Édition du
24 March 2017

Non, tout n’est pas perdu.

 

Adel H.

Pour qui n’a pas connu l’Algérie et son peuple avant l’indépendance et quelques années après, notre situation présente – derniers de la classe dans tous les domaines, malgré la manne pétrolière, 1200 km de côtes, un vaste pays aux paysages variés, un climat doux et une population jeune – ne peut être que méritée, au vu de tous nos défauts. Nous en arrivons même à accepter notre sort sans rechigner, persuadés que nous sommes de notre incapacité à faire mieux.

Chaque fois qu’une analyse qui décortique les tares de notre système politique et de ceux qui l’ont conçu, qui ont la charge de le faire tourner et qui en tirent un profit incommensurable, au détriment de l’intérêt général, est publiée sur LQA, il nous est donné de lire un nombre important de commentaires et de questionnements qui mettent à l’index le peuple, qui se complait dans sa médiocrité et son statut de moins-que-rien (khodra fûq 3châ), les intellectuels, qui, non contents de ne produire aucune œuvre de l’esprit digne de ce nom, finissent par devenir des harkis du système, les politiciens qui, lorsqu’ils ne servent pas de paillasson aux militaires, brassent du vent, etc., etc. Bref, nous avons les dirigeants que nous méritons, comme l’ont si bien dit les Anciens.

Comment sortir de cette logique mortifère d’autodestruction? Où se trouve le point d’appui qui nous permettra de redresser la situation? Si le peuple est médiocre et couard, si les intellectuels sont stériles et domestiqués, si les politiciens ne sont que de vulgaires escrocs qui se vendent au plus offrant, qui donc nous libérera de l’emprise des voyous qui ont pris possession de notre pays? Faut-il croire que le peuple algérien, lancé dès 1830 dans un combat épuisant contre un adversaire de loin supérieur sur le plan matériel, n’a plus aujourd’hui aucune énergie en réserve pour construire un État digne de ce nom? Qu’il est plongé dans un profond sommeil peuplé de cauchemars, remettant aux calendes grecques la réalisation des idéaux pour lesquels il a tant lutté et sacrifié tant et tant de ses enfants dans un passé récent?

Faut-il croire que les voyous qui sont à la tête du pays ont réussi à acheter le silence complice de tout ceux qui sont en mesure de les inquiéter et qu’il ne reste en réserve de la révolution à venir qu’une masse informe guidée par le seul instinct de survie, courant sans fin derrière le pain, le lait, le sucre et l’huile? Faut-il se résoudre à admettre que toute remise en cause du système tyrannique ne pourra se faire qu’au prix de la destruction de l’Algérie, comme cela a failli être le cas durant les années 90 et comme cela est en train de se produire en Libye?

N’y-a-t-il donc aucun signe qui permette d’envisager l’avenir avec un peu plus d’optimisme et de sérénité? Pourtant, rien ne pourra effacer de la mémoire de ceux de ma génération les belles qualités qui étaient celles de notre peuple avant son avilissement par la politique de la trique et du mensonge. Pourtant le souvenir des justes qui ont voué leur vie au combat politique et la mobilisation du peuple et qui l’ont sacrifiée pour que vive l’Algérie indépendante et le peuple algérien libre et digne n’est pas totalement effacé, malgré les mensonges et la haine déversés par les ennemis de la justice, de la liberté et de la dignité d’hier et d’aujourd’hui. Pourtant, malgré la répression, le bâillonnement et l’exil, il y a encore et il y a toujours eu des hommes et des femmes qui n’ont cédé ni à la peur, ni au pouvoir d’attraction de la mangeoire, et qui sont restés debout, vaille que vaille.

Non, tout n’est pas perdu. Le pouvoir a le beau rôle, certes, avec son armée, sa police, sa gendarmerie et son DRS, armés jusqu’aux dents, le doigt sur la gâchette et le téléphone occupé en permanence à véhiculer les ordres donnés par les «cerveaux» de ce pouvoir à tous les larbins et espions de service qu’ils ont implantés dans le corps social. Il est fort et arrogant. Mais sa force n’est pas celle de ceux qui se savent à la hauteur de leurs responsabilités. Non. Sa force est celle de la brute qui terrorise le voisinage. C’est celle de l’individu à l’esprit démoniaque, toujours affairé à comploter dans l’ombre et à semer le trouble et la zizanie. Sa force n’a pas d’avenir, car celui qui règne sur un peuple de couards et de médiocres creuse sa propre tombe et il se trouvera toujours plus démoniaque et plus brutal que lui pour prendre sa place. Un pouvoir tyrannique ne peut générer qu’une minorité de voleurs et de corrompus qui vivent dans un luxe insultant au milieu d’un océan de misère. Il transforme des hommes et des femmes nés pour être libres et dignes en gueux. Mais les gueux finissent toujours par se réveiller un jour et monter à l’assaut des palais. L’Histoire ne ment pas.


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4 Commentaires sur cet article

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  • ahmed
    21 mai 2011 at 10 h 15 min - Reply

    Certes la faillite est totale . Aucun secteur n’est épargné et ce malgré les moyens que possède le pays . L’origine du mal remonte bien loin,3 siècles de domination turque,130 ans d’occupation française,50 ans de médiocrité FLN-DRS .
    Notre erreur est d’avoir voulu construire l’Algérie post coloniale avec des instruments non adaptés . Le FLN,instrument de destruction du système colonial,devrait logiquement disparaître en 62 pour laisser place à des moyens plus adéquats .
    La faiblesse du FLN et son incapacité à gérer le pays a ouvert les portes à tous les excès . Les évènements des années 80-90 et l’avènement du DRS,sont le fruit de cet échec .
    La solution,me semble un système parlementaire où le peuple et les décideurs actuels se partagent pacifiquement le pouvoir . Au peuple ,un parlement démocratiquement élu avec un premier ministre issu de la majorité parlementaire . Ce premier ministre sera responsable devant un parlement représentant un peuple souverain . Aux décideurs actuels,on laisse la présidence de la république . Ils choisiront un des leur,il aura un pouvoir honorifique et ne gouvernera pas . Le parlement élu assure l’impunité à tous ceux qui détiennent ce jour le pouvoir et qui acceptent pacifiquement le projet de sortie de crise .




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  • hakimM
    22 mai 2011 at 17 h 29 min - Reply

    @Ahmed,
    Tres bonne solution pacifique et de salut a l’Algérie.
    Ce fut la première solution que j’ai proposée qui n’a eu que feu comme réponse.

    Si on n’accepte pas votre solution, alors préparons nous a 7 ans de vraie guerre contre les harkis au pouvoir.
    Mais en toute sincérité, même si l’élite et le peuple accepte la solution excellente que vous proposez et qui doit être propagée a tous les partis et les parties, croyez moi, je doute que les assassins-corrompus du DRS-generaux-mafia-Oujda-FLN-RND, vont accepter cette solution sans que le peuple se soulève très brutalement.

    Mais j’aimerais vraiment que votre proposition fasse du chemin….




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  • zaftoualaft
    28 mai 2011 at 16 h 30 min - Reply

    Il ne faut pas rêver, seul un parti rassembleur de type islamique peut inquiéter ce pouvoir. Et il l’a bien compris, tu manges, je mange et on vit en paix malgré notre médiocratie et grâce à la bénédiction de Dieu qui nous a adonné l’or noir. Ibn l’a démontré à travers l’histoire maghrébine, le FIS l’a confirmé. Le reste aucun parti n’est capable d’incarner les valeurs du Peuple algérien et de le rassembler s’il taraude les valeurs Islamiques. D’une autre façon il n’est pas dit que le Peuple ne peut se révolter contre la faim mais sans berger politiquement c’est impossible.




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  • sadouni
    29 mai 2011 at 12 h 22 min - Reply

    Après avoir écrit mon témoignage et publié sur « Édition en ligne. Édition numérique ». (Une blessure profonde). Le 11/05/2011, j’ai pensé qu’il était utile de vous informer, au cas où cela retiendrait votre attention. Dans ce témoignage, je relate avec simplicité ma vie de jeune harki dans la guerre d’Algérie. En 1960, j’avais encore 17 ans, l’armée française qui voulait gonfler ses troupes avait délibérément choisi de m’enrôler dans ses rangs pour faire la guerre. À l’Independence, désarmer et abandonner a la vindicte du FLN, tous les harkis sans exception ont souffert dans leur chair. Aujourd’hui, toute la difficulté pour moi est malheureusement de ne plus pouvoir retourner revoir ma famille que j’ai laissée là-bas depuis bientôt 50 ans. Il m’a semblé important d’apporter au grand public pour sa connaissance un témoignage d’une histoire enfouie. Pour information, j’ai également publié l’intégralité du discours du 31 mars 2007 de Nicolas Sarkozy. Discours, qu’il a fait aux harkis. Candidat à la présidence de la république.
    http://www.editions-en-ligne.fr/acheter-une-blessure-profonde-2,1,12,1,0,0,0,0,1,743.htm




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  • Congrès du Changement Démocratique