Édition du
24 July 2017

Tunisie : La contre-révolution en marche?

In Nawaat

Témoignages sur l’attaque de Kasbah 15/07

| Jul 17, 2011 | 1 comment | Short URL: http://wp.me/p16NIR-2pJ



Il était environ 21h lorsqu’on s’est dirigés vers la route de la Kasbah pour vérifier s’il y avait toujours des personnes qui se protégeaient au sein de la mosquée. La Kasbah était complètement assiégée et des bus jaunes longeaient les rues et étaient remplis à craquer par les policiers de la BOP. La mosquée semblait déserte à part quelques groupuscules de personnes qui discutaient dehors.

En même temps, sur Express FM on entendait le témoignage de Insaf Barhoumi et Abdelwaheb Hani (chef du parti AL Majd), qui déclaraient avoir été pris au piège durant plusieurs heures à la mosquée et que leurs amis et eux ont été sauvagement agressés.

Nous sommes donc descendu sur l’Avenue Habib Bourguiba qui elle grouillait de policiers en civils. Le ministère de l’intérieur était assiégé comme d’habitude et j’ai rapidement aperçu devant les fils barbelés qui entouraient le MI, Abdelwahab Hani accompagné d’un groupe de 4 personnes. Ils tentaient de convaincre les soldats de les laisser entrer pour porter plainte contre les agressions qu’eux ainsi que des centaines de personnes ont subies à la Kasbah.

Après plusieurs minutes d’argumentation avec les soldats et les agents du Ministère de l’intérieur, ces derniers ont accepté d’introduire uniquement Abdelwahab Hani au sein du ministère et qu’il serait ainsi le porte parole de ceux qui ont été agressés. Après une trentaine de minutes, Mr Hani ressort accompagné du porte parole du ministère de l’intérieur, un certain « 3a9id » Hichem El Meddeb. Celui-ci traverse la ligne de sécurité établie par les soldats et se dirige vers le groupe de dizaines de personnes réunis sur l’avenue. Il déclare que ces dépassements lui sont complètement inconnus et qu’il n’en était pas du tout au courant, ensuite il s’excuse en son nom « personnel » (اعتذار شخصي) pour la violence que Abdelwahab Hani et ceux qui l’accompagne ont subie, et promet que le lendemain le 16 juillet, il allait ouvrir une enquête dessus et qu’ils seraient TOUS convoqués pour identifier leurs agresseurs. Une dame dans la foule l’interpelle et lui dit que plusieurs des agresseurs étaient cagoulés et de ce fait il est impossible de les identifier, il lui réplique « Avez-vous d’autres solutions Madame? C’est tout ce que je peux faire».

Lorsque Insaf Barhoumi lui a dit que ses excuses envers ce petit groupe de cinq personnes étaient insuffisantes et qu’il fallait le faire pour les centaines qui étaient présents à la Kasbah, libérer tous les détenus et surtout ouvrir une enquête sur toutes les agressions, il a répliqué « Mademoiselle, commençons d’abord par vous, les autres je ne les vois pas, je ne sais pas ce qui s’est réellement passé ».

Devant le mécontentement évident de tous les présents y compris les quelques curieux qui ont fini par se mêler à la discussion, Hichem Meddeb s’est retiré en répétant qu’il ferait de son mieux pour corriger cette bavure.

Après que le porte parole du MI se soit retiré, on s’est dirigé avec les blessés vers l’urgence de l’Hôpital Charles Nicole où ils devaient recevoir des certificats et surtout recevoir un diagnostic primaire de leurs différentes blessures.

Une fois arrivés à l’hôpital, les infirmiers ont dit que plusieurs cas de cassures et de blessures graves avaient été transportés vers l’urgence tout au long de la journée et d’autres cas similaires ont été acheminés vers l’hôpital Rabta. Comme d’habitude plusieurs policiers en civil nous en suivis à l’hopital, toujours avec leurs écouteurs noirs et prenaient en note les numéro d’immatriculation de toutes les voitures.

À l’hôpital j’ai recueilli les témoignages de Insaf Barhoumi, Bassem Aydi et Abdelwahab Hani.

Voici le témoignage de Insaf et Bassem, à savoir que Insaf s’est évanouie tout de suite après avoir terminé la vidéo suite aux dizaines de coups de matraque qu’elle a reçu sur la tête et la quantité de gaz importante qu’elle a inhalé dans la mosquée.

Agression à la Kasbah 15-07

Voici le témoignage de Abdelwahab Hani qui souffrait à son tour de douleurs à l’épaule et dans le bas du dos.

Khaoula Zoghlami


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6 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction LQA
    17 juillet 2011 at 18 h 19 min - Reply

    In La lettre d’Afrik

    KASBA 3, arrestations et violences en Tunisie
    dimanche 17 juillet 2011 / par Maryam Mnaouar

    La manif du 15 juillet, KASBA 3 prévue depuis 2 semaines a eu lieu hier et s’est achevée en confusion totale, entre journalistes agressés, 48 arrestations et des faits de violence. La mention de cette manifestation à la télévision nationale a valu à sa speakerine un houleux rejet de micro de la part du premier ministre lors d’une rencontre média, rejet qui a fait polémique. Beji Caid Essebsi est particulièrement visé par les manifestants, et la chaine nationale dont il a ensuite boycotté les questions a souvent été taxée de voix de propagande, après avoir largement servi le régime ben Ali.

    Dans l’ensemble, les revendications ne diffèrent pas des celles des sit-in KASBA 1et KASBA 2, c’est-à-dire savoir qui sont les snipers, juger tous les coupables, éradiquer la corruption, déchoir tous les symboles de l’ancien régime, avoir des médias libres, se réapproprier les biens et fonds volés à l’état, se réapproprier une dignité notamment dans les rapports avec l’’administration et la police…

    il y a aussi des revendications plus actuelles telles que la démission du 1er ministre, le remplacement ou la réorganisation des 3 commissions indépendantes, et là, certains échos se profilent ; on dit Ennahdha (parti religieux) bien déployé, même s’il n’y avait pas de référence au parti ni à la religion dans les banderoles et les slogans. On suggère en fait, que ce parti pourrait tirer profit de l’occasion pour tacler la haute instance de sauvegarde des objectifs de la révolution qu’il a récemment quitté et qu’il pourrait réintégrer à nouveau. Cette éventualité avait fait hésiter certains organisateurs du sit-in ELMASIR dans leur décision de rejoindre le mouvement KASBA 3. Ennahdha n’est pas le seul parti à avoir quitté la haute instance de plus en plus contestée de l’intérieur.

    Rappelons que le sit-in ELMASIR qui se tient depuis le 15 juin place des droits de l’homme avenue Mohamed V avait adopté au départ les mêmes revendications. Ce sit-in a aussi souffert des tiraillements entre deux grandes tendances, religieuse et communiste, mais l’ambiance est globalement restée détendue et solidaire. Le souffle des sitters a été à toute épreuve en ces temps de fortes chaleurs avec les moyens dérisoires de survie qu’ils avaient.

    Reste que, en gros, les revendications de KASBA3 semblent être partagées par des sensibilités différentes qui font le même constat d’échec. Ont fait le déplacement : quelques partis, des sympathisants, des jeunes non politisés, des sitters d’ELMASIR, des facebookers non fédérés, des curieux, des anonymes déçus informés par les médias, des militants des droits de l’homme, des parents de martyrs, des manifestants des sit-in KASBA1 et KASBA2 deux manifestations qui avaient fait chuter les gouvernements Ghannouchi 1 et 2 et qui ont conduit l’actuel premier ministre au pouvoir.

    Voir la vidéo de la manifestation




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  • Tunisie : La contre-révolution en marche?
    17 juillet 2011 at 19 h 26 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: contrerévolution, MARCHÉ, Tunisie […]




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  • Hamma
    17 juillet 2011 at 19 h 50 min - Reply

    Les Ben Ali et les Trabelsi dirigent cette contre-révolution à partir de Ryad et de Dubaï avec l’aide du régime algérien. Kadhafi, Bachar et Salah ne sont pas encore tombés, alors ça donne forcemment des idées.

    ==============================
    Je ne pense pas qu’elle soit dirigée de Ryad et de Dubaï. Il y a une alliance objective entre les résidus de l’ancien régime et une certaine minorité élitiste autoproclamée « démocrate » et « droit-de-l’hommiste » pilotée par les réseaux néo-coloniaux français. Les résidus de Benali restent bien ancrés dans les institutions et la minorité élitiste est assez bien infiltrée dans l’Instance dite de défense des acquis de la révolution. La jeunesse tunisienne a compris le stratagème, d’où ses tentatives de réoccuper la rue et de récupérer SA révolution.
    Salah-Eddine




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  • abdel
    17 juillet 2011 at 21 h 56 min - Reply

    « Il y a une alliance objective entre les résidus de l’ancien régime et une certaine minorité élitiste autoproclamée « démocrate » et « droit-de-l’hommiste » pilotée par les réseaux néo-coloniaux français. »

    Comme ce fut le cas en Algérie des années 90.




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  • Moh
    18 juillet 2011 at 0 h 09 min - Reply

    Dzaïr wa ma adra’ka ma dzaïr
    qui a aligné ses plus vaillants fils et ses plus vaillantes filles contre les oppresseurs colonialistes a vu rapidement sa révolution récupérée et dévoyée.
    Win t’bane tounès ech chaqiqa.Allah yehdikoum.
    Les peuples peuvent faire des grandes révolutions mais rares ceux qui ont su imposer et perpétuer ses nobles objectifs.ESPERONS QUE LE PEUPLE ALGERIEN NOUS DONNERA TORT.




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  • fouad
    18 juillet 2011 at 20 h 31 min - Reply

    Les elections en tunisie et en egypte ont été reportées . Ca ne vous rappelle rien.Les elections legislatives algeriennes de juin 1991 reportées à decembre de la même année.On dirait que les comploteurs n’ont pas jugé utile d’innover.Sans parler des affrontement entre les salafiste en carton et leurs homologues athés en tunisie. C’est de revoir ali benhadj et khalida messaoudi. Le fait que des mois se sont ecoulés et qu’aucun de ces pays n’a montré une determination sans faille à juger les partisans des anciens regimes dans des jugements televisés montre que la contre revolution a marqué des points serieux.Bien sur on a peur que moubarak commence à deballer.Idem pour ben ali. D’où l’urgence de faire taire MOUBARAK par un senario comateux. Attendons ce que l’avenir proche va reserver à ces deux pays freres. La plus grande menace qui pese sur le peuple tunisien et egyptien c’est de baisser la garde et de perdre l’enthousiasme des premiers jours de la revolte. Nous les algeriens nous en savons quelques choses etant donné que l’envie de sortir de la nuit coloniale nous a amené à supporter des gens comme ben bella et boumedienne qui ont ramené dans leurs valises tous ces harkis des decideurs d’aujourd’hui.




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