Édition du
24 March 2017

La Tunisie sous le choc de l’affaire Oussama Achouri

In Afrik.com
Onde de choc après les déclarations d’un manifestant qui dit avoir été violé par un agent de police

 

Un jeune manifestant, Oussama Achouri, déclare dans une vidéo publiée sur facebook qu’il a été violé par un agent le 12 mai 2011 après son arrestation. Les tunisiens avaient découvert ce jeune homme de 22 ans dans le journal télévisé du jeudi soir avouant qu’il avait commis des actes de vandalisme sur ordre de Hamma Hammami et Siham ben Sedrine, respectivement secrétaire général du parti communiste POCT et célèbre militante des droits de l’homme.

Dans sa vidéo, Oussama revient sur ses déclarations à la tv nationale et explique qu’il a été obligé de tenir ces propos a la suite d’actes de violence dont le viol subi. Il n’expliquera pas la présence de la caméra ni les circonstances de l’enregistrement. Al jazzera relaye l’info, et dans la foulée le secrétaire d’état à la jeunesse déclare sur sa page officielle avoir lui même emmené Oussama à l’hôpital où un certificat médical lui a été délivré. Puis samedi 14, nouvel émoi, Oussama se serait fait arrêter à nouveau et la communauté du web s’enflamme. Communiqué aussitôt sur la page facebook de la police, Oussama n’a pas été arrêté, il aurait juste été entendu dans le cadre de cette affaire » prise très au sérieux » par le ministère de l’intérieur et il est libre de ses mouvements.

Joint par afrik.com, le syndicat de la police, reste égal à lui même : tout dépassement de la loi, même par un agent sera réprimé, mais de rappeler que tout reste au stade d’allégations tant que cela n’a pas été prouvé. Les investigations seraient en cours et la communication sera transparente et sereine.

Slim amamou, le secrétaire d’état à la jeunesse, confirme les faits indiqués sur son blog, il ne connait pas directement Oussama, c’est un autre blogueur qui l’a joint pour solliciter son aide après avoir constaté le refus d’ausculter Oussama.

Taoufik bouderbala, dit avoir eu connaissance de ce fait d’actualité, mais que ce jeune homme ne s’est pas présenté à sa commission, il est important qu’il vienne exposer son cas pour être pris en charge et permettre toute la lumière sur cette affaire. Il rajoute que le président de la commission a la latitude pour solliciter les hôpitaux pour les expertises en vertu de la circulaire du premier ministre de février 2011.

Bechir Warda, président de l’Observatoire National de la presse, interrogé par afrik.com sur la déontologie des chaines qui ont diffusé des séquences de personnes en détention sans vérification, sans publier de démenti quand la personne est revenue sur ses déclarations, trouve que le procédé est contraire à la déontologie, le travail journalistique a manifestement été bâclé, les conditions d’enregistrement restant floues. Sur les déclarations du jeune Oussama, M. Warda a beaucoup de doutes, il s’interroge notamment sur le fait qu’en tant que victime il n’ait toujours pas porté l’affaire devant la justice. Il rajoute par ailleurs que la haute autorité n’a été saisie d’aucune plainte.

Oussama Achouri, lui, reste jusqu’à ce mercredi matin injoignable, il serait caché par des camarades qui ne précisent pas ce qu’ils craignent. Le plus actif d’entre eux, Naim Jouini, un jeune de 22 ans, fait le relais entre lui, les médias, les avocats, et même la police qui l’a joint alors qu’afrik.com recueillait ses propos. Il enregistre au passage des témoignages sur facebook et donne des précisions sur l’affaire lorsque afrik.com tente de poser les interrogations directement à Oussama : Oussama n’est pas un blogueur, ce serait un manifestant de la kasbah, c’est là qu’ils auraient fait connaissance. Il aurait été arrêté jeudi 12 en début d’après midi lors d’un contrôle d’identité à Tunis. Relâché, il aurait parlé a ses amis du viol qu’il aurait subi par un agent suite à un premier refus de faire des aveux dictés à la tv. L’affaire commence par la publication de la vidéo de Oussama sur facebook. Naim et un autre camarade l’auraient emmené pour effectuer un constat médical, mais ils se seraient heurtés à un refus, sans plus de précision. C’est là qu’ils ont eu l’idée de faire appel à Slim Amamou.

Sur les faits du samedi 14, Naim déclare qu’Oussama aurait été interpellé à la terrasse d’un café alors qu’il était en sa compagnie avec d’autres amis. Il aurait eu un malaise en découvrant son agresseur dans le camion de police. Les agents auraient indiqué qu’ils voulaient entendre Oussama pour lui rendre justice et comprendre ce qui s’était passé. Il aurait été donc entendu dans les locaux de la police judiciaire et on lui aurait montré des pages facebook et un historique internet démontrant un penchant homosexuel, ce qu’il aurait refusé de signer. il sorti libre du poste le jour même et il n’est pas en détention comme le suggèrent les internautes.

Afrik qui est sur l’affaire depuis dimanche n’arrive pas à avoir accès à Oussama, son protecteur ne donne pas de raisons précises, il dit juste avoir mis deux avocats sur l’affaire et indique se méfier beaucoup. Il pointe aussi un manque de soutien logistique et financier, mais refuse l’accès d’un avocat supplémentaire conseillé par afrik.com au dossier et à Oussama.

Oussama est apparu entre temps dans une nouvelle vidéo datant du 15 mai en réponse au communiqué du ministère de l’intérieur, pointant du doigt des incohérences grossières dans leur déclaration, notamment le fait de dire qu’il a été arrêté vendredi alors qu’il s’agit de jeudi, l’intervention tv du jeudi soir au poste, et le certificat médical datant de vendredi faisant foi. Il donne aussi plus de détails sur le viol qu’il aurait subi ; il aurait été immobilisé par un agent corpulent pendant qu’un autre le sodomisait. Ce dernier, lui aurait déjà fait des gestes et allusions obscènes alors qu’il montait les escaliers une heure avant l’agression. Toujours selon Oussama dans sa vidéo, pour Nawat.org, le chef de poste qui nie avoir eu connaissance des faits, aurait admis lors de la 2eme arrestation d’Oussama qu’il savait qu’on l’avait séparé des autres jeunes et qu’on l’avait placé seul dans une pièce. Concernant la présence des caméras, il ne fournit pas d’explication sur les circonstances de leur présence et si elles étaient là depuis le début, on apprendra que NESSMA TV a été la première à recueillir ses propos 1 quart d’heure après le viol et qu’il était en pleurs dans la séquence. Impossible de mettre la main sur cette séquence aujourd’hui, une heure plus tard il fait les déclarations à la tv nationale déterminé, dit-il, à dire ce qu’il faut pour sortir du poste. Autre caméra présente, celle du ministère de l’intérieur qui aurait dépêché une équipe sur place.

Autre apparition de Oussama, au micro de Shems FM et de Mosaïque FM et à au haut comité de réalisation des objectifs de la révolution, le quel comité s’est montré très concerné.

L’émoi est vif sur la toile, le spectre policier refait surface, et déjà, on se divise : Ce jeune qui a déjà tenu des propos sur lesquels il est revenu est-il crédible ? Autre question récurrente, le timing de ces déclarations : le lendemain de l’interview de Baji Kaid Sebsi qui avait désigné sans les nommer des partis politiques derrière les actes de vandalisme.

Mais au delà de ces divisions en pour et contre, la grande question est : les arrestations après le 14 janvier sont elles toutes saines et sereines ? Ceux que la télévision nationale exhibe comme des casseurs et criminels, le sont-ils vraiment ? Comment en être certain, alors que tout le monde est tourné vers les faits précédent le 14 janvier, que les médias versent encore dans le sensationnel et que le ministère de l’intérieur n’a pas encore atteint la phase ou il désigne et se détache publiquement des éléments qui ont mal agi et entaché sa réputation durant et avant la révolution. Le doute est permis et bénéficiera toujours, tant que l’enquête ne s’est pas prononcée, à ceux qui se déclarent victimes de bavures de la part de l’état.

Afrik ne manquera pas de revenir sur l’affaire.

 


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7 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction LQA
    19 mai 2011 at 15 h 34 min - Reply
  • Salah-Eddine SIDHOUM
    19 mai 2011 at 15 h 53 min - Reply

    Cette affaire du jeune tunisien torturé par les reliques de la police politique du Rat fugitif de Carthage m’a rappelé un cas que j’avais vécu durant les années de sang et de larmes, où les criminels du régime algérien utilisaient les mêmes méthodes d' »aveux télévisés » et où d’innocentes victimes de la barbarie des « sauveurs de la démocratie » nous étaient présentées chaque jeudi soir sur Yatima-TV comme de dangereux « terroristes », alors que les véritables terroristes étaient …ailleurs.
    Nous reversons ce témoignage que nous avions personnellement recueilli à l’époque et adressé à l’ONU et aux ONG internationales des Droits de l’Homme.
    ===================================================

    Au soir du 06 avril 1993, alors que j’étais personnellement de garde à l’hôpital Salim Zmirli d’El Harrach, fut ramené par les gendarmes le corps frêle d’une malheureuse jeune fille inanimée, la tête ensanglantée qui venait de recevoir deux balles. Alors qu’elle venait d’être admise au bloc opératoire par mon confrère neurochirurgien de garde, elle rendit l’âme sur la table d’opération. L’ambiance était tendue. Les parents de la victime étaient effondrés par ce drame. Les gendarmes étaient sous tension. L’un d’eux, le doigt crispé sur la gâchette de sa kalashnikov, laissa partir accidentellement un coup de feu en plein couloir des urgences. Heureusement que personne ne se trouvait sur le trajet de la balle perdue.
    Cette malheureuse fille s’appelait Karima Belhadj. Elle travaillait dans l’une des administrations de la police nationale. A son retour du travail, elle fut victime d’un attentat.

    Un homme armé l’attendait dans son quartier des Eucalyptus (El Harrach) pour l’abattre.
    Quelques jours plus tard, un jeudi soir, au journal télévisé de 20h, on nous présenta un groupe de jeunes, le visage oedématié et ecchymotique, faisant des « aveux complets ». Ils « reconnaissaient » avoir assassiné la malheureuse Karima Belhadj. Cela m’avait choqué car je me rappelais du visage de cette innocente victime sur la table d’opération, rendant l’âme.
    Les yeux absents, les visages déformés par les coups de poings, les lèvres tremblantes, ils « récitaient », avec les moindres détails, le scénario de l’opération contre la malheureuse jeune fille.

    Beaucoup de citoyens, incrédules, avaient pris l’habitude de voir et d’entendre ces « aveux » télévisés tristement célèbres de « terroristes » et ce, depuis octobre 1992, date à laquelle un certain Hocine Abderrahim et ses compagnons d’infortune, victimes expiatoires d’une grotesque machination, avaient été présentés à la vindicte populaire, à travers les écrans de la télévision, comme étant les auteurs de l’ignoble attentat de l’aéroport d’Alger commis le 26 août 1992.

    Les images de ces jeunes présentés comme étant les assassins présumés de Karima resteront ancrés dans ma mémoire.
    Plus de huit mois passèrent après la mort de Karima et le passage de ces jeunes à la télévision.
    Le dimanche 3 janvier 1994, je recevais un jeune citoyen de 19 ans, O. Mohamed à ma consultation de chirurgie de la main. Il présentait une paralysie totale de sa main droite avec un sillon cicatriciel de strangulation au niveau du poignet. Les muscles de sa main étaient atrophiques, les doigts rétractés et enraidis. C’était une main totalement inutilisable pour un patient droitier. En plus de cet handicap définitif de la main, il présentait un dos et un abdomen zébrés, séquelles des coups de fouet qu’il avait reçus.

    En l’interrogeant, je fus surpris d’apprendre qu’il s’agissait de séquelles de torture. Il me raconta alors dans les moindres détails sa mésaventure dramatique avec la gendarmerie de Bab Ezzouar qui l’avait arrêté le 11 avril 1993 dans le cadre de «l’enquête » sur l’assassinat de Karima Belhadj et comment il avait été sauvagement torturé dans des casernes de la sécurité militaire et certaines brigades de gendarmerie. Il traîna durant huit mois de caserne en caserne. Il avait été suspendu au plafond durant douze jours par son poignet dans l’un des centres de torture où il avait été séquestré. Au fur et à mesure qu’il relatait ses supplices, je commençais à mettre une étiquette sur son visage et à me remémorer ses « aveux » télévisés passés quelques mois auparavant où il avait raconté à travers l’écran, comment il avait « préparé » et « perpétré » avec ses complices l’attentat. Il m’expliqua alors comment on lui fit apprendre par la contrainte ce qu’il devait réciter devant la caméra. Il  » avouera  » ainsi sur les écrans de la télévision avoir assassiné la malheureuse Karima Belhadj, aux Eucalyptus.
    Il subit durant huit mois les supplices les plus inhumains. De l’épreuve du chiffon au fer à souder en passant par les bastonnades et son enfermement dans un congélateur de l’une des casernes de la sécurité militaire, il passera par plusieurs centres de torture d’Alger et de Boumerdès.

    Au cours de l’après-midi du 11 décembre 1993 il fut jeté par ses tortionnaires de Châteauneuf dans une forêt de la périphérie d’Alger. Il était libre ! Il venait miraculeusement d’échapper à une mort certaine, avec cependant un handicap majeur : une main droite paralytique et impotente à 100%.

    Que devenaient ses « aveux » télévisés et pourquoi huit mois de supplices et d’horreurs ?
    Pourquoi n’a-t-il pas été présenté à la justice après ses «aveux» publics devant des millions de téléspectateurs ? Qui a alors tué la malheureuse Karima Belhadj ? me suis-je longtemps demandé.

    Salah-Eddine Sidhoum




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  • dilmi kouraiche
    19 mai 2011 at 18 h 58 min - Reply

    C’était une histoire de la tragédie nationale dont on reste témoin devant allah que les ennemis de la liberté et la justice sociale sont coupables de toutes les victimes,allah yarham awlad eldjazair.




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  • Hamma
    19 mai 2011 at 20 h 18 min - Reply

    Cette affaire du jeune Oussama est tragique et ressemble à tant d’autres affaires semblables vécues par de jeunes et de moins jeunes algériens dans les cellules algériennes (prisons et commissariats de police ou postes de gendarmerie). Il faut voir dans cette agression la ferme volonté de l’ex pouvoir et de son dictateur à remettre les Tunisiennes et les Tunisiens dans la rue pour un énième bain de sang.
    Ce pseudo policier qui a commis l’acte ignoble envers le jeune Oussama ou ces autres « cagoulés » montrés par les vidéos jointes par la rédaction de LQA ne sont que des mercenaires à la solde des Trabelsi et des Ben Ali qui ne rêvent que de chaos après l’humiliation que leur a faite la révolution des Jasmins.

    N’a-t-on pas vu en Algérie des repris de justice être engagés pas les services de police pour commettre les sales besognes?




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  • el-amel
    20 mai 2011 at 13 h 30 min - Reply

    la révolution de la jeunesse tunisienne a donné un nouveau souffle à la société, et la lutte continue.
    Qui a tué Karima Belhadj?
    Pourquoi ne pas écrire?
    Il y a surement des écrits qui sont dans des tiroirs et ils sortiront. Les plaies ne se cicratriseront jamais sans la Vérité et la Justice.
    Et la Vérité éclatera!




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  • rachid quebec
    21 mai 2011 at 19 h 58 min - Reply

    ce qui m intrigue plus c est que le monde croit ces dictateurs et leurs informations mensongeres televisees, il n y a pas de liberte d expressions pour y croire ils font tout pour se maintenir au pouvoir, tuer, torturer,mentir, disparesser,empoisonner, et notre premier magistrat qui a falsifier l acte de mariage et envoyer benchicou a la prison il a fait la reconcialiation sur le dos des victimes quelle sale politique. ya boutef tu ne peux pas paedonner ou reconcilier a ma place t as pas ton coeur dechire ou est l etat de droit ou est la justice ils n ont pas honte ils vont a la mosque tu n es pas justcier pour faire la justice.




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  • karim
    24 mai 2011 at 8 h 59 min - Reply

    j’apporte ici mon témoiniage mais je ve pas etre meler a une grande affaire et je préfer garder mon mal pour moi meme .je suis un jeunes kabyle j’ai 35 ans en 2001 lors des evenement de kabylie j’était a tizi ouzou lorsque j’ai vu une saine qui ma pa laisser indiférend en effet j’ai vu un element de cns donner un coup de pied violent a une femme innocente qui ne fesait que passer par la .j’ai protester en croyant au droit de l’homme je me suis approcher pour demender le chef de la troupe pour lui raconter ce que j’ai vu et la c’était le début du cochmar pour moi .je me suis accrocher verballement avec le dit policier ett vite ses amis ce sont acharné sur moi ils mon roué de coup de matraque et il mon amenné au commissariat de la gare sous sol ils mont accuse de vouloir metre le feu a une banque on ma d’abord isoler des autre détenu à 2h20 de la nuit il y a une équipe de quatre policier qui a surgit pour me rammener dans une distination incconue avant de partir j’ai crié et j’ai donné mon nom en criant pour que les autre detenu se souviennent de moi en court de route l’un des policier a uriner sur moi .il a mme essayer de me violer il y avait un seul policier il etait trés jeune sont nom c’etait hafidh il s’est opposé et il s’est accroché avec ses amis ils les a mme menacer d’utiliser son arme .j’était torturé trois ou quatre jour j’avait perdu la notion du temp a chaque fois il me dise de repeter « je suis un juif j’ai vu  » des milier de fois .j’ai relacher suite a la recherche de ma famille mes amis et surtout des étudiant qui ont pris connaissance de mon affaire car l’un d’eu était avec moi dans le sous sol de la police et il ont reclamé ma libération .pour conclure je vous dirais que pendant la torture j’entendais souvent des crie d’autre personne qu’on torturé plus que moi …




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  • Congrès du Changement Démocratique