya Gokalp, en Turquie, mises en pratique, quelques années plus tard, par Mustapha Kemal, qui, confondant « modernisation » avec « occidentalisation », faisaient perdre à l’Islam son âme par une imitation mécanique de l’Occident, et le conservatisme aveugle de ceux, qui entrant dans l’avenir à reculons, ne lisaient le Coran qu’avec les yeux des morts. Le programme officiel de la Zitouna, jusqu’en 1912, ne comportait exclusivement que les commentaires du Coran d’Al Baydawi (mort en 1316) et des Galalayn (dont l’un mourut en 1459, et l’autre, son disciple, 1505).
    Quel que soit le respect que l’on puisse porter à ces grands exégètes du passé, il est grave de croire que la pensée créatrice de l’Islam se soit arrêtée avec eux, et que cette tradition médiévale puisse apporter réponse aux problèmes de notre temps. D’autant plus que le « Statut organique » de la Zitouna sacralisait ce dogmatisme. Il y était expressément stipulé : « Nul ne pourra se livrer à l’examen des principes que les savants se sont transmis d’âge en âge, et qui sont acquis la science. »
    Cheikh Ben Badis et Cheikh Ibrahimi ont eu à combattre ce double fléau : l’imitation servile de l’Occident, et l’imitation servile du passé.
    Cheikh Ibrahimi écrivait que le pire défaut de ceux qui adoptent la culture occidentale « c’est une ignorance totale des vérités de l’Islam, et que le pire défaut de ceux qui se réclament de la culture islamique est une ignorance totale des problèmes et des exigences de notre siècle. »
    Dans la perspective islamique, où la foi est inséparable des lois de la communauté, c’est-à-dire de la politique, le problème majeur était de découvrir comment l’Islam pouvait se « moderniser » sans cesser d’être lui-même, c’est-à-dire sans imiter l’Occident.
    La solution préconisée par Cheikh Ben Badis et Cheikh Ibrahimi, dans la voie ouverte en Egypte par Mohamed Abdou et Rachid Reda, mais dans les conditions spécifiques de l’Algérie, directement affrontée au colonialisme, au colonialisme militaire et politique, mais aussi au colonialisme spirituel, c’était de retrouver le dynamisme créateur de l’Islam matinal, celui de la Révélation coranique et de l’exemple du Prophète.
    Il fallait, pour atteindre cet objectif, « décaper » d’une gangue millénaire de ritualisme, de légalisme étroit, de littéralisme, la lecture du Coran et de la Sunna.
    Cette entreprise ne mettait en cause ni l’origine divine du Coran, ni la grandeur de la tradition : elle en retrouvait au contraire la source vivante.
    Cette « Ijtihad » est, comme l’écrivait Mohamed Iqbâ. « le principe de mouvement » en lequel s’exprime la puissance créatrice de l’Islam, et, comme disait Rachid Reda, d’une audacieuse ouverture de cet « Ijtihad », dépend tout l’avenir de l’expansion de l’Islam.
    Il est vrai, que, très tôt, dès les premières crises de l’Empire abbasside, se manifeste un repli frileux qui s’exprime déjà avec Hanbal, et qui marque la fin de la première et fulgurante expansion de l’Islam. Ce fut pire encore, trois siècles plus tard avec les séismes de l’invasion mongole et des croisades. L’on se mit à théoriser, avec El Mawerdi, à partir d’une scolastique livresque, sur le pouvoir de l’empire abbasside en décadence
    L’immense mérite d’El Afghani, de Mohamed Abdou, de rachid Reda, de Cheikh Ben Badis, de Cheikh Ibrahimi, fut de remonter, au-delà des spéculations théologiques, des gloses des arguties juridiques accumulées au long des siècles, jusqu’à la source vivante : la Révélation coranique, et l’exemple du Prophète, et de procéder comme l’avaient fait les grands jurisconsultes, qui avaient travaillé à atteindre, dans des conditions historiques nouvelles, les objectifs éternels que nous assigne la parole divine.
    La Loi ne peut se pétrifier alors que la vie, qu’elle a pour mission de façonner selon le dessein de Dieu, qui a fait de l’homme son Calife, est en perpétuelle métamorphose.
    En face de ce renouveau des Rachid Reda, des Ben Badis, des Bachir Ibrahimi, le grand Mohamed Iqbal écrivait : « Je trouve que la prétention de la présente génération de réformistes musulmans à réinterpréter les principes juridiques fondamentaux à la lumière de leur propre expérience et des éditions différentes de la vie moderne, est parfaitement justifiée. Le Coran enseigne que la vie est un processus de création incessante, ce qui exige que chaque génération, guidée mais non empêchée par l’oeuvre de ses prédécesseurs, ait le doit de résoudre ses propres problèmes. »
    Parce qu’ils ne se sont pas contentés de répéter, dans leur formulation littérale, des décisions prises dans des situations historiques concrètes, mais en ont retrouvé l’esprit et la guidance divine pour atteindre le même but dans des circonstances historiques nouvelles, inédites, Cheikh Ben Badis à Constantine, Cheikh El Oqbi à Alger, Cheikh Ibrahimi à Oran et à Tlemcen, ont éduqué toute une génération qui allait trouver dans cet Islam vivant la force principale de mobilisation libératrice du peuple algérien.
    C’est seulement à la lumière de l’Islam que le problème pouvait être posé dans toute son ampleur : la révolution algérienne ne pouvait pas avoir simplement pour but de remplacer l’équipe colonialiste au pouvoir par des Algériens qui exerceraient ce pouvoir selon les mêmes lois. Il s’agissait de créer une communauté nouvelle, fondée sur des valeurs radicalement différentes de celles qui étaient imposées, depuis cent trente ans par l’occupant : des valeurs spécifiquement islamiques.
    Cette tâche exigeait la transformation des hommes autant que la transformation des structures. A de faux révolutionnaires prétendant tout changer, sauf eux-mêmes, le Coran rappelle « Dieu ne change rien en un peuple avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. » (XIII, II).
    Parce qu’ils étaient pénétrés de cette vérité coranique, les hommes qui créèrent, en 1931, avec Cheikh Ben Badis et Cheikh Ibrahimi, l’Association des Oulémas, mirent au premier plan de leur programme un gigantesque effort d’éducation, à la fois contre l’école dépersonnalisation de l’occupant colonialiste qui tentait de déraciner l’enfant Algérien de la culture arabo-islamique, contre l’obscurantisme maraboutique, si contraire, par ses superstitions et ses « intercessions », à l’esprit de l’Islam (et choyé, pour cette raison, par le pouvoir colonialiste), et contre un enseignement périmé de l’Islam qui le momifiait et le stérilisait par la simple répétition du passé.
    Le problème était d’échapper au double piège d’une intégration aveugle au modèle occidental de croissance et de culture, ou d’un refus global de tout ce qui n’était pas la tradition médiévale.
    Le mérite des réformateurs fut de montrer qu’au lieu d’opposer stérilement science et religion, il était possible de réaliser une intégration critique et sélective des sciences et des techniques de l’Occident, en les subordonnant, comme des moyens, au but de l’Islam.
    La « shari’a », ce mode de vie dominé par le souci d’accomplir le dessein de Dieu, n’implique nullement la sclérose d’une répétition figée des règles qui ont magnifiquement régi la vie de la communauté islamique il y a un millénaire, mais au contraire l’effort créateur pour modeler les sociétés d’aujourd’hui, dans des conditions historiques radicalement nouvelles, qui exigent des initiatives et des méthodes nouvelles, selon le message éternel de l’Islam. En aidant ainsi à « se souvenir de Dieu », et de la signification profonde de la vie et de l’histoire, l’Islam peut apporter à un monde qui meurt, non par manque de moyens mais par absence de but, le sens d’une communauté se consacrant à la réalisation du dessein de Dieu.
    L’occupant ne se trompait pas sur l’importance de ce travail en profondeur : dès le mois de mars 1940, Cheikh Ibrahimi était exilé en résidence surveillée. C’est dans cette situation qu’il fut élu, à la mort de Cheikh Ben Badis, Président de l’Association des Oulémas. Libéré au début de 1943, il crée, en une seule année, soixante-treize médersas dans les villes et les villages, et quatre cents au cours des années suivantes. Arrêté après les massacres perpétrés en 1945 par l’occupant, Cheikh Ibrahimi se remit, dès sa libération, à sa tâche éducative.

    Roger Garaudy
    Extrait de « Biographie du XXème siècle », Editions Tougui, 1985




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  • Ferhane
    20 mai 2011 at 3 h 32 min - Reply

    l’auteur dit: »Le Cheikh El Ibrahimi préconisait un arabisme… »Mais il est important de noter que les Oualamas en adhérant à la charte de la Soummam ont intégré un projet d’indépendance visant à bâtir une Algérie plurielle, une algérie diverse par ses langues, ses cultures et surtout l’acceptation des autres religiona et croyances.Les oulamas ont adhéré à un projet de type démocratique,leur islam est loin de  »ceux qui rejettent les autres en raison du fait qu’ils ne sont pas musulmans,ceux qui sont intolérants,ceux qui sont racistes.Leur islam n’était pas l’enfermement sur soi mais une ouverture vers les autres,il n’étaient pas communautaristes mais universalistes comme l’a professé Malek Bennabi




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  • Youssef Dzire
    20 mai 2011 at 22 h 55 min - Reply

    A Zefoualft
    Ben Bella a mené le djihad en 1962 dans le cadre de l’armée des frontières rentrée du Maroc dirigée par le groupe d’Oujda.Djihad contre la willaya4 et la willaya3.Le djihad a sa manière lui a permis de conquérir le pouvoir.Pensez-vous â une autre type Djihad en ce moment-lâ.Lequel…




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  • HOUARI
    21 mai 2011 at 19 h 40 min - Reply

    L’histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout. le fait que les hommes tirent peu de profit des lecons de l’histoire est la facon la plus importante que l’histoire nous enseigne.
    Que connait-on de notre histoire, de nos eminents cheikhs ( Bouamama, El Ibrahimi, Ibn Khaldoum, Ben Badis….ETC.
    Un systeme qui on a fait d’un peuple un monde acculturer, ignorant, comment et pourquoi lui parler de Cheikh El Ibrahimi ou autre .
    C’est simple desormais l’Algerien connait tout et beaucoups plus sur les Madjer, Belloumi, Khaled, Maatoub, Mami…etc. C’est malheureux mais c’est un constat reel et amere. Ce n’est pas pour rien que le peuple Algerien (ILLA MEN RAHIMA RABBI) ne sait plus sur quelle jambe dancer.
    D’apres vous pourquoi qu’apres 50 ans d’imdependance le peuple Algerien n’arrive pas a concilier Arabité avec Amazighité.
    La connaissance historique ne consiste pas a raconter le passé d’apres les documents ecrits qui nous ont ete par accident conservés, mais sachant ce que nous voulons decouvrir et quels sont les principaux aspects de toute collectivité, a nous mettre en quete de documents qui nous ouvriront l’accés au passé.
    Dans les faits historiques, les pretendus grands hommes, ne sont que des etiquettes qui tout en donnant leur nom a l’evenement, n’ont avec celui-ci aucune espece de lien. Par cvontre les hommes mediocre et menteurs jouent un grand role dans les grands evenements uniquement parcequ’ils se sont trouvés la……………………………
    AllAH YARHAM CHOUYOUKHNA.
    Vive l,Algerie Algerienne.




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  • aquerado
    21 mai 2011 at 22 h 10 min - Reply

    Salam
    Merci guerra pour ce tres beau texte de mr Roger Garaudy qui decrit d’une maniere objective le defi de nos oulamas face a l’hegemonie destructrice d’un empire colonial sans pitie. Nos oulamas ont compris des le depart que l’eduquation du peuple et la protection de nos moeurs et valeurs musulmanes revivifiees a l’aune des bouleversements industriels et technologiques etait la condition sine qua none pour arracher l’Algerie de sa lethargie profonde accentuee par un colonialisme genocidaire. Malheureusement ceux ci ont ete totalement elimines du circuit par les adeptes du panarabisme tel les nasser, kadafi, boumedienne dans le but d’instaurer leur theorie socialisante afin d’acculturer leurs populations et les couper totalement de leur religion et traditions. Ainsi transformes en « Apaches » totalement coupes de leur histoire et leur veritable spiritualite, intoduisant alcools, drogues, prostitutions, et toute la panoplie de la parfaite guerre subversive(ecoles, medias, litteratures, subversifs et totalement pourris) vous en faite une meute malleable a souhait et prete a vous manger dans la main. Politique d’autant plus facile qu’elle s’applique parfaitement a une jeunesse fougueuse avide de vivre comme les autres adolescents de ce monde et conduite a s’autodetruire par manque d’horizon radieux. Mr Garaudy qui s’est battu contre le nazisme et a passe trois ans de sa vie dans un quand de concentration a ete totalement ostracise a l’instar de mr l’ abbe Pierre pour avoir egratigne l’orgueil des sionistes Francais. La France en fait n’echappe pas a cette politique de destruction qui est encore plus effroyable que celle de l’Algerie. Elle est devenue une veritable dictature de la pensee unique comme au temps du stalinisme ou toute allusion critique a la doctrine regnante vous conduit a une mort lente et des souffrances epouvantables sous l’oeil d’un « big brother » qui ne vous rate jamais. Pour les acclimater a leur etat le pouvoir central deverse a longueur de journee des emissions debilisantes, vulgaires et obescenes qui ont transformes la France en veritable sodome et ghomorre comparee a la France sobre et reservee que chantait Charle Trenet dans sa celebre chanson douce France. Lors du dernier evenement concernant dsk j’ai compris dans quel etat lamentable se trouvait la classe politique Francaise qui a depeint sur le peuple devenu des moutons de panurges, triste France.




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  • asma
    22 mai 2011 at 12 h 43 min - Reply

    للامانة اوجه نداء لكل من له شهادة على العلماء المصلحين و الدين كانوا في الحركة الوطنية والمنظمة السرية امثال الشيخ العربي التبسي و الشيخ الحاج بلقاسم زيناي المعروف بالبيضاوي نسبة لمسقط راسه عين البيضاء ولاية ام البواقي الدي قبض عليه بتاريخ 22 ديسمبر 1954 و حكم عليه ب10سنوات سجن و 10سنوات نفي و10 سنوات من حقوقه المدنبة والدي اطلق سراحه من سجن تازولت بعد الا ستقلال الرجاء من له مزيد من الشهادات الا دلاء بها خاصة واننا اليوم نطالب بكتابة التاريخ الحقيقي للحركة الوطنية و الثورة النوفمبرية شكرا لكم سلفا




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  • aquerado
    22 mai 2011 at 15 h 15 min - Reply

    Salam,
    Erratum: lire « camp » de concentration dans mon texte precedent.




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  • Alilou
    22 mai 2011 at 15 h 35 min - Reply

    Vous avez toutes et tous raison, en Algerie il n’y a que la meme gang qui a fait quelque chose pour notre patrie moribande, le reste de l’algerie c’est du garbage, il n’y a que les oulemas arabo-arabe qui ont activé, le reste de l’algerie c’etait la kahina qui dominant ah ya inssane….




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  • guerra
    4 juin 2011 at 12 h 11 min - Reply

    SUR LES OULÉMA ET CHEIKH BACHIR EL IBRAHIMI VOIL0 CE QU’EN DIT benbla in Le Quotidien d’Oran du Samedi 04 juin 2011.// Ben Bella : la parole à géométrie variable //
    Le ton est sarcastique:
    /// Ils n’étaient pas pour la Révolution. Ils nous ont mis les bâtons dans les roues. Ils n’étaient pas pour l’indépendance non plus. El Ibrahimi nous avait fait part d’un plan
    qu’il voulait proposer aux Français. Ce plan prévoyait l’indépendance de l’Algérie pour … 2034. Voilà ce que les Oulémas voulaient pour l’Algérie. C’est pour cela que nous les avons marginalisés. C’est
    Ramdane qui les a réintroduits dans les rouages de la Révolution en nous envoyant Tewfik El Madani, cheikh
    Kheireddine, Abbas Ben Cheikh El Hocine et d’autres pour les utiliser à l’extérieur.///

    Quand CHEIKH AL IBRAHIMI était en prison pour son nationalisme, benbla portait l’uniforme français!




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  • ahmed
    4 juin 2011 at 17 h 32 min - Reply

    Bonjour,

    Cher compatriote Guerra,
    Pour une fois,Benbella,dit vrais . Les Oulamas,dans un premier temps étaient pour une algérie de culture arabo-islamique évoluant au sein de la grande nation qui est la France . C’est peut être choquant mais la vérité est à vérifier si vous consulter les publications des oulamas des années 30 et 40 et mêmes des débuts des années 50 . Un de leur journaux « echiheb »,réclame le droit des algériens à une culture arabo_islamique au sein de la grande France . Les oulamas,ont intégrés l’appel du 1er novembre par la suite…
    N’ayant pas d’idéologie politique,Boumediene a instrumentalisé par la suite les oulamas pour assoir son autorité .
    Par contre ,ces derniers jours,une organisation algérienne qui se fait appeler l’association des oulamas musulmans,s’est mise à copier bêtement les frères musulmans égyptiens en réclamant à ce que l’islam soit la seule source de législation en Algérie!
    Les algériens qui sont des malikites,ont toujours approché l’islam d’une façon tolérante en refusant de s’enfermer dans des considérations dogmatiques . Ne se référer qu’à l’Islam en matière de législation,revient à insulter des millions d’années de civilisation humaine . S’enfermer de la sorte,revient à jeter à la poubelle des expériences aussi riches que les expériences des Pharaons,des grecs,des allemands,japonais,amazighs et autres civilisations .




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