Édition du
25 July 2017

Algérie: Les Sahariens disent BASTA!

Djameleddine Benchenouf

En ce moment même où nous publions, des jeunes ont investi plusieurs quartiers de Ouargla, pour manifester leur colère, aux cris de « A bas la corruption ». Ce n’est pas la première fois, et plusieurs manifestations spontanées ont éclaté, au cours de ces derniers jours, à Ouargla et ses environs, ainsi qu’à Hassi Messaoud. Mais elles ont été vite dispersées.

Le régime, qui craint que cette région stratégique ne s’enflamme, use de toutes sortes de moyens pour tenter de désamorcer ces flambées de colère. En plus d’une répression brutale, et souvent disproportionnée, il n’hésite pas, pour diviser les organisateurs, à procéder à une forme de corruption, en proposant des crédits de micro-entreprises, ou des emplois, aux leaders du mouvement de protestation. Puis il fait circuler lui-même l’information sur ces défections monnayées, avec des détails glauques, pour semer le doute dans l’esprit des jeunes manifestants, et discréditer leurs leaders. Cela a toujours été, de toute façon, la méthode préférée du régime algérien.

 

 

Ce qui se passe au Sahara, depuis des décennies maintenant, est réellement révoltant. On se demande même pourquoi, et comment, les populations du Sahara ne se sont pas révoltées.

Dans cette région, dont les ressources hydrocarbures font vivre tout le pays, les populations autochtones sont livrées à leur propre sort, délibérément marginalisées. Une discrimination éhontée, pour l’accès à l’emploi, est pratiquée à leur encontre, de façon ouverte. Ces milieux du recrutement, qui ne tiennent aucun compte d’une législation et de réglementations du code du travail, pourtant très insuffisantes, se trouvent entre les mains de gens qui en font commerce, et qui refusent outrancièrement de se soumettre à une politique locale d’embauche. Ils invoquent souvent des impératifs de technicité, sensée ne pas exister chez les gens du sud, mais il existe pourtant  des cas où même des femmes de ménage, des gardiens et des chauffeurs sont ramenés du Nord. Mais, en aparté, ces décideurs de la « bourse du travail »  vous confient que les gens du sud sont par trop indolents, et que les compagnies étrangères ne souhaitent pas les recruter. Un comble.

Au Sahara, entre autres cultures, il existe des dizaines de millions de palmiers. Lorsqu’on apprend ce que coûte, en efforts inlassables, la culture et l’entretien d’un seul palmier, on comprend ce que labeur veut dire. La jeune pousse de palmier, après avoir exigé de longs mois de soins attentifs, doit être plantée dans un « Ghout » (Singulier de Laghouat) qui est une dépression de la taille d’un homme, pour que le jeune palmier ait les racines aux abords de la nappe phréatique. Comme le sable est instable, et qu’un vent au ras de terre comble régulièrement le « ghout », le fellah doit, chaque jour, vider de nouveau le sable qui a empli la fosse. Il emplit de ses propres mains des couffes qu’il charge sur son dos, ou au mieux sur une âne, pour aller les vider plus loin, sachant que demain il recommencera ce travail de Sisyphe. Pour chaque palmier. A longueur d’année, sans un seul jour de répit. Voilà ce qu’est le Saharien fainéant.

 

 

Mais il n’y a pas que cela. La même discrimination est pratiquée contre les gens du sud pour la distribution de terrains, de logements, de crédits, et tant et tant de droits qui leur sont déniés, sur leur propre terre. Les gens du Nord, dont certains adoptent à l’endroit des autochtones, j’allais dire des indigènes, une arrogance de colons, et même du mépris, et qui sont eux-mêmes organisés en des sortes de clans, en fonction de leur origine régionale, se partagent  toutes les bonnes affaires, ces miettes que les clients du régime leur laissent, dans cet eldorado où l’argent coule à flots.

 

 

Les gens du sud, naturellement placides, généreux et prompts à offrir tout ce qu’ils possèdent, ont été odieusement délestés de tout ce qui leur revient de droit, dans leur propre maison. Eux qu’on aurait dû privilégier, qui auraient dû avoir un droit naturel à l’emploi, au logement, au crédit, et surtout au respect, ont été traités en partie négligeable. Personne n’a été scandalisé par le sort qui leur est infligé, ni alerté par la colère qui montait. Parce que dans l’entendement des gens, ils n’avaient aucun droit au chapitre. En 1999, j’avais réalisé, pour le compte de Liberté, une enquête journalistique très étoffée, avec des chiffres, des faits, des constats plus qu’alarmants. J’y avais dépeint le traitement ignoble dont souffraient les Sahariens. L’article a été mis à la corbeille.

 

Mais tant va la cruche à l’eau…

Devant tant d’injustice, les Sahariens se sont révoltés. Les jeunes Sahariens ont clairement haussé le ton. Ils ont compris que leur bonhomie proverbiale a été ressentie comme de la faiblesse, parce que c’est toujours la mentalité de victime qui suscite l naissance du bourreau. Ils ont dit: Barakat! Et ils ont commencé à militer, pour arracher leurs droits par tous moyens, puisqu’on les leur déniaient. Une nouvelle génération de Sahariens était née.

Le régime, plutôt que de prendre le taureau par les cornes, et de mettre fin à cette injustice massive et généralisée, s’est contenté de pondre quelques dispositions  de pure forme, et ne s’est pas inquiété plus que ça de leur application sur le terrain. Par contre, là où il s’est distingué, ce régime qui ne peut agir qu’en conformité avec sa propre nature, il a mis en place une vaste manipulation pour dresser les Sahariens les uns contre les autres. Chaambas contre Mozabites, Souafas contre Ouraglas et Sahariens contre Sahariens, d’une façon générale. Une attitude de colons attardés.

 

 

Pourtant, malgré toute cette injustice, et toutes ces basses manœuvres, nous n’avons pas encore entendu les Sahariens revendiquer leur  indépendance, ni même leur autonomie. Parce que, tout simplement, les Sahariens sont emplis, à ras-bord, de leur algériannité, de leur attachement à un destin commun avec tous leurs compatriotes, dans le bonheur comme dans le malheur. Certains parmi eux, extrêmement rares, et ulcérés par une telle oppression, par cette incroyable injustice, ont eu des mots très durs, et ont franchi le tabou, pour dire qu’il était de leur droit d’être les premiers à tirer profit des richesses de leur propre terre. Cette attitude, somme toute légitime, leur a été reprochée par leurs propres aînés. Ils ont été rappelés à l’ordre, et sommés de ne plus proférer des mots qui pourraient menacer l’unité nationale. Ce que j’écris là est vrai! Je l’ai entendu de mes propres oreilles.

Mais cela n’a pas suscité, de la plus insignifiante manière, l’attention du régime, qui est tout à ses gros intérêts, dont les barons, les parents et les clients, se sont rués sur le Sahara, qu’ils déchiquettent à pleines dents, qu’ils perforent dans tous les sens, juste pour acheter la paix sociale, et pouvoir gonfler leurs gros compte de là-bas, pour mettre à l’abri leurs générations futures, parce qu’ils savent qu’ils mènent ce pays à la catastrophe, et qu’il faudra bien quitter le navire, le jour où il coulera.

 

 

Les jeunes du sud algérien, ces admirables compatriotes, tellement généreux, et qui aiment tant l’Algérie, sont entrés dans une phase nouvelle. Ils ont décidé de secouer le joug. Ils n’écouteront plus leurs aînés, parce que maintenant, ils sont déterminés à arracher leur droit à la dignité. Le régime, dont la capacité à l’entendement n’existe que dans une version mercantile, va continuer à se servir de la corruption des masses, pour neutraliser ces aspirations légitimes. Et en ce faisant, il va compliquer davantage le problème. Parce qu’il va injecter de la haine là où il n’y a que sentiment de frustration, et saine détermination.

 

 

Les populations du Sahara algérien ont été trop longtemps privés du bénéfice que nous tirons de la terre de leurs ancêtres, que nous dilapidons, et que les gros colons qui nous dirigent saignent sans compter.

A l’aube de l’indépendance, malgré les privilèges mirifiques que la France coloniale leur avait promis, ils ont refusé de se séparer de la mère patrie. Le fameux discours du Colonel Chabani, ce fier saharien, tué par des chiens,  a été significatif de l’attachement des Sahariens à leur Algérie. S’ils avaient accepté cette séparation, ils seraient aujourd’hui encore mieux lotis que les Koweïtiens.

 

 

Voici ce qu’aura été leur récompense!

Parce que ce régime qui nous opprime tous ne peut produire que de l’injustice et de l’ignominie, parce qu’il fait tout pour nous diviser, et surtout parce que nous mêmes, nous les Algériens, nous avons perdu le sens de la dignité et du partage. Parce que nous nous sommes laissés corrompre, parce que nombreux d’entre-nous, pourvu qu’ils en tirent de bien piètres profits, sont devenus les remparts de ce régime qui nous mène droit au chaos.

 

Vidéo de Chabani sur les tractations pour couper le Sahara de l’Algérie: http://www.youtube.com/watch?v=NFH3quJ0Xm0

 

 

D.Benchenouf


Nombre de lectures : 2230
11 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • ahmed
    19 juin 2011 at 19 h 58 min - Reply

    Bonjour,

    Le régime algérien,porte en lui les éléments de sa propre destruction . Sa bureaucratie,sa corruption,son banditisme et son manque de transparence,le condamnent à moyen et court terme à la dislocation et à la disparition . Plus ce régime dure, plus il causera de retard que l’Algérie aura du mal à combler . L’Algérie des généraux, ressemble à un corps malade où les dysfonctionnements provoquent des lésions en périphérie pour finir par un arrêt cardiaque et donc par une fin tragique . Ce qui se passe à Ourgla,annonce le début de la fin . Les autres régions doivent bouger pour exprimer leurs mécontentements et pour soutenir leurs frères à Ourgla .




    0
  • D B
    19 juin 2011 at 20 h 27 min - Reply
  • Sami
    19 juin 2011 at 20 h 35 min - Reply

    Les algeriens du sud ont subi bcp de ce regime maffiaux .. il les a marginalise au point ou dans tous les wilaya du sud tous les patients doivent deplacer pour se soigner au nord parcequ’il y a pas un hopitale ou un CHU dans tous les wilaya du sud, malgre ca ils etaient toujours patient et genereux mais ce regime de cons l’a pris comme faiblaisse … Il faut que tous les wilayas parceque ce regimme bandiste n’a epargne aucune de son mepris .. allez y les algeriens, si nous restons comme ca nous serons les derniers dans le monde arabe a arracher nos droits, malgre que nous etions les premiers a commencer
    Que Allah soit avec vous nos compatriotes de Ouargla !!
    Yahia Aljazair




    0
  • Si Salah
    19 juin 2011 at 20 h 58 min - Reply

    J’ai la chair de poule en ecoutant le Colonel Chaabani…Avez-vous jamais entendu un general ventru dire qu’il est le « valet du peuple »…Et dire que les khoubatha comme Bencherif ont humilié Chaabani avant de l’executer…Ah les traitres!

    Allah yarham echouhada!

    Si Salah




    0
  • Si Tchad
    20 juin 2011 at 11 h 51 min - Reply

    Le sommet du ridicule atteint: la « commission » Bensalah recoit…Raouraoua, president de la Federation Algerienne de….Football.

    Alors, quelle solution pour sortir l’Algérie de l’abime: 4-2-4 ou 4-3-3?

    yal khaoua tkhaltouli enouamar…

    Si Tchad




    0
  • HAMED
    20 juin 2011 at 13 h 43 min - Reply

    J’ai travaillé au sud,j’ai vu des mes propres yeux,comment les gens du sud vivent, dans la misère totale,a part les harkis sahraoui du pouvoir,juste une minorité, il faut que ça change,c’est leurs droits,si demande ils vont prendre les armes pour défendre leurs dignités,ou ils demanderons la séparation entre le sud et le nord,et oui avec le temps ils le feront,avec l’aide de la France,ils vont nous rabâché encore,que c’est des terroristes, alors les plus grands terroristes en algérie, c’est les crapules du pouvoir.




    0
  • IDIR
    20 juin 2011 at 14 h 45 min - Reply

    Écrit par Mohamed Harbi (historien)

    Le monde arabe est entré les mains nues dans son avenir

    Avec la révolution tunisienne, le monde arabe est entré en mouvement. L’heure n’est plus aux aventures populistes d’origine militaire mais à l’intervention non violente de peuples enchaînés sur l’arène politique. Dans chaque pays et à l’écoute des voisins, les masses découvrent ce qu’elles ont de commun, se mobilisent et, les mains nues, affirment pacifiquement leur volonté d’exercer leur influence sur la vie publique.

    Source : utopie critique 53




    0
  • EL HASSI
    20 juin 2011 at 16 h 11 min - Reply

    En ce moment, il se passe quelque chose de très grave au sud en matiée d’emploi dont les auteurs du mal ne sont autres que les directeurs des ressources humaines des associations de SOnatrach avec les partenaires etrangers. Une operation d’integration des agents qui travaillés avec des sociétés de placement pour le compte de sonatrach (BAAT, service plus, etc.)est en voie d’etre finalisée, sur le dos de la POPULATION DE CHOMEURS D’OUARGLA qui en réalité sont prioritaires parceque les premiers contrats qui viennent d’etre signés par des agents retenus par sonatrach sont à type à durée indéterminée et se sont des gens qui viennent du nord, une injustice vient d’etre commise par SONATRACH, il faut que les pouvoirs interviennent pour arreter le massacre, LE CLIENTELISME DAÏR HALLA.. LES FILLES PAPICHETTES CELIBATAIRES SONT RETENUS D’office pour le plaisirrrrr des expatriés de jour comme de nuit oua elfaham yafham….la loi de decembre 2004 sur le recrutement donne la priorité aux gens du sud




    0
  • meghress19
    21 juin 2011 at 22 h 26 min - Reply

    Merci Monsieur Benchenouf! En vous lisant je vous admire de plus en plus pour votre sens de l’equite, chose un peu rare ces derniers temps. Vous etes un homme d’honneur au sens propre du terme.




    0
  • moustaqim
    23 juin 2011 at 3 h 12 min - Reply

    Salam,
    Bravo pour l’article M Benchenouf, déja en 1986 j’ai été choqué de voire cette population qui vivaient au dessus d’ immense gisements utilisaient des chambre à air de camions laisser sur les routes au lieu de jerricans pour transporter leurs eaux.
    une pensée pour Idir ayant fait une belle chanson sur le sujet, les touaregs en l’occurrence.




    0
  • ELFINGA
    9 juillet 2011 at 15 h 08 min - Reply

    @ELHASSI:

    Vous appelez la permnisation des agents qui vivaient dans le doute une chose tres grave !!! Sachez que le sud appartient a tout les Algerien non seulement a ceux du sud – Arretez SVP avec cette mentalité de régionalisme – c’est vrais y a de le hogra c’est vrais y des depassements mais c’est ainsi partout en Algerie pas seulement a Ouaregla – Si non pour le clientelisme sachez que les gens avec les « Ktef » sont casés dans des postes pres de chez eux avec des salaires triple de ceux proposés ici au sud ils ont pas besoin de fair le deplacement au sud.




    0
  • Congrès du Changement Démocratique