Édition du
29 July 2017

Algérie: Ce policier qui tabasse les manifestants…

Essayons de rentrer dans la peau du personnage.

Comme tous les jeunes qui sont rentrés dans la police, ce jeune homme est certainement issu d’un milieu très défavorisé. Il est le résultat d’une série d’échecs: scolaire, familial, social, existentiel…

Il a été chômeur, hitiste, amoureux éconduit. C’est un naufragé de l’espoir. Il a été écrasé par le luxe des nouveaux riches, qui l’ont écrabouillé de leur morgue, avec leurs voitures rutilantes, leur fringues griffées, leur fric qu’ils jettent à pleines poignées sous son nez, dans les gasbathèques qui beuglent des tebrihetes.

Et il a ainsi navigué entre désillusion et frustration, peut-être même entre saouleries et bondieuseries. Allant des unes aux autres, à la recherche de rivages aléatoires, entre paradis artificiels et promesses de jardins peuplés de belles nanas. 

Puis, il a réussi à se faire recruter dans la police. Du jour au lendemain, il est devenu quelqu’un. Il était respecté désormais, et même craint. Il a été surpris de découvrir que les autres, tous ceux qui le méprisaient lui témoignaient une considération dont il n’avait jamais osé rêvé. Il avait une arme à feu, et il ne ratait plus une occasion de l’exhiber, surtout quand il n’était pas de service. Surtout quand il se rendait dans les gasbathèques, où il ouvre ses bières avec le canon de son pétard.

Puis, il découvrit soudainement qu’il avait changé de camp. Il était passé naturellement dans celui des maîtres. Et même qu’il était devenu leur protecteur, leur rempart, contre ceux-là même qui étaient les siens. Et qu’il renie désormais.

Puis, comme un bonheur ne vient jamais seul, la « doula » s’était penchée avec sollicitude sur sa vie de tous les jours, et lui avait offert un salaire et des privilèges qui étaient supérieurs à des gens qu’il enviait, ceux qui avaient fait des études entre autres. Puis la « doula » chérie lui avait consenti une augmentation avec effet rétroactif de plusieurs années. Ce qui le fit bénéficier d’un pactole inespéré. Il s’est acheté une voiture neuve. Il avait bénéficié d’un logement, et il s’était marié dans une débauche de fantaisies en tout genre. Comme tout parvenu qui se respecte.

Le doute l’avait quitté, et il surfait sur la vague de la réussite sociale. Du moins celle qu’il avait toujours espéré. Et même plus. Puisque maintenant il peut taper sur ceux qu’il avait envié. Il était du bon côté du manche, et il n’allait pas se priver d’en faire un usage immodéré, contre tous ces va-nu-pieds qui osaient s’attaquer à la « doula », et qui menaçaient de le renvoyer à un statut de citoyen comme tout le monde, s’ils obtenaient cet Etat qu’ils revendiquaient. Un Etat sans abus, sans privilèges indus. Il leur en voulait d’autant plus que ces gêneurs qui le haïssaient n’avaient pas bougé le petit doigt lorsqu’il était lui-même dans la mélasse. Ah…ils voulaient donc le priver de ses attributs légitimes.

Ah…ils veulent s’attaquer à ses protecteurs, à ceux qui ont fait de lui un homme redouté, sollicité, envié…

Il ne le permettra pas! Non! Jamais!

Hier, pendant la décennie rouge, il n’a pas hésité à torturer, à violer, à tuer, et cela lui a procuré un plaisir insoupçonnable, un sentiment de puissance enivrant.

Il a vu couler un fleuve de sang, et ses oreilles ont été agréablement chatouillées par des cris de douleur, par des râles d’agonie. Et cela l’a lié à jamais à ses maîtres.

Aujourd’hui, son rôle est moins émoustillant. Il ne peut plus tuer qui il veut, ni violer des enfants, ni enlever des gens de chez-eux, pour les exécuter sur le bas-côté des routes. Ces gueux ont réussi à alerter les opinions publiques internationales, et le huis-clos n’est plus possible.

Mais il a encore de la marge. Surtout lorsque le maître lui permet de laisser libre cours à son énergie débordante. Ah…que c’est bon alors ! Avec quel enthousiasme il les tabasse, ces braillards ! Il charge sa matraque de toute sa haine pour cette populace, et de tout son zèle pour le maître, et il il y met tout son coeur. Il tape jusqu’à ne plus pouvoir, il vise les parties les plus vulnérables. Lorsqu’une arête de nez se brise sous son coup, ou que le sang gicle d’un crâne, ou que des dents explosent, il éprouve une jouissance qui le fait vibrer.

Et après la relève, lorsqu’il se retrouve avec ses collèges, pour évoquer les faits d’armes des uns et des autres, au milieu de rires gras et de gloussements. Surtout lorsque dans le palmarès des tabassés figurent des femmes. Oh…le pied ! Un jour, il a lui-même fait pleuvoir une série de coups de matraque bien assénés sur la tête, et surtout les fesses, d’une femme qui avait osé insulter la « doula » sous son nez. Puis, aidé de ses collègues, ils l’avait traînée jusqu’au panier à salade. Là, Il l’avait alors abreuvé d’injures. Il lui avait dit des choses atroces, et il jouissait de la voir rougir.

Voilà ce qu’est ce jeune policier, et voilà son mode de fonctionnement. Une brute en un seul bloc, fruste et agitée de soubresauts malsains.

Le plus grand malheur est que cet élément des « forces de ‘lordre »  est jetable et immédiatement remplaçable. Les effectifs de police en Algérie sont parmi les plus étoffés du monde, en rapport au nombre de la population. Et le malheur est que les jeunes chômeurs qui sont en liste d’attente, pour un éventuel recrutement, se comptent par millions. On n’est pas sorti de l’auberge.

D.BENCHENOUF


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15 Commentaires sur cet article

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  • Alilou
    9 juin 2011 at 19 h 08 min - Reply

    @DB

    Toujours un plaisir a vous lire,

    Sauf vous avez entree une erreure au paragraphe suivant:(Il charge sa matraque de toute sa haine pour cette populace, et de tout son zèle pour le maître, et il il y met tout son coeur). Ce gars la n’a pas de coeur pour commettre autant de crimes avec autant de haine, il l’a remplacé avec une pierre tres riche en carbone.

    Autrement pour sortir de l’auberge, il faut qu’on change de systeme et de truands par un nouveau systeme juste et equitables et surtout mettre des vrais HOMMES a la place des voleurs.

    Je fume mon thé en relisant une seconde fois votre article et la boucle est bouclée




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  • rak
    9 juin 2011 at 19 h 51 min - Reply

    Salam, azul, bsr les ami(e)s

    Mr Benchenouf personne d’autre que vous n’aurait pu resumer la situation avec des mots aussi simples et justes.Vous avez decrit l’etat d’esprit de la quasi-totalité des policiers de notre pays et a mon humble avis votre constat peut s’appliquer aussi a la presque totalité des corps constitués (services de securité armée comprise) dans notre pays
    et je partage entierement votre sentence finale : » Et le malheur est que les jeunes chômeurs qui sont en liste d’attente, pour un éventuel recrutement, se comptent par millions. On n’est pas sorti de l’auberge.  »
    La bataille est rude pour remettre l’Algerie sur les rails et la debarasser de tout ces parasites mais comme le disait V. Havel  » les seules batailles perdues sont celles que l’on a pas menées »
    Donc ne deseperons pas, gardons le cap et la lutte continue

    Cordialement




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  • Amar
    9 juin 2011 at 20 h 48 min - Reply

    @rak:
    Vous citez uniquement les corps constitués.Mais on peut généraliser à beaucoup d’autres entités.C’est à qui cognera le plus sur l’autre,avec la rage en sus.Voyez les batailles inter-quartiers,juste pour un match de foot.C’est inné,chez-nous,on l’a dans le sang.C’est pour ça que la liste d’attente est tellement grande pour les éventuels recrutements.




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  • zaftoualaft
    9 juin 2011 at 21 h 38 min - Reply

    le problème devient éminemment psychologique. Il y a une convergence entre la mentalité d’un policier algérien et d’un SS hitlérien. Tous les deux sont inaptes à la liberté et tous les deux se soumettent aveuglément à leur maître. Ce conditionnement trouve son origine dans la cellule familiale algérienne. Famille nombreuse, éducation autoritaire conjuguées à une misère matérielle. Le produit est là : choppe le et il fonce. Il a entendu la voix de son maître. Si nous en sommes là c’est parce que la politique de l’éducation et de la natalité a été diaboliquement entretenue par les idéologues du chaos social. L’algérien doit trouver les ressources internes pour s’affranchir d’abord de l’autorité ensuite de la politique machiavélique. Mais il ne faut pas désespérer car tout à une fin. Dieu l’a ainsi décrété.




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  • Aomar
    9 juin 2011 at 21 h 44 min - Reply

    Votre description du policier algerien est presque exact,c’est en d’autres termes le dechet de la societe.Mon observation est que ces rates ne pourrons jamais venir a bout d’une population qui se revolte.Le plus grand mal vient de cette armee qui n’a rien de commun avec le peuple duquel elle issue.
    Composee a la base de jeunes juste lettres pour la circonstance,et au sommet de gens mediocres qui n’eprouverent aucun sentiment a executer 200 000 algeriens pures et races.La priorite des priorites est de transformer cette machine a tuer nos enfants.




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  • rak
    9 juin 2011 at 22 h 26 min - Reply

    @ Amar

    Je suis d’accord avec vous pour dire que la violence sous toutes ces facettes s’est banalisée chez nous.
    Mais comment voulez vous qu’il en soit pas ainsi quand le mauvais exemple est donné par:
    – ceux qui font les lois et qui s’empressent de les violer aussitot
    – ceux qui representent la loi
    – ceux qui sont chargés de faire respecter les lois( entre autres ces policiers objet de l’article de Mr Benchenouf)
    quand l’ecole est sinistrée
    quand la pyramide des valeurs est inversée
    quand tout se monnaye… etc…
    En revanche je suis pas d’accord avec vous quand vous dites que c’est inné chez nous, ca a été plutot volontairement et sournoisement innoculé au fil du temps par la maffia qui nous gouverne afin de mettre main basse sur notre pays indefiniment et sans aucune contestation de nul part.
    Non cher compatriote, nous ne sommes pas un peuple plus violent qu’un autre de nature, ils ont fait de nous des violents, la nuance est grande!

    Cordialement




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  • fateh
    10 juin 2011 at 0 h 04 min - Reply

    BARAKA ALLAHOU FIKA YA SI BENCHENOUF, cette description-analyse est reellement un texte d’antologie sociale sur le flic non pas Algerien,mais le flic du general…




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  • Koulou
    10 juin 2011 at 4 h 48 min - Reply

    Est-ce qu’on s’est auto-évalué nous-même sur notre comportement au quotidien?
    Est-ce qu’on a fait une rétrospective de notre moralité qui fait défaut au quotidien?
    C’est facile de blamer les autres quand nous-même n’avons rien à offrir en échange.
    Comme disent les sages: On blame souvent les autres pour leurs mépris envers leurs semblables mais on oubli que nous-mêmes méprisont nos semblables.
    NOU3IBOU ENNASSOU OUA EL 3AIBOU FINA.
    ON A MALHEUREUSEMENT HÉRITÉ DE LA CULTURE DU MÉPRIS ENVERS AUTRUI.




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  • dilmi kouraiche
    10 juin 2011 at 9 h 05 min - Reply

    Salam alaikoum, azoul.

    Ma conclusion c’est que la canne et tordue de la tête pour avoir une meilleure orientation pour l’applications des lois suite à la théorie de la formation il faut pas oublier l’éducation de la famille parce que c’est un problème de akhlak de base après, je connais pas mal de niveau bac+4 mais domage dans le comportement, le principe c’est ( min housn elmou3amala min housn ta3aloum).
    .




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  • Elforkan
    10 juin 2011 at 10 h 14 min - Reply

    «  »Ce policier qui tabasse les manifestants » »

    Attention à ne pas tomber dans le piège de dénoncer tout ce que fait le régime, parce que le régime est satanique, et approuver tout ce que font les manifestants, parce que les manifestants sont des anges !
    Ce genre de manifestants ( l’ayant vu à l’œuvre) sont pire que le régime, la plus part pour ne pas dire tous, cherchent à travers ces manifestations a crée un climat d’insécurité, propice aux agressions et vols et autres crimes….
    La révolte n’est pas synonyme de pagaille , pour qu’elle soit crédible, elle doit être encadrée par des personnalités connu pour leur culture, honnêteté et probité, et les manifestants , personnes de bonnes familles, pas par des voyous, des drogués et des prostituées ; n’oublier pas que ce genre de manifestants, sans foi, ni loi, sont de potentiels Beltadjis que le régime utiliseraient à son profit, à l’occasion.

    Faut pas tomber dans le piège et tout ce qui brille n’est pas forcément or !!!




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  • nabil alliche
    10 juin 2011 at 13 h 06 min - Reply

    @Elforkan
    parmi les manifestants il y avait des médecins résidents , donc svp ne dites pas n’importe quoi




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  • dilmi kouraiche
    10 juin 2011 at 17 h 12 min - Reply

    J’espère que les leçons de la tragédie nationale sont bien compris pour ne pas tombés dans les pièges de tous les niveaux, l’avenir de eldjazair c’est la liberté et la justice sociale mais avec le comportement exemplaire bien encadré.




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  • Elforkan
    10 juin 2011 at 18 h 15 min - Reply

    @ Nabil Alliche…oui, je le sais, il y a des médecins résidents,mais si l’on intervertisse les rôles vous verrez ces médecins tabasser des policiers, parce que ces médecins sont devenus policiers et les policiers médecins…je veux tout simplement dire que notre problème est très profond, ce n’est pas un problème de policier ou autre, c’est un problème de mentalité, notre mentalité a changé…
    C’est un problème d’éducation ((el akhlak)).
    Les policiers (en général) sont issus du milieu rural, donc le moins éduqué, et l’état , dans les casernes, n’est pas assez bête pour les éduquer, il en ferait de très mauvais policiers.




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  • Merzak OUABED
    11 juin 2011 at 18 h 48 min - Reply

    Vous avez fait là, une description du profil d’un de nos policiers. Vous n’avez rien omis sur le double plan social et psychologique. Cependant, je trouve votre description un peu trop large, qu’elle en devient standard. De manière, à ce que tout un chacun y trouve une part de son propre vécu et son propre profil. Par ailleurs, une époque semble avoir été occultée. Il s’agit de cette époque où le policier rasait les murs en se faisant tout petit. Oui, il ne savait plus où passer la nuit. Il avait tellement peur, qu’il n’avait plus confiance en personne. Il avait peur même de son ombre. Il ne bombait plus le torse et n’exhibait plus sa casquette, qu’il laissait volontairement sur la lunette arrière de sa voiture, lorsqu’il garait n’importe comment en créant des bouchons et autres embouteillages. Non, il était pressé d’ôter sa tenue en dehors des heures de service. Souvent, il arrivait même, qu’il soit identifié comme déserteur. A cette époque, les candidats ne courraient pas les rues et n’allaient pas frapper à la porte de la sureté nationale pour se faire recruter. Ainsi, il faut reconnaitre que dès le départ, le niveau intellectuel de nos policiers était du niveau primaire dans le meilleur des cas. Il fallait juste avoir une bonne constitution physique et savoir manier la matraque. Cependant, et d’un autre côté. Comme la population n’était pas nombreuse d’une part. Et comme l’on était sous l’effet de la révolution, l’indépendance, la reconstruction avec énormément de possibilité d’emplois et les valeurs séculaires de notre culture, il n’y avait pas trop de violence,et d’insécurité. Il n’y avait que les bousculades devant les stades lors des matchs de foot, et où les policiers jouaient à satiété de leurs matraques pour imposer l’ordre. Par ailleurs, il faut évoquer cette autre période des années 80, marquée par « la violence policière inégalée » pour mettre le holà à un manque de discipline et de civisme pour ne pas dire, une certaine hanarchie civique de la part des citoyens. Cette époque où la police était appelée « Hamma Loulou » a duré quelques mois seulement. Mais, il faut admettre que face à la matraque et aux autres verbalisation, l’on était devenus plus disciplinés, plus propres et plus respectueux des lois et des personnes. Alors faut-il se demander si la matraque et les sanctions pécunières nous sont nécessaires ? Le policier qui charge les citoyens qui viennent manifester et revendiquer pacifiquement le changement, en occupant la rue, le fait parce qu’il a reçu des ordres qu’il est tenu d’appliquer pour justifier son salaire et surtout la coquette augmentation perçue. La violence policière est tolérée pour ne pas dire autorisée, lorsque les revendications ont un caractère politique. N’a t’on pas vu les policiers tirer à balles réelles, en provoquant des dizaines de morts, durant le soulèvement des « Arouchs » après l’assassinat du jeune Massinissa. Avons nous oublié que pour des raisons politiques des députés, jouissant pourtant de l’immunité parlementaire, ont été bastonnés et chargés par les policiers sans états d’âme. Ceci dit, il faut admettre qu’un état de droits et un tout. L’application de la loi ne doit pas être partielle, sélective ou discriminatoire. Le marché informel qui s’est developpé et qui fait perdre à l’économie nationale des dizaines de milliards est un exemple évident de la démission de l’état et surtout du policier matraqueur.




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  • goual
    15 juin 2011 at 8 h 02 min - Reply

    L’algérien quel qu’il soit est un « jouisseur », pas au sens libidineux du terme(même si là aussi ,il y a beaucoup de choses à révéler) mais notre compère jouit
    en humiliant,en harcelant,en assujettissant ses subordonnés aussitôt promu à quelque poste de responsabilité…Quant aux damnés et autres miséreux d’hier,c’est un petit peu leur revanche sur leur sort:n’a t on pas vu des enseignants se faire tabasser par leurs anciens élèves aujourd’hui reconvertis policiers?Rien ne doit plus nous étonner,nous sommes en …Algérie.




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  • Congrès du Changement Démocratique