Édition du
28 March 2017

La Deuxième Fatiha. L’islam et la pensée des droits de l’homme.

Y. Benyellès

C’est le titre du dernier essai du professeur Yadh Ben Achour*. Cet érudit maghrébin, malgré la tâche historique* que lui incombèrent hasardement les évènements du printemps de jasmin, poussa l’audace de l’intelligentsia musulmane – au-delà des limites rabâchées et déjà connues- en se posant la question suivante pour une énième fois : Existe-t-il en islam une conception moderne des droits de l’homme ?

C’est une des immenses questions de cette année… et sans doute du siècle : l’Islam, la démocratie, les droits de l’Homme et le changement dans le monde arabe.D’après ses recherches par sa lecture personnelle, juridique et lumineuse du Coran, il nous fait découvrir que cela pourrait être possible et réalisable pour un musulman, s’il intègrerait d’une manière universelle les prescriptions révélées dans les quelques versets de la sourate Al-’isrâ. D’ailleurs, il explique ce qui avait motivé initialement l’écriture de son ouvrage et le message qu’il veut véhiculer pendant cette naissance du printemps arabe. Voila ce qui ressort du fond de sa pensée :

« Les versets 23 à 37 de la sourate Al-’isrâ (sourate des Fils d’Israël) ont la force de ceux de la première sourate du Coran intitulée Fâtiha, ouverture obligatoire de toutes les prières musulmanes. En raison de leur importance, je me permets de les regrouper sous le nom de « Deuxième Fâtiha » : Par la Majesté de Son inspiration, cette section du Livre sacré a en effet le privilège de guider croyants et non-croyants vers une éthique universellement acceptable, potentiellement inspiratrice d’un droit moderne.

Nos fatwas pakistanaises, saoudiennes, égyptiennes ou européennes ne font que susciter la moquerie du monde et le mépris des nations non musulmanes. Leur inspiration est trahison, parce qu’elles condamnent l’islam à n’être plus qu’une religion de parade et d’accoutrements, dans laquelle le Signe tient lieu de foi. On ne peut aimer l’islam et accepter un tel abrutissement. Il faut relire les quatorze commandements de cette sourate entrante du Coran pour diriger la pensée musulmane vers un renouveau radical, vers la démocratie, la liberté et l’État de droit. ».

D’après son raisonnement, le socle fondamental de l’asservissement provient de la confusion entre le religieux et le politique. Ce dernier rapport déterminera en fait la configuration de ce que sera la future démocratie dans les pays musulmans, puisque la pierre angulaire de celle-ci est la volonté de l’homme lui-même, et non pas celle de la volonté transcendante.

Son cran ne se distingue point seulement de ce qui est écrit dans son ouvrage, mais aussi par ses réflexions à chaud durant les conférences de presse ou les réunions publiques ou à huit clos. Comme par exemple sa dernière « boutade », en avance sur son temps, un vrai pavé dans la marre, en réponse aux fondamentalistes qui exigent que la religion islamique doive être reconnue comme étant une religion civile dans la nouvelle constitution tunisienne, il dira à ce sujet : « un Dieu authentique ne peut être fait que pour un véritable croyant, saches le droit et tu connaitras ses hommes, parce qu’un vrai croyant est avant tout un homme libre…»

Depuis toujours, les pays arabo-musulmans ont certes connu des périodes où régnait une certaine abstraction de l’État, avec des dispositifs de lois communes pouvant servir de référent supérieur, mais dans leur globalité, de tout temps, les régimes qui gouvernèrent la nation arabe étaient soit des monarchies à généalogie religieuse, soit des systèmes despotiques à caractère militaro-gérontocratique. C’est un « mixte » des deux systèmes qui se distingua le plus, tant par la durée de son fonctionnement (pratiquement du VII au XX siècle), que par son incidence sur l’imaginaire collectif.

La pauvreté matérielle, le manque d’éducation civique des masses populaires, l’absence quasi complète de conscientisation et l’ignorance tout court expliquent que le despotisme en terre arabe reste constitutif des structures mentales qui gouvernent l’interprétation et l’application de la chari’â islamique. Il est clair cependant que celle-ci ne peut être tenue pour la seule source du despotisme arabe, car, originellement – et probablement mythiquement – elle avait pour fonction de rééquilibrer au profit de Dieu l’observance par les hommes d’un comportement humble, tolérant et juste. Mais son dévoiement dès le califat primitif lui avait en quelque sorte « tordu le cou, sans la tuer complètement ».

Pour conclure, c’est un essai essentiel révélateur pour comprendre l’esprit des révolutions démocratiques arabes par l’un des tout premiers juristes du Maghreb, acteur de la reconstruction politique tunisienne.

A.By

*Yadh Ben Achour est professeur en droit public et philosophie du droit, spécialiste des idées politiques de l’islam, membre de l’Institut de droit international. Il est l’auteur de nombreux ouvrages .Au lendemain de la Révolution du jasmin, il a été nommé président de la Commission de réforme politique de la Tunisie.


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16 Commentaires sur cet article

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  • La Deuxième Fatiha. L’islam et la pensée des droits de l’homme » Savoir ou se faire avoir
    8 août 2011 at 6 h 05 min - Reply

    […] Source: C’est le titre du dernier essai du professeur Yadh Ben Achour*. Cet érudit maghrébin, malgré la tâche historique* que lui incombèrent hasardement les évènements du printemps de jasmin, poussa l’audace de l’intelligentsia musulmane – au-delà des limites rabâchées et déjà connues- en se posant la question suivante pour une énième fois : Existe-t-il en islam une conception moderne des droits de l’homme ? […]




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  • Ferhane
    8 août 2011 at 17 h 15 min - Reply

    Bien sur,on aura deux types de réponse.Certains répondront par oui, d’autres par non.L’argument des premiers ne dépassera pas le stade théorique.Car à moins qu’on ne considère l’exemple turc comme étant un système d’obédience islamique, ce qui n’est pas le cas car l’Etat turc est un état laic,il n’existe pas d’exemple proprement dit démontrant que les droits de l’homme existent dans le cas d’un Etat islamique.Il incombe donc aux tenants de la voie islamique de faire la preuve qu’on peut batir un Etat islamique respectant les droits de la personne.En fait. comme le souligne le titre que signifie droits de la personne dans un Etat islamique qund on sait qu’à la base de la société islamique, il y’a le concept de soumission;soumission de la femme à l’homme. soumission du croyant au guide,soumission du croyant aux dogmes donc rejet de la liberté de pensée.Des notions antinomiques au concept de droits de la personne.Les Tenants de la voie islamique ont le fardeau de la preuve.Batir(Tunisie?)un Etat basé sur la charia et respectant les droits de la personne.De fait, treve de théorie.Des faits…




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  • A.By
    9 août 2011 at 8 h 36 min - Reply

    @ Ferhane

    Des faits vous dites ? Eh bien cet essai de Ben Achour en est Un ! Et pas à peu près. Pourquoi? Car depuis plusieurs siècles, ce fut la première fois qu’un érudit musulman ose parler sans l’épée de Damoclès sur sa tête. Ben Ali a quitté le pouvoir le 14 Février et puis 3 mois après, Ben Achour nous pond ce livre. Un effet boomerang comme on dit. Dès qu’on libère la parole, on voit la lumière, n’est ce pas ?

    Vous savez, l’histoire nous révèle que la lutte pour la succession du Prophète fut très rude. Les divers fractions s’opposèrent et se combattirent sans répit jusqu’à ce que l’ordre soit peu à peu revenu après la mort des quatre premiers califes, dit « califes légitimes ». Depuis lors, sauf accident, le pouvoir est resté entre les mains de leurs successeurs.
    On fera donc observer que l’instauration du califat sous-tend l’histoire de l’Islam aux plans géopolitiques et spirituels. Il est donc un postulat premier, à l’origine de toutes les querelles entre musulmans depuis le début du califat. Il est nécessaire d’accepter le « préféré », quand bien même il s’en trouverait un « préférable », dans la mesure où le préféré répond parfaitement à l’ordre qui le soutient. Telle est la ligne de rupture entre légitimité et illégitimité politique, la COOPTATION. Aussi, lorsque les califes dits légitimes furent partis, les successeurs « préférés » se sont multipliés, par le fer et par le sang, hélas, souvent au détriment des « préférables ».

    Toutefois, l’une des particularités du pouvoir absolu – observée depuis la haute Antiquité et théorisée par Machiavel – est d’affaiblir la VIGILANCE. En analysant sans passion l’enchainement du pouvoir en terre arabe, depuis que l’Islam s’y est installé, on ne peut que constater la mise en place d’une tradition de gouvernement fondée sur le despotisme, au double sens que lui donne Rousseau, à savoir l’usurpation de l’autorité royale (tyrannie) doublée d’une usurpation de l’autorité divine. C’est pour cela que Ben Achour répond aux fondamentalistes en disant qu’avant d’être croyant, il est d’abord un homme démocrate libre.

    Disons que le monde musulman avait acquis jusqu’à date des faiblesses que je qualifierai de « congénitales », car elles participent à l’édifice social et politique de tous les despotismes, les souverains font un usage immodéré de la violence, de la terreur et plus subtilement de la culture du secret, (comme agit le DRS aujourd’hui) parce que la catégorie de ce dernier (secret) est une constante de la mentalité arabe. Pour celui qui est familier des textes arabes, comme vous le savez, le mot « sîr » (secret) ou « sîr al-asrâr » (le secret des secrets) sont des mots récurrents.

    Le véritable nœud gordien du cas du monde musulman est que dès le début de la prophétie, la compréhension de la révélation était soumise à une catégorisation propice à l’établissement d’assiettes d’intelligibilité où le révélé n’avait pas le même SENS pour tous. Là se situe l’origine même du secret, à la fois au sens métaphysique et, plus tard, à celui d’un mode de gouvernement. Celui-ci se maintient aujourd’hui dans sa facture ancienne, dans nombre de pays arabes même s’il est régulièrement désavoué par les élites, intellectuelles notamment…quand ils ont une chance, bien sûr, de pouvoir s’exprimer. Et comme le fait présentement Ben Achour avec son ouvrage exclusif.

    La Démocratie peut et doit exister en islam, puisque la fonction de la consultation (choûra) comme celle du consensus (idjma’) qui, en principe, étaient conçus et par le Coran (verset III, sourate 159) et par l’administration juridico-théologique initiale pour contrebalancer les décisions iniques ou imparfaites, sont ainsi dépassés dans les faits par les débordements incessants et les manquements au droit le plus élémentaire de ceux-là même qui en sont les GARANTS « naturels ».

    C’est pour cela que Ben Achour dit : « saches le droit et tu connaitras ses hommes, parce qu’un vrai croyant est avant tout un homme libre…».

    Cordialement.




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  • Ferhane
    9 août 2011 at 15 h 30 min - Reply

    Cher Ami A.By
    Je ne me lancerai pas avec vous dans une discussion philosophico-politique,aspect que vous semblez, par ailleurs,manier admirablement.Depuis pratiquement Djamel ed-dine Alafghani qui a entamé une réflexion sur le pouvoir en Islam à la lumière de l’expérience démocratique en Europe, »siècle des lumières(Voltaire,Rousseau,etc),siècle du despotisme éclairé dont le chantre fut Voltaire lequel, pour l’histoire fut convié à la cour de Catherine II de Pologne, la même Catherine qui après s’être lassée de lui le renvoya, un renvoi duquel ce célèbre philosophe tira célèbre phrase suivant: »On presse l’orange et quand il n’y a plus de jus on jette l’écorce ».Donc je disais depuis Djamel Eddine El Afghani de nombreux intellectuels musulmans ont avancé l’idée que l’islam et la démocratie ne sont pas antinomiques, opposés.En théorie, toutes les doctrines avancent cela.Le Marxisme qui élabora dans le cadre des pays de l’est, après le concept de dictature du prolétariat de Lénine, la notion de démocratie populaire échoua lamentablement:Le communisme se transforma en totalitarisme qui massacra des milliers, voire des millions de personnes dans les camps de travail en Russie(Goulags…), imposa le règne de la terreur des polices politiques(KGB en Urss,Stasi en Allemagne de l’est,securitate en Roumanie…).En ce qui a trait aux pays musulmans, après les réflexions intellectuelles, par ailleurs, très séduisantes, l’heure de la vérité arriva après la décolonisation.Les nouveaux États sont des États musulmans,contrôlés par des musulmans et quel bilan tirer après 50 ans d’indépendance:emprisonnement des opposants, massacres des populuations civiles dont le plus récent se déroule sous nos yeaux,en Syrie,terre qui a fécondé de nombreux intellectuels brillants qui ont réflechi sur le concept de démocratie.De fait, le bilan de l’islam est un bilan désastreux, donnant à dire qu’un pouvoir musulman se transforme de par la dynamique de l’islam en un totalitarisme que nous vivons en Algérie.En conclusion,je me permets de vous dire qu’en théorie,la démocratie en Islam est défendanble, C’est un exercice intellectuel séduisant mais qu’en pratique un État islamique se transforme en dictature, en autocratie, en totalitarisme d’ou mon idée que les tenants de la voie islamique ont le fardeau de la preuve, c’est à dire doivent prouver, non pas par une démonstration intellectuelle et théorique que, en se basant sur la choura, l’Islam est d’obédience démocratique mais par la construction d’un État démocratique.Un modèle doit naître pour que la voie démocratique en Islam pouisse devenir une réalité.Je vous dirai que, pour moi,un pouvoir, plutôt une autorité en Islam est plausible, crédible dans le cadre d’un village mais pas à l’échelle d’un pays.Mon idée est que des musulmans qui s’accaparent du pouvoir, et c’est le cas dans tous les pays musulmans,deviennent des dictateurs, voire, comme dans le cas de Assad de Syrie,ou des généraux algériens des dirigeants tortionnaires et sangunaires.Je ne vous demande pas de me prouver le contraire, car vos argumenents seront théoriques,étant donné qu’il n’existe pas d’exemples d’État islamique respectueux des droits de la personne, mais je souhaite pour vous et pour les tenants de la voie islamque que la Tunisie dont le premier ministre a dit que l’Islam ne s’oppose pas à la démocratie réussisse à construire un État qui n’emprisonne pas les opposants, ne condamnne pas les individus pour leurs idées politiques…
    Cordialement




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  • Ferhane
    9 août 2011 at 16 h 14 min - Reply

    A A.By
    Désolé de contredire ta dernière phrase mais un vrai croyant n’est pas un homme libre: il est soumis aux dogmes.Il est enserré dans une série de principes et de dogmes qui restreignent et retrécissent sa liberté de pensée.Cordialement




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  • sami
    10 août 2011 at 1 h 21 min - Reply

    Vous posez monsieur Ferhane une problématique intellectuelle cruciale qui ne trouve pas de réponse depuis la mort du prophète (QSSL). Fallait-il succéder à l’homme où au prophète, le meilleur des hommes. Les musulmans ne semblent pas se relever de sa mort, ils revoient toujours à son époque d’age d’or! Si comme si ils attendent son retour pour les faire sortir de leur long sommeil injustifié. Quand vous parlez avec une personne lambda, tous ce beau monde à la solution! c’est dans le coran et la sunna! ce que, j’appelle, l’islam, ordonnance, à la carte, quoi! Je dis, écoutez, on est d’accord, vous êtes entrain de défoncer des portes ouvertes! le problème n’est pas l’islam « livre » « le coran » mais c’est « l’islam comme pratique historique »! des têtes coupés, des batailles inutiles, des rasias! c’est à travers la pratique des acteurs qu’on reconnait le mérité d’une doctrine, d’un principe. Or, sur ce plan, on est très loin de même sur le plan de la production théorique liée à la compatibilité entre islam et démocratie!

    Merci.




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  • Ferhane
    10 août 2011 at 19 h 43 min - Reply

    A Sami:Votre phrase »C’est à travers la pratique des auteurs qu’on reconnait le mérite dèune doctrine,d’un principe »ce qu’on appelle la »PRAXIS »est d’une profondeur phénoménale.C’est absolument ce que je voulais dire et vous avez admirablement interprété ma pensée »Comme disait le philosophe »je ne crois qu’en ce que je vois ».Aux tenants de la voie islamique à qui je souhaite beaucoup de succès dans la future expérience tunisienne, suite aux déclarations du premier ministre tunisien mentionné dans mon texte,je leur dis j’attends de voir avant de dire que l’islam est compatible avec la démocratie…




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  • Adel
    10 août 2011 at 20 h 41 min - Reply

    @Ferhane et sami

    Bonjour,

    Si on compare les États qui ont existé dans l’aire de civilisation islamique, depuis la mort du Prophète (saaws)jusqu’au 18ème siècle, aux autres États dans le monde à la même époque, on ne voit pas de grandes différences.

    La démocratie moderne est une création de l’Europe capitaliste, celle de la révolution industrielle et de la révolution scientifique et technique. La démocratie n’est devenue possible et ne s’est implantée durablement, devenant une tendance inéluctable de l’histoire dans le monde entier, que grâce au développement sans précédent des moyens de production résultant de la révolution industrielle, du développement également sans précédant des moyens de transport et de communication et enfin de la généralisation de l’instruction et de l’élévation du niveau social et intellectuel des masses donnant naissance à une classe moyenne de plus en plus nombreuse – véritable pilier de la démocratie moderne.

    Les pays musulmans ont raté la révolution industrielle et ils ont pris le train en marche, une fois qu’ils ont subi l’agression coloniale. L’industrialisation et la maitrise des sciences et des techniques restent cependant les conditions incontournables de la prospérité matérielle et de l’élévation du niveau de vie des populations. La marche vers la démocratie est également inévitable. Sans ces trois conditions – industrialisation, maîtrise des sciences et techniques, démocratie – aucun pays ne peut survivre dans le monde d’aujourd’hui, dominé par les pays occidentaux qui ont tous ces atouts.

    La rente pétrolière a perverti la plupart des pays arabes. Même ceux qui n’ont pas de pétrole subissent les contre-coups de la politique et le diktat des autres pays arabes rentiers. Ce n’est pas un hasard si le pays musulman le plus avancé dans la voie de la démocratie, avec un retour en force de la culture islamique, est la Turquie, un pays sans pétrole et qui n’a pas de liens avec les pays arabes.

    Après l’échec de la modernisation autoritaire menée par des partis uniques laïcisants ou marxisants, nous assistons à une montée en puissance de partis «islamistes» qui cherchent encore leur voie. Si, comme je l’ai dit plus haut, les trois conditions nécessaires au maintien parmi les pays qui comptent, doivent être remplies, rien ne permet aujourd’hui de prédire la prochaine étape : avancée ou régression. Il me semble que les musulmans sont condamnés à innover et pas seulement répéter l’expérience de l’Europe et de l’Amérique. Être musulmans et démocrates : voilà le défi que nous devons relever, si nous voulons sortir de l’ornière.

    Cordialement




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  • abon
    10 août 2011 at 22 h 44 min - Reply

    @ Ferhane. Erreur que de pensait qu’un croyant n’est pas un homme libre. Ces dogmes et principes qui pour vous (avec toutes mes excuses) limites la liberté de l’homme, font justement la différence qui existe entre l’homme et la bête. Quand ils sont bafoués nous obtenons le résultat que vie l’Algérie, tag-3alaa, mentag. Aucun respect ni de son environnement ni de celui du voisin ; pris par une insatiable frénésie.




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  • Ferhane
    11 août 2011 at 14 h 02 min - Reply

    A Abon
    Je vous le concède.On peut se plier à des rites et ne pas se sentir emprisonné.
    1)-L’essentiel est de ne pas essayer de les imposer aux autres, car comme disait Voltaire »Ce qui bon en deça est mauvais au delà ».
    2)-L’important que ce qu’on fait nous procure du bonheur et ne heurte pas notre environnement
    Cordialement




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  • SAMI
    12 août 2011 at 1 h 47 min - Reply

    pour Adel, je pense que votre réflexion sur le lien entre révolution industrielle et modernisation politique est à mon sens très marxisante. certes, c une condition essentielle, l’industrialisation, mais pas déterminante. Ce phénomène connue en Angleterre, en France, en Russie n’a pas produit les même effets. Pourquoi ne pas regarder plutôt vers ce que M. Weber appelle dans son livre » l’éthique protestane et l’esprit du capitalisme »! remplacer l’éthique protestane par musulmane et la marche vers la modernisation économique. Ce que font d’ailleurs les jeunes entrepreneurs pieux musulmans qui associe réussite matérielle et piété. Ils sont très inspirés par, non pas les cheikh du golfe » mais par le « modèle de management occidental et l’esprit musulman. Je vous conseille de lire le livre de Patrick Haenni  » l’Islam de marché »! Sortez un peu du microcosme maghrébin, arabe, français et regarder plutôt vers la Turquie, l’indonésie et la Malaisie! Ce que j’ai dis à Yadh Ben Achour lui-même!

    Pour Ferhane, il s’agit d’une méthode de recherche universitaire « donner une intelligibilité à la pratique des acteurs au lieu de définir dès les débuts les concepts! ce sont les acteurs qui donnent sens à un concept!

    Sami/ Kamel de Paris




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  • Ferhane
    12 août 2011 at 3 h 18 min - Reply

    A Sami:au sujet de ta référence à l’éthique protestante musulmane,Heddi Lahouari, professeur à l’université de Lyon mentionne dans son livre que la démarche des Oulamas s’apparenta au plan économique au protestantisme.Jusqu’aux Oulamas, l’islam en Algérie était contrôlé par les Mrabtines(marabouts).Les Mrabtines trouvaient la source de leur pratique dans le soufisme lequel soufisme depuis Ibn Arabi (Andalousie)Théoricien de cette doctrine,appelait les croyants au détachement du monde et de tout ce qui est matériel.La notion d’accumulation de richesses de matériel devait être bannie de la pratique du croyant.La passivité s’installa à tous les niveaux.L’islam qui se caractérisa dans à ses débuts par son caractère actif et offensif se replia sur lui-même, perdit son caractère dynamique au point ou Djamel Eddine el Afghani, lors de son voyage en Andalousie au 19 ème siècle déclara que  »Le Soufisme a efféminé l’Islam »lequelislam se replia sur lui-même et perdit son dynamisme économque qui le caractérisa sous l’époque des Mouwahidine(Almohades),12ème siècle.Les Oulamas en s’opposant aux courant des Mrabtines ont défini une démarche hautement dynamique,évolutif et progressite, au niveau de la culture par l’Islah mais aussi au plan économque.Ils appelèrent les Algériens à se lancer courageusement dans le lancement de commerce, dans la création d’entreprises et c’est ce qui explique l’apparition en Algérie, notamment à Alger, d’une catégorie de Mozabites qui ont ouvert des commerces ainsi que la naissance d’une classe de commerçants qui financèrent la construction des médersas.Manifestement,et c’est la lecture de la démarche des Oulamas par Heddi Lahouari, les Oulamas ont jeté les bases d’une  »éthique musulmane et l’esprit de l’entrepreunership »esprit à la base du développement et de la prospérité économique des pays anglo-saxons
    Cordialemen




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  • Ferhane
    12 août 2011 at 12 h 58 min - Reply

    A Sami:Le titre du livre de Hedi Lahouari est  »nationalisme et populisme en Algérie ».




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  • sami
    12 août 2011 at 20 h 52 min - Reply

    Merci pour les explications et la référence. J’ai assisté à beaucoup de ses séminaires à la Fac ici à Paris il y 3 ans. Mais aussi, Malek Bennabi a fait lui aussi référence à ce que vous dites. Pour ce dernier, l’esprit maraboutique s’oppose avec l’économie politique et la prévision économique. Genre « Mkadra ya si Ahmed » comme on dit chez nous en Algérie. Lisez, « l’économie au Maghreb, les consensus négatif » et vous vous rendez de vous même des dégats que ça a causé. C’est pire qu’un tsunami, ça frappe les esprits plus que les constructions! Le régime criminel d’Alger avec son association de malfaiteurs a fait le reste.

    Saha Ftourek.




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  • Afif
    13 août 2011 at 3 h 18 min - Reply

    De mon point de vue, j’ai toujours considéré que la démocratie dans les pays occidentaux n’est essentiellement que le résultat d’un rapport de forces entre le capital et le travail, et non le résultat d’une culture ou d’une religion quelconque. Il est vrai que c’est le mode de production industrielle qui a permis aux forces ouvrières de s’unir, de s’organiser et d’imposer leur force.

    Le capital n’a concédé la démocratie que forcé et contraint et n’a pu se maintenir au pouvoir que, grâce au système colonial et impérialiste qu’il a utilisé comme soupape de sécurité, en lui permettant de partager la rente coloniale avec les classes populaires et de baisser la pression sociale par une politique de peuplement des colonies.

    Le système démocratique actuel n’est pas très ancien (deux siècles) et il n’est pas dit qu’il ne sera pas instauré un jour dans les pays musulmans, où aujourd’hui, il est plus facile aux forces populaires de s’unir et de s’organiser contre leurs exploiteurs (syndicats, moyens de comunication,etc…).

    On verra alors dans la pratique, que l’Islam n’est pas un frein, mais plutôt, à mon avis, un moyen puissant de mobilisation.




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  • A.By
    13 août 2011 at 4 h 12 min - Reply

    @ Ferhane

    Bonsoir a tous.

    Saint-Just avait dit: « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait en réalité que se creuser une tombe ».

    Entre autres peuples, les musulmans aussi sont concernés par cette citation célèbre depuis la chute de Grenade en 1492, et par extension au peuple algérien qui n’a pas fini la sienne (révolution) depuis cette indépendance confisquée de 1962.

    Tout cela pour démontrer que les algériens, ainsi que les autres peuples musulmans, sont confrontés a un défi majeur, celui de changer l’océan d’ignorances et de bêtises dans lequel l’islam est plongé depuis la fin de son âge d’or. Principalement de sortir de ces fatwas tronquées qui ne sont rien d’autres que des usurpations de pouvoir. Il s’agit de mettre en lumière les fils conducteurs de la réelle compréhension de cette religion dans son stade le plus pur, car la liberté permet à la véritable religion d’être vraie et présente, parce qu’un croyant ne peut pas être autre chose qu’un homme libre. S’il est croyant par suivisme ou par tradition familiale, cela ne peut être accepté en islam et n’a aucun intérêt pour la réelle émergence d’un islam des lumières, puisque également la culture de la liberté est la base et le socle de toutes croyances y compris celles religieuses.

    En plus, un vrai croyant n’a pas besoin de le déclarer ni encore moins d’être visible par des Signes qui n’ont aucun rapport avec la véritable foi, y compris dans toutes les religions. Le musulman contemporain doit cesser de considérer le Coran comme un code pénal ou juridique, parce que le droit a évolué depuis le temps et en le sachant, on connaitra ses hommes. D’ailleurs, Omar Ibn El Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses « fautes ». Et ce n’est guère par hasard quelques siècles plus tard, que ce même Saint-Just révélait qu’« On ne peut régner innocemment, tout roi est un rebelle et un conspirateur » vu la complexité de la nature humaine.

    Pour conclure avec une réflexion intellectuelle algérienne dont je suis fier, celle de Malek Bennabi, qui diagnostique « religieusement » le paradigme philosophico-politique où immerge effectivement la société algérienne depuis des lustres et qui sape toute perfectibilité dans l’individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement :

    « La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c’est la paralysie morale. L’islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement, il en découle dans la conscience post-Mohamedienne une autre proposition : Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits ! ».

    À méditer.

    Cordialement.




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  • Congrès du Changement Démocratique