Édition du
25 July 2017

Histoires vraies: Disparus sans laisser de cadavres

Abdelkrim BADJADJA

Constantine, 1958, une rue de la vieille ville :
Une unité de paras fracasse la porte d’entrée de la maison 1, et s’engouffre dans le corridor qui débouche sur Ouest Dar (la cour). Le commandant de l’unité hurle un nom, et lui demande de se présenter fissa fissa (vite-vite), sinon il ordonnera à ses hommes de tout casser avant d’embarquer tous les mâles à partir de l’âge de 12 ans ! Le jeune homme descend en courant afin de protéger sa famille ; tous les occupants de la maison sont ses parents : père, mère, frères et sœurs, oncles et tantes, cousins et cousines. Il a à peine 18 ans, pas encore marié. Que lui veut-on ? Il est accusé d’être un fidaï, rien que ça !
Il est emmené à la sinistre cité Amèziane, transformée en centre de tortures par lequel va passer la moitié des Constantinois, au moins ! Sa famille ne le reverra plus jamais.

Constantine, 1995, la même rue de la vieille ville :
Une unité des services de sécurité fracasse la porte d’entrée de la maison 1, et s’engouffre dans le corridor qui débouche sur Ouest Dar (la cour). Le commandant de l’unité hurle un nom, et lui demande de se présenter fissa fissa (vite-vite), sinon il ordonnera à ses hommes de tout casser avant d’embarquer tous les mâles à partir de l’âge de 12 ans ! L’interpellé descend en courant afin de protéger sa famille ; il a des liens de parenté avec tous les occupants de la maison, le jeune homme embarqué par les paras en 1958 était son cousin. Cette fois-ci l’interpellé est marié, son épouse se trouve être aussi sa cousine, c’est la sœur du jeune homme enlevé en 1958 et que personne n’a plus jamais revu. Ses enfants sont réveillés brutalement, mais empêchés de coller à ses basques. Que lui veut-on ? Il n’en sait trop rien. Il est emmené dans les locaux des services de sécurité et confié aux bons soins du « Centre d’exploitation », euphémisme pour désigner le centre de tortures par lequel sont déjà passés des générations de jeunes et moins jeunes Constantinois, surtout des intellectuels et des syndicalistes, et au moins un archiviste. Sa famille ne le reverra plus jamais.
Deux cousins enlevés de la même maison en deux périodes différentes : 1958, 1995. Même destin : disparition sans espoir de pleurer sur leurs cadavres. Vive la Révolution !


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5 Commentaires sur cet article

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  • belka
    3 juillet 2011 at 14 h 21 min - Reply

    50ans de dictature ou mazel.




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  • mohamed
    3 juillet 2011 at 17 h 42 min - Reply

    Leurs auteurs dirigent le pays, nos vies, en toute quietude.Ils ont le droit de vie ou de mort sur nous tous.Ils sont de paisibles pere de famille, diplomates, militaires et industriels de renom, ayant fait fortune par la corruption et la rapine , sinon c’ est leur progeniture, bien eduqués, bardés de diplomes achetés à prix fort, qui prennent le relais des affaires.Ils ont tous fait le pelerinage plusieurs fois à la Mecque afin de laver leurs os, plusieurs fois, pour tenter de s’ acheter une virginité auprés du createur.Ils font des dons chaque année aupres des pauvres avec le fruit de leur corruption.Ils devraient se souvenir des cris et des pleurs de leur victimes et de leur famille qui les hanteront à tout jamais jusque en enfer.




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  • Aomar
    3 juillet 2011 at 21 h 19 min - Reply

    Ceux qui ont tortures et tues nos parents ont laisse derriere eux des enfants illegitime qui a leur tour ont suivi les pas de leurs parents illegitimes.Les premiers sont bannis du pays,les seconds ne pourront jamais circuler dans les rues de l’ALGERIE SANS HAUTE PROTECTION.Ca me reconforte de savoir combien ils souffrent.




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  • Elforkan
    3 juillet 2011 at 22 h 15 min - Reply

    @Mohalmed…………… »Ils ont tous fait le pelerinage plusieurs fois à la Mecque «  »

    N’exagérons pas ! 95% d’entre-eux sont des laïcs et preuves à à l’appui.




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    4 juillet 2011 at 0 h 59 min - Reply

    Histoires vraies: Disparus sans laisser de cadavres, certes, mais ce qui est autant vrai, est que les auteurs de ces disparitions ne pourront jamais tranquilles, ils sont hantés par leurs victimes, et les familles desd disparus sont là pour les empecher de dormir, puisqu’elles ont élu domicile dans la conscience molles des laches deserteurs de l’armée francaise, je parle des generaux félons d’opérette.




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