Édition du
22 July 2017

Les dessous de l’assaut sur Tripoli

La prise de Tripoli par l’insurrection libyenne constitue le résultat de l’Opération Mermaid Dawn, un plan soigneusement mis au point par les rebelles libyens et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

 

Selon Associated Press, l’opération a commencé il y a trois mois, lorsque de jeunes hommes de Tripoli, alors fermement aux mains des forces kadhafistes, ont pris le train jusqu’à Benghazi aux côtés d’anciens militaires.

Ils ont été entraînés dans ce bastion de la rébellion, avant de retourner dans la capitale libyenne, que ce soit par voie maritime, déguisés en marins, ou par la région montagneuse de l’ouest du pays.

« Ils sont retournés à Tripoli et ont attendu », soutient Fadlallah Haroun, un porte-parole militaire des rebelles qui a participé à la mise sur pied de l’opération.

D’autres combattants ont été postés dans des villes situées à l’ouest de Tripoli, dont Zenten et Zaouïa, dans l’attente du jour J.

L’Opération Mermaid Dawn s’est finalement mise en branle samedi soir à la mosquée Ben Nabi, au coeur de Tripoli, après la rupture du jeûne du ramadan, rapporte le Daily Telegraph de Londres.

Selon le quotidien, qui cite des témoins et des rebelles, un groupe de jeunes hommes non armés s’est barricadé dans la mosquée en scandant « Dieu est grand ».

Il s’agissait du signal indiquant que l’opération était en cours.

Utilisant les haut-parleurs destinés à l’appel de la prière, les hommes ont ensuite commencé à crier des slogans anti-Kadhafi. Des forces kadhafistes sont alors arrivées sur les lieux et ont ouvert le feu sur la mosquée, à l’aide de fusils mitrailleurs.

Des résidents et des rebelles ont alors convergé à leur tour vers la mosquée, où ils ont attaqué les forces loyalistes à l’aide de fusils mitrailleurs et de cocktails Molotov. Les forces kadhafistes ont alors été contraintes de trouver refuge dans un immeuble de la télévision libyenne.

Le mouvement a alors pris de l’ampleur. Toujours selon le Telegraph, des partisans de l’opposition se sont alors soulevés dans 13 quartiers de la capitale.

Des rebelles sont alors entrés pour une première fois dans la place Verte, théâtre de nombreuses manifestations pro-Kadhafi depuis le début du bras de fer.

Selon Fadlallah Haroun, pas plus de 150 hommes ont participé activement au soulèvement depuis Tripoli, que ce soit en bloquant des routes, en érigeant des barrages routiers ou en ouvrant le feu sur des forces kadhafistes.

Une douzaine d’hommes barricadés dans la mosquée Ben Nabi ont finalement perdu la vie ce soir-là, soutient le Telegraph. Mais le mouvement qu’ils ont contribué à lancer ne s’est jamais arrêté.

Le gardien des portes de Tripoli soudoyé

Mais pourquoi les troupes de Kadhafi ont-elles disparu lorsque des rebelles venus de l’extérieur de la ville sont arrivés?

Selon Fathi Baja, qui dirige le comité politique de la rébellion, cela s’explique par le fait que les rebelles ont réussi à soudoyer le chef du bataillon chargé de protéger les portes de Tripoli, un dénommé Mohammed Eshkal.

Cet homme, dit-il, était proche de Kadhafi, mais il lui en voulait tout de même parce qu’il avait ordonné la mort d’un cousin.

« Eshkal en voulait à Kadhafi depuis 20 ans, et il a conclu une entente avec le CNT (Conseil national de transition, gouvernement provisoire des rebelles) : lorsque l’heure serait venue, il remettrait la ville aux rebelles », explique-t-il.

« Eshkal se souciait peu de la révolution », affirme Haroun. « Il voulait prendre une revanche personnelle sur Kadhafi, et lorsqu’il a cru que celui-ci pouvait tomber, il a saisi sa chance ».

Encore aujourd’hui, Fadlallah Haroun dit ne pas faire confiance à Eshkal, ni à ceux qui l’ont lâché au moment de l’attaque sur Tripoli. « Ils savaient que leurs jours étaient comptés, alors ils ont fait défection, mais dans leur coeur, ils auront toujours peur de Kadhafi et le traiteront toujours avec déférence », dit-il.

Selon M. Haroun, l’OTAN a été tenue au courant de l’opération Mermaid Dawn par les dirigeants de la rébellion à Benghazi. « Honnêtement, l’OTAN a joué un rôle très important dans la libération de Tripoli. Ils ont bombardé les principaux endroits que nous ne pouvions attaquer avec nos armes légères », admet-il.

Radio-Canada.ca avecAssociated Press et Daily Telegraph


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