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27 July 2017

L’Algérie, pays des miracles : la mystification continue !

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 13 août 2011

Les pays industrialisés, englués dans la crise, la récession et le chômage et ne sachant quoi faire pour se sortir de cette situation, n’ont qu’à se mettre à l’exemple de l’Algérie qui, à en croire le bilan rendu public par les services de son Premier ministre, nage dans la croissance et serait sur le point d’atteindre au plein emploi.

L’exemple s’impose, d’autant que la prouesse algérienne, argumentée par des chiffres qui laissent pantois, aurait été réussie en un semestre. Comme quoi, l’Algérie est vraiment cette nation où le miracle est chose naturelle.

Il y a cependant que les Algériens eux-mêmes ont été sidérés par les performances déclinées par les services du Premier ministère. Ils ont ri jaune à leur annonce, car totalement en déphasage dans leur triomphalisme avec les réalités de la situation du pays telles que perçues par eux. Qui peut croire en effet que plus d’un million d’emplois ont pu être créés en à peine six mois et que les investisseurs, qui boudent ostensiblement le pays depuis des années, se bousculent maintenant pour participer à son développement, et cela alors que les autorités ont édicté des règles du jeu plutôt dissuasives pour cette participation.

Le bilan endossé par le Premier ministre a été sans nul doute perçu comme une mystification par les experts étrangers, au fait de l’incompétence des autorités algériennes à réunir les conditions pouvant rendre possible un pareil exploit.

Dans le pays, il a soulevé un tollé d’indignation. Politiques, experts et commentateurs nationaux n’ont pas lésiné sur les qualificatifs pour faire entendre ce qu’ils pensent du bilan surréaliste fabriqué par les services officiels du Premier ministère. «Blague ramadhanesque, mensonge d’Etat, couleuvre trop grosse à avaler, insulte à l’intelligence des citoyens», voilà quelques-uns des qualificatifs qui lui ont été accolés. Ils rendent bien compte de l’ahurissement provoqué par le surréalisme des chiffres et assertions avancés dans ce bilan.

S’ils ne croient pas un tant soit peu à la réalité du contenu de ce bilan, les Algériens se posent néanmoins la question de savoir quels sont les motivations et les calculs qui ont poussé le Premier ministre à assumer le risque de susciter un débat susceptible de réduire à néant la belle représentation faite par ses services de la situation économique et sociale de l’Algérie.

Ils s’interrogent d’autant sur son initiative qu’elle est survenue au moment où le chef de l’Etat préside aux traditionnelles auditions annuelles du staff gouvernemental. Exercice à travers lequel les Algériens sont censés être mis au courant du bilan de l’action gouvernementale. Or, bien que n’étant pas exempt d’autosatisfaction, le bilan qui se dessine au fur et à mesure de ces auditions apparaît tout de même nettement moins triomphaliste que celui avancé par le Premier ministre. A croire qu’Ouyahia s’est senti dans l’obligation de faire un plaidoyer de l’action gouvernementale, car certainement informé du mécontentement qu’elle inspire au chef de l’Etat. Il aurait donc pris les devants en brossant un tableau de la situation du pays qui, quoique mystificateur, ne peut être ouvertement contredit par le Président.

Sauf que le Premier ministre a dépassé en terme de démesure ce que les Algériens peuvent «avaler». Il se peut alors que Bouteflika prenne prétexte de son opération de communication si contreproductive pour le pouvoir pour se démarquer de son Premier ministre et lui signifier la fin de sa mission.

Ce qu’Ouyahia a cru manœuvre habile et «moussante» pour son action à la tête du gouvernement risque au final d’être le «pétard» qui va exploser sous ses pieds. Quant aux pays industrialisés, la seule perception qu’ils ont de l’Algérie est celle d’un pays qui dort sur un mirifique matelas de réserves financières qu’il ne sait pas faire fructifier.




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6 Commentaires sur cet article

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  • Sami
    13 août 2011 at 21 h 19 min - Reply

    Les gens qui gouvernent en algerie sont des machines de mensonges .. et l’equation est simple: mentir pour cacher les politiques catastrophiques !! Si on veut qualifier les deux decenies passes, on peurrait dire certainemenet les decenies de mensonges




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  • sharif hussein
    13 août 2011 at 22 h 17 min - Reply

    Au Maroc en revanche c’est le retour des vaches maigres selon le le Haut commisariat au plan(HPC) et le centre marocain de conjoncture(CMC).

    Mauvaise nouvelle pour le marché de l’emploi au Maroc au deuxième trimestre. Tous les secteurs d’activité, à l’exception des services, ont perdu des postes. Une situation due certainement au climat d’attentisme qui prévaut depuis le début de l’année. Les statistiques du Haut commissariat au plan relèvent que 84.000 postes d’emploi ont disparu: 58.000 dans les campagnes et 26.000 dans les villes. Dans le détail, l’économie a enregistré la perte de 83.000 emplois dans «l’agriculture, forêt et pêche» dont 58.000 en milieu urbain et 25.000 en milieu rural. Comme le trimestre précédent, l’industrie n’arrive pas à sauvegarder ses emplois et accuse encore une fois une perte de 66.000 postes de travail dont 52.000 dans les campagnes.

    Lire la suite:

    http://www.leconomiste.com/article/885901-mauvais-resultats-pour-l-emploi

    Source:http://www.leconomiste.com/




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  • ahmed
    14 août 2011 at 4 h 47 min - Reply

    Il n’y a pas de miracle,l’Algérie sans le pétrole,n’a même le niveau économique qu’un pays pauvre comme Madagascar . Avec cependant un avantage pour ce pays africain dont les produits artisanaux sont vendus partout dans le monde . Sans éducation,sans formation et sans rigueur,l’Algérie n’ira pas loin . Le bilan est catastrophique malgré ce qui se dit de la part des responsables qui refusent d’admettre leurs échecs .




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  • Si Salah
    14 août 2011 at 12 h 33 min - Reply

    M. Ouyahia: vous avez resorbé le chomage chez nous, merci. Le monde submergé par le chomage et la crise vous supplie de lui reveler vos « recettes »…

    Si Salah




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  • salay
    14 août 2011 at 20 h 01 min - Reply

    Monsieur Ouyahia est conséquent avec lui-même.Il a l’indécence pour revendiquer son sale boulot, les sales besognes. Il est le chef d’un exécutif composé d’une alliance(tahlouft) FLN/RND/MSP installé par Boutef. Ce dernier a déclamé par trois fois, en tapant sur la table, être seul commandant du bateau Algérie. Arrêtez de nous faire avaler d’autres couleuvres. C’est une bande de con-gelés qui est au pouvoir. Ouyahia, aidé par l’ syndicat UGTA et la presse, a fixé les Algériens sur trois jours de ponction des salaires en 1996 alors qu’au même moment il mettait en application les réformes du FMI que venait de signer son prédécesseur (Sifi): LE PAIN QUI SE VENDAIT A 1 (UN) DINAR EST PASSE A 8.50 DA…!!!!!




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  • jalal
    16 août 2011 at 8 h 34 min - Reply

    Les chiffres publiées parle gouvernement sur les créations d’emploi pose le problème de la véracité des statiques dans tous les domaines de l’activité socio économiques du pays.

    Certaines statistiques sont intentionnellement truquées et ce pour aider le régime à perdurer et soigner l’image de son gouvernement comme dans le cas dans les fraudes commises lors des élections politiques ( bourrage des urnes, falsification des listes électorales..) et les données sur la situation socio économique publiées par le gouvernement, d’autres sont par contre dus à l l’absence de données fiables au niveau des institutions de l’Etat , la faiblesse de notre outil statique national totalement en dégénérescence au niveau de ces institution et au peu de considération accordée par notre administration ,elle aussi en déliquescence, à son utilité, d’où les contradictions constatées dans les donnée publiées par les différents départements ministériels sur l’activités de leurs secteurs respectifs .




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