Édition du
24 July 2017

Quatre questions au politologue Ahmed Rouadjia

Texte adressé par Mr Rouadjia au site LQA le 06 juin 2011 

Accordé le 4 juin  2011 au quotidien El Watan

El Watan.- Le pouvoir a engagé des «consultations politiques» en vue d’une réforme politique, mais de nombreux acteurs politiques doutent de la sincérité de la démarche. Selon vous, quel est l’objectif qui fait courir le pouvoir à travers ces consultations?

ROUADJIA.- C’est la peur des incertitudes qui fait chanceler désormais la confiance habituelle du pouvoir en soi ; en un mot, c’est l’ébranlement de cette  confiance de maintenir solidement et indéfiniment les rênes du pouvoir ainsi que la manne pétrolière en sus entre ses mains, qui l’a incité à orchestrer cette consultation aux allures d’une véritable mascarade. Les régimes tunisien et égyptien qui viennent de s’écrouler comme un château de cartes, et que l’on croyait pourtant « sûrs »  ou indéboulonnables, y sont pour beaucoup dans l’affolement et la panique qui se sont emparés de nos « décideurs politiques » qui ne savent que dire ni que faire que d’en appeler à « la consultation » dans l’unique but, semble-t-il, n’est pas de se résigner au changement radical de l’ordre politique et social, changement ardemment souhaité par tous-opposition et « populace » confondues-, mais pour reconduire  en le perpétuant sous une forme fallacieuse le régime actuel. Les soulèvements en masse en Lybie,  au Yémen, en Syrie, puis les manifestations devenues quasi rituelles au Maroc où la Monarchie tremblote de tout son corps face au peuple arborant l’étendard de la révolte jusqu’à désacraliser ou presque l’image traditionnellement sanctifiée du Roi- Commandeur des Croyants-, expliquent en grande partie les raisons de cette « consultation » en trompe-l’œil, et ses motifs sous-jacents. Sauver par tous les moyens  licites ou illicites la « peau du régime », rien que le régime crispé, constipé, et raidi dans ses imbéciles « vérités et certitudes », quitte à sacrifier le pays sur l’autel de l’instabilité, de l’anarchie et du chaos, tel est l’objectif premier visé par cette consultation imaginée à la hâte.

El Watan.- Des observateurs estiment qu’à travers cette démarche c’est la succession qui est engagée, qu’en pensez-vous?

ROUADJIA.-Il y a un peu de cela. Mais là n’est pas l’essentiel. L’Algérie n’est pas une monarchie héréditaire, mais une République bananière où « la succession »  des hommes et des Princes n’obéit pas au modèle électif connu dans l’histoire ou consacré par une longue tradition nationale, consensuelle et reconnue de tous, mais par la force brute et la ruse de ceux qui détiennent les leviers de commande du moment. Nos dirigeants ont montré jusqu’ici leur capacité extraordinaire à faire et à défaire les « successions », à substituer à un président un autre, à l’écarter  du pouvoir ou à l’éliminer physiquement, sans que cela trouble leur certitudes « en la force » ni leur conscience éthique qui semble être  dépourvue de regret ou de remord. Que le président Bouteflika, devenu grabataire sous le poids de l’âge et de la charge venait à mourir, on le remplacerait sans difficulté par un autre, déjà fin prêt pour la relève. Le « terroir » de  la succession en est plein à ras-le –bol de ces prétendants au pouvoir dont le profil est toujours choisi en fonction de leur aptitude à jouer le jeu des « décideurs » qui leur font appel. A son arrivée au pouvoir en 1999, le président actuel voulait être un Président au dessus de la mêlée, indépendant, et ayant les coudées franches pour conduire « sainement » les affaires de l’Etat. Il prétendait même pouvoir apprivoiser et dompter ceux qui l’ont extrait prestement des oubliettes de l’Histoire, le réhabiliter, pour en faire un président taillé à la mesure de leur attentes. Il finit finalement par être non le dompteur qu’il se croyait, mais le dompté et l’apprivoisé  de ceux qui l’ont fait revenir de son long exil, long certes, mais doré! Il s’est fait au bout du compte le prisonnier, le captif démuni et impuissant d’un « système » dont il connaissait pourtant tous les détails, tous les secrets et les arcanes, pour l’avoir naguère pratiqué lui-même dans les coulisses et les conciliabules des chapelles et des clans régnants….

Ce n’est donc point le problème de « succession » qui pose problème à nos décideurs, fortement  angoissés, et agités par la conjoncture internationale, succession qui est déjà résolue en catimini, et à l’insu de tous, mais ce sont les remous internes, les dangers des dérapages de la « populace », et les moyens de  conjurer les « menaces » que celle-ci fait planer sur leur tête, qui se trouve au cœur de leurs préoccupations centrales….

El Watan.- Des partis d’opposition ainsi que de nombreuses personnalités nationales ont rejeté la démarche du pouvoir, mais ce «Front de refus» reste éparpillé. L’opposition refuse de dialoguer avec le pouvoir, mais elle refuse le dialogue en son sein. Pourquoi? Y a-t-il des raisons objectives à ce tiraillement qui mine l’opposition?

ROUADJIA.- Qu’elle soit fabriquée de toutes pièces par le pouvoir en guise de façade « démocratique » à l’usage du monde extérieur, qui n’est d’ailleurs ni dupe ni sot pour croire en de telles balivernes, ou qu’elle soit plus ou moins « indépendante », cette opposition s’avère être à l’examen des faits une coquille vide, une substance neutre au sens négatif du mot. Car elle se complaît autant dans la critique ou le dénigrement du régime que dans l’approfondissement de ses propres divisions internes et de défense au nom des « identités » politiques propres à chacune de ses composantes constitutives. Le RCD contre le FFS, et celui-ci ne partage pas les valeurs portées par son concurrent le RCD. Ces deux partis dits d’opposition se vouent mutuellement une haine rentrée. Ils se tournent mutuellement le dos et se dénigrent au lieu de dialoguer et de débattre. Ce qu’ils reprochent au pouvoir, à savoir : le manque de dialogue, d’écoute et de concertation, ils le reproduisent entre eux  dans leur rapport mutuel. A l’intérieur même de leurs structures, la parole libre est soit surveillée, soit traquée par des censeurs attitrés. On requiert, comme dans le Parti unique de jadis, l’unité «  de pensé » et le renforcement des « rangs ». Lorsque des Partis comme cela se qualifient de « démocrates » tout en pratiquant en leur sein les méthodes de l’oligarchie féodale, ils ne peuvent dans ce cas donner une image crédible ni à la masse ni au régime qu’ils tentent de disqualifier en faisant valoir une démocratie dont ils  se refusent d’appliquer les réquisits. C’est que la culture du dialogue, de l’écoute, du respect de la différence et de l’identité de  l’Autre ne trouve pas de prise chez ces partis qui demeurent tributaire de l’idée patriarcale de l’autorité, toute chose qu’ils reprochent au pouvoir, mais qu’ils reproduisent et appliquent eux-mêmes sans état d’âme dans la sphère de leur activité publique, et peut-être même privée.

Tel est le drame ou l’aporie dans lesquels se trouve confrontée  cette opposition face au pouvoir.

Restent les personnalités politiques opposées à l’inertie du pouvoir. Celles-ci comprennent d’anciens politiques démissionnaires ( Ahmed Ben Bitour… ) ou congédiés poliment ( ?) par le pouvoir ( Sid Ahmed Ghozali, Mokdad Sifi…), puis des « intellectuels » non « organiques » qui tentent chacun à sa façon, et souvent dans un ordre dispersé, d’insuffler du courage à toutes les âmes qui brûlent du feu du changement radical du système politique et social. Ces intellectuels « inorganiques » sont atomisés ou dispersés à travers certains réseaux syndicaux, associatifs, journalistiques, etc., mais leurs actions ne sont ni reliés entre elles ni concertées pour aboutir à l’élaboration d’une stratégie commune susceptible de jouer un rôle de substitution aux partis politiques sclérosés. Quant aux personnalités politiques « consultées » ou invitées à la consultation, elles ne réunissent pas les qualités de l’orateur distingué ou de meneur d’hommes capables de rassembler autour d’elles les masses mobilisables pour le changement. Bien qu’elles se fassent pour la plupart critique, et que les idées qu’elles formulent et tentent de plébisciter sont théoriquement justes et  rejoignent tout à fait celles de l’homme de la rue algérienne, ces personnalités déchues n’ont aucune aura  auprès de la population ni prise sur le réel compliqué et complexe de la société algérienne, politique et civile. Talonnés par leur passé de « harkis du système », elles ne peuvent prétendre à la crédibilité auprès du peuple. Leur image est écornée, ébréchée, et affectée de signes négatifs irrémédiables. Telle est la triste réalité de nôtre opposition, toutes étiquettes par ailleurs confondues…

El. Watan.- La société gronde de partout sans que la classe politique ne lui ouvre des perspectives à un mouvement sociale qui réclame un changement de régime, v a-t-on assister à une irruption violente comme en Tunisie et on Egypte ou bien le pouvoir réussira à ce maintenir ?

ROUADJIA.-Cette irruption violente est inévitable. Ce n’est pas « l’opposition »  qui la provoquera, mais ça sera le fait du pouvoir lui-même. Il la suscitera par son refus obstiné d’admettre que les temps et les hommes ont changé, et que l’environnement régional et international ne sont plus ceux des décennies écoulées, mais ceux du présent fait d’ébullition d’idées, de moyens de communication formidables et d’images satellitaires qui diffusent des informations instantanées à travers les quatre coins du globe.  Les Algériens en sont devenus les gros consommateurs, y compris le porno, la drogue, et la fuite vers l’ imaginaire radieux ? D’où le phénomène haraga. Mais ils captent aussi les effets des soubresauts politiques dans le monde. La démographie algérienne elle-même a changé de manière qualitative par rapport aux générations vieillissantes, et dont la docilité leur faisait accepter l’inacceptable. Aujourd’hui, la jeunesse n’accepte plus de plier courber l’échine. Elle relève la tête haute, sans crainte d’affronter les épaules nues les dangers qui pourraient poindre. Par son entêtement, son autisme congénital, ses certitudes absolues de détenir la raison, la vérité et la « force des armes » pour se prémunir des dangers qui le guettent et qui guettent la société tout entière, ce régime favorise tous les ingrédients de la violence. Il est producteur de violence, et les lieux propices en sont : l’administration, le droit, la justice, l’économie de «  marché », plutôt de bazar qui, avec leur pratiques délictueuses, hors la loi, tels l’arbitraire, la corruption, les commissions, les- dessous de table, sans parler du blocage politique quasi délibéré qui achève d’aggraver les tensions et les tentations de la révolte généralisée, spontanée et aveugle…


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4 Commentaires sur cet article

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  • NEDJMA
    6 juin 2011 at 17 h 32 min - Reply

    Qu’il est lourd et dur cet ETAT-DRS,obstiné à vivre et demande du repit,un tour ou deux aprés 2001 pas un jour de plus.

    De jour en jour LA POPULACE vivante et menaçante lui intime de ne pas mêler le haut avec le bas,le tsunami qui va si vite ne peut être arrêter avec les bras,les eaux sont trop profondes et nous sommes les bras.




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  • Hamma
    7 juin 2011 at 2 h 04 min - Reply

    Y’a pas plus clair, net et précis.

    Merci Mr.Rouadjia!




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  • kaddour
    7 juin 2011 at 10 h 44 min - Reply

    Ainsi donc, on se retrouve dans une situation où le pouvoir est en début de décomposition,une pseudo-opposition complètement disséminée et un peuple livré à lui même et sans encadrement.
    Vivement l’émergence de nouveaux vrais leaders pour éviter le chaos.




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  • Abdel Madjid AIT SAADI
    7 juin 2011 at 18 h 10 min - Reply

    Considérant que vous n’avez pas mis l’article de notre ami C. E Chitour, sur  » l’Eloge de la société civile », je me permets de vous faire part, de la réponse que j’ai tenu à lui adresser.

    L’avoir mis dans ce trait qui cite les quatre questions au politologue, le professeur Rouadjia, n’enlève rien à la pertinence de ma réponse, et elle se veut un complément à l’article et aux réponses que je considère intéressantes de Ahmed Rouadjia, ce qui dénote d’une avancée dans sa pensée et qui me réjouit et que je porte au crédit de la pensée du CHANGEMENT NATIONAL.

    Je cite le professeur C E Chitour, qui affirme :
    http://www.alterinfo.net/Eloge-de-la-Societe-Civile-Plaidoyer-pour-l-emergence-d-une-Algerie-du-futur_a59664.html#last_comment

    « […]L´Algérie a besoin de tous ses fils et filles sans exclusive et ceux qui tiennent la canne par le milieu doivent se déterminer. Voulons-nous d´un tsunami […] ou voulons-nous d´une transition nécessaire apaisée […] les états généraux de la Société civile prévus vers mi-juin permettront par leur recommandation de contribuer à remettre le train Algérie sur rails.  » FIN DE CITATION.

    Désolé, mon cher condisciple, mais je ne pense pas que pareille possibilité puisse être retenue comme viable, par ceux de la minorité « militaro-révolutionnaire », reconvertie depuis les diktats du FMI, en  » élite militaro-financièro-industrialisante », protectrice de l’option « républicaine et libérale » de l’Algérie, sauvée du spectre « islamiste », pardi, et qui ont toujours décidé aux lieux et place du peuple algérien, décrit par eux comme « immature », et à défaut d’être « colonisables » selon les critères de Si Malek Benabi, et « assujetissables » au sens de la globalisation du type FMI, avec distribution des rôles entre pays, rentiers, producteurs et consommateurs.

    Hier, en 1962, nos parrains « nationaux ou nationalistes », considéraient les ex indigènes promus au rang d’Algériens, inaptes à participer à la construction du nouvel État algérien, libéré parait-il par les seuls membres de la coalition rebelle au GPRA, que furent les affidés de l’EMG, en Tunisie et au Maroc, et d’autres « maquisards » des « camps d’entrainement aux frontières » qui participaient aux batailles contre l’armée coloniale, en lisant les faits d’armes des maquisards « ignorants » de l’intérieur dans la Presse. (Que la majorité des combattants aux frontières me pardonnent mon effronterie, car pour la plupart, ils ne faisaient que remplir leurs obligations nationales, alors que leurs chefs évitaient soigneusement la confrontation avec l’armée française…)

    En 1976, un certain Boumédienne, après la débâcle de ses trois révolutions « agraire », « industrielle » et enfin « culturelle », avait cru, comme le bon sens populaire le traduisait, laver ses échecs en donnant la parole au peuple pour lui donner l’illusion de participer aux choix et lui faire avaliser ou plutôt avaler les « constantes », imposées au peuple, dans une fiesta type États généraux, que C. E Chitour, croit nous être proposés pour la mi-Juin 2011, oubliant tout simplement que Bouteflika, faisait partie de ce Conseil de la révolution, autour de Boumédienne, qui nous avait déjà embobiné, avec sa CHARTE nationale, traduite par : Comment Houari A Truandé les Électeurs. – voir les majuscules-…

    En 1980, Chadli avait continué sur la même lancée avec ses États généraux de cadres de la nation, pour en fait faire croire qu’il mettait « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », mais en fait, en dépeçant les sociétés nationales, il n’avait fait que préparer leur « vente au DA symbolique » aux « élus du régime » et à ses soutiens, préparant ainsi le pays à observer passivement la liquidation des réalisations minables certes de l’ère Boumédienne, mais patentes, pour l’essentiel, et qui ne demandaient qu’un minimum de rigueur de gestion pour être rendues viables.

    Mais hélas, l’objectif de Chadli et de ses équipes, était autre. Ils préparaient les moyens de pouvoir blanchir les « biens mal acquis » de la période Boumédienne, et surtout de l’après 1973, avec leurs effarants revenus pétroliers d’alors, avec ce qu’ils ont permis aux « élus du régime » d’amasser comme fortunes en un temps record, à l’occasion des transactions commerciales permises par le bond prodigieux des importations et aussi des exportations d’hydrocarbures et autres commissions perçues à l’occasion de tous projets d’investissements de l’État, fussent-ils morts nés… qui les avaient rendus « passages obligés » à défaut d’être « douaniers ».

    En 1988, le peuple, manipulé par ceux-là mêmes qui nous ont toujours tenus en laisse et sont devenus experts dans l’art de pousser les jeunes chômeurs en désespoir à tous les débordements, a cru avoir réussi a obtenir le multipartisme, la multiplication des titres de presse, et enfin, une nouvelle organisation du gouvernement et des investissements dans les infrastructures sociales.

    Malheureusement, la farce sera de très courte durée, et les réflexes qui ont la vie dure, feront que même le scénario de « libéralisation alibi » sera court-circuité par les tenants du dirigisme militaro-financier, à présent aux commandes du pays.

    Alors qu’ils s’apprêtaient à un compromis avec des « islamistes » attachés certes au culte pour certains de leurs leaders mais plus perméables que les « socialistes » et autres « démocrates » au libéralisme économique et au commerce alternatif aux « pots de vin » et autres moyens d’enrichissement sans cause, les parrains militaro-financiers du système rentier algérien décidèrent de scier la branche sur laquelle ils avaient pensé percher pour conduire le pays vers le capitalisme de bazar, et l’enrichissement de minorités qui en revanche offriraient la ZAKAT, (impôt purificateur), à l’exemple des roitelets de la péninsule arabique, comme minable pitance aux pauvres hères invités aux bouffas de Ramadhan et autres « zerda » et couffins du pauvre, au lieu et place de postes d’emplois dans les usines remplacées par des bureaux d’IMPORT-IMPORT, peu employeurs de main d’oeuvre.

    Le voyage du général Nezzar, la veille du coup d’Etat du 12 juillet 1992, en Arabie saoudite, la capitale du salafisme wahabisé, et du « enrichissez-vous mais purifiez vos acquis », ou la capitale de la lessiveuse-blanchisseuse, a signé la consommation de la rupture définitive avec les « islamistes » algériens indociles, qui voulaient « orientaliser et islamiser la société » au lieu de participer à  » l’islamisation des fortunes » acquises sur le dos des sociétés occidentales (TCHIPPA), qui avaient participé à l’industrialisation balbutiante de l’Algérie, ou avaient commercé avec leur chasse gardée algérienne.

    Après donc la décennie de la nuit des généraux et de leurs affidés éradicateurs face à une subversion islamiste médiatisée à outrance, qui avait duré plus de dix ans, la nature des crimes imprescriptibles commis de part et d’autre contre le peuple algérien meurtri avaient commencé à perturber la quiétude des maîtres de l’Algérie devenus si riches après s’être accaparés et partagés les monopoles du commerce extérieur.

    L’âge, la lassitude, et la peur de lendemains horribles, ont commencé à marquer les « barons du système algérien » , et l’écho des arrestations des criminels serbes, tout comme les effets imprévisibles du « printemps arabe » qui ont confirmé que les « occidentaux n’ont pas d’amis, mais des intérêts », ont fini de semer le doute et l’effroi, tout aussi bien parmi les parrains et autres suzerains extérieurs de l’Algérie, « potes de circonstances », que parmi les milieux « affairistes-biznassa » algériens, liés aux « indélogeables généraux financiers » et leurs prête noms, parmi les politiques moutons de Panurge, les « capitaines d’industrie », les « comptables » promus investisseurs et managers hors pair, les chefs de « partis », démocrates, nationalistes et autres labellisés « islamistes soft ».

    Aussi, pour faire avorter la contestation et prévenir que le barrage ne cède devant les flots, les stratèges du régime, étudieront toutes les possibilités, et ainsi, si un Mohamed VI, préconise de réduire ses pouvoirs, pour sauver l’essentiel de ses prérogatives, les Algériens eux, adopteront une technique hydraulique qui a fait ses preuves, celle de délester le barrage, en ouvrant des voies pour dévier le courant en amont, les évacuateurs de crues, et en faisant des lâchers d’eau pour prévenir la rupture des digues.

    Ainsi on a assisté aux « marches sur place » par des partis « démocrates » affidés aux éradicateurs alliés au complexe militaro-commercial », soi-disant empêchés de défilés par la police, soit, à des débordements pour la sempiternelle « distribution de logements », réprimés de main de maîtres, puisque prévus et programmés, et enfin, les revendications corporatistes et professionnelles, jugulées par la distribution de salaires ou de rappels de salaires et de primes financières, à la mesure du danger représenté par telle ou telle corporation ou doléance ou réclamation pour la quiétude du système « militaro-commercial », qui gère le pays.

    Ainsi, les militaro-commerciaux qui exercent leur diktat sur le peuple algérien vont profiter de l’aubaine des manifestations des uns et des autres membres de la soi-disant « société civile », pour payer la facture présentée par aussi bien les policiers, que les « miliciens » qui les ont aidé à se maintenir, les ont défendus et aidé à « préserver la République et l’ordre républicain », apparemment menacé par quelque force obscurantiste, qui avait ensorcelé le peuple algérien ingrat et « immature », et « inapte à la démocratie » selon les propres termes des défenseurs FLN du système.

    Leurs soldes seront purement et simplement doublées avec effet rétroactif, pendant que les ingénieurs et techniciens, seront rétrogradés et leurs maigres soldes figées, que les médecins seront confrontés à des pénuries de médicaments et d’équipements et leurs salaires, très très longtemps figés, demeureront inférieurs au taux d »inflation, ou que les libertés d’expression et d’organisation de partis politiques, pourtant constitutionnelles demeureront soumises à la discrétion de l’administration, entre autres libertés et droits de l’homme respectés au gré non point d’une justice au service du citoyen et de l’État de droit, mais plutôt, au service du système et de ses intérêts stratégiques.

    Aussi est-ce pour cela, que je dirai que des « États généraux » qui regrouperaient des clients du système, ne peuvent être que des artifices qui reporteraient à plus tard la crise, vu les disponibilités financières du pays, ce qui permet au système et à ses hommes d’acheter le silence, comme le fit récemment le roi d’Arabie saoudite, qui a distribué des fonds à son peuple, pour l’endormir, mais en aucun cas, la distribution de la rente, qui appartient aux générations futures, ne peut prémunir le système « autoritaire algérien », de la révolution populaire inéluctable et nécessaire, si les Algériens ont à cœur l’impérieux devoir de participer à l’édification d’un État moderne, qui se doit de fructifier son sol et son sous-sol, et de promouvoir son peuple.

    Les hydrocarbures ne sont pas une ressource pérenne, mais par contre, ils peuvent servir au développement, si ce n’est pas déjà trop tard, vu le laisser-aller dans les politiques de préservation et de conservation des gisements mises en œuvre, jusqu’à présent, et qui ont opté pour le financement de l’économie parasite, non productive actuelle, plutôt que de privilégier l’extraction en fonction des besoins de l’économie productive, aussi bien agricole, qu’industrielle, ou culturelle.

    Mais hélas, il n’y a JAMAIS eu d’États généraux pour discuter entre experts algériens, y compris avec leurs invités, des véritables fondements de la promotion de l’Algérie en État de droit dans lequel les grandes options fondamentales pour le pays seraient soumises fusse des années durant à la sagacité, à la compétence et au jugement des Algériens, seuls propriétaires citoyens des ressources du pays, au lieu d’être décidées en conclaves pour servir les appétits insatiables des « militaro-commerciaux », qui se ont imposés, avant-hier comme « révolutionnaire-nationalistes », hier, comme « éradicateurs, sauveurs de Ripoux-bliss », mais malheureusement et toujours, au service des « happy few ».




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  • Congrès du Changement Démocratique