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21 July 2017

Syrie: 100 jours de brutale répression

In L’Express.fr

Par , publié le 24/06/2011 à 17:22

AFP

Retour sur 100 jours de contestation et de répression brutale en Syrie.

Le 15 mars, un rassemblement est organisé à Damas, à l’appel d’une page Facebook intitulée « la révolution syrienne contre Bachar al-Assad 2011« . Quelques dizaines de Syriens, encouragés par les soulèvements populaires dans la région, bravent l’interdiction de manifester. Les jours suivants, des rassemblements ont lieu à Baniyas, dans le sud-ouest, mais surtout à Deraa, près de la frontière jordanienne. L’étincelle y est partie de l’arrestation de quelques écoliers accusés d’avoir griffonné des slogans contre le régime sur des murs de la ville. Les manifestations de la population exaspérée par l’arrestation des enfants sont réprimées, faisant, une centaine de morts, selon des informations fournies par des militants des droits de l’Homme, le 23 mars.

La contestation s’étend et des violences meurtrières touchent Lattaquié, dans le nord-ouest de la Syrie. Comme en Tunisie et en Egypte, les manifestations augmentent d’intensité le vendredi, jour férié, après la prière hebdomadaire: « Notre date est vendredi: de toutes les maisons, les lieux de prière, chaque citoyen, chaque homme libre doit se rendre sur les places pour une Syrie libre », lit-on dans un appel posté sur Facebook.

Valse-hésitation du régime

Les revendications des habitants de Deraa sont « légitimes », déclare, le 24 mars, Boussaïna Chaabane, conseillère du président Bachar el-Assad. Elle annonce que la Syrie envisage d’annuler la loi d’urgence, en vigueur depuis 1963, et lutter contre la corruption. Et après une semaine de répression, plus de 250 détenus politiques sont libérés, sans pour autant contenter les protestataires.

Syrie: 100 jours de brutale répressionBachar el-Assad

afp.com

Le 30 mars, au lendemain de la démission du gouvernement, Bachar el-Assad prend la parole à la télévision, mais au lieu d’annoncer la levée de l’Etat d’urgence, il dénonce une « conspiration » contre son pays. Il semble que ses velléités de réformes, déjà freinées à plusieurs reprises dans le passé, aient été bloquées par l’aile dure du régime, dont une partie de sa famille, qui a fait main basse sur le pays.

Le régime saupoudre néammoins quelques mesures pour tenter de calmer les manifestants. Ainsi, il nomme un nouveau gouverneur à Deraa, le 4 avril; le 7, il annonce la naturalisation de quelque 300 000 de Kurdes, privés de leur citoyenneté dans les années 60, puis un nouveau gouvernement est formé le 14 avril.

Syrie: 100 jours de brutale répressionidé

Mais la répression continue, notamment à Deraa où 17 personnes sont tuées le 7 avril, et où les forces de sécurité tirent sur les personnes venues assister aux funérailles des victimes de la veille. A son tour, la ville de Banyas, est encerclée par l’armée, le 10 avril. Le 13, la contestation gagne Alep.

Levée de l’Etat d’urgence

Le Président syrien annonce finalement la levée de l’Etat d’urgence le 16 avril: « Le sang versé nous fait beaucoup de peine », déclare-t-il, avant d’ajouter que le régime ne ferait preuve d’aucune indulgence contre les « saboteurs ». Mais, alors que les arrestations d’opposants se poursuivent, Bachar el-Assad ne convainc pas, et de nouveaux appels à manifester sont lancés le lendemain.

Le 21 avril, le président promulgue des décrets, sur la levée de l’état d’urgence, l’abolition de la Cour de sûreté de l’Etat et une nouvelle réglementation pour les manifestations: mais dès le lendemain, un vendredi, les forces de l’ordre tirent à balles réelles pour disperser des manifestations toujours plus nombreuses de l’opposition, faisant plus de 80 morts selon des témoins.

Deraa assiégée

Alors que la contestation se poursuit à Deraa, la répression se fait chaque jour plus brutale. L’armée entre dans la ville le 25 avril et assiège le quartier d’où est partie la fronde, selon un reportage publié dans Le Monde (payant), puis la bombarde. Et le 29, au moins 66 manifestants sont tués selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. L’armée intervient à Homs, à Al Rastan dans le centre du pays et à Tafas, dans la province de Deraa, début mai.

Prisons et torture

De rares témoins -les journalistes ne sont pas autorisés en entrer dans le pays, et les informations proviennent de vidéos postées sur Internet– dont le journaliste Khaled Sid Mohand, collaborateur de France Culture, détenu 3 semaines à Damas, rapportent l’usage de la torture dans les prisons, qui regorgent d’opposants. Et le 1er juin, l’association Human Rights Watch dénonce des « crimes contre l’Humanité ». L’une des victimes de la torture, Hamza al Khatib un adolescent de 13 ans, devient le symbole national de la révolte.

Le régime continue de souffler le chaud et le froid

Le 13 mai, alors qu’il a déployé des chars dans plusieurs villes du pays, L’Etat syrien promet d’ouvrir « un dialogue national » incluant l’opposition, et le 31, Assad décrète une amnistie générale et fait libérer 450 prisonniers politiques. Puis Damas annonce la création d’une commission chargée d’élaborer un projet de loi sur les partis politiques. Le 20 juin, le président syrien, dont c’est la troisième intervention publique, promet une nouvelle fois des réformes, mais pas dans le « chaos » qu’il entend faire cesser. Il appelle à un « dialogue national » pouvant déboucher sur une nouvelle Constitution.

De son côté, l’opposition, réunie à Antalya en Turquie le 2 juin a estimé que l’amnistie était « insuffisante » et avait « trop tardé. »

Jisr el-Choghour, autre ville martyre

Pendant ce temps, le décompte macabre des villes martyres se poursuit. 65 civils tués, dont 60 à Hama le 3 juin, 35 morts à Jisr el-Choughour, dans le gouvernorat d’Idlib (nord-ouest) le 5. Dans cette ville, 120 policiers sont tués le 6, selon Damas qui accuse des « groupes armés », alors que des militants et témoins évoquent une mutinerie matée par le régime. L’armée y envoie des renforts le lendemain. Le ratissage meurtrier qu’elle opère dans la province d’Idlib provoque la fuite de centaines de réfugiés dans la Turquie voisine qui hausse le ton, accusant Damas d' »atrocités ».

Diaporama(s)

Paroles de réfugiés syriens

Cliquer sur la photo pour voir le diaporama.

REUTERS/Umit Bektas

La communauté internationale embarrassée

Les pays étrangers mettent du temps à réagir à la situation en Syrie. Paris dénonce des « violences inacceptables la fin mars, puis une « situation inacceptable » le 26 avril, tandis que Ban Ki-moon, fait part de son « inquiétude croissante ». Mais pas question d’une déclaration formelle de l’ONU condamnant les violences, la Chine et la Russie s’y opposent. L’Afrique du Sud, l’Inde et le Brésil aussi. Les pays voisins sont également embarassés par la situation, tant la Syrie est un acteur prééminent dans la région.

Les premières sanctions viennent d’Europe, le 9 mai. Bruxelles décrète un embargo sur les armes et sanctionne 13 hauts responsables. Bachar el-Assad et neuf autres personnes sont ajoutés à ce premier groupe le 23 – Le 18, c’est au tout de Washington de sanctionner Assad et six autres responsables.

Cent jours après le début de la crise, la situation est loin d’être débloquée. La répression a fait plus de 1.300 morts parmi les civils et entraîné l’arrestation de plus de 10.000 personnes, depuis le 15 mars, selon des ONG syriennes.


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