Édition du
25 March 2017

Le régime prive Arezki Aït Larbi de son passeport

COMMUNIQUE

Au mépris des lois de la République, la police a décidé, une fois encore, de bloquer mon passeport. En déposant mon dossier, le 19 juin 2011, à la daïra de Chéraga (wilaya d’Alger) j’ai été informé par un fonctionnaire que le document serait prêt dans un délai d’un mois.

Près de deux mois plus tard, je suis toujours privé de passeport et interdit, de fait, de quitter le territoire national. En me présentant le 16 août 2011, et pour la quatrième fois, à la daïra de Chéraga, le même fonctionnaire me révèle que ma fiche de police était toujours bloquée au commissariat de Chéraga et que je devais m’y rendre pour « voir de quoi il s’agit ». N’ayant pas été convoqué par la police, j’ai estimé que cette « visite » était inopportune, l’unique interlocuteur légal du citoyen pour la délivrance d’un document de voyage étant l’administration.

Ce « blocage » n’est pas une première. En juin 2006 déjà,  le même commissariat avait bloqué mon passeport sous le prétexte d’une condamnation judiciaire pour « délit de presse ». Il s’agit d’une plainte en diffamation pour un article sur les traitements inhumains infligés aux prisonniers de Tazoult-Lambèse, accompagnée d’un mandat d’arrêt qui remonte à … décembre 1997. Inutile de rappeler ici que je n’avais été ni convoqué pour le procès, ni informé du verdict, ni inquiété pour le mandat d’arrêt, malgré mes multiples sorties du territoire national. Mes différentes démarches auprès de l’administration et de la justice étant restées vaines, je n’ai récupéré mon passeport, en septembre 2006,  qu’à la suite d’un large mouvement de solidarité de l’opinion  nationale et internationale.

Le 26 avril 2007, nouveau rebondissement. Au moment où j’allais embarquer sur un vol à destination de Paris, la PAF de l’aéroport d’Alger décide brusquement d’exécuter le mandat d’arrêt, une décennie après son émission, et de me livrer à la justice ! Après avoir fait opposition du verdict prononcé en décembre 1997, j’ai été rejugé le 23 mai 2007 par le tribunal correctionnel d’Alger-Sidi M’hamed, et acquitté.

Je croyais l’affaire classée. J’apprendrai qu’il n’en est rien en me rendant, le 27 juillet 2011, au commissariat de Chéraga pour l’enquête administrative ordonnée par le procureur du tribunal de Chéraga, suite au dépôt d’un dossier pour la création d’un journal. Une fois encore, le même mandat d’arrêt, signé par le même juge, et pour le même « motif », est exhibé par la police qui, malgré mes explications, n’a pas hésité à m’arrêter pendant près de 5 heures, avant de se rendre compte du « malentendu ».

N’étant pas paranoïaque, j’ai préféré mettre ces tracasseries sur le compte d’un dysfonctionnement bureaucratique plutôt que d’y voir un harcèlement ciblé. La récurrence de ces agressions émanant d’un même commissariat, et pour un même « motif », me pousse à croire aujourd’hui, qu’il s’agit bien de ces pratiques mesquines et indignes, dont les régimes autoritaires sans légitimité sont si coutumiers.

Dans un pays où l’allégeance clanique est érigée en système de gouvernance, et la répression en mode de gestion des conflits, il peut paraître dérisoire de s’insurger au nom de la légalité contre le blocage d’un passeport. J’ai pourtant la ferme conviction qu’opposer la force des lois – écrites -de la République à l’arbitraire officiel, reste l’ultime rempart contre les traditions perverses  du sérail.

Ces dérapages politico-policiers que l’éthique réprouve et que l’Etat de droit condamne, violent la Constitution qui garantit pourtant «  le droit d’entrée et de sortie du territoire national ». L’article 11 de  l’Ordonnance N°  77-1 du 23 janvier 1977 relative aux titres de voyage,  limite les cas de refus d’un passeport à « toute personne :

– condamnée pour crime,

– condamnée, depuis moins de cinq ans, pour délit, à une peine d’emprisonnement ferme de six (6) mois au moins, ou qui fait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire national, d’un mandat de justice ou d’une assignation à résidence. »

N’étant concerné par aucune de ces restrictions, je refuse de quémander comme une faveur ce qui relève d’un droit citoyen.

Je dénonce le blocage de mon passeport comme une provocation politique, un intolérable abus de pouvoir, une violation de ma liberté de circulation et une atteinte à mon activité professionnelle.

En prenant l’opinion publique à témoin, je tiens à rappeler aux autorités que le respect de la loi s’impose d’abord à ceux qui ont la charge de la faire respecter. Cette même loi impose aujourd’hui à l’administration de me délivrer un passeport dans les meilleurs délais. Ou de me notifier, par écrit, un refus motivé.

En attendant de voir les  services de police se soumettre aux lois de la République, j’ai décidé d’user de tous les moyens légaux  pour  faire valoir mes droits de citoyen et protéger ma liberté de journaliste.

Alger, le 17 août 2011.

Arezki AÏT-LARBI (Journaliste)


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9 Commentaires sur cet article

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  • Mouloud Y
    18 août 2011 at 12 h 21 min - Reply

    Partout, dans le monde, la circulation des biens et des personnes est libre, si on ne m’explique pas le pourquoi de pas cet acte illégal de la part des services concernés par cet agissement contre M. Aït Larbi, seule l’Algérie reste une exception.




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  • AS
    18 août 2011 at 13 h 01 min - Reply

    en france ils font pareille ils peuvent pas te le bloquer alors ils le declarent voler… comme ca ils te bloquent et tu dois en redemander un et ca te prend des mois car ils faut prouver qu’il a ete vole alors qu’il l’a jamais ete… faut faire une enquete de police alors que c’est la police qui l’a declare… chacun son epoque




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  • aurélien
    18 août 2011 at 14 h 39 min - Reply

    Bouteflika, ses parrains et ses larbins commencent à paniquer et à faire dans leur froc de destructeurs du pays. Des signes annonciateurs de la chute de leur frére dans l’horreur Kadhafi commencent à leur faire vibrer leurs entrailles nauséabondes de tyrans de l’Algérie…
    Ils sont en train de paniquer tous azimuts….




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  • Samir
    18 août 2011 at 17 h 14 min - Reply

    Des pratiques indignes, de la part d’un régime tout aussi indigne.

    Comme quoi l’Algérie est un pays où l’insécurité sur tous les plans , atteint des niveaux inacceptables .

    A Bas la Dictature …. et vivement un vrai Etat de Droit , où la loi règne et protège les citoyens.




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  • Nourredine BELMOUHOUB
    18 août 2011 at 18 h 45 min - Reply

    Il n’y a absolument rien d’étonnant en ce qui concerne le refus de délivrance d’un passeport quand en sait qu’aux personnes internées dans les camps de la honte les autorités refusent de délivrer des passeports, méme quand il s’agit d’un pelerinage ou de la Omra




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  • Ameziane
    19 août 2011 at 0 h 10 min - Reply

    De soutenir tout citoyen algérien contre le blocage arbitraire de son passeport, contre l’arbitraire de l’administration et des institutions coercitives et répressives, j’en conviens avec vous tous: nous avons le devoir de le défendre. Evidemment, dans le cas où ses allégations sont vraies. ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

    ===========================================
    Il s’agit ici de défendre tout compatriote Algérien privé de ses droits de citoyen libre. Ses idées politiques et son appartenance idéologique ne nous intéressent pas. Il n’est pas question pour nous de verser dans l’indignation sélective si chère à la minorité des fascho-démocrates. Donc évitons dans ce cas de verser dans une critique inutile du passé et du présent de ce compatriote. Vous comprendrez pourquoi nous avons effacé le reste de votre message. Si certains ont joué sur cette fibre de l’indigne….indignation sélective pour nous diviser, nous, nous ne jouerons jamais cette carte.
    Fraternellement.
    Salah-Eddine




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  • ventre – creux
    21 août 2011 at 2 h 55 min - Reply

    ait larbi areski c´est un intelecuel,journaliste et démocrate. il a le droit a son passport. personne ne dit le contraire. mais il une chose. c´est mon avis personnel. pourqoui un homme allah ibarek comme ould larbi areski il travail pous les journaux francais anti algeriens comme le figaro,france soir,les journauax du nord ect…ces médias fascistes et racistes.




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  • Ami de La VERITE
    25 août 2011 at 16 h 02 min - Reply

    C’est évident que le régime, le nieme issue du système du parti et de la pensée uniques s’attaque et tente d’intimider des hommes qui ont une crédibilité au sein des masses. ce qui serait obérant c’est le fait de penser que ces gens qui nous gouvernent ont changé de principe et qu’ils ont relancer à la haine et la terreur dans lesquelles ils sont bernés. j’exprime ici mon soutient sans condition pour toute initiative visant à lever ces pressions qui s’exerce sur toi.
    Qu’ils arrêtent ces provocations
    qu’ils cessent de fouiner dans les terroirs des rats!
    Un ancien du MCB Commission Nationales, militant du PT




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  • Ami de La VERITE
    25 août 2011 at 16 h 09 min - Reply

    Ce n’est que par la solidarité et l’unité d’action qu’on pourra imposer à ce système le respect des valeurs, le droit de circuler, d’exprimer son point de vue, d’avoir sa propre vision des choses.




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  • Congrès du Changement Démocratique