Édition du
22 July 2017

Le stress du caméléon.

Salima GHEZALI
Mercredi 27 Juillet 2011
In La Nation.info


Dans la torpeur apparente d’un été qui hésite entre abandonner la partie à un automne précoce et en remettre une couche de canicule pour bien montrer qu’on n’est pas encore fini, la vie du caméléon est sur le point d’être bouleversée. 

Accroché à son poste, embarrassé par son propre stress dont il suppose que l’intensité vient de la multitude qui n’en finit pas de s’agripper à la branche qui menace de céder, le caméléon ne bouge pas d’un iota. Il se contente de faire défiler les couleurs.

Certains croient que le caméléon change de couleur pour se confondre avec son environnement et mieux se camoufler. Encore un mythe utile. Le caméléon change de couleur au rythme de ses émotions. C’est la créature la plus stressée de la création. Prédateur lui même, il passe son temps à guetter l’arrivée d’éventuels prédateurs. Il dispose pour cela de deux yeux proéminents et dotés de mouvements indépendants. Ce qui lui permet de surveiller de tous cotés en même temps. Et quand il détecte une proie  les yeux du caméléon convergent pour une meilleure précision.

A part surveiller tout ce qui bouge, happer les insectes imprudents qui s’approchent de trop près, le caméléon est immobile. Il épie le monde. Et envoie des signaux à ses congénères en changeant de couleur.

Tout autour le monde bouge. Le monde change. Le monde se décompose et se recompose à une vitesse hallucinante. Mais le caméléon ne bouge pas, ne sait qu’épier, happer les imprudents et faire défiler les couleurs. D’un point de vue stratégique le caméléon est du type concierge introvertie ou aphasique. L’information qu’il accumule ne lui sert à rien d’autre qu’à ruminer des batailles imaginaires qu’il ne mènera jamais. Ou à jouer avec lui-même une interminable partie d’échecs  dont il est difficile d’évaluer la complexité réelle mais où le principal ingrédient doit être le stress permanent dans lequel il baigne.

Le caméléon est lassant et sans grand intérêt une fois qu’on a décrypté son système chromatique, mesuré la longueur de la langue protractile avec laquelle il happe à distance des insectes et au mieux quelques oisillons. Dés qu’on a compris que le caméléon doit sa prise sur la branche à ses doigts groupés en deux blocs opposables qui forment une sorte de pince  et non à une quelconque doctrine sophistiquée on sait qu’il s’agît là d’une espèce inapte à l’adaptation. Il en survivra quelques spécimens. Mais le groupe est condamné.

Qu’il règne sur une famille, sur un clan, un parti ou un Etat, le caméléon n’a aucune chance d’impulser une quelconque dynamique collective. Il ne sait ni construire ni composer ni apprendre ni partager.

Survivance d’une ère révolue le caméléon survivra aussi longtemps qu’aucun bucheron ne sera intéressé par l’arbre auquel il s’accroche. Et seulement aussi longtemps. Pour le moment le caméléon tente de décrypter les sons qui emplissent la forêt.

Depuis quelque temps le fracas des arbres qui tombent et le ronflement des scies l’empêchent de dormir.

Alors le caméléon est aux aguets.

 

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5 Commentaires sur cet article

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  • Le stress du caméléon.
    29 juillet 2011 at 19 h 55 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: caméléon., stress […]




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  • NEDJMA
    29 juillet 2011 at 20 h 05 min - Reply

    Ce caméléon manque de personnalité incapable de créer par manque d’humilté;à perdre du temps à douter de tout,il croyait pouvoir dévorer même le désir d’insoumission.

    Il finira à bouillir dans la marmitte populaire.




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  • A.By
    29 juillet 2011 at 22 h 21 min - Reply

    Au début des années 90 avant le coup d’État des généraux d’Alger de 1992 et devant un parterre select de journalistes français invités dans un de ses palais royaux pour une grandiose conférence de presse, le feu roi Hassan II avait comparé le Maghreb comme un caméléon qui change de couleurs au gré du temps et des évènements.
    À la question d’un des invités pour savoir, toujours dans la métaphore, qui est la tête de ce caméléon maghrébin ? Le roi répondit : Je vous laisse le soin de le deviner.




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  • Nazim
    30 juillet 2011 at 1 h 02 min - Reply

    Roger Peyrefitte qu’on confond souvent avec son cousin Alain (…Deloin!) a écrit un jour de 1977 (Propos secrets, éd. Albin Michel) : «Dans un pays de reptiles et de caméléons, les colonnes vertébrales sont rares». Aujourd’hui, nous sommes à la deuxième moitié de 2011 et le temps semble lui donner raison.
    Personnellement, je ne blâme personne de cette situation concernant notamment notre pays et j’ai plutôt tendance à comprendre le choix de tous ceux-là qui se résignent à accepter le règne des caméléons bouffeurs d’insectes par rapport à celui de sangsues (autre invertébré, mais suceur de sang celui-là) qui se targuent d’être l’«opposition».
    Peut-être que, si un jour il y a un projet et des gens plus crédibles….




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  • Iskander DEBACHE.
    31 juillet 2011 at 8 h 56 min - Reply

    Un Caméléon n’a la couleur d’un caméléon que lorsqu’il est sur un autre caméléon….




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  • Congrès du Changement Démocratique