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29 March 2017

Hama la rebelle, un dilemme pour le régime syrien

LeMonde.fr 06 juillet 2011
AFP/Youtube

Hama la rebelle pose un dilemme au régime syrien. La ville, théâtre d’une répression sanglante contre un soulèvement armé de membres des Frères musulmans en 1982, qui avait fait entre 10 et 30 000 morts, s’est à nouveau illustrée dans l’histoire de la contestation syrienne. Vendredi 1er juillet, la ville a connu la plus grande manifestation depuis le début de la révolte, le 15 mars, estime l’auteur du blog Syria Revolts.

Si certaines estimations semblent exagérées, mentionnant 500 000 manifestants dans cette ville qui compte à peine plus de 700 000 habitants, il demeure que l’ampleur de la manifestation a « alerté le régime », commente le blogueur. La place centrale de la ville avait des allures de place Tahrir, au Caire. Le président Bachar Al-Assad a aussitôt répondu en limogeant le gouverneur de Hama, Ahmad Khaled Abdoulaziz.

Pour les manifestants, ce geste a été vu comme une tentative d' »éradiquer » les maillons faibles du régime, rapporte l’Américain Joshua Landis, sur son blog Syria Comment. Comme en témoigne un habitant de la ville, sur le blog Arflon net, le gouverneur aurait refusé, à plusieurs reprises, de céder aux demandes de la sécurité d’Etat et de citoyens des environs d’Hama -notamment habités par de grandes communautés alaouites- de réprimer les manifestations avec l’aide de l’armée.

Une vidéo amateur de la manifestation sur la place centrale de Hama, le 1er juillet.

Depuis le début de la contestation, le régime syrien semble hésiter sur la stratégie à adopter dans cette ville à majorité sunnite, du fait du poids symbolique qu’elle revêt depuis 1982. Après des manifestations violemment réprimées le 3 juin, qui avaient fait 73 morts, le président Bachar Al-Assad a opté pour l’indulgence. En ordonnant le retrait de l’ensemble des forces de sécurité et militaires de la ville, il a créé un vide sécuritaire ayant permis la poursuite de manifestations pacifiques, jour et nuit. Un choix tactique qui rend difficile désormais toute tentative du gouvernement de réaffirmer son contrôle sur la ville.

Hama pourrait donc bien être le grand défi posé au régime. Car, l’ampleur de la manifestation du 1er juillet semble suggérer une nouvelle dynamique dans la contestation. Pour l’Egyptienne Zeinobia, auteure du blog Egyptian Chronicles, le 1er juillet marque une « sérieuse escalade ». Qui a poussé le président syrien à stationner des tanks autour de la ville, sans que ceux-ci n’y pénétrent jusqu’à aujourd’hui. Mercredi 5 juillet, certains des tanks se sont même éloignés de la ville pour rejoindre la région d’Idlib plus au nord. Selon un habitant, les forces gouvernementales se seraient repositionnées autour du siège local du parti Baath, du quartier général de la police et de l’immeuble de la sécurité d’Etat.

Sham News affirme que cette vidéo montre les milices du président Bachar Al-Assad, entrées dans Hama le 5 juillet.

La veille toutefois, des partisans du président Assad ont déferlé dans les rues et tiré sur les habitants, faisant 22 morts, selon Ammar Kourabi, dirigeant de l’Organisation nationale syrienne des droits de l’homme. « Hama 2011 : 22 morts, 80 blessés grièvement, des centaines d’arrestations. Les habitants organisent des barrages routiers pour protéger leur ville… », précise l’opposant syrien en exil, Ammar Abdoulhamid, sur son blog Syrian Revolution Digest.

« Hama est le témoin des débuts de ce qui pourrait être un autre massacre alors que le régime resserre ses griffes sur une ville qui a été virtuellement vide de services de sécurité pendant presque une semaine », prédit la blogueuse syrienne Maysaloon, avec cette nuance que « ce n’est pas 1982 ». Mais, pour Rami Abdelrahman, directeur de l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme, « si les tanks entrent dans Hama et écrasent les manifestations, la Syrie va s’enflammer du sud au nord, d’est en ouest ».

Hama : Le nombre de martyrs que nous pouvons actuellement confirmer est de 23, avec l’enfant Bilal Mohammed, âgé de 15 ans.

Hama : l’eau et l’électricité ont été coupés dans toute la ville, y compris dans les hôpitaux

Non au dialogue. Villes sous siège. Grève générale.

Le symbolisme de cette ville est, selon les contestataires, un élément qui joue en leur faveur. « Le président Assad pourrait bien attendre de voir si les manifestations de grande ampleur se poursuivent à Hama. Il sait que recourir à l’agression militaire contre les manifestations pacifiques dans une place symbolique comme Hama lui vaudra de perdre le soutien même de la Russie et de la Chine », a déclaré le militant Mohammed Abdallah à l’agence Reuters.

Ainsi, ce qui arrivera à Hama dans les prochains jours pourrait être déterminant. Vendredi 8 juillet, les habitants devraient répondre à l’appel à de nouvelles manifestations, placées sous le slogan « Non au dialogue«  avec le président Bachar Al-Assad (voir l’affiche ci-contre).


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UN COMMENTAIRE

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  • hakimM
    6 juillet 2011 at 23 h 17 min - Reply

    J’ai rencontré un Syrien et il m’a raconté que Al-Assad n’est pas le vrai nom de cette famille qui gouverne par l’assassinat.
    Il m’a raconté que leur vrai nom est Ouahch, puis ils l’ont changé en Assad!!!.
    Il m’a dit aussi que les Algériens et les Marocains se trompaient beaucoup ne pensant qu’El Assad étaient nationalistes et bons…




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