Édition du
28 March 2017

13 ans après l’assassinat de Matoub Lounés : A quand le véritable procès?

Affaire de l’assassinat de Matoub Lounès
Le procès aurait lieu cet été
El Watan, 28 juin 2011

L’opinion publique demande des explications sur la longue détention «provisoire» de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui,
les deux principaux accusés de l’assassinat.

Treize ans après l’assassinat du chanteur Matoub Lounès, l’appareil judiciaire a bouclé l’enquête complémentaire demandée par la veuve Nadia Matoub. Celle-ci, ainsi que ses deux sœurs Ouarda et Farida Brahimi, qui accompagnaient le chanteur le jour de l’attentat, le 25 juin 1998, ont été auditionnées par le président du tribunal criminel de Tizi Ouzou en 2008 et en 2009. Le rajout de ces éléments au dossier a été apprécié positivement par l’avocat et sa cliente. L’avocat de Nadia Matoub, Me Salah Hannoun, déclare : «Selon les dernières informations en ma possession, le président du tribunal criminel en charge du dossier a terminé son travail. Dans ce cadre, il a auditionné longuement Nadia Matoub et ses deux sœurs, en sus des deux accusés. Il est important de savoir que la liste de témoins présentée par Malika Matoub (la sœur du chanteur, ndlr) n’a pas été suivie dans son ensemble. Le juge n’a pas jugé utile l’audition de personnes qu’il a considérées comme n’ayant pas de lien avec le dossier et dont le témoignage n’est pas utile.»

Selon l’avocat, le tribunal criminel est dans l’obligation de suivre l’arrêt de la chambre d’accusation et ne peut donc pas incriminer d’autres personnes, estimant que pour ce procès, les deux accusés seront les seuls à être jugés. A en croire les parties concernées par ce dossier, l’on s’attend à une audience, tout étant achevé sur le plan légal. Toutefois, des interrogations entourent le cas des deux accusés «en détention arbitraire, un arbitraire d’Etat qui dit son nom. Sans être jugés par un tribunal, les accusés se retrouvent de facto avec une peine. C’est inadmissible et illégal», estime encore l’avocat. L’opinion publique demande des explications sur cette longue détention de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, les règles régissant la détention provisoire étant largement dépassées. Me Hanoun estime que cette détention inqualifiable ne rend pas service à l’indépendance de la justice. Cependant, selon des sources crédibles, il est possible que le dossier soit programmé à la fin de la session actuelle du tribunal criminel pour trois raisons principales : rôle encore non clôturé, dossier en état d’être jugé et pression populaire.

Pour rappel, un rassemblement a eu lieu dimanche dernier devant la cour de justice de Tizi Ouzou pour «revendiquer la tenue d’un procès juste et équitable» à l’appel de la fondation Matoub. Bon nombre d’observateurs expliquent la non-tenue du procès depuis 10 ans en raison des retentissements qu’il pourrait avoir sur la scène politique. La rue, en Kabylie, considère que la responsabilité du pouvoir dans cet assassinat est engagée. A ce propos, Me Hannoun ajoute : « Juger deux personnes dans des conditions douteuses n’est pas un gage de crédibilité pour ce procès, puisque la chaîne des responsabilités pénales n’a pas été remontée. Ceux qui sont en charge de ce dossier sont conscients que la revendication de justice et de vérité sera toujours une exigence populaire.» Outre ces atermoiements de l’institution judiciaire, l’affaire Matoub n’arrive pas à constituer autour d’elle un front uni de la part de la famille ; d’un côté la veuve, Nadia Matoub, de l’autre, Aldjia la mère et Malika la sœur.

Saïd Gada

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Malika Matoub. Présidente de la fondation Matoub Lounès
«On ne sait toujours pas comment Lounès est mort»

El Watan le 28.06.11 | 01h00

Dans cet entretien, Malika Matoub, la sœur du chanteur assassiné le 25 juin 1998, revient sur le procès de l’affaire qui serait programmé pour la mi-juillet.

– Treize ans après l’assassinat de Matoub, où en est l’affaire ?

Treize ans après, l’affaire piétine toujours. Ils sont dans la même logique et le même scénario du début. On est en 2011 et c’est ce même scénario qu’ils veulent maintenir. En somme, c’est le statu quo ! Je trouve qu’il est vraiment dommage que 13 ans après, l’on ne sait toujours pas – avant d’arriver à qui a tué Lounès – comment il est mort. Aucune étude balistique, aucune reconstitution des faits, rien n’a été fait. Sans reconstitution des faits, je ne vois pas comment la justice va déterminer les coupables.

– Pas de nouveaux éléments donc par rapport à l’enquête initiale…

Il n’y a rien de nouveau dans cette affaire par rapport à l’enquête initiale. Ce que la famille avait demandé, c’est l’audition des acteurs politiques et culturels de l’époque. On a présenté une liste de 51 personnes et on a demandé aussi à ce que la reconstitution des faits se fasse en présence des 3 victimes, à savoir ma belle-sœur et ses deux sœurs (présentes avec Matoub le jour de son assassinat, ndlr). Ce qui n’a jamais été fait.

– Vous avez déclaré, avant-hier, que le procès prend une tournure politique…

Dès le départ, c’était un procès politique, sinon je ne vois pas pourquoi toute cette lenteur à répondre aux exigences de la famille. Ce dossier a été beaucoup plus réglé sur le plan politique. L’assassinat de Matoub Lounès a été aussi géré plus politiquement que judiciairement.
C’est pour cette raison qu’on se retrouve aujourd’hui dans cette situation où il y a amalgame et anarchie totale. Or, si l’on revient au point de départ, il y a eu assassinat, donc la justice s’autosaisit d’office. Et dans une affaire criminelle, tous les indices et autres déclarations sont les bienvenus. Cependant, il faudrait que le juge instructeur se décide à auditionner toutes ces personnes.

– Qu’est-ce qui bloque, selon vous, la tenue de ce procès ?

A mon sens, c’est parce qu’il n’y a pas d’élément à l’intérieur de ce dossier. C’est une coquille vide. Il s’agit d’une affaire criminelle qu’on ne peut pas juger sans éléments précis. En tant que partie civile, ma mère et moi avons exigé, dès le départ, au risque de me répéter, la reconstitution des faits. C’est capital. Il ne peut pas y avoir de procès Matoub sans qu’on sache comment il est mort. Je défie quiconque de me dire comment il est mort. Jusque-là, ce ne sont que des spéculations. Il n’y a aucun rapport de médecin ou de police scientifique qui dise : voilà, il a été tué par un sniper ou un amateur, on ne le sait pas encore ! Cette question de comment Matoub a été assassiné ne soulève pas une autre question politique, à savoir si c’est tel groupe ou tel autre qui l’a tué. Pourtant, c’est quelque chose de très  simple : il faut faire une étude balistique en tenant compte des déclarations de Nadia (la belle sœur), Ouarda et Farida et en tenant compte, surtout, du premier rapport de gendarmerie qui pose problème.
Mon souhait est que les gendarmes soient aussi présents à ce procès pour nous expliquer comment ils ont rédigé leur premier rapport, en insistant sur le fait que ce n’est pas Ouarda qui était présente, mais Brahmi Fatma, sa grande sœur. On ne peut pas se tromper de nom et de date de naissance. Il faudrait donc une clarification. Par la suite, on peut arriver à qui a tué Lounès. On ne sait  pas encore s’il s’agit d’un faux barrage, d’une embuscade ou d’un guet-apens. On est dans le flou total depuis 13 ans. Pour nous, toutes les thèses sont discutables, mais je ne peux pas accorder de chèque en blanc ni à une thèse islamiste ni à une thèse militaire. Il n’y a que l’enquête qui pourra la déterminer.

– En parlant de Nadia Matoub, pourquoi ne faites-vous pas cause commune dans ce procès ?

La famille s’est constituée partie civile, si elle veut se joindre à nous, il n’y a pas de problème. Nous n’avons aucun a priori.
Ce qu’on a dit dès le départ, c’est qu’elle a subi des pressions pour qu’elle désigne le GIA comme étant l’auteur de l’assassinat. Ces personnes doivent être auditionnées. Dans l’interview accordée en 2000 à Libération, elle avait reconnu avoir subi des pressions du RCD pour obtenir des visas pour ses sœurs. Et quand il y a des pressions sur des témoins, il est légitime que l’autre partie (ma mère et moi)  prenne avec des pincettes ce qui vient de Nadia. S’il y a pression, il y a forcément confusion. C’est à la justice d’effacer cette confusion en procédant à une véritable enquête, en convoquant les auteurs des pressions. Il est légitime que la défense de Chenoui et Madjnoun demande la programmation du procès, mais ce n’est sûrement pas le procès Matoub. Qu’ils les jugent, mais on n’en est pas encore au stade des auteurs de l’assassinat. Je ne vois vraiment pas de lien.

Ahcène Tahraoui

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Me Boubaker Aït Habib. Avocat de Malik Madjnoun
«12 ans de détention provisoire, c’est un cas unique au monde»

El Watan le 28.06.11 | 01h00

– Le procès de l’assassinat de Matoub sera-t-il programmé en juillet prochain ?

Le travail du supplétif d’information a été clôturé le 16 juin dernier. Le magistrat chargé de ce complément d’instruction a signifié au procureur général la fin de l’enquête. Le procureur général a demandé à la présidente du tribunal criminel de programmer le procès. Malik Madjnoun a eu la visite du président de la cour, qui l’a rassuré quant à la disponibilité de sa structure pour enrôler l’affaire durant la session en cours. Le directeur de la prison lui a confirmé aussi que le procès aura bel et bien lieu en juillet prochain. Malika Matoub a également confirmé que le parquet général l’a assurée que l’affaire de l’assassinat de son frère sera programmée avant la fin de la session criminelle en cours.

– Votre mandant est en détention provisoire depuis 12 ans. Un commentaire ?

Le procès doit avoir lieu pour mettre fin au calvaire de Malik Madjnoun qui est en détention provisoire à la maison d’arrêt de Tizi Ouzou depuis plus de 12 ans. Ce cas est unique au monde. S’il est coupable, on se demande pourquoi avoir attendu tout ce temps pour le juger. S’il est innocent, il n’y a pas de mots pour qualifier ce genre de gestion de la détention provisoire, devenue une règle générale au lieu d’être une exception.
Si on le condamnait à une période égale à la période de sa détention, ce serait une fuite en avant de la justice algérienne afin de couvrir les vrais assassins de Matoub.
Nous insistons sur le fait que nous soyons en parfait accord avec la famille du défunt pour éclaircir cet ignoble assassinat et faire connaître la vérité sur la disparition de Lounès. Notons que ce procès à caractère politique empoisonne plus l’accusé qui, depuis 12 années, clame son innocence, que les vrais commanditaires de ce crime. Le procès de Chenoui et Madjnoun ne résoudra pas la question épineuse de l’assassinat de Lounès Matoub.
Pendant que l’ignoble crime contre le chantre de la chanson amazighe se produisait, plusieurs personnes sont prêtes à témoigner que Malik Madjnoun était, à l’heure dite, dans un restaurant du centre-ville de Tizi Ouzou. Aucun citoyen de la région ne doute de l’innocence de mon mandant après près de trois années d’instruction complémentaire. Nous pouvons fournir des preuves à la justice.

Hafid Azzouzi





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6 Commentaires sur cet article

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  • Ameziane
    28 juin 2011 at 20 h 14 min - Reply

    Affaire Matoub. La vérité et la justice d’abord, avant tout !
    La vérité et la justice doivent être les maitres-mots, les leitmotivs dans cette affaire, cet « assassinat politique ». Tout doit être fait pour la manifestation de la vérité, et pour que la justice soit faite. Il faut faire appel à tous les « vrais opposants », les militants authentiques, et les démocrates réellement opposés au Régime militaro-mafieux et ses alliés « les extrémistes de tous bords ».
    S’il ne fait aucun doute que la SM-DRS est le commanditaire, les exécutants sont aussi connus. Ce sont ceux-là même qui avaient « exécuté » le fameux vrai-faux rapt dans une villa d’Ath Erveh, au lieu dit « Atranchy », tout prés de Thassafth Ouguemmoune…sur ordre de la dite Police politique secrète d’Etat qui a sponsorisé, propulsé et mis au devant de la scène certains prétendus « leaders » et micro-partis locaux, qui sont directement liés à cette affaire…..
    Aujourd’hui nous avons plusieurs documents importants relatifs à cet assassinat, les textes du MAOL, ces officiers dissidents, les Réseaux Merbah, en exil aux USA, la Grande-Bretagne et l’Espagne, plusieurs textes pertinents sur les sites « algeria-watch » et « algerie politique », Malika, la sœur du défunt avait même désignés certains noms connus, dont on sait partout en Kabylie que ces gens-là sont Agents intégraux de la SM depuis leur prime jeunesse, et aujourd’hui faisant fonction de porte-flingues du DRS devant les médias et à l’Assemblée-croupion, et dont le micro-parti n’est autre qu’une officine, une succursale, une agence de la la Gestapo du Régime dictatorial ! « Un bébé-éprouvette » crée « avant termes » dans les Laboratoires des Généraux Belkheir et Ayyat ( Patron de la SM)…
    Après son éviction du RCD, Ferhat avait promis d’écrire « Clair-obscur » où il allait révéler tout ce qu’il savait sur cette sombre affaire, et donner les noms des neuf militants chargés d’organiser la pseudo-séquestration à Ath Erveh, mais en vain. Un énième promesse non tenue ! Grave pour une affaire si grave !
    Matoub avait été assassiné après son coup de colère où il avait menacé de révéler les manipulations et machinations dont il était victime de part de ces faux-opposants et alliés du Régime militaire. Djaout était, lui aussi, assassiné après son clash avec ces ponce-pilâtes, Mammeri, après avoir refusé de leur apporter sa caution morale à la création illégale, « avant termes »…




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    28 juin 2011 at 23 h 59 min - Reply

    Et si la justice était d’abord rendue aux victimes expiratoires qui croupissent en prison depuis douze ans, cela permettrait de défricher le terrain, l’affaire Matoub, n’a pas livré tous ses secrets, mais comme la vérité se passe d’une autorisation, tout finira par etre su, le plutot vaut le mieux
    On peut mentir longtemps, mais le peut-on tout le temps ?




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  • Rédaction LQA
    29 juin 2011 at 12 h 30 min - Reply

    Assassinat de Matoub Lounès
    Les clarifications de maître Hannoun
    El Watan, 29 juin 2011

    En ma qualité d’avocat-conseil de la veuve Nadia Matoub et en accord avec elle, je tiens à apporter les clarifications suivantes afin d’éviter l’amalgame et l’incompréhension qui sont entretenus sciemment.

    Les trois personnes accompagnant Lounès Matoub le jour de son assassinat sont sa femme Nadia et ses deux sœurs, Farida et Ouarda. Il n’y a eu aucune autre personne ni de la famille ni autre. Ces trois personnes sont des témoins importants. Il est donc surprenant que des parties veuillent exclure le seul témoin (parmi ces trois) en mesure d’identifier visuellement celui qui a achevé Lounès. Les trois sœurs, en sus d’être des témoins oculaires, sont avant tout des victimes de ce lâche attentat ayant coûté la vie au chanteur et militant Lounès Matoub. Toutes trois ont reçu plusieurs balles (des certificats médicaux en font foi). Jusqu’à ce jour, elles continuent de soigner les séquelles physiques et morales de ce lâche attentat.

    Depuis le début de la procédure judiciaire, les trois sœurs ont toujours répondu aux convocations de la justice et ont été auditionnées sur PV officiels. La dernière procédure est celle accomplie par le président du tribunal criminel en février 2010, jusqu’à une heure tardive de la nuit, dans le cadre du complément d’information qu’il avait ordonné en juillet 2009, à la demande de Malika Matoub. Durant cette dernière audition, des éléments d’information supplémentaires ont été confiés au président du tribunal criminel et transcrits sur PV officiels. Mme Nadia Matoub s’est déjà constituée partie civile. C’est en cette qualité qu’elle assistera à ce procès durant lequel elle confirmera ses déclarations et ses témoignages antérieurs devant la justice. Concernant le procès Matoub, de facto c’est un procès politique. De ce fait, la justice et la vérité sont inhérentes à un Etat de droit. Ce qui est loin d’être le cas présentement.

    Me Salah Hannoun




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  • mario
    2 juillet 2011 at 15 h 49 min - Reply

    Affaire Matoub: témoignage émouvant de Mohamed Cherbi !
    9 juillet, 2008 Posté dans Affaires en justice en Algérie

    Je travaillais dans un parking de voitures tout à côté de l’hôpital à Tizi-Ouzou. Le 27 février 2002 à 11h 30 j’ai vu une voiture arriver. L’ami qui travaillait avec moi a vu trois voitures. Deux hommes en civil en descendent et se dirigent vers moi. Chacun me prend par un bras et ils m’ordonnent de les suivre. A ce moment je ne sais pas qui sont ces hommes, sont-ils des policiers, des gendarmes, des hommes de la Sécurité militaire ? Ils ne m’ont rien dit d’autre, ne m’ont pas annoncé que j’étais en état d’arrestation. Ils ne m’ont même pas demandé si j’étais bien M. Cherbi. Ils m’emmènent vers la voiture, me mettent un sac noir sur la tête et placent des menottes. Ils essaient de m’apaiser: “t’inquiète pas Mohamed, il faut être correct avec nous, tu es en sécurité avec nous, rien ne t’arrivera”.
    Je pensais que j’étais arrêté en raison des évènements en Kabylie auxquels j’avais participé.

    Là où je travaille, le secteur militaire n’est pas loin et le central de police non plus. Le trajet a duré quelques minutes. En fait cinq minutes après l’arrestation, je me trouvais dans un bureau. Je pensais que j’étais au Central. On m’a enlevé la cagoule. Les trois qui m’ont arrêté sont dans la pièce, l’un d’entre eux s’appelle Kader, il est de Ain-Defla. C’est un agent du DRS et c’est lui qui me torturera.

    Un monsieur entre avec un gros dossier entre les mains. Il ferme la porte derrière lui et c’est là que je vois que derrière cette porte est accrochée une tenue militaire de combat. Et je comprends que je me trouve au secteur militaire.

    L’homme qui est entré m’aborde en disant: “sois avec nous, viens avec nous, n’aies pas peur”. Je réponds que je n’ai rien fait, que je travaille et c’est tout, il rétorque: “je sais que tu n’as rien fait mais sois correct avec nous, sois un homme, t’inquiète pas.” A ce moment, ils ne m’ont toujours pas dit pourquoi j’ai été arrêté. Ils m’ont complètement déshabillé et mis tout nu dans une toute petite cellule. Ils m’ont laissé pendant trois heures tout nu, puis Kader est venu et m’a remis mes habits. Puis ils m’ont amené dans le bureau d’un certain commandant Nahal Rachid (Ce n’est plus tard que je saurai son nom). Il me montre des petites cassettes vidéo, et il me dit: “ce sont des cassettes de Matoub, veux-tu les voir?”. Je réponds: “que vais-je faire avec?”. Il me dit: “Je vais t’envoyer à Alger, tu as du travail avec les gens d’Alger, sois un homme. Tu collabores avec eux, ensuite ils te relâcheront et tu reprendras ton travail”. Je répète que je n’ai rien fait, que je veux rentrer à la maison. Mais rien à faire, ils ont décidé de m’emmener à Alger. On me ramène dans la cellule où je suis enfermé pendant trois jours. Je n’ai pas eu à manger, ni à boire. Ce n’est que le samedi matin que Kader m’en sort. Il me bande les yeux mais je vois un peu par en haut et en bas. Quand il s’en rend compte il me met un sac noir sur la tête.

    Ils m’ont transféré dans une voire noire. Ils étaient quatre. J’étais entre les deux homes assis derrière, ils m’ont couvert de vestes pour ne pas qu’on me voie de l’extérieur. Je pensais qu’ils m’emmenaient à Alger, en fait je suis arrivé à Blida.

    En réalité je me trouve au CTRI de Blida à Haouch Chnou. Ils me font entrer dans une pièce et me “cuisinent”. Le colonel M’henna Djebbar y est. A ce moment, je ne sais pas qui est cet officier. Je raconterai plus tard comment j’ai su qu’il s’agissait de lui. Il veut que j’avoue avoir vu les assassins de Lounès Matoub. Les militaires me montrent les photos de cinq personnes: Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel. Deux sont en prison, les autres ont été abattus. Ils veulent me faire dire que le jour de l’assassinat, mon père et moi nous nous trouvions sur place et qu’à 13h 13mn on aurait entendu des coups de feu et vu comment ces cinq personnes avaient tué Matoub. Je n’avais jamais vu Chenoui, je l’ai rencontré pour la première fois plus tard en prison. J’ai dit que je ne pouvais dénoncer des gens que je ne connaissais pas du tout; je ne pouvais pas faire un faux témoignage. Ils ont prétendu que mon père avait donné cette version. A l’époque j’étais mineur. Mais je ne pouvais pas dire une chose pareille, dans ce cas, comment justifier que je n’en avais pas parlé auparavant aux autorités? Matoub avait été tué en juin 1998, on était en avril 2002. Ils me menacent: “Tu sais que des gens qui entrent ici, rares sont ceux qui en ressortent”. Je réponds, que je préfère mourir que de dire des mensonges. Ils me mettent dans une cellule dans laquelle je reste environ une semaine – 10 jours sans en sortir. La cellule est toute petite, je ne peux pas m’étendre et il y a des gouttes qui tombent du plafond. C’est insupportable. Tous les matins à 6h environ, on me sort pour aller aux toilettes qui sont extrêmement sales. Je n’ai pas le droit d’y rester plus d’une minute et demi et ce menotté.

    Il y a des cellules à côté de la mienne. Et je sais qu’il y a des prisonniers. Nous ne pouvons pas communiquer mais nous nous manifestons en frappant avec nos menottes au mur, en fait pour nous réconforter les uns les autres. Un jour, tous ont été emmenés, je ne sais où. Je restais seul mais peu après ils m’ont emmené au bureau. Djebbar y est, en civil. Il y a un autre civil qui s’avèrera être un député du RCD, Nourredine Ait-Hammouda, mais à ce moment, je ne sais pas qui il est. Il me parle en kabyle. Il me demande “pourquoi tu ne dis pas ce qu’on te dit de dire, tu sais que ceux qui entrent ici n’en ressortent pas. Si tu veux sortir, tu dis ce qu’ils veulent, tu fais un témoignage, il y a des journalistes ici, tu leur parles et leur fais comprendre, ils répercuteront ce que tu as dit. Tu passeras devant la justice, tu leur dis la même chose et il n’arrivera rien. Ensuite on te donnera ce que tu veux. Tu veux un visa, on te le donnera, tu veux une maison, on te la donnera, enfin tout ce que tu veux, tu l’auras.” Je lui répond: “pourquoi tu me demandes ça? On est tous les deux Kabyles, aide moi à sortir de là.” Il me regarde: “Tu ne sortiras que si tu leur dis ce qu’ils veulent, sinon tu ne sortiras d’ici.” Il est parti.

    Ils m’ont ramené dans une cellule. Trois jours après, en pleine nuit, ils sont venus me chercher, me disant qu’il y a un concert auquel je devais assister. Ils m’emmènent dans une grande salle. Il y a des matériaux de construction, des ordinateurs, une échelle en bois. Je ne savais pas que c’était une salle de torture. Ils m’ont attaché à l’échelle et m’ont fait tomber d’un côté puis de l’autre, ils l’ont fait au moins 4 ou 5 fois. Ensuite, ils m’ont détaché et m’ont plongé la tête dans une grande bassine dans laquelle il y avait de l’eau nauséabonde et savonneuse. Cela a bien duré une heure. L’eau me rentrait dans les oreilles. Je suffoquais, je pensais ne pas tenir. Ceux qui m’ont torturé étaient appelés Babay, Mounir et Zaatout. Quand ils m’ont ramené dans la cellule, tout bruit retentissait dans mes oreilles comme des explosions. Il y avait des gouttes d’eau qui tombaient du plafond et c’était à chaque fois un choc dans mes oreilles. Je me les bouchais des deux mains mais c’était insupportable.

    Le lendemain, il m’ont ressorti de la cellule vers 21h et emmené dans la même salle. Ils étaient à trois, en tenue militaire mais pas cagoulés. Cette fois-ci ils m’ont roué de coup de rangers et de poings, sur tout le corps. Babay m’a dit: “Ma femme accouche aujourd’hui et à cause de toi je ne peux pas l’accompagner, je t’arrache la peau!”. Ils ont repris la torture de la bassine. Puis ils m’ont remis dans la cellule. Je suis tombé malade, j’étais incapable de me lever. A midi et le soir on me donnait un petit morceau de pain, pas plus.

    Cela faisait 17 jours que j’étais chez eux quand ils m’ont emmené dans une salle où il y avait des canapés. Il y avait une femme médecin qui m’a examiné et fait une piqûre. Djebbar était là.
    Le lendemain ils m’ont mis dans une cellule qui faisait deux m2. Je pouvais au moins m’allonger, marcher un peu et il y a une couverte militaire crasseuse par terre. Au mur, il y avait comme une fente qui me permettait de regarder dehors. Je voyais la forêt et j’entendais le chemin de fer.

    Quelques heures après avoir été transféré dans cette cellule, ils ont fait entré un tuyau dans la cellule par le biais d’une petite ouverture par laquelle entrait de la lumière. Il y a de la fumée qui envahit la cellule et j’ai des hallucinations mais tout en étant absolument persuadé que c’est la réalité. Je vois ma mère, mon père, je me vois à Tizi, à Alger. Je suis persuadé que ce que je vois se passe réellement. Ce n’est que des heures plus tard que je me rends compte où je suis, je n’arrive pas y croire tant je suis convaincu que ce que j’ai halluciné est vrai.

    Le lendemain quand ils m’ont sorti de ma cellule, il m’ont présenté à Djebbar, la médecin est venue, elle m’a refait une piqûre et de retour dans ma cellule, ils ont de nouveau introduit cette fumée. Je me voyais avec ma mère, mon père, mes cousins, à l’oued, je suis un peu partout. Sur le tuyau il y avait comme un petit micro. Je ne sais pas si dans cet état je parlais. Ils m’ont emmené de nouveau chez Nourredine Ait-Hammouda, Djebbar aussi était là. Dans la pièce il y avait deux journalistes et une caméra. Je leur dis que je veux partir: “cela fait 30 jours que je suis là, je ne peux pas faire de faux-témoignage, pourquoi ne me laissez-vous pas partir?” Ils répondent “il n’y a que toi qui peut faire ça, il n’y a que toi et ton père qui peuvent le faire. Et puis cela ne fait pas trente jours que tu es là, cela fait une semaine, tu comptes les jours et les nuits ou quoi? et encore tu es en forme!” Ait-Hammouda s’adresse en moi en kabyle: “Qu’est ce que je t’ai dit? Si tu avais témoigné, si tu avais fait la cassette, tu serais rentré à la maison. Tu n’as pas besoin d’avoir peur, on contacte les gens de Tizi-Ouzou, tu travailles avec eux.”

    J‘ai refusé et ils m’ont ramené dans la cellule où j’ai eu droit à une nouvelle séance de gaz. Je ne sais pas ce qui se passait avec moi, j’avais l’impression de ne plus avoir de volonté.

    En face de ma cellule il y avait une salle dans laquelle se retrouvaient les militaires. Il y en avait un qui de temps en temps me donnait un verre de lait ou de coca. Il m’a dit: “Vous êtes chez la Sécurité militaire, Haouch Chnou à Blida. je vous donne mon numéro et quand vous sortirez, vous m’appelez. Les gens qui viennent ici n’en sortent pas mais si tu sors un jour contacte moi.” J’ai perdu son numéro de téléphone et je ne me souviens pas de son prénom.

    Toujours est-il que j’étais dans un état second, je ne sais pas si c’est l’effet de la piqûre ou de la fumée mais je faisais ce qu’on me disait de faire, on me demandait de me déshabiller, de me lever, de m’asseoir, je le faisais sans résistance. J’étais comme dans un état second.
    Deux jours plus tard environ ils m’ont fait entrer dans une pièce dans laquelle il y a un rideau avec une chaise devant. Sont présents Djebbar et deux journalistes. L’un des hommes qui se fait appeler Mohamed me dit ce que j’ai à faire. Il m’explique qu’ils vont enregistrer deux cassettes, l’une en arabe et l’autre en kabyle. Et il me dit exactement ce que je dois dire et il me menace de ne pas sortir de là dans le cas contraire. L’un des journalistes prend la parole: “les forces de l’armée ont procédé à l’arrestation du suspect Ahmed Cherbi. Il avoue ce qui suit…” Et c’est à moi de parler. Je dis sans problèmes: “oui, j’étais avec mon père, à Tala Bounane, nous rassemblions des pierres sur notre terrain quand nous avons entendu des coups de feu. En nous retournant nous avons vu que Matoub avait été tué et cinq personnes que nous avons pu identifier. Il s’agit de Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel.” Puis les journalistes me posent des questions:”Pourquoi tu n’as pas été à la gendarmerie pour dénoncer les coupables?” Je réponds: “J’avais peur parce que mon père m’a interdit de le faire.” Puis le commentaire du journaliste: “Après quatre année d’investigation, les forces de sécurité ont enfin pu trouver ces témoins qui confirment la culpabilité des suspects” En fait c’était un scénario pour dédouaner l’armée et faire porter la responsabilité de l’assassinat de Lounès Matoub aux terroristes.

    J’ai donc fait la cassette en arabe et en kabyle. C’est cet homme appelé Mohamed qui m’ordonne ce que je dois dire. Il y a aussi deux autres militaires qui mettent la pression. Puis une fois l’enregistrement achevé, ils me ramènent dans la cellule. Et là, c’est Ait-Hammouda qui vient, me félicite et me remet une table de chocolat. Il me conseille de dire la même chose devant la justice. A ce moment, je ne sais pas ce que veut dire justice, je ne sais pas ce qu’est un procureur de
    la République, un juge d’instruction.

    En fait je me demande si j’étais dans mon état normal en faisant cet enregistrement. Je suis tout à fait conscient sur le moment mais je m’étonne de m’être laissé commander, de n’avoir opposé aucune résistance, de ne pas avoir refusé. C’est ce qui me fait croire que j’ai été drogué avec une substance provenant soit de la piqûre, soit de la fumée.

    Après 3 ou 4 jours, j’ai entendu la voix de mon père. A l’endroit du guichet où les militaires regardent dans la cellule il y a une petite fente qui me permettait de regarder dans le couloir sur le côté, et je vois mon père. Il est dans un état lamentable, tous ses habits sont déchirés, il pleure. Je n’en crois pas mes yeux. Ils l’enferment dans une cellule en face de la mienne pour l’en sortir dix minutes plus tard. En fait mon père a été arrêté environ un mois après moi, le 25 mars. Il avait déposé plainte au niveau de la gendarmerie en raison de ma disparition. Mon père me cherchait partout. Comme je n’apparaissais pas, mon ami avec lequel je travaillais est allé à la police pour dire que j’avais été enlevé par leurs hommes et que s’il m’était arrivé quelque chose c’étaient les forces de sécurité qui en étaient responsables. Dans l’après-midi de ce jour, il a été arrêté et devant les menaces il a dit qu’il n’avait rien vu.

    Le 25 mars c’est une voiture qui s’arrête à côté de mon père, un homme en civil l’aborde et lui demande s’il cherche son fils. Il approuve et l’inconnu lui dit que je me trouve chez eux. Il lui propose de l’accompagner pour me voir. Et c’est ainsi qu’il se retrouve au secteur militaire de Tizi-Ouzou. En fait il a été enlevé en plein centre ville. Il est resté enfermé pendant huit jours dans un conteneur au secteur militaire de Tadmait sur la route d’Alger. Là, il a été torturé, on a lâché les chiens sur lui et en plus il a subi aussi cette fumée hallucinogène. Mais contrairement à moi, ce qu’il a vécu c’était l’enfer. Il a vu une scène où j’étais égorgé devant lui. Une fois à Blida, après avoir donc passé huit jours dans ce conteneur, Djebbar lui a parlé, mon père lui a demandé pourquoi j’avais été tué. Djebbar lui a dit que je n’étais pas mort, que j’étais chez eux. Ils l’ont emmené dans la salle où se trouvaient les ordinateurs. Ils m’y ont emmené aussi. Quand il m’a vu, il a chancelé et a affirmé que je n’étais pas son fils. “Mon fils est mort, ne t’approche pas de moi”. Ils m’ont torturé devant mon père, je ne peux pas raconter ce qu’ils m’ont fait. Et le fait de voir mon père dans cet état m’a énormément choqué. Ils m’ont ramené à la cellule et un peu plus tard j’ai demandé au gardien si je ne pouvais pas voir mon père juste pour cinq minutes qui se trouvait dans une cellule voisine. Il m’y autorise. Je parle avec lui et j’arrive à le persuader que je suis bien son fils. Il me dit que toute notre famille est massacrée. Qu’il a vu comment tous y étaient passés. Je lui dis de mon côté d’obéir à leurs ordres s’il veut sortir vivant de cet endroit. Ils l’ont amené dans un bureau où se trouvait Djebbar et il a fait le même témoignage que moi.

    La veille de notre départ, je vois Djebbar qui me dit qu’on part le lendemain, que je resterai trois jours en prison et qu’ensuite je passerai devant la justice. Il fallait juste que je répète ce que je leur avais dit, en fait que je témoigne avoir vu Medjoun et Chenoui. Ils m’ont fait signer des PV en arabe. Mon père aussi a signé. Ils nous ont emmené faire une visite médicale. En entrant dans la salle, la médecin en me voyant dit: “Celui-là, cela ne fait pas longtemps que je l’ai vu, je l’ai vu chez le colonel Djebbar”. Et en fait c’est ainsi que j’ai appris que cet homme que j’avais vu souvent, notamment en compagnie de Ait-Hammouda était M’henna Djebbar. Ils m’ont sorti et ont fait entrer mon père.

    On a quitté ensemble Blida le 6 avril pour aller Tizi-Ouzou. Chacun était dans une voiture blindée, il y avait dans chaque voiture trois agents armés jusqu’aux dents. On aurait cru qu’ils transportaient Hassan Hattab! A la sortie de Blida ils nous enlevé les bandeaux. J’étais extrêmement choqué, je voyais un autre monde, des gens, des voitures, c’était comme dans un film.

    A Tizi-Ouzou ils nous ont tout de suite présentés au procureur général. Ce dernier m’a demandé pourquoi je n’avais pas déclaré plus tôt avoir vu les assassins de Matoub. Je répondais que j’étais trop jeune, que mon père m’avait conseillé de ne rien dire. Il me questionne si je les avais vus, je confirme. On doit passer devant le juge d’instruction. Mon père qui avait déjà été interrogé par le procureur me dit en sortant en Kabyle de refuser de parler sans la présence d’un avocat.

    Je demande au juge d’instruction si le fait d’avoir un avocat change quelque chose au fait qu’ils m’envoient en prison. Il me répond qu’avec ou sans, je passerai par la prison. Je décide donc de ne parler qu’en présence d’un avocat. Il avait les cassettes enregistrées sur son bureau.
    Les agents de
    la SM nous transfèrent en prison. Je m’attendais à un lieu comme Haouch Chnou à Blida. Je leur demandais sur le chemin d’intervenir pour qu’ils ne nous battent pas en prison. Arrivés devant la prison, il s’avère que celle-ci est fermée. On nous place donc dans deux cellules et on a pu parler toute la nuit, mon père et moi. Il m’a raconté comment il avait été arrêté. Il me raconte de nouveau que toute la famille a été assassinée et moi je le crois. Même à ce moment, je ne suis pas vraiment dans mon état normal, par moment c’est comme si je me fichais de la mort des miens. Je me dis parfois que comme il s’est trompé à mon sujet, peut être que notre famille aussi est vivante, et parfois, je le crois. Et en plus je suis persuadé à ce moment que je serai remis en liberté dans trois jours comme me l’a affirmé le colonel Djebbar.

    Le lendemain on nous emmène dans une grande salle de prison. Il y a des gens que je connais. Il faut dire que jusqu’à ce moment notre famille ne sait rien de nous, ni de mon sort, ni de celui de mon père. Ils sont dans une grande angoisse, d’ailleurs tout le village se terre dès 18h craignant que ses habitants soient eux aussi victimes de ces enlèvements. Mon père est emmené dans un autre bloc, je suis dans une salle avec 60 à 65 prisonniers. Les prisonniers sont très sympathiques avec moi dès qu’ils apprennent que je suis arrêté dans l’affaire Matoub. Ils sont gentils, me font parvenir des objets de première nécessité. C’est parce que personne ne croit à la version officielle et que tout le monde sait que mon père et moi sommes victimes d’une machination. Je n’ai même pas eu besoin de leur raconter toute mon histoire, tous compatissent avec moi.
    Je me demande toujours ce qui s’est passé avec ma famille, j’en parle à d’autres. L’un des prisonniers doit être libéré quelques jours plus tard. Il va tout de suite rendre visite à ma mère. Elle et mes frères et soeurs sont en vie. Et pour eux cette visite est très importante puisqu’enfin ils apprennent où mon père et moi, nous nous trouvons. Et d’ailleurs, ensuite, ils sont venus nous rendre visite.

    On m’a présenté trois fois au juge d’instruction, Abbassi Mohamed, le 6 avril 2002, le 18 mai, le 16 juin.
    J’étais inculpé pour “non dénonciation de l’assassinat de Lounès Matoub”. Quand je lui ai raconté qu’on m’avait séquestré pendant 40 jours, torturé et forcé de faire de faux aveux, il m’a dit de ne pas raconter cela, de répéter ce que les gens de
    la SM exigeaient de moi. Il essayait de me persuader que j’étais jeune, que si je ne faisais pas un faux témoignage je resterai 10 ans en prison. Mais j’étais décidé de ne pas faire de faire de faux témoignage. Il a fallu que je change d’avocat parce que celui qui devait me défendre me poussait aussi à confirmer mon faux témoignage. Finalement j’ai été placé en liberté provisoire.
    J’ai repris mon travail mais je me cachais. J’étais dans le quartier dans lequel en raison des évènements de Kabylie la police n’entrait pas. Je n’allais que rarement voir ma mère pour ne pas m’exposer au danger.

    On devait passer en justice le 10 novembre. La veille je suis allé voir mon avocat. Il ne voulait plus s’occuper de l’affaire parce que le juge avait changé et qu’il craignait que celui devant lequel nous devions passer mon père et moi nous condamnerait à de très fortes peines de prison. Il nous a conseillé de faire reporter le procès. Je suis donc passé devant le tribunal le 21 mars 2004. J’ai raconté ce qui s’était passé: l’enlèvement, la torture, les faux aveux. En plus, mon père et moi n’étions pas sur les lieux du crime. J’avais des témoins, je me trouvais au travail. J’ai été acquitté mais mon père malheureusement a été condamné à trois ans de prison. Pourtant il travaillait à ce moment à l’hôpital, ses collègues et son supérieur ont témoigné qu’au moment du meurtre il se trouvait à l’hôpital. Mais il fallait que l’un d’entre nous soit condamné car sinon toute leur machination concernant l’assassinat de Lounes Matoub tombait à l’eau. Et sans ce mensonge, il aurait peut être même fallu libérer les deux suspects Chenoui et Medjnoun.

    Deux semaines après le procès j’ai quitté le pays. J’avais déjà fait une demande de visa et heureusement c’est allé très vite. Je suis en France maintenant.

    N.B : Témoignage de Mohamed Cherbi recueilli en février 2005 par l’Observatoire des droits Humains en Algérie (ODHA). http://www.algeria-watch.org




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  • mario
    2 juillet 2011 at 16 h 06 min - Reply

    C’est en juin 1998 que Matoub Lounès fut assassiné pas loin de son village au cœur de la Kabylie. Cet assassinat a bouleversé le monde entier et la Kabylie en particulier. La population kabyle a aussitôt déferlé sur Tizi-Ouzou. Des manifestations publiques ont gagné le pays kabyle entier.

    Quelques heures après cet assassinat, Noureddine Aït-Hamouda intervient dans les médias internationaux (comme France-Infos) pour affirmer que les assassins sont les islamistes du GIA, idée fixe également développée par Khalida Messaoudi, députée-RCD au parlement algérien. C’est ainsi une véritable « pression » médiatique qui s’exerce pour faire admettre la thèse du GIA dans l’assassinat de Lounès. Même Malika Matoub déclare que les assassins sont les islamistes du GIA. Plusieurs observateurs se posaient déjà la question de l’intérêt du RCD à vouloir imposer à l’opinion la thèse du GIA dans cet assassinat.

    Malgré cette pression, les jeunes manifestants de Kabylie envahissant les rues clamaient fort « Pouvoir assassin ! ». Cette phrase à elle seule résume ce que pense la Kabylie profonde de cet assassinat. La junte militaire, au pouvoir depuis 1962, est clairement mise en cause et rendue responsable de ce crime politique par les foules des manifestants.

    Quelques jours plus tard, Malika Matoub revient sur ses déclarations initiales et, avec sa mère, demande à ce que toute la vérité soit faite sur l’assassinat. Elles exigent qu’une véritable enquête soit diligentée. Elles relèvent plusieurs points d’ombre dans la gestion faite par les autorités de cette affaire. C’est au tour de Nadia Matoub, par la suite, de se joindre aux voix de Malika et sa mère pour demander une enquête sur l’assassinat. Elle n’exclut aucune thèse quant aux auteurs de l’assassinat.
    Dans un texte rendu public par le MAOL, Mouvement algérien des officiers libres, en désaccord avec les généraux au pouvoir, il est donné des détails très accablants concernant l’assassinat de Matoub Lounès. Des responsables du RCD, en l’occurence Nourredine Aït-Hamouda et Khalida Messaoudi ont été cités dans ce texte. D’après le MAOL, Noureddine Aït Hamouda aurait joué un rôle important dans le complot de l’assassinat de Lounès commandité par le haut commandement militaire algérien dans le but de déstabiliser Zeroual et le pousser au départ.

    Le dernier épisode en date est le reportage réalisé par la chaîne de télévision française Canal+, dans le cadre de son émission « 90 minutes », consacré à l’affaire Matoub et intitulé « la grande manip ». Ce que l’on peut retenir de ce reportage c’est la convergence de l’ensemble des témoignages vers la thèse d’un assassinat organisé par la junte militaire algérienne. Les témoignages de Malika et Nadia Matoub incitent à se poser des questions quant à l’intérêt du RCD, ou du moins de certains de ses membres dont Nourredine Aït-Hamouda, à vouloir imposer à l’opinion la thèse du GIA dans l’assassinat de Matoub. Ainsi Malika Matoub affirme être félicitée par Nourredine Aït-Hamouda pour avoir soutenu que le GIA était le responsable de l’assassinat, et il lui aurait même proposé de lui faire rencontrer des personnes du haut commandement militaire qui sont satisfaits de ses déclarations. Nadia Matoub, affirme néanmoins que des éléments du RCD lui avaient promis des visas pour elle et ses soeurs ; en contrepartie, elle devait tenir une conférence de presse à Tizi-Ouzou pour laquelle ils lui ont rédigé la déclaration préliminaire qui disait en substance que les assassins étaient des éléments du GIA.




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  • mario
    2 juillet 2011 at 16 h 08 min - Reply

    En début d’après midi du jeudi 25 juin 1998, la radio Algérienne annonçait l’assassinat du chanteur kabyle LOUNES MATOUB par un groupe de terroristes appartenant au GIA.

    L’été s’annonçait chaud car le bras de fer entre les généraux de l’état major de l’ANP et ceux des services de la DRS (Mohamed LAMARI, Mohamed TOUATI, Fodhil CHERIF, Mohamed GHENIM, Mohamed MEDIENE et Smain LAMARI) d’un côté, et le clan de la présidence dirigé par ZEROUAL et BETCHINE, de l’autre, avait pris une tournure dramatique, et les pressions et les marchandages habituels, autrefois à peine perceptibles, avaient cédé la place aux menaces et aux insultes par presse interposée avec une véracité sans précédent.

    Les généraux du clan LAMARI voulaient à tout prix la tête de « BETCHINE » l’ancien patron des services et l’ami personnel du président Liamine ZEROUAL devenu ministre conseiller, qu’ils soupçonnaient de préparer avec d’autres officiers (parmi lesquels, on retrouve un ex-commandant du CPMI/Ben Aknoun, le lieutenant-colonel Haddad Abdelkader alias colonel Abderrahmane; surnommé le « Tigre » à cause de son professionnalisme), une nuit des longs couteaux.
    En effet, dès son arrivée au siège de la présidence, Betchine avait rappelé à ses côtés, des officiers issus de la DRS (mis à l’écart et en froid avec Toufik depuis le départ de Betchine du service) pour constituer le bureau des affaires de sécurité nationale. Le bureau dirigé principalement par Betchine, secondé par le lieutenant-colonel Zoubir et le « Tigre » était en charge des questions relatives à la sécurité de l’état et avait des sources d’informations diverses à l’intérieur de l’armée et dans le milieu civil. Le traitement et l’exploitation des informations récoltées par le bureau de Betchine offrait au président Zeroual la liberté de prendre des décisions touchant des domaines sensibles comme celui de la défense.

    Un des grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le limogeage du général Abdelmadjid Taghit pour cause de corruption ou celui du général Saïd Bey pour cause de négligence grave. La présidence a exigé et obtenu le départ du général SAID BEY patron de la première région militaire et très proche du clan LAMARI-TOUFIK (désigné par la suite, par Mohamed Lamari comme représentant de l’ANP à l’OTAN) suite à sa passivité coupable avant et après les grands massacres de 97.
    L’image de la présidence Algérienne a été bien plus que secoué à cette période étant donné que les coupables des massacres sont restés à ce jour dans une totale impunité. Pour le président ZEROUAL, le responsable principal de la situation catastrophique en Algérie était évidemment Mohamed LAMARI, le chef de l’état major de l’ANP, qui a ordonné quelques jours avant les massacres aux troupes de ne pas quitter les garnisons à partir de 22heures sous peine de graves représailles envers les contrevenants.
    A l’intérieur de ces même casernes très proches des lieux de massacres et contraintes à l’immobilité, les soldats entendaient les cris et les appels au secours des centaines de victimes, pire encore les rares survivants qui ont réussi à arriver aux portes des casernes pour demander de l’aide ont été refoulés par des soldats qui obéissaient à des ordres qu’ils ne comprenaient pas et qui les mettaient dans une perdition totale.

    Presque au même moment, le gouvernement OUYAHYA peaufinait la loi d’arabisation générale (maintes fois annoncée puis ajournée), sous le la direction du président ZEROUAL.
    C’est dans ce climat glauque qu’une réunion décisive de haute importance a regroupé dans une villa proche de la capitale appartenant aux services de la DRS, des officiers supérieurs de l’ANP et des représentants du RCD.

    Les officiers qui ont été dépêchés par les responsables du cabinet noir, sont en l’occurrence le général Mohamed TOUATI, tête de fil de la nouvelle mouvance au sein de l’ANP (Après la mouvance arabo-révolutionnaire issue de l’ALN, c’est la mouvance laïque constituée d’ex-officiers de l’armée française qui a pris la tête de l’ANP) et le colonel M. Fergani Alias MERZAK un des anciens éléments de la DRS et personnage très introduit dans les milieux Kabyles et officier traitant de plusieurs sources (agents) au sein du MCB et du RCD (Merzak est l’un des rares hommes de confiance de Toufik en charge exclusive du dossier Kabyle).

    Du côté du RCD, KHALIDA MESSAOUDI une activiste berbère très acquise aux thèses éradicatrices de TOUATI pour la lutte anti-terroriste et Noureddine AIT HAMMOUDA chef d’une des plus importantes milices du pays.

    Après les formalités d’usage entres les personnes présentes qui se connaissaient du reste très bien, puisque cette rencontre n’était pas la première du genre , la séance est officiellement ouverte et c’est Noureddine Ait Hammouda qui prend en premier la parole pour exprimer avec beaucoup d’émotion l’inquiétude de la composante BERBERE de la population face aux risques d’explosion que générera la mise en pratique du projet de loi relatif à la généralisation de la langue arabe. Ait Hammouda spécifie bien que pour tous les Kabyles, le synonyme d’arabisation est islamisation et terrorisme, il évoque même les pires scénarios si ce projet est conduit à son terme.

    En réponse le général TOUATI suggère aux représentants du RCD une mobilisation des artistes et des intellectuels surtout kabyles avant toute chose même à l’échelle internationale, et passer ensuite à la mobilisation de la rue (Manifestations, grèves, boycottages) pour contrer le gouvernement et l’obliger à revoir son projet.

    Mohamed Touati
    Général TOUATI Mohamed

    KHALIDA MESSAOUDI fait remarquer au général TOUATI que le temps presse et que la population kabyle est lasse des grèves et des slogans devenus classiques, et que de toute façon la division du MCB (avec ses deux tendances, la coordination proche du RCD et la commission proche du FFS) d’un côté, et la lutte entre le RCD et le FFS rendent la mobilisation populaire, une chose tout à fait impossible : » l’expérience, disait-elle, nous a démontré que les conservateurs n’entendent pas raison lorsqu’il s’agit de mobilisation pacifique comme pour l’abrogation du code de la famille alors que les intégristes ont réussi a nous imposer avec la violence, leurs représentants au sein même du gouvernement .

    AIT HAMMOUDA avec des mots à peine couverts fait comprendre aux représentants du MDN que beaucoup de Kabyles déterminés n’hésiteront pas à retourner leurs armes contre le pouvoir central dans le cas limite et que les intégristes ne manqueront pas de profiter de cette situation et de l’exploiter en leur faveur.

    Le colonel MERZAK qui connaît assez bien ce dernier lui réplique que la région est truffée de maquis du « GIA » dont la plupart des chefs sont originaires de la région même de Tizi Ouzou.
    Puis dans un long monologue sur la situation du pays, une phrase prononcée par le colonel Merzak fait l’effet d’une bombe « le haut commandement de l’armée prendra ses responsabilités au cas où des troubles éclateraient à grande échelle ».
    L’armée ne restera jamais les bras croisés. De toute façon la société civile ne soutient pas assez l’armée dans la lutte contre les intégristes d’après le colonel Merzak.

    KHALIDA MESSAOUDI réfute les arguments du colonel, mais profite de son intervention pour demander au général TOUATI des explications sur le mutisme de l’armée et ses cadres modernistes sur la fraude qui a entaché les élections de 1997 au profit du RND le parti de BETCHINE. Elle se demande même « pourquoi est ce qu’ils ne prennent pas les choses en main ?  » et pourquoi les démocrates républicains ne retrouvent pas des places de choix dans les institutions du pays. Elle prend pour exemple le cas de la Turquie et le succès remporté par son armée dans la gestion du phénomène intégriste malgré les risques de voir ses chances de rejoindre l’Europe réduites.

    Le général TOUATI reprend la parole pour dire: « Au cas où la situation devient incontrôlable, l’armée prendra le pouvoir et décrétera l’état d’exception pour une courte période mais suffisante pour mener à bien son projet d’éradication des groupes armés et leurs relais politiques. C’est la seule façon d’arriver à nos objectifs, mais il faut absolument éliminer par la même occasion, les secteurs du conservatisme au sein des appareils de l’état, le pouvoir sera rendu ensuite aux civils ». Et à TOUATI de conclure: « Nous sommes prêts de toute façon, on attendait juste que les conditions soient réunies, nous avons la conviction qu’un état républicain verra le jour incessamment dans notre pays.

    Le colonel MERZAK répète que le commandement de l’armée n’est pas pour la loi d’arabisation, mais ce n’est pas à l’institution militaire de s’y opposer de façon visible ; la contestation doit venir des politiques et de la rue plus précisément. Il rappelle même la formidable mobilisation des kabyles en 1994 pendant la grève et lors de l’enlèvement de MATOUB.

    « La mobilisation des kabyles, c’est mon affaire » dit AIT HAMMOUDA en guise de promesse.
    Le colonel MERZAK donne rendez-vous à ce dernier le lendemain dans les bureaux des services, au siège du MDN, et la réunion a ainsi pris fin après un échange de salutations.

    Voilà ce qu’on appelle dans le jargon des services secrets « la mise en condition » ou la préparation psychologique du sujet. En fait la guerre entre la présidence et les généraux de l’état major de l’armée battait son plein et ces mêmes généraux voulaient profiter de l’erreur que ZEROUAL allait commettre en appliquant la loi de généralisation de l’arabisation. En réalité les généraux de l’armée projetaient un coup d’état et pour arriver à leurs fins tous les moyes allaient être utilisés.

    Cette réunion qui a été organisée par les services secrets (la DRS) avec la bénédiction des autres généraux a été bien sûr enregistrée et réécoutée par la suite par Mohamed LAMARI, TOUFIK, Smain LAMARI, TOUATI et le colonel MERZAK, et pendant cette réunion des « chefs » de graves décisions ont été prises.
    L’enregistrement audio de la rencontre a été classé  » TRES SECRET « par un procès verbal avec la transcription intégrale et archivé sous la référence: PVRQ/12/5/8/MDN/DRS. Nous l’avons reproduit fidèlement en guise d’introduction à « l’affaire MATOUB », pour comprendre que l’assassinat de MATOUB ne doit rien au hasard mais qu’il a été savamment orchestré par le cabinet noir.

    Le choix de la cible

    Après la rencontre avec les généraux, les chefs du RCD étaient sûrs que l’heure du changement et de la rupture avait sonné, et ont ainsi imaginé et étudié pour la circonstance plusieurs plans d’actions affin de contribuer à leur façon et de manière active à cette micro-révolution.
    Parmi les plans évoqués, la désobéissance civile et la grève illimitée. Les deux options ont été rejetées après une discutions houleuse à cause du haut risque de l’échec, surtout que le FIS avait laissé des plumes en utilisant ces mêmes options auparavant, alors qu’il était bien implanté au niveau national. Plus important encore, le FFS n’aurait jamais marché dans une telle aventure nécessitant une mobilisation semblable à celle du printemps berbère.

    AIT HAMMOUDA a proposé à SAID SAADI d’occuper le champ médiatique en ALGERIE d’abord, en faisant remarquer que les milieux proches du RCD dans la capitale française prendraient le relais ensuite; « la mobilisation on verra plus tard » disait-il.
    « Avait-il une idée derrière la tête? Il parlait en tous les cas avec une assurance qui a dérouté tous le monde » affirme une personne présente dans la réunion.
    AIT HAMMOUDA était certain que la région kabyle serait le tombeau du projet OUYAHIA et du pouvoir de Zeroual. Cette assurance AIT HAMMOUDA la détenait de sa rencontre avec le colonel MERZAK, au siège du ministère de la défense et c’est durant cette réunion que le sort de certains éléments gênants pour le tandem de l’état major s’est décidé.

    AIT HAMMOUDA savait que MATOUB voulait visiter Tizi Ouzou depuis un bout de temps, et n’a pas hésité à l’appeler pour demander soi disant de ses nouvelles, durant la conversation Matoub a demandé des nouvelles de la région, et c’est à ce moment que Ait Hammouda a commencé à se vanter du bon travail qu’il a entrepris avec ses amis et du bon résultat qu’ils ont obtenu; la région était devenu selon lui plus sûre qu’Alger. Presque instinctivement Matoub a exprimé son désir de rentrer mais il était hésitant à cause de ses appréhensions envers le pouvoir suite a la sortie de son nouvel album où il parodiait l’hymne national. Ait Hammouda ne s’est pas ménagé pour convaincre Matoub qu’il n’avait absolument rien à craindre, même de la part des autorités. Ait Hammouda a même promis à Matoub une protection rapprochée digne d’un chef d’état, depuis sa descente d’avion jusqu’au jour de son départ. Face à ces promesses Matoub avait déclaré que suite à cela sa visite à Tizi Ouzou ne saurait tarder.

    C’est le chef d’antenne de la DRS à Paris, le colonel Smain Seghir de son vrai nom Ali Bengueda (très intime à Smain Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Souames Mahmoud alias colonel Habib), qui a annoncé à Toufik et Smain Lamari l’imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que Matoub ne prenne son billet d’avion.

    MATOUB savait que de nouvelles menaces ont été proférées contre lui par le groupe armé auteur de son enlèvement du 25 septembre 1994, surtout après la sortie de son livre; il faut dire que ce kidnapping n’avait rien d’un coup monté par les officines de Smain, mais bel et bien une opération organisée par un groupe islamiste de la région même de Tizi Ouzou, sa libération par contre s’est faite grâce à l’intervention d’une taupe (un des agents de la DRS travaillant sous couvert avec les islamistes dans le maquis) et qui a empêché son exécution depuis le sommet du commandement du GIA sous prétexte que l’assassinat de Matoub ferait baisser la popularité du GIA dans la région.
    Matoub était amère en se sachant sous la menace de gens qu’il avait déjà rencontré une fois ; d’un autre côté la sortie imminente de son album qui avait bénéficié d’une large publicité n’arrangeait pas les choses, surtout qu’il tournait au ridicule certains dirigeants du RCD favorables à Zeroual.

    Presque au même moment à Alger, Une intervention troublante de la part d’AIT HAMMOUDA auprès de certaines connaissances a fait capoter l’obtention d’un visa pour madame MATOUB qui lui aurait permis de rejoindre son mari en France, et la question reste posée à Ait Hammouda sur les vrais motifs de cette intervention soutenue de très prés par le général Mohamed Touati.

    A Paris MATOUB a été mis sous surveillance, par une équipe jour et nuit, et malgré les difficultés et les risques d’une telle opération à l’étranger, le général Toufik n’a pas hésité à employer tous les moyens disponibles pour le suivi de cette affaire. Toufik était informé grâce aux rapports (Bulletin de Renseignement Quotidien ou BRQ) envoyés quotidiennement par le colonel Ali.
    Le dossier Matoub devenait lourd et coûteux à cause des moyens engagés et c’est le listing d’Air Algérie qui a donné la confirmation finale de la date du retour de MATOUB à Alger.

    Le choix de MATOUB était devenu cyniquement naturel. Les stratèges du MDN et des services connaissaient l’importance du crédit de sympathie que MATOUB avait auprès des jeunes en Kabylie et même à l’étranger, ils savaient que l’onde de choc qui suivrait sa mort pourrait ébranler très fortement le clan de la présidence, il suffisait juste à ce moment là de souffler sur la braise pour que tout l’édifice constitutionnel s’écroule.
    Le parcours de MATOUB suscite beaucoup d’admiration mais aussi des interrogations parmi ses propres amis qui doutaient de son calvaire (comme il a été décrit dans son livre en 1994). Mais contrairement aux scénaristes, les services algériens, partant d’une fiction, ont écrit une histoire vraie dans laquelle Toufik et Touati avaient distribué des rôles bien précis à tout un chacun ; le but était d’abattre Zeroual et Betchine d’un côté et de donner le coup de grâce aux islamistes de l’autre.

    La décision de liquider MATOUB a été prise au plus haut niveau de la hiérarchie militaire dans le bureau même du chef des services de la DRS le général TOUFIK (situé au rez-de-chaussée du bâtiment C, au MDN). Le département d’infiltration et de manipulation de la DRS a rappelé pour la circonstance un officier infiltré dans un groupe armé dans les monts de Sidi Ali BOUNAB qui répondait au pseudonyme de capitaine RIADH alias « ABOU DOUDJANA ».
    Pour les islamistes du groupe il se faisait passer pour un déserteur de la gendarmerie, il est devenu grâce à ses connaissances militaires et à son aide, le conseiller « manipulateur » de H.HATTAB dans le domaine militaire et le choix des actions et des cibles!
    Une fois le capitaine Riadh mis au courant de sa nouvelle mission, il est reparti avec le plan et l’ordre de l’exécution du chanteur, mais un imprévu s’est produit lors de la dernière ligne droite: Hassan Hattab ne voulait rien savoir et a refusé d’écouter son conseiller militaire sur la nécessité d’une telle liquidation. Devant l’entêtement de Hattab, ABOU DOUDJANA informe son commandement (selon un procédé de communication préétabli) que le chef du groupe ne voulait pas céder après de nombreuses discussions.

    C’est à ce moment là que la deuxième équipe (plan de secours) a pris le relais deux jours avant le crime. La gendarmerie locale avait reçu de la part du commandement régional de tutelle l’ordre de stériliser la route qui mène au village de Taourirt moussa, et un groupe de trois individus membre de l’auto-défense de la région a été surpris entrain de faire du repérage, interrogés par les gendarmes les trois individus ont prétendu que leur chef Ait HAMOUDA leur avait donné l’ordre de faire le trajet pour le sécuriser. Cette rencontre a été citée par les gendarmes dans le rapport quotidien de fin de mission.

    Quelques semaines après la mort de MATOUB les gendarmes en question ont reçus un avis de mutation, et les trois miliciens sont morts dans une embuscade tendue par le groupe de ABOU DOUDJANA!

    L’assassinat de MATOUB a mis la région en émoi, les premières violences éclatèrent dans la ville de TIZI OUZOU et quelque part à ALGER les instigateurs du crime attendaient que leurs agents attisent les flammes, pour passer à l’action.
    ZEROUAL qui a compris grâce à son conseiller BETCHINE la manouvre de ses adversaires (suite à une fuite organisée par TOUFIK) a demandé au dernier moment un sursis à TOUFIK et TOUATI qu’il a obtenu sous conditions.

    La famille de MATOUB par son sens de la responsabilité a appelé au calme et a demandé aux autorités à ce que justice soit faite, cette initiative a calmé la population malgré la mort tragique d’un jeune manifestant touché par balle par un provocateur proche de AIT HAMMOUDA !

    ALI MECILI (une autre victime des services algériens) disait que « derrière l’assassinat d’un kabyle, il y a toujours un kabyle ».

    Le sort de MATOUB a été scellé dans une villa près d’Alger à la suite d’une rencontre entre des officiers manipulateurs, et certains responsables politiques qui n’ont ni le sens de la fidélité ni celui de l’honneur dont le fils d’un illustre révolutionnaire algérien mais qui ne lui a pas légué le gène de l’honneur, et qui a vendu son âme à un officier traitant contre une situation et un pouvoir éphémère, l’orgueil et la jalousie sont à l’origine de sa compromission.

    *Pourquoi des égorgeurs d’enfants ont-ils laissé la vie sauve à madame MATOUB ?

    *Quelle est la nature exacte de la relation entre AIT HAMMOUDA et la femme de MATOUB ?

    *MATOUB avait-il des informations sur la relation trouble de sa femme avec AIT HAMMOUDA ?

    *Qui a informé MATOUB des liens de sa femme avec les services (Plusieurs membres de sa famille gravitent autour de la DRS).

    *Pourquoi certains journaux proches du RCD ont-ils relié l’intox des services selon laquelle les assassins de MATOUB ont été abattus ? Alors que la pseudo- enquête en était à ses débuts ?

    *Qui a déplacé la voiture de MATOUB, et pour quels motifs ?

    *Qui a intérêt à détruire la première version du rapport balistique, faite par la gendarmerie et qui a mis à jour les contradictions dans les déclarations de Madame MATOUB ?

    *Qui a ordonné la mutation des gendarmes chargés de l’enquête ?

    *Pourquoi a-t-on assassiné les trois miliciens ? (information donnée par plusieurs quotidiens algériens quelques semaines après la mort de MATOUB).

    *On laisse le soin à AIT HAMMOUDA de répondre à toutes ces questions.

    Nourdine Ait hamouda
    Nourdine AIT HAMMOUDA

    Un proverbe kabyle dit: «la vérité flotte comme un bouchon de liège»!




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