Édition du
26 March 2017

Réformes à crédit.

In La Nation.info

Par Salima Ghezali
Jeudi 2 Juin 2011

 

Une semaine bien pleine que celle qui vient de nous quitter. Mais pleine d’un déjà-là antérieur aux évènements qui s’y sont produits. Quand l’écoulement du temps n’apporte pas de changement il ne reste qu’un curieux sentiment de déjà-vu. Auquel il est difficile d’accorder du crédit.


Déjà vues les têtes. 

Déjà vues les têtes qui se sont rendues à l’invitation de la commission BTB (Bensalah, Touati, Boughazi) pour reprendre la formule d’Ahmed Selmane. Et même pas la naïveté de croire qu’en mariant les dix propositions de Nezzar aux dix propositions de Sahnouni on obtienne une seule réponse. Sur les intentions de l’auteur.

Réjoui et satisfait

Déjà vue la face réjouie de Raffarin à côté de la face satisfaite de Benmeradi. A en croire le dictionnaire « réjoui » peut avoir pour synonyme « content » ce qui correspond à la sensation qui accompagne la satisfaction d’un besoin. En revanche « satisfait » relève de l’univers des sentiments et correspond à l’assouvissement d’un désir que Freud fait correspondre à une pulsion d’autoconservation. Tout n’est pas simple dans les relations bilatérales. La satisfaction des désirs des uns correspondant à la satisfaction des besoins des autres. L’échange n’est inégal que d’un point de vue économique. Encore que depuis que les économistes se sont mis en tête de quantifier le bonheur… Celui des dirigeants en ex- colonies doit se mesurer à l’aune des bonnes affaires qu’ils font faire à leurs vis-à-vis non indigènes. Mais gardons à l’esprit qu’il s’agît là d’autoconservation. Et par ces temps qui stagnent à défaut de changer…

Déjà vue l’atmosphère.

Déjà vue l’atmosphère de chaos qui accompagne les matchs de foot, le délogement des vendeurs de rue, les listes d’attribution de logements sociaux. Les météorologues qui ont vulgarisé la notion de chaos signalent que cette dernière accompagne celle de limite de prévisibilité. Selon ces scientifiques l’atmosphère oublie tout en deux semaines. Donc dans deux semaines l’atmosphère de chaos aura oublié les raisons pour lesquelles elle s’était déjà manifestée. Elle reviendra pour d’autres raisons. Qui concerneront un autre ministre que la fois d’avant. Une autre wilaya. Ou un autre service de sécurité. En attendant la coordination.

Histoire de modèle

On a parlé de modèle turc cette semaine à Alger. On parle en fait beaucoup de modèle turc dans le monde arabe ces derniers temps. Depuis qu’un cercle de réflexion Turc, TESEV, a publié en février dernier une enquête sur le rayonnement régional de la Turquie qui a concerné les pays arabes et l’Iran. Il en est ressorti que les deux tiers des sondés considèrent que la Turquie « représente un exemple de mariage réussi entre Islam et Démocratie » 78% estiment que la Turquie devrait jouer un rôle plus important dans la région. Toujours selon cette étude, les trois forces du modèle turc sont dans l’ordre : sa tradition musulmane, son économie dynamique et son gouvernement démocratique.
Analysant le parti islamiste au pouvoir, l’AKP, un chercheur turc note : « Mr Erdogan a dépensé plus d’énergie à libéraliser l’économie qu’à islamiser la société. L’AKP a été conçu pour gouverner. Son fonds de commerce est la prospérité de son électorat, et non sa frustration. La pratique du pouvoir dans une république laïque et les négociations d’adhésion à l’UE ont transformé l’AKP. » .

Question de sociologie

Quant à l’armée turque… Elle change de chef d’Etat-major tous les 4 ans de façon régulière depuis longtemps et on peut trouver sur Internet les C.V. détaillés des 28 généraux qui se sont succédé à la tête des forces armées turques. Pour ne soulever que ce détail. Le reste est une autre histoire : « La sociologie militaire a établi avec force que le « poids de l’histoire » est une variable importante quand on souhaite aborder la question du changement dans les institutions militaires. » Levent Unsuldi : Le système de valeurs de l’Armée turque.
D’autres récusent jusqu’à l’idée de modèle démocratique turc. Pour Alican Tayle : » le droit des minorités, notamment des kurdes, n’est pas respecté même s’il ya des améliorations. Il ya également beaucoup de journalistes en prison ou traduits en justice. »
Difficile de faire l’unanimité. Mais encore plus difficile d’imaginer un modèle turc en Algérie à partir du prototype de militaires et d’islamistes que l’on a pu voir faire des propositions à la commissions Bensalah. Avec la généralisation du repentir on les verrait plus facilement concourir à la réalisation d’un modèle soudanais. On se souvient que c’est le modèle portugais qui avait été évoqué dans les années 90. On peut au moins apprendre une chose des transitions démocratiques en Amérique latine : les armées sont concernées au premier chef par les réformes. Et pour ce faire il faut : « une direction civile forte et importante capable de transmettre l’ordre de jour démocratique aux casernes. » (Antonio Varas). On n’a pas encore vu ça à Alger.

Ou de processus.

Le modèle n’est pas tout, à ce qu’en disent les chercheurs de l’Association européenne pour la modélisation de la complexité, dont le fondateur Jean Louis Le Moigne s’interroge sur les rapports qu’entretiennent les systèmes d’information et les systèmes de décision. Modélise, dit-il c’est instrumentaliser. Modéliser implique de construire une image qui ressemble par quelques aspects à l’objet d’étude. » Tandis que d’autres se font plus explicites : « …la signification ne s’arrête pas dans la référence, elle est un processus.» Et question processus… on est plus proche de la Somalie que de la Turquie. Heureusement qu’il ya la rente… qui nous tient à égale distance de la déroute somalienne et des performances économiques turques. Une position d’équilibre instable due, entre autres, au fait que la relation avec l’étranger vise essentiellement à satisfaire les besoins économiques de nos partenaires en échange de la satisfaction des désirs politiques de nos dirigeants. Et ces derniers vont, Ramadan après Ramadan, émeute après émeute s’occuper à répondre aux attentes incompressibles des ménages. En sucre, en semoule, en huile…
Pour le reste, nous sommes priés de contracter un crédit sur réformes à venir. Le problème c’est que le score de crédit politique du régime est égal ou inférieur à zéro.


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10 Commentaires sur cet article

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  • Si Salah
    6 juin 2011 at 10 h 26 min - Reply

    A quand un « Toufik hrab! Toufik hrab! Toufik hrab! »?

    Si Salah




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  • Rachid
    6 juin 2011 at 13 h 16 min - Reply

    Salam alaykoum,

    « Celui des dirigeants en ex- colonies doit se mesurer à l’aune des bonnes affaires qu’ils font faire à leurs vis-à-vis non indigènes »..c’est un constat partagé par tous…donc on appauvrit la société (pouvoir d’achat, technologie, savoir faire…) et on justifie cela en nous traitant en plus de fainéant et d’incapable (de façon généralisé).
    Quant au modèle Turc…on en est à des années lumières !…pour l’instant. Des assasins circulent librement en Algérie en toute impunité et sans que justice soit fait pour / par les familles des victimes et pour la compréhension de tous les Algériens des dessous des cartes…c’est abhérant.
    Il y a un mal profond qui nécessite un changement profond et radical par le peuple : « une direction civile forte et importante capable de transmettre l’ordre de jour démocratique aux casernes. »

    Merci pour votre article.




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  • Fodil
    6 juin 2011 at 13 h 37 min - Reply

    J’ai envie de lire..

    « ..Peuple Algérien lève-TOI le pouvoir est à Toi !




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  • zafoualaft
    6 juin 2011 at 19 h 41 min - Reply

    Les spécialistes de la biologie des comportements qualifient ce style de fonctionnement par le comportement utilisant le « paléocéphale », c’est à dire qu’ils utilisent leur cerveau de l’ère anthropoïdale qui remonte à 1962. Ces gens ne pourront jamais prendre en marche le train de changement de l’histoire. Pour avancer dans l’histoire il ne faut pas que la classe politique se croit au dessus du Peuple et il faut qu’elle accepte de se remettre constamment en cause. Mais la classe politique actuelle sait que se remettre en cause c’est rendre des comptes au Peuple. Tant qu’ils s’accrocheront encore à leurs tuteurs (USA,France) ils tiendront encore le coup. Sauf si Dieu décide autrement.




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  • Adel
    6 juin 2011 at 21 h 10 min - Reply

    @zaftoualaft

    Bonjour,

    Vous dîtes :

    « Tant qu’ils s’accrocheront encore à leurs tuteurs (USA,France) ils tiendront encore le coup. »

    Boumédiène et les généraux algériens, Assad (père et fils), Saddam ou Kadhafi, n’ont pas eu besoin de « s’accrocher à leurs tuteurs » pour mettre en place des systèmes dictatoriaux qui sont ensuite devenus mafieux et massacrer les opposants et des civils innocents par dizaines de milliers. On peut tout au plus accuser ces « tuteurs » de détourner le regard.

    Il est vrai que ce qui intéresse ces « tuteurs » aujourd’hui, c’est avant tout de sécuriser les sources d’approvisionnement en pétrole et gaz. Si demain un gouvernement démocratique (même dirigé par des « islamistes », comme c’est le cas en Turquie) continuait à assurer leur approvisionnement en pétrole et gaz, tout en œuvrant au bien-être des populations locales, le combattraient-ils?

    Cordialement




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  • zaftoulaft
    6 juin 2011 at 23 h 43 min - Reply

    @Adel,
    Smahli,
    Pour le premier point les boumédienne etc, etc..leur tuteur c’était l’URSS. Ils n’auraient jamais fait ce qu’ils ont fait sans la bénédiction de cette puissance qui les protégeait dans leurs méfaits. D’ailleurs les mafias et généraux de ces pays se ressemblent avec celle de leur ancien tuteur, Selon l’adage qui s’assemble se ressemble.
    Pour le deuxième point je n’ai pas compris la question.




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  • rachid quebec
    6 juin 2011 at 23 h 59 min - Reply

    il ne faut pas endormir encore le peuple, ni usa, ni france ni amar bouzouar c est le peuple et c est les peuples qui decident de leurs destiin c est a eux seule de faire changer les choses et d assurer leurs avenirs quand au usa et occidentaux en general ils cohabitent avec le djen pour leurs interets donnant, donnant donc nous sommes pas colonise les occidentaux ne disent pas aux peuples vivait dans la misere pour que notre peuple vivent dans le decor, c est qu il ya des gens qui placent toujours nos malheurs sur le dos des occidentaux pour decourager les peuples etant donne que c est faux ida arada chaab elhayat el karama labouda ana yastajib elkadar.




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  • hakimM
    7 juin 2011 at 0 h 39 min - Reply

    @Adel,
    Très bien dit.
    Arrêtons de luter contre les tuteurs, luttons contre le régime dont on est sur qu’il est criminel.
    Arrêtons de s’inventer des ennemis virtuels : occidents, kabyles, chaouis, pays arabes, etc.

    Notre ennemi est clair, il nous tue, nous vole, nous fait sortir de nos maisons… En plus, il est facile a vaincre : sortir dans les rues en masse.




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  • boukezouha abdelouahab
    7 juin 2011 at 11 h 20 min - Reply

    salam. rédigé par mon ami

    Dimanche, 05 Juin 2011 21:58

    On prêtait à Kaïd Ahmed, ancien chef de l’appareil du parti FLN, ce mot resté dans les mémoires : « L’Algérie était au bord du précipice, elle a, depuis, fait un grand pas en avant. » Ou encore celui-ci lorsqu’il avait inauguré un barrage en sa qualité de ministre de l’hydraulique : « L’avenir de l’Algérie est dans l’eau ».

    Cet homme lettré qui fut l’adjoint de Houari Boumédienne à l’état major général de Ghardimaou ne croyait pas si bien dire au moment où ils les prononçaient à la fin des années 60’s.
    L’Algérie a, hélas, fait ce grand pas en avant dans le précipice du despotisme, de l’injustice, de la répression, de la corruption, de la gabegie. Notre pays va mal, très mal à l’image de « son » président devenu impotent. Et les nouvelles sont de jour en jour encore plus mauvaises, plus inquiétantes pour l’avenir de notre peuple. Les déficits budgétaires abyssaux annoncés aujourd’hui par le ministre des Finances ne sont pas fait pour rassurer le peuple algérien de la bonne santé des finances publiques.

    Cette mauvaise gestion des ressources financières de la nation est mise ipso facto sur le dos de la population qui a exprimé des préoccupations sociales et contesté les augmentations des prix des produits alimentaires de base comme les huiles et le sucre que l’Etat a décidé de soutenir par la dépense publique pour faire taire la grogne et mettre fin aux révoltes qui avaient éclaté.

    Le pouvoir qui a depuis toujours favorisé l’importation de produits agricoles et industriels à la production pour profiter des commissions juteuses auxquelles elle donne lieu, cherche comme à son habitude des boucs émissaires. Des milliards de dollars sont ainsi détournés au bénéfice de ces potentats qui tiennent à leur merci l’économie algérienne comme le faisaient en Tunisie la famille Ben Ali et la famille Moubarak en Egypte.

    En même temps que les déficits publics se creusent, les réserves de change algériennes qui s’élevaient à 155 milliards de dollars à la fin de l’année dernière sont en train de fondre comme neige en été. Et malgré les nombreux avertissements adressés aux autorités algériennes sur les risques qu’elles font courir aux deniers publics, elles persistent à faire confiance aux bons du Trésor américain et refusent d’opter pour une autre stratégie de placement qui ne met pas ainsi en péril cette manne financière.




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  • zaftoualaft
    7 juin 2011 at 21 h 53 min - Reply

    chante chante alouette
    Le Peuple ne bougera pas sans des meneurs (guides) et sans saisir le pourquoi il faut se soulever. Moi je te dis que pour l’instant, le Pouvoir a baissé le pantalon pour les USA et la France (lutte anti-« terroriste » dans la région du Sahel, pourvoi en énergie pétrolière et gazière..). Tout ce qu’ils ont dit c’est seulement il faut démocratiser sans plus. Toutes les manifestations sont étouffés. Tu suivras ton tuteur tant tu seras un consommateur invétéré de tout ce qui vient de l’occident le producteur.
    L’inducteur pour l’instant reste l’occident et le vent des pays arabes qui risque de contraindre le pouvoir à accélérer le changement avec le même pouvoir.
    Sauf si Dieu décrète autrement.
    sans rancœur mes amis




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  • Congrès du Changement Démocratique