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26 March 2017

Haythem Manna : »Le Golfe ne veut pas de démocratie en Syrie »

Le Point.fr – Publié le 08/08/2011 à 20:09 –

Haytham Manna, opposant syrien en exil, révèle au Point.fr dans quelle mesure la Syrie est convoitée par l’ensemble du Moyen-Orient.

 

Les pays arabes montent au créneau. Pour la première fois depuis le début de la crise syrienne, en mars, trois pays du Golfe, dont la puissante Arabie saoudite, ont rappelé leur ambassadeur à Damas pour dénoncer la répression du régime de Bachar el-Assad. Cette décision sans précédent de la part des voisins de Damas a été suivie par un appel de la Ligue arabe à cesser « immédiatement » les violences. Promettant des réformes au « plus haut niveau de l’État », le président a nommé de son côté un nouveau ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, sans pour autant mettre un terme à la violence, qui a encore fait 52 morts dimanche. L’opposant Haytham Manna, en exil à Paris, porte-parole de la Commission arabe des droits humains et membre du Comité de coordination pour un changement démocratique en Syrie, a perdu lundi son frère, Maen Aloudat, ingénieur de 52 ans et coordinateur du mouvement des jeunes du 18 mars à Deraa (sud). Il explique au Point.fr pourquoi une Syrie démocratique irait à l’encontre des intérêts de ses voisins régionaux.

Le Point.fr : Que pensez-vous de la nomination d’un nouveau ministre de la Défense ?

Haytham Manna : Je viens de perdre mon frère, qui a été abattu à Deraa. C’est cela la réalité aujourd’hui. Notre problème n’est pas le ministre de la Défense, mais le groupement d’intérêt militaire dominé par un seul homme. Notre problème aujourd’hui, c’est la protection de la population. Nous atteignons un niveau de répression encore plus important que celle qui a eu lieu à Hamah en 1982. D’un côté, le régime n’essaie plus de tuer, mais de faire le maximum de blessés, car il est beaucoup plus difficile de les chiffrer que des morts. De l’autre, une grande partie d’entre eux ne peuvent aller à l’hôpital public de peur d’être arrêtés.

Quelle est, selon vous, la solution immédiate pour répondre à cette crise ?

Il ne faut pas chercher à alimenter des solutions qui puissent jouer dans le sens de la violence. Nous sommes en train de nous diriger vers une guerre civile. Or le chaos est justement la seule alternative prônée par le pouvoir. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin des pays qui n’ont pas coupé leurs liens avec la Syrie pour qu’ils se rendent à Damas et qu’ils fassent passer un message. C’est le cas de l’Inde, de l’Afrique du Sud, du Brésil et même du Liban et de l’Iran. Bachar n’entendra que ses alliés, pas la France et les États-Unis, qu’il considère comme ses ennemis.

Avez-vous un plan précis ?

J’ai eu des contacts avec plusieurs États qui vont dépêcher des délégations à Damas. Nous avons également rendez-vous la semaine prochaine avec Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, pour obtenir l’envoi de représentants en Syrie. Nous ne le faisons pas de gaieté de coeur, mais parce que nous devons à tout prix faire en sorte d’obtenir au moins quelques jours de cessez-le-feu de la part de l’armée.

Que pensez-vous de la récente décision de l’Arabie saoudite, du Bahreïn et du Koweït de rappeler leur ambassadeur ?

Les pays du Golfe souhaitent dévier la résolution du conflit syrien vers des aspects plus confessionnels que démocratiques. Les Saoudiens ne recherchent, eux, qu’une seule chose : renforcer la position des islamistes au sein des forces politiques syriennes, pour supplanter l’Iran dans ce pays. L’Arabie saoudite n’a que faire de la démocratie en Syrie, pourvu qu’elle obtienne une meilleure relation avec Bachar el-Assad. Les pays du Golfe ne veulent pas voir apparaître un exemple démocratique à leurs frontières, car ils le considèrent comme un véritable danger pour leur régime. N’oublions pas que Riyad détient plus de 9 000 prisonniers politiques.

Que pensez-vous de l’initiative de la Turquie d’envoyer son ministre des Affaires étrangères à Damas ?

C’est une bonne démarche, mais elle doit se faire sous le signe de la protection de la population civile en tant que devoir humanitaire international. Malheureusement, les Turcs ont toujours négocié avec les Syriens selon leurs propres intérêts. Le Premier ministre Erdogan ne verrait pas d’un mauvais oeil l’existence d’un autre pays gouverné par un parti islamique. Lors de notre voyage en Turquie, à la frontière syrienne, nous avons découvert que de nombreux laïcs élus par les réfugiés syriens pour les représenter avaient tous été arrêtés et remplacés par des islamistes. La montée de l’influence de la Turquie en Syrie en ferait, d’autre part, une force régionale incontestable.

Comment expliquez-vous l’imperméabilité de Bachar el-Assad à la pression internationale ?

Pour la diplomatie syrienne, l’Europe n’existe pas. Il n’existe même plus de diplomatie dans la situation actuelle. La politique du pouvoir consiste à assassiner tout ce qui est politique au nom de la sécurité, et tout ce qui est diplomatique au nom du complot.

 


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6 Commentaires sur cet article

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  • Salah-Eddine SIDHOUM
    9 août 2011 at 17 h 16 min - Reply

    و بشر الصابرين الذين اذا اصابتهم مصيبة قالوا انا لله و انا اليه راجعون

    A mon cher frère et compagnon de lutte pour la Dignité Humaine, Haythem,
    C’est avec stupeur et consternation que je viens d’apprendre l’assassinat de ton regretté frère par les hordes criminelles du régime syrien agonisant. Je tiens, en cette douloureuse circonstance à te présenter ainsi qu’à ton honorable famille mes sincères condoléances en priant Le Tout-Puissant d’accueillir le Chahid en son Vaste Paradis.
    Fraternellement.
    Salah-Eddine




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  • Ameziane
    9 août 2011 at 17 h 31 min - Reply

    Merci vivement pour la publication de ce texte,.

    Haythem Manaâ, Adonis, Farou Mardam-Bey, Bahgat En’nadi, Adel Rifaat, Georges Corm, Gilbet Achkar, et tant d’intellectuels et érudits, de Syrie, du Liban, de Palestine, mais aussi de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, des grands parmi les grands, bannis par les médias occidentaux et nationaux, de leurs propres pays. Merci d’avoir fait droit à cette grand figure de l’Opposition syrienne !




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  • simozrag
    9 août 2011 at 18 h 13 min - Reply

    Cher frère Haytham,

    J’ai appris avec beaucoup d’affliction et d’amertume la triste nouvelle de l’assassinat de ton frère. Je te présente ainsi qu’à ta famille mes sincères condoléances, Allah a dit : ولا تحسبن الذين قتلوا في سبيل
    الله أمواتا بل أحياء عند ربهم يرزقون




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  • D B
    9 août 2011 at 20 h 21 min - Reply

    Sincères condoléances pour toutes les innocentes victimes de ce régime criminel contre l’humanité. Respects, considération et admiration, pour le peuple syrien, pour son immense courage, le sacrifice suprême qu’il consent pour libérer son pays, afin le remettre dans la voie de l’honneur. Puissent les générations futures ne jamais oublier toutes ces souffrances consenties pour leur permettre de vivre libres;




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  • clandestin
    9 août 2011 at 22 h 58 min - Reply

    Allah yerhamou le frere de ce Monsieur et tous nos freres syriens morts depuis le debut de la revolte , on voit comment nos Rais ne retiennent aucune leçon , bien au contraire , mem avec les chutes de benali ou moubarak ,aucune autre dictature des pays arabes ne c est remise en cause et choisissant lemode pacifique pour changer leur societé ; oualou ya bougelb , ils se sont vissés les fesses sur leur trones !
    Mais pour revenir au titre de cet article , ya pas seulement les pays du Golfe qui ne veulent pas la democratie en Syrie ou dans un autre pays arabe , mais surtout la France de sarkozi et de Juppé , et certains pays europeens qui ne veulent pas voir les peuples arabes emerger ! pour qu ils nous piquent notre elites et matieres grises en organisant une emigration selective …ils veulent nous laisser des sous peuples à qui ils doivent vendre leur renault et peugeot , armes avions medicaments , sinon a qui vont ils vendre leurs fonds de commerces ?




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  • Larbi Anti-DRS
    10 août 2011 at 14 h 29 min - Reply

    Cher frère et amis Haythem, Ina li Allah oua Ina Ilayhi radjioun. Toutes mes sinceres condolences pour la disparition de votre frère. Pour les Algeriens (esclaves des generaux criminels) qui ne le savent pas, Haythem a ete et est toujours sur la liste rouge du DRS criminels Algeriens. Haythem a ete et est un defenseurs des droits de l’homme a part entiere. Il a ete un des coordinateurs pour faire juger les criminels Algeriens tel l’affaire Nezzar. Cela c’est fait contre la volonte’des services Francais, americains et autres qui aident les criminels en places.
    Son e-mail pour ceux qui veulent un contact directe:
    « Manna Haytham »




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  • Congrès du Changement Démocratique