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21 July 2017

Turquie : la Démocratie en voie de mettre fin au pouvoir des généraux

Les chefs d’état-major de l’armée démissionnent

Turquie : la fin du rôle des chefs militaires ?

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El Watan le 31.07.11

 

La démission fracassante des principaux chefs militaires en Turquie pourrait annoncer la fin d’une époque, selon des analystes : celle où l’armée jouait un rôle clé, parfois par la force, dans la vie politique.

«La vieille garde militaire a jeté l’éponge», assure l’universitaire Ahmet Insel, auteur de deux livres sur l’armée turque, commentant la démission, vendredi, du chef d’état-major des armées et des commandants de l’armée de terre, de l’air et de la marine. Ces démissions sont le signe d’un «bouleversement total dans les relations entre politiques et militaires», estime pour sa part le directeur du journal Hürriyet Daily News, Murat Yetkin. Critiqués par les milieux proches du gouvernement islamo-conservateur, poursuivis par les juges – un général sur 10 est en prison pour implication dans des complots contre le régime – les chefs militaires ont réagi, vendredi, par une démission en bloc au plus haut niveau, provoquant un choc à travers le pays. Selon la presse, ils exigent que leurs collègues en détention puissent bénéficier de promotions, même s’ils sont en prison dans l’attente de la fin de leur procès ; ce que refuse le gouvernement.

Et l’inculpation de six nouveaux généraux, vendredi, accusés notamment d’avoir créé des sites internet de propagande anti-gouvernementale, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, mettant un terme à la patience des militaires, ajoutent les médias. Il est loin le temps où l’armée turque, la deuxième en nombre au sein de l’OTAN, avait son mot à dire en politique et se posait en défenseur de la laïcité, face à ce qu’elle considérait comme une menace d’islamisation rampante de la société.
Depuis 1960, quatre gouvernements ont été chassés du pouvoir par l’armée, dont celui en 1997 de l’islamiste Necmettin Erbakan, mentor de l’actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Depuis, la société turque a évolué et s’est considérablement développée – le taux de croissance est actuellement de 11% – et le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a été brillamment reconduit au pouvoir pour la troisième fois consécutive, aux législatives de juin.

La démission des chefs militaires «est essentielle pour montrer l’impact déterminant des élections de juin sur les relations entre gouvernement et armée», estime Derya Sazak, du journal Milliyet. «Cette crise est le résultat inévitable d’une lutte de pouvoir entre l’armée et le gouvernement, qui se poursuit depuis 2007. Le gouvernement ne veut pas travailler avec ces chefs qui avaient essayé d’empêcher l’élection du Président (Abdullah Gül) et qui étaient impliqués dans des tentatives de coups d’Etat. Il veut les éliminer», ajoute-t-il. «En fait, l’armée a perdu la partie dès le 27 avril 2007, lorsqu’elle a mis, sans aucun résultat, son veto à l’accession d’Erdogan ou de Gül à la tête du pays», note pour sa part M. Insel.
Renvoyée dans ses casernes, l’armée conserve-t-elle cependant la capacité de refaire irruption dans la politique, par un nouveau coup d’Etat ? «Je ne vois rien de semblable», estime Murat Yetkin, avec d’autres commentateurs, et d’ajouter : «Le gouvernement contrôle la situation.» Pour Ahmet Insel, ces démissions sont «une implosion» dans l’institution militaire, et il est peu probable qu’on assiste à un coup d’Etat en Turquie. «Aujourd’hui, un général arrêté ne fait pas plus d’effet dans les journaux qu’un grave accident de voiture», note-t-il. «Il pourrait y avoir un jour la tentative chevaleresque d’un colonel, d’un pistolero, mais pas au-delà.» Et ce, pour plusieurs raisons : «l’appui fort» d’une partie importante de la population au gouvernement, l’évolution de la société, les contre-pouvoirs de la police et de la justice, «qui sont proches de l’AKP». Et aussi, «au niveau international, il n’y a plus le danger communiste, qui permettait de faire des coups d’Etat dans les années 1960 et 1970, avec le soutien des Etats-Unis».
Michel Sailhan. Journaliste à l’AFP


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10 Commentaires sur cet article

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  • ahmed
    31 juillet 2011 at 17 h 09 min - Reply

    La Turquie est sur la bonne voie de démocratisation . Cette situation n’est pas due au hasard . Les militaires turques ont procédé à plusieures reprises à des coups d’Etats et à des interdictions de partis islamistes . A aucun moment,les islamistes turques n’ont pris les armes pour déclarer le Djihad . Cette sagesse qui consistait à patienter et à persévérer en créant d’autres partis à la place du parti interdit a donné ses fruits. Le dicours modéré des islamistes turques et leur aspiration à une société démocratique,a rassuré leurs sympatisants et même leurs adversaires . Contrairement aux islamistes algériens,qui considérent la démocratie comme un concept occidental étranger à la culture algérienne et islamique ,les islamistes turques se sont toujours déclarés démocrates . Aprés une guerre civile,200000 morts,des millards de dollars perdus,le discours des islamistes algériens n’a pas évolué,le mot démocratie est un tabout qu’ils n’arrivent pas à surmonter . Au moment où Erdogan et ses amis s’interssent à Jean Jacques Rousseau et à Montesquieu,les islamistes algériens sont divisés entre la pensée de Ibn TAYMIA et celles de Sayed Kotb et Al Mawdoudi .
    A cette différence,il faut rajouter la différence du niveau d’instruction des militaires turques et algériens . L’armée turque,n’a pas à sa tête des anciens caporaux de l’armée française .




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  • Turquie : la Démocratie en voie de mettre fin au pouvoir des généraux
    31 juillet 2011 at 17 h 22 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: démocratie, généraux, mettre, pouvoir, TURQUIE, voie […]




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  • Abdelkader DEHBI
    31 juillet 2011 at 19 h 07 min - Reply

    Il n’y a rien à craindre pour un pays, quand l’intégrité morale, l’intelligence politique et la compétence socioéconomique sont au pouvoir. Et la Turquie du tandem Erdogan-Gül, les deux leaders du Parti de la Justice et du Développement – qui mérite bien son nom – en est la plus brillante illustration.

    Nos misérables généraux-bonbonnes, pétris d’arrogance, vont devoir méditer ce qui arrive, même à de vrais généraux, quand le peuple choisit librement ses dirigeants.

    Quant au peuple algérien, malgré son apparente apathie, son tour viendra pour la Libration. Et le pouvoir en place le sait, qui est entré dans une lente agonie, due à l’usure biologique, à la corruption morale et à la certitude que l’heure de rendre des comptes, s’approche. Au rythme prescrit par l’Histoire.




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  • sharif hussein
    31 juillet 2011 at 20 h 13 min - Reply

    Les généraux turcs ne peuvent rien contre un gouvernemnt très populaire et qui a pu porter la croissance éconmique du pays à des taux chinois de 11%,surtout par ses temps de crise.Le PJD est une véritable histoire de succès; une heureuse alliance entre la foi et la raison,les principes et le bon sens,qui devrait inspirer certains de chez nous,incapables de se défaire d’une conception Kichkiènne de la socièté musulmane.




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  • HAMMANA
    31 juillet 2011 at 20 h 36 min - Reply

    Quand le peuple a une vision claire de l’avenir et est décidé à consentir à tous les sacrifices,les généraux n’ont d’autre alternative que de se mettre au diapason de la volonté populaire,le cas échéant subir le sort auquel leurs forfaits les déstinent.C’est le peuple qui choisit ses leaders et dicte sa loi aux militaires et non l’inverse.
    Ainsi,on doit au préalable s’abstenir de notre coté à dramatiser le role de la DRS(car cela ne fait qu’accentuer l’obssession du citoyen à son égard et le rend de ce fait impotent pour l’affronter) tout en occultant notre entière responsabilité dans tout ce qui nous arrive et penser à redresser nos erreurs afin d’aboutir au stade ou nous saurions mériter les revendications qu’on a de cesse de scander.Dans la conjoncture actuelle, toute personne sensée convient que nous ne sommes pas en mesure d’honorer l’engagement de la lutte pour la démocratie et qu’ont est encore loin de faire l’unanmité pour une action de cette envergure.
    La quasitotalité des algériens ont besoin de s’entendre unanimement sur la détermination de l’ennemi pour pouvoir échaffauder le compris dans le cadre du processus de libération car très nombreux sont ceux qui n’admettent pas encore que l’armée puisse etre à l’origine de la tragédie nationale.Dans un tel esprit,toute vélléité de soulèvement est comdamnée à l’échec.La situatio préconise à mon avis un travail de sensibilisation de très longue haleine afin de déposséder les généraux de leur principal atout qui demeure l’instrumentalisation des composantes de la personnalité algérienne et les contradictions sociales.
    Le jour ou les militaires n’auront plus de liberté pour disposer du citoyen comme ils l’entendent et s’assureront que la technique du mensonge et de la supercherie n’ont plus droit de cité et qu’en ce sens ils ne peuvent plus compter sur leurs supports parmi des centaines de milliers d’arrivistes de tous bords sera le jour du commencement de la fin de ce mythe.
    Cependant,on a des decennies durant lesquelles nous devrons méditer l’avenir pour devenir aptes à s’intégrer dans la logique turque,Tunisienne,Iranienne ou Egyptienne.




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  • Alilou
    31 juillet 2011 at 22 h 53 min - Reply

    ooooooh arrete ton char Benhurr

    on a meme pas 10% de ce que la turquie a comme personnes emancipees, comme personnes honnetes et comme personnes capable avec des vrais diplome et un niveau comparable a l’echelle international…

    notre tour viendra le jour ou nous saurons surmonter ce qui nous divise et nous concentrer sur ce qui nous unis….

    encore quelque siecles avant la delivrance….




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  • Nazim
    1 août 2011 at 0 h 50 min - Reply

    Paradoxalement, je me réjouis très peu d’une telle nouvelle. J’ai même tendance à être plutôt sceptique.
    L’armée turque est fondamentalement républicaine et elle est constitutionnellement la garante de la laïcité. Détruire un tel édifice, c’est détruire la Turquie.
    En fait, je me demande dans quelle mesure tout ce qui se passe actuellement n’est pas scrupuleusement planifié. Un plan global qui viserait à changer la configuration du monde.
    À commencer par le monde dit musulman où le Pakistan, la Turquie et l’Iran font figure de puissances potentielles. Pour les pays dits «Arabes», c’est presque fait. Après la destruction de l’Irak et la scission du Soudan, on a la Tunisie et l’Égypte qui risquent de ne jamais se relever. Pour la Lybie et la Syrie, cela suit son cours. Pour l’Algérie, le Maroc et ceux qui restent, cela mettra un peu plus de temps. À moins que, de petites guerres propices (notamment entre les 2 maghrébins) ne viennent accélérer le processus.
    En plus de casser toute émergence d’une force «musulmane», faire de la Turquie un foyer infectieux est une autre façon de mettre au pas l’Europe. Briser l’Iran, c’est faire très mal à la Russie. Déstabiliser le Pakistan, c’est éprouver douloureusement la Chine. D’une pierre, plusieurs coups. Et dans tout ça, qui va en profiter ?
    Certainement pas les peuples de tous ces pays !
    Mais ainsi va le monde, il est plus facile de détruire que de construire et le fort soumet toujours le faible…




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  • Rédaction LQA
    1 août 2011 at 15 h 18 min - Reply

    Jean Marcou Chercheur associé à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul
    «L’armée va finir par rentrer dans le rang en Turquie»
    El Watan, 1 août 2011

    La décision prise, le 29 juillet au soir, par l’état-major de l’armée turque de démissionner collectivement fait craindre l’éclatement d’une nouvelle confrontation entre civils et militaires en Turquie. Professeur à l’IEP de Grenoble et chercheur à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul (IFEA) depuis 2006, Jean Marcou connaît particulièrement bien ce pays, où il a enseigné les sciences politiques et administratives à la fin des années 1980. Il a bien voulu décrypter, pour El Watan, cet événement et en analyser les implications sur la vie politique turque.

    – Quelle analyse faites-vous de la démission, vendredi, des quatre plus hauts responsables militaires turcs pour protester contre la mise en détention de 250 officiers accusés de complot contre le gouvernement Recep Tayyip Erdogan ? La Turquie est-elle entrée dans une nouvelle crise ?

    Je pense qu’il s’agit d’un événement historique, qui marque la fin du système de démocratie contrôlée qui avait été établi, en Turquie, après les interventions militaires de 1960, 1971 et 1980. Dans ce système, l’armée était un véritable acteur politique. Elle était au pouvoir sans gouverner directement. L’intervention militaire feutrée de 1997 (appelée en Turquie «coup d’Etat post-moderne») avait bien montré que, sans sortir de ses casernes, l’armée avait suffisamment de moyens politiques et d’arguments au sein de ce système, pour faire pression sur un gouvernement qui lui déplaisait (en l’occurrence celui de l’islamiste Necmettin Erbakan) et provoquer sa chute. Ce système est en train de vivre ses dernières heures. La Turquie entre-t-elle pour autant dans une crise ? Je ne le crois pas, car l’affaiblissement de l’autorité politique de l’armée est telle que la démission collective des principaux responsables de l’état-major devrait être rapidement surmontée.

    – Partagez-vous donc l’avis selon lequel ces démissions sont la preuve que la vieille garde militaire a jeté l’éponge ? Selon vous, l’armée a-t-elle vraiment cessé d’être le centre de gravité du pouvoir en Turquie ?

    Je partage cet avis, la vieille garde de l’armée turque est effectivement au bout du rouleau, usée par la résistance qu’elle a tenté d’opposer au gouvernement de l’AKP, au cours de la dernière décennie. Car le processus de démilitarisation en Turquie est le fruit d’une longue évolution depuis que le parti de Recep Tayyip Erdogan est parvenu au pouvoir, en 2002. Si la première législature de l’AKP (2002-2007) a été dominée par un compromis qui fut reflété par l’attitude consensuelle du chef d’état-major de l’époque (le général Hilmi Özkök), la deuxième (2007-2011) a été particulièrement conflictuelle. Il faut dire qu’elle s’est ouverte sur une lourde défaite politique de l’armée à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007, qui a vu Abdullah Gül accéder à la présidence de la République, alors même que les militaires avaient tout fait pour l’en empêcher. Au cours des 4 ans qui ont suivi, l’armée a été laminée par les fameuses affaires judiciaires de complot (Ergenekon, Balyoz…) qui ont conduit à l’inculpation, voire à l’arrestation de militaires d’active de plus en plus importants. L’an dernier, lors du Conseil militaire suprême, Recep Tayyip Erdogan était entré dans le dernier pré carré des militaires : leur faculté de coopter leur commandement suprême selon des procédures internes, échappant au contrôle du pouvoir politique. Le gouvernement de l’AKP était notamment parvenu à bloquer pendant 5 jours la nomination du général Kosaner, le chef d’état-major qui vient de démissionner. Preuve de l’état d’affaiblissement de l’armée : pendant son court mandat, ce chef d’état-major a été beaucoup moins présent sur la scène politique et médiatique turque que ses prédécesseurs. Plus généralement, au cours des derniers mois, les gestes de mauvaise humeur de l’armée à l’égard du gouvernement ont été beaucoup moins commentés et médiatisés que précédemment.

    – Après ces départs, comment vont évoluer les relations entre l’armée et le gouvernement ? L’armée peut-elle, selon vous, invoquer encore l’argument de la laïcité pour contrer le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan ?

    La démission collective de vendredi va accélérer le processus de démilitarisation que j’évoquais antérieurement. Le chef de la Gendarmerie, le général Necdet Özel, qui a été le seul à ne pas démissionner au sein du commandement suprême, a déjà pris la tête de l’armée de terre et devrait être nommé chef d’état-major prochainement. L’an dernier, ce général était apparu comme le principal bénéficiaire des conflits entre le gouvernement et l’armée, qui avaient marqué le déroulement du Conseil militaire suprême. Il apparaissait d’ailleurs comme le favori pour succéder à Isık Kosaner, dont le mandat devait normalement s’achever en août 2012. Le départ de Kosaner ne fait en réalité qu’anticiper un scénario prévisible. L’armée va donc rentrer dans le rang. Il est peu probable qu’elle ouvre une crise en invoquant la violation de la laïcité, ce qu’elle n’a d’ailleurs pas fait réellement depuis la présidentielle de 2007. Car, en réalité, au cours des dernières années, la résistance laïque a beaucoup plus été le fait de la hiérarchie judiciaire (Cour constitutionnelle, Conseil d’Etat, Cour de cassation) que de l’institution militaire.
    En 2008, les hauts magistrats ont, en effet, été à deux doigts d’obtenir la dissolution de l’AKP et sont parvenus à faire annuler la réforme autorisant le port du voile dans les universités. Toutefois, depuis la révision constitutionnelle de septembre 2010, cette haute magistrature est, elle aussi, très affaiblie et ce recul général qui concerne aussi d’autres institutions (hiérarchie universitaire, diplomatie…) est peu favorable au maintien du droit de regard de l’armée sur les affaires publiques.

    – Est-ce la fin du modèle turc que l’Occident montre comme un exemple à suivre aux pays arabes actuellement en transition ?

    C’est probablement la fin d’un modèle de pays musulman laïciste allié de l’Occident et essayant d’évoluer vers la démocratie libérale. Mais c’est aussi l’avènement d’un modèle de gouvernement musulman modéré représentatif de son peuple et beaucoup plus indépendant sur le plan stratégique. Dans le monde arabe, la Turquie est aujourd’hui très observée en raison de ses succès économiques (elle est devenue la première croissance du monde au premier semestre de 2011), en raison de ses acquis politiques (elle a réussi à faire rentrer l’armée dans ses casernes et à intégrer l’islam politique dans un régime pluraliste et parlementaire), en raison de ses nouvelles postures diplomatiques (elle n’hésite pas à tenir tête à Israël et même aux Etats-Unis).
    La Turquie est ainsi surtout une sorte de «success story», quant à être un modèle pour le monde arabe, je pense qu’il faut être prudent. Certes, l’expérience turque est intéressante pour des pays arabes actuellement en transition, mais elle n’est pas exempte de dysfonctionnements ; ce qui a été illustré récemment par les arrestations abusives de plusieurs journalistes ou par des limitations apportées à l’usage d’internet. En outre, la démocratisation ne peut être le résultat de la mise en œuvre de recettes importées arbitrairement. Les succès de la Turquie d’aujourd’hui se sont construits sur plusieurs décennies d’expérience du suffrage universel et du pluralisme qui ont également laissé place à des crises et des blocages divers. Les pays arabes ont besoin de conduire leurs propres expériences et de construire leurs propres systèmes.

    – Le Premier ministre Tayyip Erdogan a affiché aujourd’hui son souhait de doter la Turquie d’une nouvelle Constitution, sans faire allusion à la démission des quatre plus hauts responsables militaires. Quel est, selon vous, le principal objectif qu’il vise à travers ce projet ? A-t-il des chances de concrétiser ses ambitions ?

    Ce projet de Constitution n’est pas réellement nouveau, on en parle depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, mais il a été mis sous le boisseau au cours de la première législature (2002-2007). L’idée est néanmoins revenue à l’ordre du jour pendant la crise présidentielle de 2007 et a généré le projet dit de «Constitution civile». Mais au cours de la deuxième législature (2007-2012), ce projet s’est heurté à de très vives oppositions.
    Finalement, il n’a abouti qu’à une révision constitutionnelle limitée, en septembre dernier. Au seuil de la troisième législature de l’AKP, l’idée d’élaborer une nouvelle Constitution est plus que jamais d’actualité. L’entreprise ne sera pourtant pas facile pour Recep Tayyip Erdogan. En premier lieu, en dépit de sa large victoire lors des élections législatives du 12 juin dernier, l’AKP a moins de députés dans ce Parlement que dans le précédent, et ne dispose pas de la majorité renforcée lui permettant de modifier seule la Constitution. En second lieu, les très forts pouvoirs, qui sont désormais ceux de l’AKP au sein de l’appareil d’Etat, et l’accentuation du recul de l’armée par les démissions de vendredi, risquent de susciter la méfiance de l’opposition et d’un certain nombre de secteurs de la société. Enfin, l’une des dimensions majeures de cette nouvelle Constitution doit être la résolution politique du problème kurde. Or, les députés kurdes élus en juin dernier, qui forment le quatrième groupe politique parlementaire, et qui sont mécontents du sort fait à certains d’entre eux (maintien en détention ou invalidation), ont décidé de boycotter les réunions du Parlement. Même si Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement sont aujourd’hui en position de force, l’affaire n’est donc pas jouée.

    Zine Cherfaoui

    Erdogan consacre la primauté du politique sur le militaire
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    le 01.08.11 | 01h00 Réagissez

    Bien que la situation soit particulièrement tendue depuis vendredi en Turquie, le président Abdullah Gül continue à garder son sang-froid.

    Dans une déclaration au lendemain de la démission de quatre de ses plus hauts responsables militaires, il s’est même voulu rassurant concernant l’avenir de la démocratie dans son pays. Toutefois, il n’a pas cherché à minimiser les faits qui, selon lui, ont induit une situation «extraordinaire». Une situation qu’il a néanmoins vite fait de normaliser. Pour prouver que l’Etat turc n’est pas du tout en crise et que les militaires n’ont plus le poids qui était le leur par le passé, M. Gül a tranquillement tourné la page de cette «histoire» de démissions en approuvant la nomination de l’actuel patron de la gendarmerie, le général Necdet Ozel, à la tête de l’armée de terre turque. Necdet Ozel devrait être par la suite promu chef d’état-major interarmes en remplacement de l’actuel titulaire, le général Isik Kosaner. Bref, sous le règne de l’AKP, nul ne semble indispensable. Et c’est probablement le principal message qu’a voulu délivrer le président turc.

    La célérité avec laquelle le gouvernement a remplacé les généraux démissionnaires laisse même penser que Abdullah Gül autant que Recep Tayyip Erdogan étaient pressés de s’en débarrasser.
    Le départ du général Isik Kosaner, chef de l’état-major interarmes et des commandants des trois armes, a donné au Premier ministre turc une occasion en or d’affirmer son autorité sur la deuxième armée de l’OTAN. L’enjeu est de savoir maintenant s’il a réussi effectivement à asseoir le principe de la primauté du politique sur le militaire en Turquie et gagné le bras de fer qui l’oppose aux généraux depuis au moins 2002.

    L’affaire dite des 250 officiers accusés de complot contre le gouvernement Erdogan et qui se trouvent actuellement en détention est loin, en effet, d’être le seul objet de discorde entre les deux parties. L’armée turque, autrefois intouchable et incontournable dans la vie politique, est depuis plusieurs années la cible de critiques et d’accusations, dont celle justement de complots présumés visant à renverser le gouvernement de M. Erdogan. Quarante-deux généraux, soit un sur dix, et plusieurs dizaines d’officiers d’active ou à la retraite, sont actuellement incarcérés dans le cadre de ces complots présumés. Les chefs de l’armée ont exigé que les militaires en détention puissent bénéficier de promotions, même s’ils sont en prison dans l’attente de la fin de leur procès. Ils se sont toutefois heurtés au refus catégorique du gouvernement.

    Parmi eux se trouve même un général quatre étoiles, qui était censé devenir le prochain commandant de l’aviation. En attendant de voir la manière avec laquelle la situation évoluera, les démissions de vendredi montrent tout de même que les militaires turcs ne sont plus ce qu’ils étaient. Eux qui en 1997 encore déposaient le gouvernement de l’islamiste Erbakan ont été forcés en à peine neuf ans de pouvoir de l’AKP à renoncer à leurs prérogatives et à leur droit de regard sur la vie politique turque. Si les choses continuent à ce rythme, l’armée, gardienne de l’Etat laïque hérité de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, ne sera bien plus qu’un souvenir lointain.

    Zine Cherfaoui




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  • Jeff
    1 août 2011 at 20 h 14 min - Reply

    Une lecture objective

    La Turquie sans les généraux

    Le 29 juillet, les principaux chefs militaires turcs (le chef de l’état-major général et les chefs d’état-major des trois armes) ont démissionné d’une manière quasiment collective. Ce geste a évidemment une signification politique qui dépasse la seule situation des forces armées. Il ponctue un désaccord fondamental entre les forces armées et le pouvoir islamiste modéré du président Gul et du premier ministre Erdogan. Ce désaccord entre l’armée et les islamistes, qui est fondamental et porte sur la conception même de la Turquie, s’était exprimé pour la première fois de manière brutale en 1997, lorsque les militaires forcèrent un premier gouvernement islamiste à démissionner.

    En un sens et selon l’analyse que relaie Aljazeera.net ce 30 juillet 2011, on est conduit à penser que cette démission sanctionne une défaite décisive des militaires. Alors qu’il y a 15 ans ils forçaient un gouvernement islamiste à démissionner, aujourd’hui ce sont eux qui démissionnent, laissant la place à de nouveaux officiers généraux que le pouvoir choisira plus proches de lui.

    «General Isik Kosaner, the head of the Turkish armed forces, has quit along with the heads of the ground, naval and air forces. The country’s state-run Anatolia news agency said on Friday that the military chiefs wanted to retire because of tensions with Recep Tayyip Erdogan, the recently re-elected prime minister. Anatolia reported Kosaner as resigning “as he saw it as necessary”.

    »In a written statement released after the news of the generals’ retirement, Erdogan said that the armed forces would continue to do their duty in a spirit of unity. Erdogan also named General Necdet Ozel, head of the gendarmerie paramilitary force, as both the commander of the ground forces and acting chief of the armed forces. Abdullah Gul, the president, approved the appointment. Ozel was the only one among the top commanders not to ask for retirement. He was expected to be appointed as chief of the military’s general staff in place of Kosaner, as tradition dictates only the ground forces head can take over the armed forces.

    »Speaking to Al Jazeera, Yusuf Kanli, a columnist with Hurriyet, a Turkish daily newspaper, said that Kosaner was quitting his post as an act of protest against the court cases jailing military officers, which meant he could no longer defend the rights of his staff. “However, I do not think that this shows that there is a deepening rift between the government and the army because resignation means leaving the seat to the government. By resigning, they opened the door for the government to make the appointments they would like to make. And indeed, the government immediately stepped in and appointed new army commanders.” “It seems that, in the past, when the military expressed dissatisfaction with the government, the government would leave. Nowadays, when the government expresses displeasure to the top generals, the top generals are leaving. There is a change of rolls,” Kanli said.»




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  • Mohamed YAHIAOUI
    3 août 2011 at 10 h 28 min - Reply

    Assalamo Aleikoum

    Au sujet de l’Armée Turque  » garante de la laîcité  » il faut savoir que cette « laîcité  » était le fer de lance de l’OTAN pour le Moyen-Orient , donc une armée de trahison envers tous les Peuples de la région .
    Le gouvernement  » fantôche laÏc  » des années 5O , à soutenue la France Coloniale contre le FLN-ALN
    (Faîtes des recherches sur cette époque de la Turquie  »

    L’armée Turque « Laïque  » était l’alliée de l’entite sioniste qui se fait appeler ISRAEL ,les services secrets Turcs, le MOSSAD et la CIA , collaboraient étroitement contre tous les Révolutionnaires Arabes, et surtout contre la Résistance Palestinienne.
    Les Chasseurs bombardiers de « TSAHAL  » s’entrainaient dans l’espace aérien Turc ,ainsi que l’utilisation en commun de la base géante d’INCIRLIK ,louée par l’Armée Américaine.
    La Turquie est l’un des rares pays Musulmans à avoir des relations diplomatiques avec l’entité sioniste,colonialiste et raciste , mais depuis l’attaque de la flotille de la liberté , et bien avant , ces relations ont changés en profondeur , je fréquente beaucoup de Turcs sur LYON , j’avas été invité en Turquie en 2007 , et croyez-moi il ya avait une grande sympathie et une réelle fraternité envers les Palestiniens .
    Partout ou il y a eu des régimes militaires appuyés par de « Laïcs  » ces régimes étaient soumis à l’axe Americano-Sionistes et autres sous-fifres de l’OTAN , en l’occurence les pays Européens qui à l’exemple de la France (France-Afrique et France-Algérie) sont encore dans la logique colonialiste et néo-colonialiste.
    L’OTAN , est au service d’Israel et du sionisme international.
    La Franc est un allié indefectible d’Israel et de sa politique de colonisation continue .
    En Algérie ,il faudrait que tous les Islamistes adoptent une voie similaire à celle d’ERDOGAN , par la voie du multipartisme , et surtout reprendre le slogan du 1er Novembre 1954 qui a été bafoué par tous les dirigeants Algériens depuis l’indépendance en 1962
    LA DEMOCRATIE DANS LES PRINCIPES DE L’ISLAM , et non pas singer LA DEMOCRATIE OCCIDENTALE qui mène à la corruption de la société , la perte de toutes les valeurs morales, la destruction de la cellule familiale , la GAY PRADE (singerie Américaine de San Francisco) et le mariage des homosexuels ( 833 couples dernièrement à New York )
    NON ! cette DEMOCRASSIE OCCIDENTALE , le Peuple Algérien n’en veux pas .
    Quand aux partis Laics Algériens , la plupart sont pro-Français , pro-sioniste , la preuve ils vont chercher des appuis à Paris et dans les Ambassades de plusieurs pays occidentaux .
    Je n’épargne pas non plus certains Islamistes qui vont chercher des appuis en Arabie Saoudo-Sioniste, ignorant dans leur bêtise et leur analphabétisme politique que le régime Royal qui s’est accapré un pays au nom de la famille SAOUD , est sous l’emprise totale de la CIA et du MOSSAD
    Islamiste moi-même , je suis pour une réislamisation progressive et pacifique de la société Musulmane, avec la présence de plusieurs formations politiques au service du peuple Algérien et de sa culture Arabo-Berbero-Islamique, ainsi que le choix de débats démocratiques qui soient le fait de notre propre pensée ,de notre propre initiative , et non pas des singeries sur Montesquieu , Voltaire , Victor Hugo ou autre révolutionnaire franc-Maçon, qui n’ont rien à voir avec notre histoire , notre religion , ou alors tous les Martyrs de la Révolution du 1er novembre 1954 ,se seront sacrifiés pour rien ,
    LE NEO-COLONIALISME ET TOUS LES NOUVEAUX HARKIS DE L’ISLAM DOIVENT ETRE BANNIS A JAMAIS
    L’EXEMPLE TURC ES LA POUR NOUS PROUVER QU’UN PAYS REVIENS A SON IDENTITE ET PEUX DONNER UN EXEMPLE DE LIBERTE ET DE DEVELOPPEMENT A SON PEUPLE




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  • Congrès du Changement Démocratique