Édition du
23 July 2017

ZE MARIAGE

Par Mouna

Il était une fois un jeune homme Algérien bien charmant vivant aux temps modernes, qui avait rencontré sa moitié et qui avait décidé de l’épouser.

Ma mère était une cousine de la moitié en question, donc je fus invitée à assister à la cérémonie de mariage.

Ça se passait dans une salle des fêtes comme la modernité matrimoniale avait coutume de faire, c’était une salle avec vue sur mer, décorée par un designer de renom avec bien sûr service compris, c’était la salle du moment, ZE salle.

Arrivée sur les lieux je pus m’en rendre compte par moi-même.

Les dames évoluant sur la piste de danse étaient scintillantes dans des gandouras bling-bling et ressemblaient à des étoiles filantes qui se seraient  données rendez vous pour une boum.

Guindée dans une discrète robe noire, Je m’étais assise là où on me l’avait indiqué, un café chaud atterrissait sur ma table accompagné d’une multitude de gâteaux aussi aguichants que  sophistiqués.

Un des gâteaux servis me faisait carrément de l’œil, je pris un temps pour méditer la dessus ; où nous avait mené notre excès de modernisation, à des gâteaux mutants qui draguaient les invitées.

C’était un gâteau d’un rouge sang à priori à base d’amandes fait avec des kilos de colorant artificiel, il brillait de mille feux grâce au must du moment que toute pâtissière digne de ce nom avait dans son placard, j’ai nommé  ZE brillant alimentaire.

Le truc c’est que j’étais persuadée que si j’en mangeais j’aurais soit augmenté mes chances de faire un cancer du côlon ou alors dans l’immédiat d’obtenir une scintigraphie si on me prenait en photo.

Mes camarades de table quant à elles se regardaient en chien de faïence, se narguaient subtilement les unes les autres en détaillant au millimètre près chaque perle, chaque grain de poudre, se jaugeaient pour juger à la fin du prestige de la toilette de chaque potentielle concurrente.

Aussitôt le one shot fait, elles s’adressaient des sourires mielleux prémices d’une discussion aussi promettante qu’une enquête policière.

L’orchestre qui m’assommait les tympans était incapable de passer  une chanson entraînante pour se dandiner dessus, moi qui aimait danser c’était le seul refuge qui pouvait m’abritait du profond ennui qui me guettait.

Toutefois certaines danseuses aguerries aimaient bien et chaloupaient avec grande virtuose.

Le reste des dames présentes qui malgré leur manifeste excès de poids jouaient au défilé de mode en changeant à tout bout de champ de gandouras.

Et vas y que je mette la bleue avec tout le tralala assorti et vas y que je mette la rose et vas y que je mette la verte, ah non  l’argentée c’est mieux, l’autre est « trop » simple….

De temps à autres, quelques invitées me reconnaissaient, j’étais alors obligée de servir un sourire et un « comment ça va » qui avait pour inévitable ricochet un « wallah labess et toi» et à mon tour je ripostais « wallah je vais bien aussi », bienséance oblige.

Mais quand les pies endimanchées dans leurs costumes d’apparat tout d’or éclaboussées cherchaient  à savoir si vraiment  le mari de ma cousine s’était remarié en cachette.

là encore la bienséance prenait le dessus sur mes pulsions de meurtrière inavouée et je servais envers et contre tout un « noooon » serti d’un rictus crispé rêvant en secret d’emplumer ces cocottes farcies bien trop curieuses  et  peu modestes à mon goût.

Et la mariée vint enfin avec ZE robe blanche, une traîne de 10 mètres, un voile piqué de 1000 perles et un diadème digne de Walt Disney.

Rentrée bien après minuit, je m’affalais  sur mon lit les oreilles bourdonnantes, je fermais les yeux et je vis danser tout autour de moi des dragées multicolores, des ceintures en or, des gâteaux divers aux couleurs d’arc-en-ciel, les grosses dames aux lourds déhanchés, de bons plats arrivant en masse, pleins de vaisselle de cuillers et de tasses…

Tous les éléments étaient réunis pour faire de ce mariage, ZE mariage du siècle le plus fastueux,  le plus onéreux et donc le plus réussi.

Toute cette opulence pour  montrer qu’on avait bien fait les choses, de satisfaire les bonne dames- qui à mon humble avis auront toujours quelque chose à redire- que tout ce faste est finalement aussi peu garant du bonheur des mariés, finalement la seule chose qui avait véritablement de la valeur pour moi.


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6 Commentaires sur cet article

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  • Nazim
    6 août 2011 at 18 h 11 min - Reply

    Fidele reconstitution d’une fête de mariage chez nous. Elle n’a de« fête» que le nom. Peu de gens s’y amusent. La plupart du temps, la famille-hôte est comme un élève qui passe un examen et les familles conviées formeraient un grand jury dont la sentence finale sera inévitablement négative : «trop tape-à-l’œil», «trop radins»…
    Les mariés ? Un prétexte.




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  • brahmi16
    6 août 2011 at 22 h 39 min - Reply

    Le mariage a peine consommé que l ‘on songe deja a se separer.N’est ce pas pas qu’il s agit plutot de frustrations sexuelles qu ‘on a essayé d ‘assouvir officiellement dans les regles?Comment 2 etres si differents ,ou meme semblables, peuvent vivre ensemble dans la routine et dans la compromission en algerie? L influence de la société en pleine deliquescence engendre La haine qui finira par prendre le dessus.A moins d’ un miracle.




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  • malik
    7 août 2011 at 16 h 39 min - Reply

    Le feuilleton DALLAS est encore dans la mémoire dechaque algérien, n’ayant aucune possibilité de réaliser ses projets, l’agérien a sombré dans le rêve et la mythomanie. Ceux qui ont les sous jouent aux riches avec les moyens et culture à l’américaine, le pauvres s’endette pour faire de même.
    Doit-on les blâmer pour assouvir un rêve jamais atteint?




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  • Zineb Azouz
    10 août 2011 at 17 h 27 min - Reply

    Merci chère Mouna pour ce brillant zoom sur le faste, le faux et le règne des femelles en paillettes qui, force est de le constater, font la loi et dictent leur « bon goût » pour le plus grand bonheur des begaras et autres bijoutiers et propriétaires de sales de fêtes où l’on exploite sans sourciller la misère d’autres jeunes femmes recrutées sans le moindre droit pou servir et nettoyer après le passage de ces poules à qui l’Algiré semble avoir offert le plus paradisiaque des Las Vegas.

    Cordialement,
    ZA




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  • A.L
    11 août 2011 at 0 h 31 min - Reply

    Vous avez fait exprès Mme Zineb en écrivant’propriétaires des sales de fêtes ‘. Ne me dites pas le contraire.




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  • Boufahimo
    11 août 2011 at 17 h 33 min - Reply

    Au risque de vous déplaire , chères dames mais la femme en Algérie d’aujourd’hui est l’avenir SOMBRE de l’Homme algéricus corrompus brascassécus,bavardus gratus ,avilus .Pourquoi? Vous allez me dire pourquoi?
    PARCE QUE LA FEMME PETITE BOURGEOISE EST EN NETTE PROGRESSION.Il n’y a plus pratiquement de femme de gauche.
    Et la plupart des femmes « top » matérialistes disent à leur pauvres maris : »dir kima darou er djal » c’est à dire voles.
    Sans rancune.Je ne suis pas du tout mysogyne.Bien au contraire




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