Édition du
25 July 2017

Tunisie : La crise du leadership

In Nawaat

On aime à présenter la Tunisie comme une nation ayant misé sur ses hommes, à défaut d’avoir du pétrole ou du gaz en quantités saoudiennes ou algériennes.

La réalité post-14 janvier nous enseigne tout autre chose. Dans un pays où tout est à refaire, il faut des hommes (au sens homo sapiens) qui le moment venu, laissent de côté leurs différences pour reconstruire le pays. Une fois que la maison est retapée, chacun retourne à son idéologie. La France n’aurait jamais été ce qu’elle est sans l’alliance sacrée entre les communistes et la droite Catholique (de Gaulle) au sein du Conseil National de la Résistance.

Force est de constater que chez nous, l’intérêt général est une notion au mieux théorique. Des opposants connaissant la vraie nature du régime, au lieu de s’unir contre l’ennemi commun qui les a tourmentés pendant 50 ans, préfèrent se taper timidement sur les doigts mutuellement, au lieu de se mettre au niveau d’un peuple qui a payé le prix du sang pour qu’ils aient accès au champ public.

Panorama :

– Ennahdha : répète continuellement que son modèle est l’AKP turc et que le mouvement désire exister au sein d’une démocratie et avoir un apport positif. Entretient l’ambiguïté par la combinaison de ses communiqués laconiques, les déclarations passées de ses dirigeants, et la différence de discours entre ses cadres. Avait bien commencé son retour sur le territoire national par une communication léchée et uniforme, mais malheureusement éphémère.

– PDP : lorsqu’il sera à la retraite, Nejib Chebbi pourra faire tous les métiers qu’il veut, sauf un : conseiller politique. Résistant farouche aux deux dictatures, il a réussi à faire oublier plus de 20 ans de lutte en 2 minutes. Il a fait une erreur de lecture majeure en rejoignant le gouvernement Ghannouchi. Même si c’était la solution qu’il a préconisée par deux fois avant le départ de Ben Ali, il aurait du savoir que le peuple ne lui pardonnerait pas.

– POCT : invisible, on n’en parle que dans les rumeurs. A part quelques propositions du style armer les citoyens. Pénalisé par son nom, le communisme étant associé à l’athéisme dans l’imaginaire populaire

– Ettajdid : me donne l’impression d’un pachyderme en face d’un double cheeseburger,
hésitant entre se lever pour aller au contact et rester à table manger le burger. A aussi commis l’erreur de Chebbi.

– CPR : le parti le plus prometteur par la qualité de ses 2 figures emblématiques, Me Raouf Ayadi et Dr. Moncef Marzouki. Présente un positionnement idéologique intéressant : progressisme, revendication de l’arabité et de la culture musulmane. Peine à s’imposer sur la scène nationale. Raisons financières ? Logistiques ? Manque de préparation ? Trop de jeunes enrôlés trop vite ?

– FDTL : beaucoup de bonne volonté, mais rien ne permet de mesurer l’audience réelle du parti, ni la taille de sa base. Je suis très sceptique quant à ses capacités d’expansion.

– Afek Tounès : a commencé comme une farce, avec Neila Charchour Hachicha en tête, personne qui, je le rappelle, suppliait le président Bush d’envahir l’Irak. Personnellement, j’étais content que la Tunisie ait sa Sarah Palin, ça promettait un certain nombre de fou-rires. Ce démarrage catastrophique a été progressivement compensé, jusqu’à la conférence de presse du Dr. Emna Mnif, durant laquelle la lumière a jailli… un peu trop tard. C’est bien de dire que le souci premier des tunisiens n’est pas l’identité ou la normalisation avec Israël, mais il fallait le dire PENDANT.

A côté de ça, on nous parle d’un supposé rapprochement entre des forces “progressistes”, impliquant l’existence de forces “rétrogrades”, validant de fait la thèse contre-révolutionnaire. Rapprochement qui tarde à se dessiner, à l’approche de la date fatidique.

Dans ces derniers mètres avant l’élection, les partis manquent de moyens, mais aussi d’initiative, d’imagination, de vista à long terme, et de sens de l’intérêt commun : de tout ce qu’on pourrait appeler leadership. Si les grands hommes se révèlent dans l’épreuve, alors la Tunisie n’en connaît pour l’instant aucun. Et c’est là la plus grande victoire du système Ben Ali : en éloignant physiquement les plus intègres, en amadouant ceux qui sont restés, et en ne produisant que des cadres-exécutants dressés au schéma docilité/récompense, il a hypothéqué l’avenir du pays.

Je peux rêver, imaginer que d’un coup, overnight, un parti dit “rétrograde” s’unisse avec deux ou trois partis dit “progressistes”, remporte la majorité à la constituante, et établisse un nouveau contrat social où tout le monde trouve son compte au prix de concessions.

En somme, éviter que la Tunisie ne devienne une nouvelle France, une nouvelle Angleterre, de nouveaux Etats-Unis; un tableau grotesque et obscène où des hommes politiques se disputent autour de sujets illusoires, pendant que l’ultra-libéralisme, le Marché, la Banque raflent la mise en les laissant seuls face à la colère d’un peuple qu’ils ne représentent plus.

Elyes Gherib


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2 Commentaires sur cet article

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  • Tunisie : La crise du leadership
    20 juillet 2011 at 21 h 51 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: crise, leadership, Tunisie […]




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  • hakimM
    20 juillet 2011 at 22 h 46 min - Reply

    Les Tunisiens ont d’excellents leaders et gestionnaires.
    Ils n’ont pas tous émergé de la masse a cause de la dictature qui a trop duré.
    Il en est de même pour l’Algérie ou le système ne laisse guerre de place a de vrais leaders positifs constructeurs intello et droits.
    le chanteur Baaziz est mieux que tous les responsables qu’on a eus jusqu’à maintenant, parce qu’il est nationaliste, démocrate et non corrompu.
    On en a des milliers de bons leaders, mais n’osent pas diriger ou ont été tués.




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