Édition du
26 March 2017

Le Cheikh Abderrahmane Chibane tel que je l’ai connu.

Par Nadjib Achour

« Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d’entre eux ont déjà accompli leur destin ; d’autres attendent leur tour. Mais ils n’ont jamais rien changé à leur comportement » Sourate El Ahzab verset 23

Le Cheikh Abderrahmane Chibane s’est éteint ce vendredi 12 août 2011 à l’âge de 93 ans dès suite d’une longue maladie. Le Cheikh emporte avec lui tout un pan de l’histoire algérienne,  et sa disparition sonne  le glas de l’Association des Oulémas dont il était l’un des derniers représentants.  Il aura été jusqu’au bout fidèle  à l’enseignement de son maître Ibn Badis qu’il a aujourd’hui rejoint. Dans ses locaux de l’Association des Oulémas situé à Hussein Dey, le Cheikh Chibane demeurait l’un des derniers témoins d’une histoire qui avait débuté en 1931 au Cercle du Progrès à Alger. Lorsque nous entrions dans  les pièces principales du siège de son association, plusieurs portraits ornaient les murs, ceux du Cheikh ibn Badis et El Ibrahimi, ainsi que ceux de ses compagnons disparus ; le Cheikh Chibane nous donnait cette impression d’être le fidèle gardien d’une mémoire qu’il voulait absolument garder vivante.  Chaque semaine et ce depuis plusieurs années, il tenait son éditorial dans l’hebdomadaire El Bassaïr qu’il avait contribué à relancer, et ce malgré la vieillesse, la maladie et les moyens dérisoires dont il disposait. Le Cheikh Abderrahmane Chibane voulait maintenir flamboyante la flamme de l’islah qui  avait permis en son temps, la renaissance civilisationnelle du peuple algérien et l’avait sauvé des funestes projets du colonialisme français. La doctrine du combat pour la résurection que mena le Cheikh Chibane et le Cheikh Ibn Badis avant lui, était  simple «  ce qui constitute une nation, c’est la foi, la culture, la fierté du passé. Tant qu’un peuple ne les a pas perdues, il est libre même s’il est enchaîné »[1]. Car pour  lui, le combat d’Ibn Badis était toujours d’actualité et devait être poursuivi dans une Algérie en proie aux tourments, aux doutes et menacée de nouveau par un néo-colonialisme des plus arrogants.

Si  son parcours dans l’Algérie indépendante est connu, en raison des fonctions qu’il fut amené à exercer à la tête du Ministère des Affaires Religieuses dans les années 80, son passé et ses activités qui furent les siennes  au sein de l’Association des Oulémas, du temps de l’Algérie coloniale le sont moins. Le Cheikh Chibane appartenait à cette génération d’étudiants formée par les pionniers de l’Association des Oulémas et qui devait constituer par la suite sa jeune garde , permettant par la même occasion au mouvement réformiste de survivre à la terrible épreuve du décès du Cheikh Ibn Badis, ainsi qu’à l’internement du Cheikh Bachir El Ibrahimi.  Les figures de proue de cette seconde génération de cadres Oulémas officièrent pour la plupart au sein de l’Institut Ibn Badis à Constantine, à l’instar du Cheikh Ahmed Hamani, Cheikh Abellatif Soltani, Cheikh Ahmed Reda Houhou et bien sur du Cheikh Abderrahmane Chibane.

Le Cheikh Abderrahmne Chibane anima de sa plume et de son verbe toute cette seconde vie de l’Association des Oulémas qui fut interrompue par la Révolution et la répression que menèrent les forces colonialistes. Il ne fut pas simplement l’érudit religieux, dispensant des cours théologiques, il fut aussi un des protagonistes de cette vie culturelle de  langue arabe à laquelle le Cheikh Bachir El Ibrahimi entendait rendre toute sa noblesse. Abderrahmane Chibane participa régulièrement aux débats qui agitaient la presse nationaliste de langue arabe et qui avaient pour thématique essentielle, la production littéraire. Ses cours  à l’Institut Ibn Badis étaient particulièrement prisés par les étudiants qui aimaient écouter  le Cheikh Chibane, accompagné de Réda Houhou,  discourir sur la littérature égyptienne ou leur conter les nouvelles d’un Machreq alors en pleine effervescence. Il lui arrivait également, de commenter  à ses élèves, les journaux arabes  qu’il se procurait dans un kiosque jouxtant l’Intitut Ibn Badis, et qui était  tenu par un militant PPA originaire d’Oued Zenati  répondant au nom de Mohamed Salah Rahab.

Le Cheikh Abderrahmane Chibane mena pendant plus de 70 ans durant le combat qui fut la raison d’être de l’Association des Oulémas, celui pour un Islam purifié, et la renaissance de la langue arabe. Lorsque je  vis  pour la dernière fois, le Cheikh Chibane au printemps 2008  en compagnie d’un de ses anciens étudiants de l’Institut Ibn Badis, le journaliste Saadi Beziane,  il nous rappela et commenta le poème du Cheikh Ibn Badis « Cha3b El Djeza’iri » et insista particulièrement sur l’un de ses vers, où il est dit que celui qui affirme que le peuple algérien est mort ou a dévié de son origine n’est qu’un menteur.  La magistrale leçon de l’histoire algérienne, affirma t’il est de croire que ce peuple est inexistant, mort, mais celui-ci vit et vivra tant qu’il restera attaché à sa foi et sa personnalité.

Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons.

Nadjib Achour


[1] Bennabi Malek « Ben Badis le mystique » Révolution Africaine n°219 du 30 avril 1967 in Bennabi Malek, Mondialisme, Dar el-Hadhara, Alger, page 120-124.


Nombre de lectures : 4183
12 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • nomade
    14 août 2011 at 22 h 14 min - Reply

    un authentique algerien .
    apres E A K , IBN BADIS, BACHIR EL IBRAHIMI, un autre geant de la nation algerienne est parti rejoindre son createur.
    rahima allah cheikhouna .




    0
  • el mokhtar
    14 août 2011 at 22 h 55 min - Reply

    Allah yarhamou wa yawasaa alih
    le cheikh Abederrhamane Chibane, lui comme Cheikh Bouzouzou, Cheikh Iben badis, furent des monuments de l’histoire contomporaine d’algerie, il furent des êtres humains très battants sous le colonialisme facheux francais, ils se sont battus, ils ont accomplies leurs devoirs, ils sont dans le paradis in chaa allah,

    incroyable depuis qu’on est indépendant on a pas formé un seul cheikh?! le dernier vient de partir….
    peine a continuer mon récit.




    0
  • djazaîrhourra
    15 août 2011 at 9 h 57 min - Reply

    Allah irahmou wa iwassaa allih.
    Cependant, affirmer que l’islah avait permis de sauver le peuple algérien des funestes projets du colonialisme français, est à mon sens une lecture orientée et excessive.
    L’islah a tout juste contribué a combattre les pratiques maraboutiques obscurantistes. Sinon la lutte pour l’indépendance a été déclenchée essentiellement par le courant moderniste ouvrier qui a fait ses classes dans l’émigration au contact des mouvements ouvriers français.
    Ce courant c’est raffermi avec la 2ème guerre mondial et mai 45. Enfin, les bouquins d’histoire ne manquent pas et arrêtons de falsifier notre histoire au gré des fantasmes des uns et des autres.




    0
  • dilmi kouraiche
    15 août 2011 at 13 h 58 min - Reply

    salam allah alaikoum,

    rahima allah le guide de vivre ensemble .




    0
  • aurélien
    15 août 2011 at 14 h 56 min - Reply

    La fraterie chibane a failli à son devoir de dire LA VERITE de l’oppression,de la hogra et de ses prédateurs de l’algérien algérienne ,de be,bella ,en passant par chadli jusqu’au champion toute catégorie de la gouvernance par la corruption qu’est le perfide bouteflika…
    A la tv algérienne,voix du pouvoir illégitime des généraux et outil médiatique de la propagande des usurpateurs de la rente pétroliére ,les chibane ont failli et ont participé ,consciemment ou pas,à la normalisation voulue par le systéme maffieux du pouvoir d’alger qui se pérpétue depuis 1962.
    Un croyant en dieu,ne devait il pas se révolter contre l’injustice,la répression,l’humiliation et le vol des richesses du peuple algérien.
    Le systéme du pouvoir maffieux clanique de bouteflika et de son bras armé le drs de l’autoproclamé général dit toufik,mohamed lamine médienne,est il plus légitime et dans son droit de priver le peuple algérien de sa liberté et de ses richesses à son profit clanique,que la colonisation française qui l’a privé ,avant,1962,de cette même libérté et des ces mêmes richesses?




    0
  • Nadjib Achour
    15 août 2011 at 16 h 00 min - Reply

    Salam aleikoum

    @djazaihourra

    Vous parlez de quel mouvement ouvrier celui qui a applaudi les massacres du 8 mai 1945? Ben Khedda, Lahouel, Debbaghine, Hadj Belkacem El Baïdhaoui, Khider, krim… se revendiquaient du prolétariat et avait un discours ouvriériste? Soyez sérieux allez lire des ouvrages valables sur le mouvement national.




    0
  • Nadjib Achour
    15 août 2011 at 16 h 21 min - Reply

    @ Aurelien

    Vous spéculez inutilement sur le compte des Frères Chibane. Vous en faites des hommes de pouvoir, alors que le Cheikh Chibane était marginalisé, sa dernière vie le prouve. L’Association des Oulémas, il l’a dirigé contre vents et marées, la finançant de ses deniers personnels. Il n’a jamais reçu un quelconque soutien, que ce soit des politiques. Il s’était entouré de personnes comme Amar Talbi et de quelques universitaires pour donner un semblant de vie à l’Association des Oulémas. Et contrairement à ce que vous dites , il n’a pas adopté le silence face aux injustices, il demandait depuis bien longtemps la libération des détenus politique. Quant son frère Saïd il était un intime de Ben Khedda et si vous connaissiez l’homme modeste qu’il est et a toujours été, vous ne tiendriez pas ce discours. En écrivant ce texte, je tenais à rendre hommage à une personne qui m’avait été donné de rencontrer au crépuscule de sa vie.




    0
  • yazid
    15 août 2011 at 21 h 15 min - Reply

    je ne connais pas grand chose du Dr Chibane sinon qu’il s’est elevé avec vehemence contre la suppression de la peine de mort en se basant sur la chariaa. Je dirais que là il etait dans son role.
    J’aimerais par contre connaitre sa position sur l’arret du processus electoral, le FIS ; la violence , la democratie , la laicité quels etaient ses rapports avec les responable du FIS.
    Quoiqu’il en soit paix à son ame .




    0
  • Elias
    15 août 2011 at 23 h 15 min - Reply

    Salam
    Chibane Rabi yerahmou comme beaucoup de membre de l’association des oulamas ont marché avec Boukherouba et benbella et ont profité de leur position pour falsifier l’histoire de l’Algérie (voir les manuels scolaire d’histoire ecrit lorque Chibane etait inspecteur de l’enseignement. Il ne faut pas oublier que Chibane a occupé le poste de ministre des affaires religieuses quand cheikh Sahnoune et Abdelatif etaient jettés en Prison… qu’il a soutenu ouvertement Bouteflika etc…
    Mais Rahimahou Allah et que dieu lui pardonne




    0
  • AS
    16 août 2011 at 0 h 02 min - Reply

    Allah rahmou insha Allah




    0
  • Mokdad
    16 août 2011 at 9 h 01 min - Reply

    salam

    Rabi yerhame cheikh Abderahmane ou Yeghferlou à la fin de sa vie il s’est un peu rattrapé….. Qu’Allah préserve son frère Said
    Amine




    0
  • nomade
    17 août 2011 at 20 h 04 min - Reply

    el marhoum s’est élevé contre la christianisation de l’algerie par les dafistes valets et serviteurs de la droite chretienne américaine , au moment ou ghoulamallah roulait en 4×4 et toute la classe pseudo politique se terreait comme des rats.

    les missionaires de la droite chretienne se faisaient escorter par des gendarmes payés avec l’argent du peuple.
    tandis que le citoyen agréssé appelle a l’aide aucun corps securitaire ne répond a son appel, ceux qui sont supposés le protéger se disent entre eux…… qu’il creve.

    pour reprendre notre cheikh :l’algerie est musulmane est restera musulmane jusqu’au jugement dernier n’en deplaise aux faux athées.

    il faut aller chercher les poux ailleurs.




    0
  • Congrès du Changement Démocratique