Édition du
22 July 2017

La générosité d’Etat en couffins : ces chiffres de l’échec qu’ils n’osent voir !

Ahmed Selmane in La Nation.info
Mardi 2 Août 2011
Le chiffre est énoncé, via l’agence officielle de presse, presque comme un succès, une victoire contre un ennemi imaginaire : près d’1,5 millions de familles bénéficient du couffin du ramadhan. Comme chaque année depuis que l’Etat a décidé de monopoliser le caritatif  et de mettre sur la touche les associations islamistes actives en ce domaine, on donne les chiffres de la grande générosité publique. On tient à préciser que 384 162 familles nombreuses démunies  bénéficient cette année de deux couffins au lieu d’un seul. Avec une famille algérienne moyenne de 7 personnes, cela fera plus de 10 millions de personnes qui bénéficient de cette générosité spéciale dans un mois spécial. Sans être des partisans de la rétention de l’information dans un pays où elle circule déjà très peu, on s’étonne quand même de tant de publicité faite à ce qui est un échec abyssal. Quand 1,5 millions de familles ont besoin du couffin du ramadhan, cela veut dire qu’au moins un tiers de la population algérienne est en état de besoin. On n’ose pas utiliser le terme indigent qui nous renvoie à ce qui est censé être un passé colonial dépassé et honni. Mais à l’approche du cinquantenaire de l’indépendance ce nombre considérable de gens pauvres est à mettre en rapport avec les richesses du pays et l’enrichissement sans cause apparente d’une petite catégorie. Ces inégalités se sont construites derrière un discours populiste pendant une phase « socialiste », une autre « infitahienne » et une guerre civile (oui, on peut utiliser l’expression puisque M.Mourad Medelci l’a fait publiquement) ; toutes ces phases ont pour trait commun un système qui entend être le pouvoir et l’opposition et qui entrave toute organisation libre des algériens.

La fabrique des pauvres et des oligarques

La générosité d’Etat en couffins : ces chiffres de l’échec qu’ils n’osent voir !
Ces chiffres énoncés presque comme un succès montrent que l’absence de libertés fabrique des pauvres et des oligarques et fait fuir les élites. Et que les discours, sans cesse remis en selle, de la priorité au développement sur la démocratie sont une supercherie. La générosité d’Etat du ramadhan est l’expression chiffrée de l’échec de l’Etat national. Elle devrait ramener sur terre ceux qui pensent, comme Nabni, qu’on peut sauter la question politique pour changer la donne dans l’économie. Même dans une optique purement libérale qui est celle de Nabni, la question des libertés et de l’Etat de droit, de la reddition des comptes des gouvernants est primordiale. Les idées « techniques » de Nabni ne peuvent prendre de sens que si elles assument, clairement, qu’elles postulent la liberté des algériens de s’organiser, d’entreprendre, de s’exprimer et de choisir, dans des conditions régulières, leurs gouvernants. Et que c’est un combat politique à mener. Même s’il est vain d’essayer de questionner la légitimité de la richesse des nantis ou de leur demander d’en justifier l’origine, aucun pays ne peut démarrer si ses enfants ne sont pas mis sur un même plan par un Etat de droit et la sécurité qu’il apporte. Les algériens sont prêts à accepter l’avance prise par les nantis dans le cadre de l’accumulation primitive et brutale des richesses… s’ils acceptent d’entrer dans le droit… Ils pourront alors, rapidement, accomplir le ramadhan sans que l’Etat n’éprouve le besoin de faire preuve d’une générosité si confondante.

Un rêve de ministre

La générosité d’Etat en couffins : ces chiffres de l’échec qu’ils n’osent voir !
Au premier jour du ramadhan, le ministre de la santé, placebo, flanqué de ses cadres, s’est livré à un remarquable exercice de communication. Il faut en effet faire très fort pour nier l’existence d’une pénurie de médicaments tout en désignant des lobbies d’importateurs en prenant garde de souligner qu’on n’accuse personne. C’est vraiment du grand art. Mais c’est aussi la tendance ministérielle algérienne de se défausser sur les « autres » qui restent dans l’indéfini et dans l’indéfinissable. Après les importateurs, c’est au tour des contrebandiers d’être rendus responsables de la pénurie qui officiellement n’existe pas mais sur laquelle on ne cesse de s’exprimer et de gloser. Les citoyens algériens, eux, savent que les médicaments manquent. Les contorsions du ministère de la santé placebo ne sont pas pour les surprendre. Après tout, pour les émeutes de janvier, émeutes de la malvie et de l’ennui et de l’horizon bouché, les autorités ont décrété que c’est une affaire d’huile et de sucre. Et, il faut le rappeler sans cesse, la réponse que l’Etat a apporté à cette situation est une retraite en rase campagne: il a décidé que les grossistes, les importateurs et, accessoirement les trabendistes, peuvent fonctionner sans facture et utiliser la bonne vieille « chkara ». Et le chèque passa à la trappe ! Pourquoi le médicament, si précieux, échapperait-il au traitement réservé au sucre et à l’huile ? Finalement quand le ministre de la santé et ses cadres se contorsionnent pour ne pas dire où se trouve le problème, c’est que tout simplement ils admettent leur impuissance. Encore un peu d’effort, et les ministres accuseront les algériens smicards ou légèrement supérieur au smic d’être les responsables de tous les maux. Les plus riches ne causent pas des ennuis, ils trouvent toujours les médicaments qui manquent ! Nos ministres sont des gens intelligents, ils ont de très beaux plans que les algériens, sans liberté, contrecarrent par leur simple existence. Le rêve d’un ministre algérien de la santé, c’est quoi en définitive ? La disparition, rapide, des malades. A défaut d’assurer la disponibilité des médicaments.


 


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6 Commentaires sur cet article

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  • La générosité d’Etat en couffins : ces chiffres de l’échec qu’ils n’osent voir !
    3 août 2011 at 3 h 43 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: chiffres, couffins, D’ETAT, générosité, L’échec, n’osent, Qu’ils, voir […]




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  • La générosité d’Etat en couffins : ces chiffres de l’échec qu’ils n’osent voir ! midipress
    3 août 2011 at 11 h 11 min - Reply

    […] La disparition, rapide, des malades. A défaut d’assurer la disponibilité des médicaments. ici pour lire l’article depuis sa source. Cette entrée a été publiée dans algerie. Vous […]




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  • el-amel
    3 août 2011 at 12 h 54 min - Reply

    C’est le paradis fiscal du peuple!




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  • Djahida
    3 août 2011 at 17 h 35 min - Reply

    Quand on est incapable d’instaurer la justice ,on fait l’aumône.




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  • Alilou
    4 août 2011 at 20 h 10 min - Reply

    Normale, quand le peuple perd la dignité il ne lui reste que la mandicité….Chose Honnie par le bon DIEU lui meme.

    Bouteflika jette des miettes et le peuple les ramasse au lieu de ramasser son NIF, Son COURAGE et sa DIGNITE et aller reclamer ce qu’il lui est du en homme et non en misereux.

    Allah y kettar tnouha bech i-iichou fiha l’feykines




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  • vevtre – creux
    7 août 2011 at 20 h 59 min - Reply

    c´est une honte etalba dans un pays riche comme la malheureuse ELDJAZAIR ou est la dignité,ou est l´honneur. (winrah en-nifde ou est la valeure, ou est le courage ce peuple valeureux qui fait tomber la 4em république de la 4em puissance mondiale colonialiste odieux criminele. nous sommes devenus un peuple inerte.




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  • Congrès du Changement Démocratique